L'ÉTOILE
ALLOCUTION eROSOKCàE A tA VISITATIOS DE P EN' LA FËTR D FOUB LA CÉnËKO»l£ I
G JASÏIBB lJt>CCCt.XXX)
Vwci que l'étoile qn'iJa avaient tub en < Orleot les procédait, jusqa'à ce qu'elle s'ar- « rttftt an-deasDi de l'endroit où était l'Ea- I fant... Et eolrant dacB lamaiwD, ilsjtroua rèient l'Enfant, avec Marie, «a mère; et ils o oarritcnt leurs tr*EorB. et iUlui offrirent a t'or, l'enceiiB et la mjrrbc. >
(.ÉranfiU itlen S. W«rft«.Ml, 9, 11.)
Mes bien chers Fbèrks,
En ces quelques lignes de l'Evangélislo aaial Mattliicu, vous avez le mystère dont la sain te Eglise célèbre aujourd'hui le souvenir et où nous trouvons une si douce lumifere avec les plus utiles enseignemenls.
Mai Fbrbaud, — Œuvres, t. III. 1
Là-bas, en ces régions lointaines où le soleil semble avoir placé son berceau, in Oriente, des sages , des contemplateurs ont détourné leurs regards du spectacle mobile et trompeur des choses de la vie présente. La terre n'a su captiver ni leur attention ni leur affection. Ils étudient le ciel, et ils cherchent à y discerner des signes de la très sage et très sainte volonté qui préside aux destinées des hommes. Une étoile brille à leurs yeux ; elle resplendit d'un éclat extraordinaire; salumière leur apparaît comme un flambeau céleste destiné à guider leurs pas à travers les incertitudes et les ténèbres de ce monde.
Mais, pour obéir au mystérieux appel de Tastre qui rayonne dans la nuit, il faudra se résoudre à de douloureux sacrifices, dire adieu à la famille, quitter la patrie, s'en aller dans de lointaines régions.
Ils n'ont pas longtemps pour se décider, car Tétoile n'est pas immobile dans les profondeurs du firmament. Elle marche. Il faut la suivre ou ne la plus voir. Ils n'hésitent pas, et se fiant à cette lumière d'en haut, ils entreprennent d'aller où elle les conduira.
Leur confiance, leur obéissance, leur foi sont récompensées. Ils ont cherché : ils trouvent. L'étoile s'arrête au-dessus de l'humble étable de Bethléem. Ils entrent. Ils y voient le Maître du monde entre les bras de sa Mère. Ils se prosternent, ils
lOT0nl;ils ouvrent leurs trésors pour donner à cet Enfant ce qu'ils ont apporté de plus précieux. En retour, ils reçoivent de lui la plénitude de la lumière et le don de la communitiuer : c'est l'Jb!pipbanie du Seigneur; et revenus dans leur patrie, les Mages seront les premiers apûlres de Jésus- Christ.
1 CHÈRK FILM::
l'histoire de votre vocation, us aussi, à cet igc de la vie oii la lumière se in Oriente, vous avez cherché à discerner la ité de Dieu sur vos destinées. Qu'elles sont belles el décisives, ces années de la jeunesse, durant lesquelles on peut faire son choix entre des directions diverses, el marcher en liberté sans subir la conséquence fatale des erreurs, des imprudences, des fautes dont tant d'hommes portent jusqu'à la fin la lourde el inexorable responsabilité, pour avoir omis de se recueillir et de consulter Dieu sur rcm(iloî de leur vie, lorsqu'il était encore temps el qu'aucun engagement no pesait sur eux !
Au lieu do promener et de disperser vos regards dans la poussière des préoccupations terrestres, vous avez, comme les Mages, levé la tète vers le
ciel et demandé à Dieu de vous faire connaître votre voie.
Aussi bien, depuis votre plus tendre enfance, vous étiez accoutumée à entendre, dans les conseils et dans les exemples de vos parents, l'exhortation que notre Faustus et notre Augusta redisaient à leur Symphorien, et qui firent de ce jeune homme, honneur immortel de notre vieille cité Eduenne , uu intrépide confesseur du Christ : « Mon enfant^ le cœur en hautlFtVt, sursum erecto corde! n
Le cœur en hautll'àme montant vers Dieu sur les ailes d'une prière confiante et loyale pour l'interroger sur ses desseins et lui demander un signe indicateur de sa volonté ; oui, ma chère fille, voilà comment vous avez discerné Tétoile qui devait guider vos pas et vous montrer votre chemin.
Mais quoi ! faut-il donc croire, avec la vieille astrologie des âges d'ignorance, qu'une étoile particulière préside à la naissance et aux destinées de chacun de nous?Est-il vrai, pour rappeler le langage populaire, qu'une mystérieuse et inéluctable fatalité assigne aux hommes, tantôt une bonne, tantôt une mauvaise étoile, de façon à faire dépendre de causes occultes, placées bien au-dessus d'eux, la direction et les vicissitudes de leur existence ?
Je ne m'arrête point à réfuter cette erreur d'un autre temps ; je veux seulement dégager la part
de vérité qui s'y trouve renfermée. Non, assurémcnljies astresquiroulentdansles profondeurs des cieux n'ont pas reçu mission de déterminer, par une loi fatale, les mouvements si divers do nos deslinées. Nous naissons tous sous le regard du même Père, plein de sagesse, d'amour et de bonté, et nous recevons tous de lui, quoique dans des proportions inégales, des moyenssuffisants d'atteindre h' but suprême de la vie. a II veut, dit saint " Paul , que tous les hommes parviennent k « la connaissance de la vérité et puissent être " sauvés (1). »
Mais cette volonté générale n'agit pas delà même manière pour tous les hommes. Les voies de la Ppovîdenc* se diversifient presque à l'infini; et comme, dans une forêt, il n'y a pas deux feuilles qui soient absolument identiques l'une à l'autre. Dieu a sur chaque vie humaine une pensée particulière dont il sfl réserve de nous manifester le secret, quand nous sommes âdëlea à le consulter. En d'autres termes, la vocation est comme l'étoile à la lumière de laquelle chacun doit discerner le chemin dans lequel il est appelé à marcher pour correspondre aux vues de la Providence et réaliser, dans sa vie, le plan idéal de Dieu.
S'il en est ainsi, on voit qu'il importe sou-
verainement d'étudier, de connaître Fétoile d'après laquelle on doit diriger sa marche^ c'est-àdire, combien il est nécessaire d'étudier, de connaître, de suivre sa vocation.
Beaucoup, hélas I accomplissent leur pèlerinag^e terrestre sans se mettre en souci de ces graves questions et sans les avoir résolues. Ils vont à l'aventure. Ce sont des vies désorientées^ sans principe, sans direction, sans but. Comment s'étonner si tant d'hommes s'égarent et se perdent quand ils entreprennent, avec cette légèreté, le périlleux voyage et ne prennent aucune précaution pour en atteindre sûrement le terme en suivant le droit chemin !
Pour vous, ma chère enfant, vous n'avez pas eu ce malheur, et vous n'avez pas commis cette faute. Loin de là Ile cœur en haut, avec une intention droite et pure, vous avez consulté le Seigneur. Comme saint Paul, vous lui avez dit : « Mon Dieu, « que voulez-vous que je fasse ? » Domine , quid me vis facere {{)?
Le Dieu très sage et très bon pouvail-il refuser d'exaucer une prière si visiblement inspirée par sa grâce et si conforme aux règles de son éternelle Providence ?
L'étoile s'est donc montrée à vous ; à Texemple
(1) Act. Ap. IX, G.
des rois Mages, voua l'avez suivie. Elle a guidé Tos pas ici, jusqu'à celte demeure, où vous èles entrée et où vous avez trouvé « l'Enfant avec sa < Mère ». Intrantei domum ubi erat puer... Inveiiertmt puenim cum Maria maire eju$.
La Visitation Saiiilo-Marîe, c'est bien, si je ne me trompe, la demeure de noire chère sainte Vierge, établie patronne et mferc de cet institut par saint François de Sales. Mais Marie n'y est pas seule, elle porte dans ses bias notre adoré Jésus. N'esl-il pas d'une façon toute spéciale dans celte Visitation de Paray, où il conduisait, il y a deux siècles, une de vos sœurs aînées, la Marguerite de nos vallées charollalses, pour lui révéler, ici même où nous sommes, les trésors les plus cachés de son divin Cœur, en lui donnant mission de les communiquer à l'Eglise et au monde ?
Bénie soit donc, ma chère lillc, la douce étoile qui a déterminé voire vocation , orienté voire jeunesse et dirigé voire marche vers cette maison! Pourquoi ne croirions-nous pas que c'est l'étoile même a laquelle l'Église adresse sa religieuse salutation, en lui demandant de nous indiquer le plus sûr chemin pour arriver à Jésus :
Are Marit Stella , Iter para tutu m Ut TÏdentes Jesum Hemper callietemnr.
Quoi qu'il en soit, l'heure est venue d'oflriret de donner les trésors que vous avez apportés à cette sainte maison, où la lumière de Tétoile vous a conduite et où vous attendaient Jésus et Marie.
Parents chrétiens, à vous, en ce moment, de faire l'office des rois Mages. Prosternez-vous , prenez vos trésors, offrez-les au divin Roi. Apertis thesauris suis, obtulerunt ei munera, aurum, thus et myrrham.
Cette enfant que vous aimez plus que votre fortune : voilà l'or que vous mettez aux pieds de TEnfant-Jésus ;
Cette âme que vous avez formée à la vie surnaturelle, à la prière, aux pensées et aux pratiques de la foi : voilà l'encens qui va monter vers le ciel en odeur de suavité ;
Cette fille dont il faut vous séparer, et qui, par mes mains et par les vôtres, va être immolée : voilà la myrrhe qu'il faut mêler à celle dont se servirent les saintes femmes pour embaumer le corps du crucifié avant de le déposer dans le sépulcre, et qui lui fut présentée dès son berceau.
Je parle de sacrifice, et je suis ici pour consacrer au Seigneur, qui la demande, cette enfant fidèle, obéissante et courageuse !
Mais quoi ! n'y aura-t-il en ce jour que le sentiment aigu des séparations et Tamertume des larmes ?
Non, certes : et lesjoies saintes de l'esprit éclairé
par la foi l'emporteront sur les impressions iavo- Inntiurea de la nature.
Réjuuissfîz-vous dans ]e Seigneur , vous qui ilonnez à Dieu voire fille bien-aiméc ! Quelle récompense et quel honneur pour vous ! Elle est la chair de votre chair, le sang de votre sang, et JésDS-Christ la reçoit de vos mains! Comment ne le béniriez-vous pas fi jamais d'une telle faveur et d'un si glorieux privilège ?
Que tous les cœurs soient donc à l'action de grâces! tjui, tous; et pour avoir une part à cette loticbanle fête, ne quittons pas ce sanctuaire, pieux chrétiens, sans avoir fait, nous aussi, notre offrande à ce Jésus pour l'amour duquel s'accomplissent incessamment dans l'Église de si gt-néreux sacrifices et de si triomphantes immolations! Cherchons au plus intime de nous-mêmes, dans nos plus secrets trésors, et donnons-lui une foi pluavivc, des prières plus ferventes, une fidélité |)lii8 compU-le et une plus ardente charité.
Ua oiébe Sœcb.
Quand les rois Hageseurent fait leur adoration et leur oblalion, il leur fallut prendre congé de l'Enfant et de sa Mère !
Que je les plains d'avoir dû quitter celte étable de Bethléem ofi ils étaient si bien, pour retourner dans les chemins périlleux du monde !
Pluâ heureuse que ces princes de TOrient, vous ne quitterez pas cette maison où vous avez trouvé Jésus et Marie, et où vous vous êtes donnée à eux.
Non, vous ne vous en irez pas ! Hœc reçûtes mea in smculum sœculi (1).
Vous demeurerez ici, à jamais fixée dans la bienheureuse servitude de l'obéissance, ensevelie dans cette mort volontaire de la pénitence qui prépare la véritable vie, séparée du monde, et ne cessant pas de prier pour le monde, afin d'y faire grandir le règne de Jésus-Christ.
Entrez donc , ma fille ^ dans cette bien-aimée famille de la Visitation de Paray : vos sœurs vous appellent dans leurs rangs : je vais vous y introduire, au nom et par la vertu du Dieu très puissant et très bon auquel vous êtes redevable de la grâce de votre vocation, je veux dire de cette étoile qui, j'en ai la douce confiance, vous conduira jusqu'à la pleine lumière du soleil de justice et aux joies de la béatitude éternelle.
Ainsi soit-il!
(1) Ps. oxxxi, \i.
PBONOSCÉ X LA CATHBDKALB D'AL'TUN, KB LA CÉKKMOKtB DES PBtÈQBa PUBLIQUES
(LK le JÂNTIBB UDG0CLXX3C)
tftevnt fratrei qui ntnt in Jere$olijmit, et
fl Aqi frtres qui sont disséminéB dans la a terre d'Égjpte, les fiâres réunUà JÉrusalem ■ eDTQient le «alut et eoubaitcnt noe bonne
(II Mach. 1, 1.)
Le second livre des Machabées s'ouvre parccl Change de souhaits fraternels el de bienveillantes salutations entre les enfants du peuple de Dieu, les uns engagés dans les lointains labeurs de b rie commerciale et do la colonisation, les anlrE's fixés dans la cité de Jérusalem et vivant à Tombre du Temple.
Permettez, Messieurs^ qu'au nom des mêmes sentiments de patriotique et religieuse fraternité, je vous accueille par les mêmes vœux!
Dans la diversité des carrières oîi la vie de chacun de vous s'est engagée, quelle que soit votre tâche professionnelle, de quelque façon que vous serviez le pays : administrateurs, magistrats, hommes d'épée, instituteurs de la jeunesse, négociants, fonctionnaires des divers ordres, vous répondez aujourd'hui à un double et commun appel de l'Eglise et de l'Etat.
C'est à nous, habitants de la cité sainte, dont la vie se passe au service des autels du Seigneur, fratres qui sunt in Jerosolymis, que revient aujourd'hui l'honneur de faire entendre cet appel concerté entre les deux puissances, en vertu de la Constitution qui nous régit.
Nous l'adressons à tous nos frères , fratribus
qui suntper jEçyptum^ au nom même du sublime ministère qui fait de nous, dans toutes les circonstances graves de la vie des individus, des familles ou des peuples, les médiateurs autorisés entre les hommes et Dieu, chargés de plaider leur cause, d'intercéder pour leurs besoins, et d'attirer sur eux cette protection d'en haut sans laquelle les plus éclatantes prospérités de la terre ne sont que mensonge et fragilité.
Donc, Messieurs et bien-aimés frères, en ce jour où la France rend un public hommage à la
religion el vient ofiiciellcment lui demander le concours de ses prières pour la plus imporlantc des fondions sociales qui consiste dans la confection des lois, nous, les hommes do la prifere et du sacrifice , les interprètes des pensées et de la parole de Dieu, nous vous souhaitons la paix, la bonne paix et le salul ! salulem et pacem bonam !
La paix, Messieurs, c'est peut-être le plus précieus des biens de la vie présente.
Pour le faire comprendre, il n'est pas besoin (le recourir à de longs raisonnements: il suffit do consulter l'instinct inné otpar conséquent universel de l'humanité.
Qoi rompt la paix sans motif a toujours passé ponr un véritable fléau el une pesie publique, tant les hommes affectionnent cette paix qu'ils regardent à bon droit comme une condition essentielle (le leur bonheur. Et de quelque gloire qu'aient pu te couvrir les conquérants les plus fameux, en étendant au loin l'empire de leurs armes, rien n'égale le renom des hommes auxquels il est donné d'assurer ou de rendre à leurs semblables
le bienfait inestimable de la paix : Beaii pacifiât (1).
Toutefois, Messieurs, veuillez le remarquer, la paix n'est un bien que lorsqu'elle est fondée sur la justice dont elle est comme la manifestation extérieure et le couronnement.
Faire régner par la terreur une tranquillité purement matérielle, coxùme ces violents dont parle Tacite : Ubi solitudinem faciwit^ pacem appellant; ou bien constituer uu ordre de choses dans lequel, sous prétexte de paix, le mal se donne toute licence et se tient assuré de toute impunité : ce n'est pas la paix ; car la paix ne va pas sans Tordre^ et pour rappeler une belle définition de saint Augustin que j'ai déjà eu occasion d'expliquer ici^ la véritable paix n'est pas autre chose que la permanence, la stabilité, la solidité, la consistance de l'ordre: Pdx tranqiiillitas ordinis (2).
Or, Messieurs , précisément parce que nous faisons profession d'aimer nos concitoyens et notre pays^ nous ne pouvons vous souhaiter que cette paix raisonnable et juste dont le fondement nécessaire est l'accomplissement du devoir : Fratribus quisuntper JEgyptum pacem bonam I
Une bonne paix ! Non seulement nous vous la souhaitons et nous ne cessons de la demander
(i) Matth. V, 9.
(2) S. Ang. De Civ. D. 1. XIX, c. xiii, ii« 1.
— iTi —
pour vouset pourla France loul entière, mais nous pouvons nous rendre le témoignage que nous Ir&vaiUons sans relâche à la faire régner parmi Doos, puisque notre vie n'est qu'un continuel dévouement mis au service de l'ordre et de la règle.
Aussi bien, Messieurs, nous ne nous lasserons pas de rappeler la corrélation nécessaire de ces idées: paix, ordre, justice. El comme la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû, tout esprit sensé conclura avec nous et avec toute l'ioiposante assemblée des sages de tous les temps, même au sein du paganisme (1), que là où Dieu n'est pas compris dans l'accomplissement des obligations de la justice, il ne saurait y avoir ni ordre, ni paix, ni tranquillité, ni prospérité !
A cet ég^ard, la théorie cl la .pratique des cbrélicRs ont toujours été parfaitement simples, et plût k Dieu que sur ce point, commit sur tous les autres, la sagesse humaine voulût s'inspirer des règles tracées larréternollo sagesse:
1 Rendez à César ce qui est à César ;
0 Rendez fi Dieu ce qui est à Dieu ))(2).
VoilA la vérité dans toute son intégrité. 11 n'est pu permis de la mutiler, parce que « l'homme ne
(1) « Ia jtiité, c'i>Bt Ifi iiuLice envers tes dlenx. d t. IX. p. 070.) — Voir Aiistota, HeraUàiae.lVlll. — DrXai, Deor. l. I, c. II. — S. AHg. Du Cm. D. l. XIK, (
U]llftttli. XXII, 21.
€ doit pas séparer ce que Dieu a uni : QuodDeus € conjunxit, homo non sépare t » {1)1
Ne me parlez donc pas d'un chrétien qui^ sous couleur de piété , ferait fi de ses devoirs envers la patrie. Mais ne me parlez pas non plus de ces prétendus serviteurs de leur pays qui, non contents de ne pas rendre à Dieu ce qui lui est dû, se posent insolemment devant lui en adversaires et en contradicteurs pour faire de la guerre à la religion le premier article de leur Credo politique.
Messieurs , tant que cette fatale erreur durera ; tant que les droits de Dieu seront méconnus ; tant que l'impiété scandaleuse et agressive affichera ses négations outrageantes et fera deTirréligionan ressort de gouvernement, instrumentumregni, ne comptezni sur l'ordre ni sur la paix: parce que Tordre et la paix impliquent le respect delà justice et que la justice est un vain mot si Dieu est exclu du commerce et de l'équilibre nécessaire des droits et des devoirs.
Et pour nous, Messieurs, qui voulons le règne de la paix, de la vraie et bonne paix, nous continuerons à conformer notre conduite à ce grand enseignement de l'Apôtre commentant et développant la doctrine du Maître : « Rendez à chacun « ce qui lui est dû ; — à qui est dû le tribut, le
(l) Matth. XJX. 6.
« Iribul ; — à qui est dû l'impM, l'impôt; — à * qui la craînlc, la crainle ; — à qui l'honneur, « i'honneur » (1).
El vous ne trouverez pas mauvais , je pense, i[\K, loujours à la suilc de saînl Paul, nous y ijoutions ce qu'aucune conslitulion an monde n'a encore jamais inscrit au nombre des oblig-ations du citoyen, je veux dire , Messieurs, l'amour de nos frères, regardé par nous comme une dette sacrée que nous voulons payer chaque jour par uo infatigable dévouement : \>min( quidquam dpbea-
bx, ntst ut
Avant inSm
Hili^ati.i (2).
.vonl inSmc de souhaiter à leurs compatriotes d'Egypte la paîs, la bonne pais, les Juifs de Jérusalem leur avaient envoyé un fraternel salut : Fratribus qui sunt in jEgyptumsalntem !
Le salut, Messieurs, c'est encore un grand et noble mot de la tangue des hommes, et cela dans toutes ses acceptions, depuis la plus familiëre jusqu'à la plus relevée.
Une se passe pas de jour où, abordant un de
(ï) IlÛd. 8.
Mfr Pkskadd. -
VOS semblables, vous ne lui disiez : « Je vous salue ]>.
Formule de politesse dont le sens intime et cordial s'est oblitéré à force d'avoir été trop employé, comme ces monnaies dont Fempreinte s'efface parce qu'elles ont passé par un trop grand nombre de mains, cette parole est une vraie messagère de paix et de fraternelle affection!
Je vous salue! C'est-à-dire je vous souhaite tout ce qui peut vous être bon : la santé, la réussite dans vos affaires, la prospérité de votre famille^ la réalisation de vos vœux pour l'avenir de vos enfants, Testime de vos semblables, l'aisance et la considération.
Je vous salue, c'est-à-dire, au fond , je vous aime ; je me réjouis de tout ce qui vous est avantageux ; je m'afflige de ce qui vous attriste ! En un mot, je veux votre bien, et si cela dépendait de moi, je vous le procurerais.
En cette première acception, nous qui habitons Jérusalem, la cité sainte, nous disons d'un grand cœur à nos frères qui vivent dans le monde, par conséquent à vous , Messieurs : « Salut ! » Et dans ce mot , nous renfermons tous les vœux relatifs à votre bonheur personnel et à celui de vos familles : Fratribus qui suntper Mgyptum salutem dicunt fratres qui sunt in Jerosolymis.
Mais je ne saurais oublier le caractère de cette cérémonie. Aujourd'hui, vous n'êtes pas seulement
SM hommes, des chrétiens vcnanL prier individuellement dans le temple. Vous éles en ce moment ane reprêscnlation vivante et aulhenliqiM de la France ! C est elle, par vous, qui en ce jour se met publiquement sous la protection du Dieu auquel elle demande les sages pensées et les fortes résolutions! C'est la France qui est entrée avec vous dans cette cathédrale, — et c'est l'Ile qu'on vos personnes je veux accueillir et saluer!
Hais quand on salue sa patrie. Messieurs, le tœur ressent une involontaire ot profonde émotion.
On pense tout à la fois à son passé, à son présent, à son avenir.
On ne la regarde pas seulement, on la compare.
Sans doute on rend justice aux antres pavs ; on reconnaît leurs qualités, leurs mérites. On loue avec Virgile « les forêts des Mèdes, et le Gange " majestueux, et l'Ilernius au."! flots d'or, et les ■ magnificences de la Bactriane et de l'Inde >i (1).
Mais, avec Virgile aussi, on revient avec une visible et bien excusable partialité à la terre natale ; on décrit avec une légitime fierté ses svinlagos, ses ricbesses, ses beautés naturelles ! ït lorsque, k grands traits, on a parcouru ses
(l) Oigrgiqiiei. ctiont II.
glorieuses annales, depuis les Marses et les Sabins, jusqu'aux Camille, aux Scipion et aux Césars, on laisse échapper tout son enthousiasme et tout son amour dans ce cri final, tant de fois répété par notre jeunesse classique :
Salve, magna païens frugnm, Satomia teUus, Magna yirum : tibi res antiques landis et artis Ingredior, sanctos ausus redadere fontes (1) I
Et nous aussi, Messieurs, lorsque nous regardons notre France, lorsque nous nous rappelons tout ce que Dieu a fait pour elle et tout ce qu'elle a fait pour Dieu, ses origines, son histoire, ses grands hommes, son action littéraire, sociale, religieuse sur le monde, nous lui adressons le mot respectueux et filial dans lequel nous renfermons tous nos sentiments de reconnaissance et d'admiration, et nous nous écrions, le cœur tout ému : Salut, noble terre de France.
Salve Gallioa tellos,
Magna viram!
Et de même qu'en saluant un de nos semblables nous lui souhaitons la paix, la santé, la prospé-
(1) Virg, Oeorg.ll.
rilé, oh ! commenl exprimer tous les biens que nODSSouIiaitons ii noire bien-aimée patrie !
Hus, outre son accepUun directe et générule, le wlat a encore, si je puis parler ainsi, un sens reUlif ût corrélatif, c'est-ù-iiire qu'il se rapporte à DD élat périlleux auquol on a eu le bonheur d'échapper.
Ce malade a dû son salut k tel remède; cetic ■rmie.cetle flolle onl dû leur salul k lelle manœuvre intelligente et hardie; co peuple, cette cité doivent leur salut à lelle éclatante victoire, h telle hibile négociation.
Uiides hommes qui ont joué "un rùle prépondéruttdans les commencements de la Révolution fraoçaise a dît ; g Le satut de tous est dans i'har- < monie sociale et dans l'anéantisscmeal de l'es- ' prit de parti l ><
Je m'empare. Messieurs, de ce mol de Mirabeau Mje m'en inspire pour saluer la France.
Après les épreuves qu'elle a traversées et dont nous ne saurions perdre le souvenir (car tout vrai Frin(;aîs en porte au cœur la blessure béante), noire pays a plus besoin qu'aucun autre de Tbar- ■nonie sociale et de la fralernelle entente de tous
»s eis.
Je vous le disais l'an dernier, en pareille circonstance, dans un discours que vous aviez écoulé avec une sympathique attention : « Qui nous
divise nous affaiblit, et qui nous affaiblit nous perd » (1)1
A la lumière de ces aphorismes vous pouvez juger, Messieurs, à quoi la France est exposée, si une vigoureuse manifestation du bon sens public n'impose silence aux incorrigibles sectaires qui entretiennent parmi nous, de propos délibéré, le ferment des divisions politiques, religieuses, sociales; qui accumulent à dessein les sophismes et les préjugés pour nous séparer les uns des autres, et qui, promenant à peu près sur toutes les questions le sinistre drapeau de la guerre civile^ ne s'aperçoivent pas, tant le fanatisme les aveugle, que les ennemis du dehors applaudissent seuls à leurs criminelles entreprises, tandis que la vraie France pleure ou tressaille d'indignation!
Et je n'ai pas besoin de vous répéter ici. Messieurs, qu'il n'y a ni dans ma pensée ni dans ma parole aucune allusion aux controverses de la politique. La question de la forme du gouvernement est bien secondaire en présence des questions de morale et de justice. Je ne viens donc pas vous dire : il n'y aura de salut pour la France que dans le retour à tel ou tel régime, dans l'adoption de telle ou telle constitution. Je n'ai pas mission pour me prononcer sur ces problèmes. Mais, comme
(1) L Union drs forces tociaUi, discours prononcé à la Cathédrale, le 19 janvier 1879.
(fiscipie do l'Evangile et comme fils dévoué de ma pelrie, j'ai le droit et le devoir d'affirmer hautement qu'il n'y aura de salut pour la France que si elle se débarrasse des malfaiteurs intellectuels, des srtisans du discorde, des semeurs de sophismes, de mensonges et de haines ; parce qu'aucune société n'est possible, quelle que soit la forme extérieure de son gouvernement, si l'honnètelé, la I juslice, l'union des citoyens dans le partage des mËmes droits et des mAmes libertés, le respect des priDcipes éternels de la religion et de la morale, ne forment pas le terrain solide sur lequel tous I puissent se rencontrer et se donner la main, pour ^^^biller de concert à la prospériti'^ nationale.
" Enfin. Messieurs, il est un dernier sens du mol » labit qu'un ministre de Jésus-Christ, s'adressanl iun auditoire chrétien, no saurait passer sous silence.
^ Ce sont de grands biens assurément, et nous
vous les avons souhaités du fond de noire cœur, le la santé, le bonheur domestique, le succès de ravaux et de vos affaires.
Il un plus grand bien encore, puisqu'il s'agît intérêt plus gémirai, que la prospérité de la p&trîe.
cependant, Messieurs, aucun de ces biens le bien nécessaire.
La vie des nations^ envisagées comme êtres collectifs et personnes morales, n*a point de rapport avec le problème métaphysique de la survivance des âmes au delà du tombeau. C'est bien après la mort qu'on peut appliquer aux hommes ce que saint Paul dit des chrétiens en parlant des effets du baptême : € Ni Grec, ni Juif, niScythe^ni barc( barc, ni homme libre, ni esclave » (1).
France, Angleterre, Allemagne, Espagne, Russie, Empire, Monarchie, République : tout cela. Messieurs, c'est pour la vie présente. Une fois entrés dans l'éternité, il n'y a plus pour nous autre chose que le mérite ou le démérite de nos actions personnelles, et le compte à rendre de l'usage que nous aurons fait de notre intelligence, de notre conscience, de notre liberté.
Aussi bien. Messieurs, à l'heure inévitable de la mort, en face des assises redoutables des jugements de Dieu^ tout intérêt, toute considération s'effacent devant le formidable problème : cet homme serat-il sauvé I C'est-à-dire :
Quel emploi a-t-il fait de sa vie?A-t-il été le serviteur ou l'ennemi de la vérité? A-t-il sacrifié la passion au devoir ou le devoir à la passion ? Quelle attitude a-t-il eue devant les droits et les volontés de Dieu? A quoi lui ont servi les lumières
(1) Ck>lo88. m, 11.
de l'Evangile, la gr3ce de la rédemption, le sacrilici! Je Jésus-Clirisl, les prodigieuses ressources lies lacremenls, les enseignements de l'Eglise, la Dialernclle protcclion de Marie?
Oui, Messieurs, tout est là : porro unuu est necEssiBiuM. Aussi, je le répète, it moins qu'il ne s'agite d'un de ces malheureux qui consomment par une mort sinistre des jours jetés en proie h l'erreuf claa vice, lorsqu'un homme touche à la péripétie suprême du drame de l'existence, toutes 1m questions disparaissent à ses regards et une seule demeure, qui sollicite et généralement oblieDt du mourant une décisive et solennelle altenlion: c'est la question du salut éternel!
E&rçons-nous, Messieurs, de ne pas la perdre de vue au milieu mâme des agitations, des distractions, des sollicitudes de la vie, car, pour rappeler le mot profond de l'Ëcclésiasle ; < C'est \k tout l'homme [l) ». Et « à quoi nous servira d'a- • TOir gagné le monde si nous venons à perdre ■ notre âme* (2)?
Je vous laisse. Messieurs et hien-aimés frères, *w cette parole du Maître ;ellc me permet de donner U plus grande extension possible et un sens vÉrilablement infini aux vœux par lesquels j'ai ■lieueiUi votre présence k celle solennité, sur les-
quels, en vous bénissant tout à l'heure, vous et la France tout entière, j'appellerai la bénédiction de Dieu, et que je résume en vous disant encore une
fois : PAIX ET SALUT t
Ainsi soit-il.