‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 99 sur 441 · Seconde rédaction (f · texte numérisé non relu

Seconde rédaction (f

Celle qu'on lit dan? les éditions est une sorte de résultante, arrangée arbitrairement. Voici la première, qui n'est point effacée f f. 140.

« Mais il y a plus. Nous ne sommes pas seulement les images du Fils de Dieu : nous sommes les os de ses os et la chair de sa chair, ainsi que parle saint Paul : nous sommes son corps et sa plénitude, comme enseigne le même apôtre : qualité qui nous unit de telle sorte avec lui. que quiconque aime le .Sauveur, il faut par nécessité que. par le même mouvement d'amour, il aime tous les fidèles. De cette doctrine, si je n'étais pressé de finir bientôt ce discours, que j'aurais à vous déduire de puissantes considérations pour vous faire voir que Marie a pour nous toute la bonté d'une mère ! Et pour en toucher quelques principes en abrégé, je vous prie de vous souvenir d'une vérité que j'ai prouvée dans la première partie par un témoignage évident des Ecritures divines, à savoir que ira;-.: par le témoignage de l'Ecriture quel Dieu étend son affection paternelle jusqu'à l'humanité de son Fils, c'est-àdire, comme nous l'avons exposé, que l'objet de ses complaisances est un Homme-Dieu ; que Sun atîection ne sépare pas la nature humaine d'avec la divine, depuis qu'une miraculeuse union les a rendues inséparables. A cette proposition, j'en ajoute maintenant une antre, et je dis que le Père éternel nous aime du même amour qu'il a pour son F - .

ce que je n'oserais assurer, si je ne l'apprenais de la propre bouche du Sauveur dans cette belle oraison

qu'il adresse pour nous à son Père :

DUectio qua dilexisti me in ipsis sit,

■ < '.-■ (Joan.. xvii. 26 • : Mon Père, dit-il. je suis en eux parce qu'ils sont mes membres : je vous prie « que l'affection par laquelle vous m'avez aimé soit en eux :

DUectio qua dilexisti me in ipi et ego in eis. »0 paroles d'une charité ineffable ! Xotre-Seigneur ne peut souffrir qu'on le sépare de non- : il a peur que son Père ne fasse trop de différence entre le chef et les membres : il veut qu'il embrasse et le Maître et les disciples par le même amour.

" De là, que conclurons-nous à l'avantage de l'affection de Marie ?

Une conséquence admirable, qui suit évidemment de quelques maximes que je pense avoir solidement établies dans le premier point, et qui. vous étant proposées pour honorer les merveilles de la main de Dieu dans la bienheureuse Marie, sont certainement très dignes de rudience. Je vous ai dit. Chré- ■ ; ue la maternité de la Vierge n'ayant point d'exemple sur la terre, son amour maternel était de même ; qu'il passait de bien loin la nature.

et -allait régler sur l'amour même du Père éternel. Je vous ai fait voir, par une considération plus sensible, qu'étant la meilleure mère qui puisse jamais être an monde, elle étend son affection maternelle à tout ce qui regarde la personne de son fils. Joignez maintenant ces choses à ce que je viens de vous dire. Xous touchons de si près au Sauveur qu'à peine se peut-on figurer une plus étroite union. Il est en nous et nous en lui ; autant qu'il y a de fidèles, c'est

images vivantes du Fils de Dieu, nous sommes encore ses membres, et nous composons avec lui un corps dont il est le chef ; ce qui attire si puissamment sur nous les affections de la sainte Vierge, qu'il n'y a point de mère qui puisse aller à l'égal : ce qu'il me serait aisé de vous faire voir par des raisonnements invincibles, si je n'étais ] tressé de finir bientôt ce discours. Et pour vous en convaincre, je ne veux seulement que1 vous en proposer en abrégé les principes, après avoir repassé légèrement sur quelques vérités que j'ai tâché d'établir dans ma première partie, dont il est nécessaire que vous avez mémoire pour l'intelligence de ce qui me reste à vous dire.

Je vous ai dit, Chrétiens, que la maternité de la Vierge n'ayant point d'exemple sur la terre, il en est de même de l'affection qu'elle a pour son fils ; et comme elle a cet honneur d'être la mère d'un fils qui n'a point d'autre père que Dieu, de là vient que, laissant bien loin audessous de nous toute la nature, nous lui avons été chercher la règle de son amour dans le sein du Père éternel. Car, de même que Dieu le Père, voyant que la nature humaine touche de si près à son Fils unique, étend son amour paternel à l'humanité du Sauveur et fait de cet Homme-Dieu l'unique objet de ses complaisances, comme nous l'avons prouvé par le témoignage des Écritures, ainsi avons-nous dit que la bienheureuse Marie ne séparait plus la divinité d'avec l'humanité de son fils, mais qu'elle les embrassait en quelque façon toutes deux par un même amour. Ce sont les vérités sur lesquelles nous avons établi l'union de Marie avec Dieu : en voici quelques autres qui vous feront bien voir sa charité envers nous.

Les mêmes Écritures qui m'apprennent que Dieu

pour ainsi dire autant de Jésus- douceur de ses affections paternelles. Christ sur la terre, pourvu qu'ils ne Partant, ô Fidèles, allez à la bonne démentent point leur profession : et heure à Marie : ne craignez point de cela est un point capital de la doc- l'appeler votre mère : elle a au soutriue chrétienne : nous sommes tel- vevain degré toute la tendresse que lement mêlés et confondus, si j'ose demande cette qualité. » parler de la sorte, avec le Sauveur. 1. Pléonasme, qu'on retrouve dans que Dieu même, qui a distingué tous la préface de l'Histoire des Varioles êtres par une si aimable variété. tions : « Quand on ne ferait seulene nous distingue plus d'avec lui. et ment que lire les titres de leurs conrépand volontiers sur nous toute la fessions de foi... )>

aime, en quelque façon, par un même amour la divinité et l'humanité de son Fils, à cause de leur société inséparable en la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, m'enseignent aussi qu'il nous aime par le même amour qu'il a pour son Fils unique et bien-aimé, à cause que nous lui sommes unis comme les membres de son corps ; et c'est de toutes les maximes du christianisme celle qui doit porter le plus haut nos courages et nos espérances. En voulez-vous un beau témoignage de la bouche même de Notre-Seigneur ? Écoutez ces belles paroles qu'il adresse à son Père, le priant pour nous : Dilectio, qua dilexisti me, in ipsis sit, et ego in ipsis l : Mon Père, dit-il, je suis en eus, parce qu'ils sont mes membres ; je vous prie que l'affection par laquelle vous m'aimez soit en eux. Voyez, voyez, Chrétiens, et réjouissez-vous. Notre Sauveur craint que l'amour de son Père ne fasse quelque différence entre le chef et les membres ; et connaissez par là combien nous sommes unis avec le Sauveur, puisque Dieu même, qui a distingué tous les êtres par une si aimable variété, ne nous distingue plus d'avec lui, et répand volontiers sur nous toutes les douceurs de son affection paternelle. Que s'il est vrai que Marie ne règle son amour que sur celui du Père éternel, allez, ô Fidèles, allez à la bonne heure2 à cette Mère incomparable ; croyez qu'elle ne vous discernera plus d'avec son cher Fils : elle vous considérera comme la chair de sa chair, et comme les os de ses os, ainsi que parle l'Apôtre3, comme des personnes sur lesquelles et dans lesquelles son sang a coulé ; et, pour dire quelque chose de plus, elle vous regardera comme autant de Jésus-Christ sur la terre : l'amour qu'elle a pour son Fils sera la mesure de celui qu'elle aura pour vous ; et partant ne craignez point de l'appeler votre mère : elle a au souverain degré toute la tendresse que cette qualité demande.

C'est, si je ne me trompe, ce que je m'étais proposé de prouver dans cette seconde partie ; et je loue Dieu de ce qu'il nous a fait la grâce d'établir une dévotion sin-

1. Joan., xvn, 26. Ms. : in eis 2. A la bonne heure, promptement.

(Cité de mémoire, comme à la Tous- 3. Ephes., v, 30.

•saint, 1649.)

Sermon= ,1e Bo—uet. 7

cère à la sainte Vierge sur des maximes qui me semblent si chrétiennes. Mais prenez garde que ces mêmes raisonnements, qui doivent nous donner une grande confiance sur l'intercession de la Vierge, ruinent en même temps une confiance téméraire à laquelle quelques esprits inconsidérés se laissent aveuglément emporter. Car vous devez avoir reconnu, par tout ce discours, que la dévotion de la Vierge ne se peut jamais rencontrer que dans une vie chrétienne. Et combien y en a-il qui, abusés d'une créance superstitieuse, se croient dévots à la Vierge quand ils s'acquittent de certaines petites pratiques, sans se mettre en peine de corriger la licence ni le débordement de leurs mœurs? Que s'il y avait quelqu'un dans la compagnie qui fût imbu 1 d'une si folle persuasion, qu'il sache, qu'il sache que, puisque leur* cœur est éloigné de Jésus, Marie a en exécration toutes leurs prières. En vain tâchez- vous de la contenter de quelques grimaces, en vain l'appelez-vous votre mère par une piété simulée : quoi ! auriez-vous bien l'insolence de croire que ce lait virginal dût couler sur des lèvres souillées de tant de péchés? qu'elle voulût embrasser l'ennemi de son bien-aimé de ces mêmes bras dont elle le portait dans sa tendre enfance? qu'étant si contraire au Sauveur, elle voulût vous donner pour frère au Sauveur? Plutôt, plutôt sachez que son cœur se soulève, que sa face se couvre de confusion, lorsque vous l'appelez votre mère.

Car ne pensez pas, Chrétiens, qu'elle admette tout le monde indifféremment au nombre de ses enfants : il faut passer par une épreuve bien difficile, avant que de mériter cette qualité. Savez-vous ce que fait la bienheureuse Marie, lorsque quelqu'un des fidèles l'appelle sa mère? Elle l'amène en présence de notre Sauveur: Là,, dit-elle, si vous êtes mon fils, il faut que vous ressembliez à Jésus, mon bien-aimé. Les enfants, même parmi les hommes, portent souvent imprimés sur leurs corps les objets qui ont possédé l'imagination de leurs mères. La bienheureuse Marie est entièrement possédée du Sau-

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