‹ Œuvres pastorales de Mgr BessonChapitre 29 sur 41 · DU COLLÈGE DE L'IMMACULÉE-CONCEPTION, A SOMMIÈRES · texte numérisé non relu

DU COLLÈGE DE L'IMMACULÉE-CONCEPTION, A SOMMIÈRES

Le 24 juillet 1879.

Mes ghers Enfants ,

Vous venez déjouer avec un admirable naturel le Bourgeois gentilhomme , approprié, comme il convient, à votre âge et aux rigoureuses convenances d'un théâtre de collège. Vous avez excité le rire et les applaudissements de tout l'auditoire, tant vous avez mis de finesse dans votre jeu, tant vous avez su souligner par la voix et faire valoir par le geste les meilleurs mots de notre inimitable comique.

Un évêque a beaucoup de réserves à faire sur Molière, car Molière n'a pas toujours respecté les mœurs, il a outré les caractères, il a contribué à altérer l'esprit de famille, en prêtant trop souvent aux parents un rôle ridicule et en excusant les sottises des enfants. Ce n'est pas de toutes ses pièces que Ton pourrait dire : Castigat riclendo mores.

Mais dans la pièce que vous venez de jouer, il y a une leçon morale à recueillir, et je vais vous l'indiquer en peu de mots.

Qu'est-ce que le Bourgeois gentilhomme, sinon les mésaventures ridicules de la vanité qui s'exalte et qui s'égare? Ridicules très sensibles dans le xvne siècle, quand les distinctions sociales existaient encore et que les mœurs les maintenaient avec une salutaire rigueur. Aujourd'hui, on comprend moins ce haut comique, car si tout le monde ne se dit pas gentilhomme, tout le monde entend l'être, avec cette différence que M. Jourdain, croyant ne rien savoir, voulait apprendre quelque chose , tandis que les enfants de notre siècle, gentilshommes, bourgeois, pay~ sans, croient tout savoir sans avoir rien appris.

Prenez garde de tomber dans cette vanité présomptueuse. Mieux vaut cent fois, vous l'avez vu, auner du drap dans la boutique où l'on est né, que d'en sortir pour se donner des dehors d'importance, et se pavaner dans un habit qui n'est pas fait pour nous. Pour ne parler que de votre âge, ne prenez pas un air pédant, ne comptez pas des exploits de Gascogne, n'affectez pas d'être trop tôt de grands garçons, et surtout n'imaginez pas qu'en vous faisant dans vos récits pires que vous n'êtes et que vous ne pouvez être, vous imposerez à vos camarades. Il y a quelque chose de plus détestable que la vanité qui s'affuble de dehors pompeux et qui monte sur l'échasse des grands mots , au risque d'amuser les gens par- une culbute et une déception. Ce qu'il y a de plus détestable, c'est de prendre le vice pour s'en faire un piédestal, et de l'étaler dans toute sa laideur avec une affreuse vanité. Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est de faire, à votre âge, de la mauvaise politique^ et déjuger à tort et à travers les hommes

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et les choses du jour. Etudiez les anciens, apprenez le grec, le latin et le français, devenez forts en géographie et en histoire, initiez-vous à la connaissance des mathématiques. Jamais de journal entre vos mains, jamais de chansons politiques sur vos lèvres, sans quoi vous n'échapperez point à la verve railleuse de quelque observateur qui étudie les mœurs modernes et qui, un jour peut-être, vengera le sens commun et l'esprit français, en livrant à la risée publique le collégien révolutionnaire.

Hélas ! vous ne serez mêlés que trop tôt à la vie agitée que le monde moderne nous a faite. En attendant, jouissez des privilèges de votre âge. Je les envie, et je proclame que le plus beau de tous, c'est d'ignorer ce qui se passe autour de vous et de vivre, grâce à vos livres, parmi les anciens et les meilleurs d'entre les modernes. Portez dans vos familles cette ignorance heureuse, et rendez vos parents heureux eux-mêmes de voir que vous ne savez rien encore des vices qui nous rongent et des maux qui nous menacent.

Que vos vacances soient, pour la famille qui vous attend, aussi agréables qu'elle le peut souhaiter, et qu'elle en reporte le mérite aux maîtres qui vous ont élevés. Leur mérite. est au-dessus de tous mes éloges; mais combien je sais gré à M. le supérieur de tout le zèle qu'il apporte à l'accomplissement de sa tâche laborieuse, et à ses collaborateurs de l'étroite alliance et de l'union intime qu'ils ont formée avec lui. Ici, tout marche à la parole. Mais c'est la parole du meilleur des maîtres, du plus sûr des amis, du plus tendre des père*.

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La position du collège de Sommières a fait de cette maison comme un trait d'union entre le diocèse ] de Nîmes et celui de Montpellier. C'est ici que deux évêques, plus unis encore par le concours des mêmes pensées que par le voisinage de leur siège, aiment à se rencontrer et se disputent l'honneur de confondre dans les mêmes embrassements les enfants de deux Eglises amies. Aujourd'hui, Monseigneur de Montpellier m'a laissé le soin de couronner tout seul ses lauréats et les miens. Mais le voyage qu'il accomplit à Rome n'a fait que rendre nos séminaires et nos collèges plus présents à sa pensée et à son cœur, et il a mis aux pieds du saint-père toutes les espérances que nous donnent ces chères maisons.

Que Sommières croisse et grandisse encore pour l'honneur commun des diocèses de Montpellier et de Nîmes. Que les élèves formés dans ces murs se glorifient de les avoir connus. Qu'ils y reviennentHoujours, et qu'ils gardent comme un titre d'honneur celui d'avoir été nos nourrissons et nos enfants. Pour moi, il me sera toujours doux de les reconnaître et de les bénir, car je serai sûr de trouver en eux des citoyens dévoués à la France, des chrétiens dévoués à l'Eglise. Je prendrai en main leurs intérêts toutes les fois qu'il me sera permis de les défendre, heureux si je puis leur être toujours agréable, plus heureux encore si je puis jamais leur être utile !

ALLOCUTION

PRONONCÉE A LA DISTRIBUTION DES PRIX

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