Var. : le cœur
SUR LA DEVOTION A LA VIERGE. bi
appartient ; et pour établir avec vous une société éternelle, il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique, et être le père du vôtre. O prodige ! ô abîme de charité ! quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous, depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils, le nœud inviolable de votre sainte alliance, le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à Fautre ; lui, plein d'une divinité impassible ; vous, revêtu, pour lui obéir, d'une chair mortelle?1
Intercédez pour nous, ô bienheureuse Marie ; vous avez en vos mains, si je l'ose dire, la clef des bénédictions divines. C'est votre Fils qui est cette clef mystérieuse par laquelle sont ouverts les coffres du Père éternel : il ferme, et personne n'ouvre ; il ouvre, et personne ne ferme : c'est son sang innocent qui fait inonder sur nous les trésors des grâces célestes. Et à quel autre donnera-il plus de droit sur ce sang qu'à celle dont il a tiré tout son sang? Sa chair est votre chair, ô Marie, son sang est votre sang ; et il me semble que ce sang précieux prenait plaisir de ruisseler pour vous à gros bouillons sur la croix, sentant bien que vous étiez la source dont il découlait. Au reste, vous vivez avec lui dans une amitié si parfaite, qu'il est impossible que vous n'en soyez pas exaucée. C'est pourquoi votre dévot saint Bernard a fort bonne grâce, lorsqu'il vous prie de parler au cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Loquatur ad cor Domini nostri Jesu Christi2.
Quelle est sa pensée, Chrétiens? qu'est-ce à dire, parler au cœur? C'est qu'il la considère dans ce midi éternel, je veux dire dans les secrets embrassements de son Fils, parmi les ardeurs d'une charité consommée : In meridie sempiterno, in secretissimis amplexibus amantissimi Filii. Il voit qu'elle aime et qu'elle est aimée ; que les autres passions peuvent bien parler aux oreilles, mais que l'amour seul a droit de parler au cœur. Dans cette pensée, n'a-il pas raison de demander
1. Fin du troisième emprunt. — revêtu etc. Ellipses hardies : lui (Dieu), vous 2. Ad Beat. Virg. Serm. Panegyr.
Va donné plein d'une divinité impas- n. 7. inter Oper. S. Bernard. sible ; vous, vous le lui avez donné.
à la Vierge qu'elle parle au cœur de son Fils : Loquatur ad cor Domini nostri Jesu Christi?
Combien de fois, ô Fidèles, cette bonne Mère a-elle parlé au cœur de son bien-airaé ! Elle parla véritablement à son cœur, lorsque, touchée de la confusion de ces pauvres gens de Cana, qui manquaient de vin dans un festin nuptial, elle le sollicita de soulager leur nécessité. Le Fils de Dieu, en cette rencontre, semble la rebuter de cette parole, bien qu'il eût résolu de la favoriser en effet : Femme, lui dit-il, que nous importe, à vous et à moi? mon heure n'est pas encore venue1. Ce discours paraît bien rude, et tout autre que Marie aurait pris cela pour refus ; je vois néanmoins que, sans s'étonner, elle donne ordre aux serviteurs de faire ce que le Sauveur leur commandera : Faites [tout] ce qu'il vous ordonnera2, leur dit-elle, comme étant assurée qu'il lui a accordé sa requête. D'où lui vient, à votre avis, cette confiance, après une réponse si peu favorable? Chrétiens, elle savait bien que c'était au cœur qu'elle avait parlé, et c'est pour cette raison qu'elle ne prit pas garde à ce que la bouche avait répondu. En effet, elle ne fut point trompée dans son espérance, et le Fils de Dieu, selon la belle réflexion de saint Chrysostome3, jugea à propos d'avancer le temps de son premier miracle, à la considération de sa sainte Mère.
Prions-la donc, ô Fidèles, qu'elle parle pour nous de la bonne sorte au cœur de son Fils : elle y a une fidèle correspondance ; c'est l'amour filial, qui s'avancera pour recevoir l'amour maternel et qui préviendra ses désirs. Ne vous apercevez-vous pas que le vin nous manque, je veux dire la charité, ce vin nouveau de la Loi nouvelle, qui réjouit le cœur de l'homme, dont l'âme des fidèles doit être enivrée ? De là vient que nos festins sont si tristes, que nous prenons avec si peu de goût la nourriture céleste de la sainte parole de Dieu. De là vient que nous nous voyons de tous côtés déchirés par tant de factions différentes4. Dieu, par une juste vengeance, voyant que nous refusons de nous unir à sa