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ficence, il pouvait user de tout et tout était mis sous son empire: Prssit universs terrœ (i).
Néanmoins, pour af&rmer et sauvegarder son droit de souverain domaine, Dieu avait réservé une seule chose parmi toutes celles dont il avait abandonné au premier homme la propriété et Tusage : c'était Tarbre de la science du bien et du mal. En vertu de cette réserve, cet arbre devenait sacré. Il était défendu d'y toucher: la sanction de cette défense était une peine terrible^ double mort qui devait frapper tout à la fois le corps et l'àme, châtier le coupable en sa personne et le châtier dans ses descendants, l'atteindre dans ses destinées temporelles et dans ses destinées éternelles : De ligno scientiae boni etmali necomedas. Inquocum^ que enim die comederis ex eo, morte morieris (2).
Dieu s'était donc consacré l'arbre de la science du bien et du mal.
Dans le désert de Bersabée, Jacob, fuyant la colère d'Esaii, s'est endormi. Il a vu en songe une échelle mystérieuse qui rattachait la terre au ciel. Il a entendu le Seigneur lui confirmer les promesses faites à son père Abraham. A son réveil, le patriarche ne regarde qu'avec un sentiment de crainte religieuse le lieu choisi pour de si hautes communications. « En vérité, dit-il, le
(1) Gten. I, 26.
(2) Gen. i, 17.
Seigneur était ici! Et je ne savais rienl Ohl
(|ue
ce Hpu csl terrible 1 Ce n'est rien moins
(c que la maison de Dieu et la porte du ciel (1). » El, préludant par une inspiration venue d'en haut à ce que nous faisons encore aujourd'hui, qoand nous avons construit les temples destinés à abriter l'autel et les rites du sacrifice, Jacob dresse la pierre sur laquelle il avait dormi; il en fait un autel; il répand sur elle une huîlo sainte; il lui donne un nom qui la séparera désormais de tout usage profane. Celte pierre consacrée, cet autel, s'appellera Bétbel , c'est-à-dire la maison de Dien f2).
Plus tard, au milieu des vicissitudes de ta longue pérégrination du peuple bébreu dans le désert, Dieu iodiqua lui-même à Moïse de quelle manière devait être construite l'arche d'alliance, image, figure, préparation de l'Église voyageuse guidant les hommes dans le pèlerinage de la vie présente. On doit suivre l'arche, parce qu'elle montre au peuple le chemin de !a terre promise ; mais il faut se tenir loin d'elle, la regarder et ne pas la Loucher, parce qu'elle est chose sainle, consacrée, placée sous une protection spéciale : Sititiler vus et ar-
(1) Vere Dominiis est in looo iato, et ego sesciebam. Qnitm terribilïa est locns istet Non est bic aliud nia domus Dei tt porta <XEU.(OeD. XXVII. 18, 17.)
{I) Talit lapidem qnem eapponorat capiti eno et erexit iu Citalnin, fnadena olcnm desaper. (Qeii. xzxiil, tS.)
cam spatium cubitorum duorummilltum ut procul videre possùis^etnosse per quamviam ingrediammij et cavete ne appropinquetis ad eam (1).
Pour avoir le droit de toucher aux choses consacrées, il faut être consacré soi-même : les prêtres seuls pourront donc prendre Tarche pour la transporter d'un lieu à un autre; et malheur au téméraire qui, à Texeniple d'Oza, porterait sur elle une main profane : Ait ad sacerdotes : Tollite arcam fœderis (2).
Enfin , quand les combats de David ont affermi l'existence dlsraël dans la terre où le Seigneur l'avait introduit, le pacifique Salomon est appelée l'honneur d'élevrer à Jéhovah le temple de Jérusalem, une des plus grandes mer\'eilles du monde ancien. Après des années de labeurs, auxquels prirent part des milliers d'ouvriers mettant en œuvre les métaux, les pierreries, les bois précieux, le successeur de David fit la dédicace solennelle du temple, en un jour de fête religieuse et nationale dont tous les émouvants détails nous ont été conservés par les historiens sacrés. La fête que nous célébrons aujourd'hui, et son octave, sont comme un prolongement de cette grande consécration : Fecit ergo Salomon solemnitatem in tem-
(1) Jos. III, 4.
(2) Jos. III, G.
pore illo septem diebus, et omnis Israël cum eo: fecitque dit oclavo colleclam (1).
Au sein mf'me des nations idolâtres, la grande idée 'de !a consécration surnage au-dessus d'un océan d'erreurs.
Ces peuples inforlunésse trompent sur les questions fondamentales de l'unité et des allributs de Dieu, llsdéligurent laDîvînité; ilslafont k l'Imagée de leurs vices el de leurs passions; mais, nulle part, on ne lui conteste le droit de se réserver certains lieux, certains objets, certaines personnes, el de les placer sous la sauvegarde des sentiments les plus universellement respectés parmi les hommes.
L'Eglise chrétienne a repris, continué, épuré, complété toutes ces antiques traditions.
Elle aussi a ses lieux consacrés, ses personnes consacrées, ses objets consacrés. Rien de plus considérable, de plus majestueux, de plus imposant dans toute sa liturgie que les rites solennels employés par elle lorsqu'il s'agit de transférer de l'usage profane aux honneurs de la consécratidti les hommes ou les choses.
Ces églises où vous venez prier, échanger les serments de vos alliances, solliciter el recevoir le pardon de vos péchés, porter vos petits enfants
(1) Il Paralip. vn. S, 9.
poar leur procurer le bienfait de la régénération baptismale, conduire vos morts pour les recommander à l'infinie miséricorde et faire descendre sur leurs dépouilles une suprême et consolante bénédiction ; ces églises où se renouvelle chaque jour le sacrifice du Calvaire, perpétué dans le sacrifice mystérieux de nos autels ; ces autels sur lesquels est offerte la divine Victime ; ces prêtres qui se sont volontairement séparés des affaires, des espérances, des joies du siècle, pour être en même temps tout à Dieu et tout à vous ; ces vases d'or ou d'argent dont ils se servent pour accomplir d'ineffables mystères; ces linges ou ces ornements qu'ils emploient dans leurs augustes cérémonies : tout cela, mes bien chers Frères, a reçu le caractère de la consécration. Il est interdit à toute main profane de toucher ce calice ou cette pièce de toile sur laquelle sera placée la sainte Hostie. Pour en avoir le droit, il faudra qu'un homme ait été consacré lui-même, en faisant à Dieu le serment solennel d'être à lui pour l'éternité (1).
Quant à la fête que nous célébrons aujourd'hui, outre son sens liturgique général, elle a pour nous. Français, un sens historique et national. EUeestun souvenir à lafoistrès douloureux et très consolant.
(1) Les soQB-diacres seuls ont le droitf en yerta de leur ordination, de toacher les linges et les yases sacrés.
D'après le droit commun, fa dédicace d'une église doit se célébrer au jour anniversaire do sa consécraliou. La fête de la dédicace de notre vieille cathédrale d'Autun devrait donc se faire le 30décembre de chaque année: car ce fut le 30 décembre 1131 qu'elle reçut des mains du pape Innocent Il l'honneur de la consécration.
Cependant, une décision spéciale du Saint-Siège a fixé au même jour, c'est-à-dire au dimanclie qui suit l'octave de la Toussaint, la dédicace de toutes les égalises de France.
Quelle est la raison de cette dérogation à une règle universelle?
Elle nous rappelle d'abord, mes bien cher» Frères, celte période de près de dix années durant laquelle k plupart de nos églises furent fermées et profanées. II m'est impossible d'en^ trer dans le détail des attentats commis dans notre chère France, entre 1792 et 1802, contre Dieu, contre le christianisme, conlrel'Eglise catholique, se» ministres et ses fidèles. Cette lugubre et sanglante histoire se peut résumer en ce mot laconiqne du poète: ( Tout droit fut donné au crime».
Jusque datum Bcclcri (1),
Enfin, Dieu eut pitié de la France. Les monstres qui la dévoraient avaient uni par sontre-dévorer.
(1) Lnc. PAarj. i, 3.
On était faligué de ces proscriptions sans fin et de ces meurtres ininterrompus. Cette orgie d'impiété et d'homicide allait avoir un terme. Un jour vint où le gouvernement se rappela que la France était chrétienne, et qu'il était tenips de lui rendre la première et la plus nécessaire de toutes les libertés^ en rouvrant les lieux affectés à la prière et au culte.
Je ne puis jamais penser à ce jour, mes bienaimés Frères, sans ressentir au dedans de moimême quelques-unes des émotions profondes qui remplirent alors l'âme de nos grands-pères; et, à la distance de trois quarts de siècle, si je me recueille bien, il me semble entendre un lointain écho de ces cloches, depuis dix ans muettes, qui, d'un bout de la France à l'autre, des Pyrénées au Rhin (il était encore nôtre), et de l'Océan à la Méditerranée, saluèrent de leurs plus joyeuses volées la réouverture des églises et le retour delà liberté religieuse.
Enfin ! se dirent nos sueux, TaiTreux cauchemar est donc fini I Ils ont cessé de mentir et d'opprimer, ces hypocrites et cruels despotes qui, profanant les noms sacrés de liberté^ de justice, de fraternité, ont infligé à notre pauvre pays la plus déshonorante et la plus tyrannique des servitudes I . On pourra donc se montrer chrétien sans s'exposer à la prison, et fidèle enfant de l'Eglise sans être menacé de l'échafaudlNos églises nous sont
- i33 rendues! Trop longtemps employées à des usages vulgaires ou profauées par les saturnales sacrilèges de la déesse Raison et de ses déraisonnables adorateurs, elles vont retrouver l'honneur de leur antique consécration! Dieu va rentrer chez lui. Sa maison redeviendra la maison de la prière, dasacriGce, des saints pardons, des pieuses et bienfaisantes solennitésl Oui, chantons le Te Deum de la délivrance et de l'action de grSces t Voilà pourquoi, mes bien chers Frères, la fèto de la Dédicace de toutes les églises de France se célèbre le mùme jour.
Je pense que cesexemples empruntés aux diverses époques de l'histoire vous ont fait suQisamm^nt comprendre l'idée de la consécration.
Vous ne comprendrez pas moins aisément l'idée qui lui est corrélative, bien qu'elle soit avec elle dans un rapport de contraste et d'opposition absolue, je veux dire la profanation,
La consécration, avons-nous dit, c'est le droit de Dieu d'affirmer son souverain domaine on mettant à part, en réservant pour son service exclusif tels lieux, tels objets, telles personnes.
La profanation, c'est le mépris de cetLo réserve sacrée ;
C'est la négation outrageuse de ce droit souverain ;
C'est, au plus haut degré, Tinsolence sacrilège s'attaquant directement à la majesté et à la sainteté de rÉtre suprême.
De là rhorreur particulière que ce crime a toujours inspirée, de là les peines terribles dont il a toujours été puni.
Je n'ai point à faire ici un cours de législation canonique, etpar conséquent je ne vous citerai pas, dans le détail, toutes les lois faites par l^glise^ soit pour protéger les personnes ou les choses consacrées à Dieu, soit pour infliger aux profanateurs des châtiments redoutables et redoutés.
Depuis les capitulaires de Charlemagne (1) jusqu'à la bulle Apostolices sedis de Pie IX, la législation ecclésiastique n'a pas varié. Partout et toujours, ceux qui ont eu le malheur de porter des mains sacrilèges sur les personnes consacrées au service de Dieu, ou d'envahir par la force les domaines affectés à l'habitation de ces personnes, ont été frappés de cette sentence de Texcommunication qui paraissait si justement terrible à nos pères (2). Et devant ce crime, l'Église, dans sa
(1) Scimns res EcclesisB Deo esse saoratas ; qnapropter ai quis cas ab ecclesiis aufert, sacrileginm committit. (Capit. Oar. H.)
(2) Invasores reram ecclesiasticaram tanquam sacrilegi sont anathematl sapponendi. (Décret.)
juste el rigoureuse impartialité, ne faisait point acception de personnes. Agent subalterne ou grand personnage, ouvrier ou prince: peu lui importait; la profanation des choses saintes attirait sur les plus haut placés comme sur les plus humbles ses foudres spirituelles: Quant^ciimque dignitatis honore praifulgeant eo ipso excommunicationis sententix subjacere (1),
Malheureusement, dans un siècle où tout se discute, et où le vif et délicat seutîmenl des grandeurs de la foi et des droits de la religion s'est émoussé en beaucoup d'àmes, je crains que ces textes empruntés à l'ancienne législation canonique ne siitUsent pas à donner une juste idée du crime de la profanation el de l'horreur profonde qu'il inspirait à tous les chrétiens. On trouvera tout simple que l'Eglise ait défendu par les armes mises à sa disposition les droits dont elle avait la garde. Mais on n'en conclura pas nécessairement à l'abomination particulière du sacrilège qui consiste à méconnaître le caractère réservé des personnes et des choses affectées au service de Dieu.
II faut donc avoir recours à un autre argument. Je l'emprunte à un vieux texte de la loi des Douze Tables, inséré par Cicéron dans son Traité des Lots.
(1) 3* Concil. gêner. Lngdun. II. lî.
Ecoutez bien ceci, mes Frères : ce ne sont pas des auteurs cléricaux qui parlent; je cite le code païen de la vieille république romaine : « Que « les droits des dieux soient sacrés; et si quel* € qu'un porte la main sur une chose sainte ou <c sur une chose placée sous la garde d'une per- < sonne consacrée qu*il soit traité comme un € parricide (1). »
Vous avez entendu, mes Frères, et par là même vous avez compris.
S'il y a un crime qui , de l'aveu de tous, à tous les degrés de civilisation, depuis les peuples les plus policés jusqu'aux plus barbares, ait soulevé une réprobation unanime et une instinctive horreur, je pense que c'est le parricide.
Le langage ordinaire ne fournit pas d'exprèssions suffisantes pour rendre tous les sentiments que le seul nom de ce crime fait nattre dans une âme véritablement humaine.
C'est la négation outrageusenon seulement des droits, mais des instincts de la nature; c'est l'ingratitude dépassant toutes les bornes et devenant inonstrueuse ; c'est le forfait pour lequel, même encore en notre temps, la société épouvantée ajoute à l'expiation suprême un surcroît de honte et de
(1) Deorum jura sancta sunto. Sacrum sacrove oommendatnm qui clepserit ^, parhcida esto. (XII Tab. Cic. De LegihusJ)
* ClepserUt vieille Ibnne pour rajmetit.
ppinel Lo parricide esl loul cola, et il esl encore ce que ion ne peul pas dire, lanl il parait tipouvantable qu'un fils puisse jamais lever la maïn sur son père et le frapper!
Voulez-vous avoir une juste idée de l'horreur que les républicains de l'ancienne Rome avaient pour le crime des profanateurs des choses saintes? Relisez le texte de la loi des Douze Tables: poui' eux, profanateur et parricide, c'est tout un : Sacrum sacrove commendatum qui clepserit, parricida ESTO.
J'ai pu tout à l'heure, à l'aide d'exemples historiques, vous faire, pour ainsi dire, loucher du doigt l'idée de consécration.
Pour achever de vous expliquer en quoi consiste la profanation, j'userai de la mùmu méthode.
Mais le temps me presse, et je me bornerai à citer un seul fait, emprunté à l'histoire des Juifs du temps des Machabées. Voua ne tarderez pas à comprendre pour quels motifs j'ai dil être particulièrement frappé (le ce récit, et pourquoi j'ai voulu partager avec vous, mes klen-ainiés Frères, l'émotion profonde que j'aî ressentie en relisant, il y a peu de jours, celte page de nos livres saints (1).
Séleucus, roi de Syrie, avait entendu parler
Çl) 11' lirre Aes Mncbabées, (
des richesses accumulées dans le temple de Jérusalem, grâce aux pieuses libéralités des
Juifs.
Il forma aussitôt le dessein de s*en emparer, et donna l'ordre à Héliodore, un de ses ministres, de partir pour Jérusalem et de se rendre mattre du trésor.
Héliodore, arrivé dans la ville sainte, commença par voir le grand-prètre Onias, et lui exposa la mission dont l'avait chargé le roi.
Onias lui représenta que cet argent était déposé dans le temple pour la subsistance des veuves et des orphelins.
Passant outre à cette protestation, Héliodore répondit que les ordres du roi étaient formels et qu'ils seraient exécutés.
Pour s'emparer de ces trésors, il fallait entrer dans le lieu saint, dont l'accès n'était permis qu'aux lévites et aux prêtres. Héliodore était païen et ministre d'un prince païen. Jérusalem allait être le théâtre d'une douloureuse et scandaleuse profanation.
L'arrivée d'Héliodore et de ses soldats avait mis l'émoi dans la cité. Tous les bons citoyens, tous les fidèles adorateurs du vrai Dieu étaient dans le frémissement, à la pensée du crime qui allait être commis : Noiimodica per universam civitatem erat trepidatio.
Les prêtres, revêtus de leurs habits sacerdotaux.
s'étaient rendus dans le lemple, en grand nombre, d'abord pour prier devant l'autel, — sacerdotes antealtare jactmerunt se, — puis, pour entourer de leur fidèle et affectueux dévouement leur chef, le grand-prètre Onias, auquel allait s'imposer, en cette heure critique, le péril et l'honneur de fa résistance.
Nul ne pouvait reg^arder Onias sans éprouver une profonde douleur! tant la pâleur de son visage, l'altération de ses traits, l'horreur dont il paraissait saisi, rendaient témoignage de la hlessure ÏDtïme de son âme sacerdotale: Faciès et color immutatus declarabat intemum animi dolorem. Manifestus aspicietUibus dolor cordis ejus efficiebatur.
Mais ces religieuses émotions n'étaient pas concentrées uniquement dans le temple. C'était la cité tout entière qui était en proie à la stupeur en présence de l'audace sacrilège des profanateurs.
Ici, c'étaient des groupes de bons citoyens, conjurant Dieu publiquement de ne pas permettre que la sainteté de son sanctuaire fût violée: Alii gref/atim de.domibm confluebant, publica supplicatione obsecrantes pro eo çuod in coiitempium locus esset venturus.
Lft, c'étaient des femmes qui accouraient: les unes remplissaient les places de la ville ; les autres se dirigeaient vers le temple pour se trouver près du grand-prêtre; d'autres enfin se tenaient soilsur
les murailles, soit aux fenêtres des maisons '.toutes faisaient entendre de déchirantes supplications, en levant leurs mains au ciel : Universm protenderUes manus in cœlum deprecabantur.
Rien n'était navrant comme l'attente angoissée de cette foule et l'attitude du grand-prêtre s' apprêtant à combattre les saints combats de la justice : Erat misera commistio mulHtudinis et magni sacerdolisin agone constituti exspectatio.
Mais rien n'arrête Héliodore. Il faut qu'il exécute ses décrets : il marche en avant avec ses satellites : Heliodorus autem, quod decreverat^ perfideiat ipse cum satellitibus,
• Toutefois, au moment même où le sacrilège allait forcer la porte du sanctuaire , Dieu fit éclater sa puissance par un prodige qui frappa de terreur tous les envahisseurs. On vit tout d'un coup apparaître, monté sur un cheval couvert d'ornements magnifiques^ un guerrier à l'aspect terrible. Ses armes paraissent être en or. Près de lui, se tenaient deux jeunes hommes pleins de force et de beauté, richement vêtus, qui frappèrent Héliodore à coups redoublés. Il fallut emporter le profanateur hors de l'enceinte du temple. Il était sans parole, sans mouvement, sans vie. La foule poussait des cris d'allégresse devant cette manifestation de la protection du Seigneur sur la maison qui était consacrée.
Cependant Onias, le cœur plein de charité et de
compassion, oiTraiL le sacrilîco du aalut pour le misérablti fléliodore et obLenail qu'il fût rappelé à l»vie; Summus sacerdos obtuHtpro salute viri hoatiam salutaretn.
Peu de jours après, Héliodore, revenu près du roi, lui faisait la relation de tous ces événements; et comme Séicucus lui demandait à qui pourrait être confiée la mission d'aller à Jérusalem et d'en rapporter le trésor du Temple, Héliodore lui répondit : (I Si vous avez quelque imnemi; si vous < voulez vous venger de quelque traître, vous « n'avez qu'à l'envoyer là-bas, d'où il reviendra « bien llage]Ié,si tant estqu'ilen sorte sain el sauf; « car il y a vraiment là une vertu de Dieu qui « tiabite on ce lieu, dont il est le protecteur et le a gardien. Il frappe el il perd tous ceux qui s'y c introduisent pour faire le mal : » Ipse visitator et adjutor est loci illim; et venientes ad mate facier^ dum percutit ac perdit (1).
Nous aussi, mes bicn-aimés Frères, nous avons été mêlés à des scènes douloureuses. Je n'ai point à vous en rappeler les détails si profondément gravés dans toutes les mémoires.
Oo pourrait demander, il est vrai, pourquoi Dieu n'a pas protégé visiblement les lieux et les personnes qui lui étaient consacrés, comme il le fît au temps du grand-prètrc Onias.
(i;. II Ukcb. ut, 39.
Mgr Pcmud. — Œuvres, t. III.
11 ne nous appartient pas, mes bien chers Frères, de scruter les mystérieuses raisons de ia conduite de la Providence. Ici, elle a du premier coup arrêté et puni les profanateurs ; là, elle a laissé se consommer l'œuvre sacrilège et n*est point intervenue pour défendre les siens.
Il faut adorer en silence, se soumettre sans hiurmure, accepter courageusement Fépreuve, et chercher dans un surcroît de foi et d'espérance un surcroît de courage.
Et cependant, l'épreuve est bien dure ! Je regarde ce sanctuaire et j'y vois un grand vide^ comme j'en sens un dans mon cœur. Je n*aî jamais mieux compris que depuis dix jours la douleur de cet empereur romain qui, après un désastre subi par ses armes en Germanie, parcourait les vastes salles de son palais et répétait en gémissant ce cri plaintif: a: Varus, rends-moi mes légions! j>
Moi aussi, je serais tenté de dire : Rendez-moi cette légion de l'apostolat qui se préparait ici^ dans le silence, le travail et la prière, à sa sublime et sainte mission.
Quel mal vous faisait-elle? Quel préjudice vous causaient ces jeunes hommes dont Tunique ambition était de porter au loin TEvangile du Christ, et d'étendre cette œuvre de civilisation à laquelle la France a toujours travaillé avec tant de dévouement? Aveuglement de la passion et de la haine !
Elles ont passé comme une tempfcle sur noire malbeurous pays, et maintenant nous pleurons (levant des ruines !
Nous pleurons, mes bien-aimés Frferosl mais aussi nous sommes consolés! Comme les prêtres ■cl le peuple fidèle qui entouraient Onias au jour où un lléliodore osait porter une main sacrilège sur les trésors du temple, vous m'avez entouré. Je n'étais pas seul à prier, à souffrir, à lutter! Vous avez partagé ma douleur. Vous avez élé dociles h mes instantes recommandations, et, Dieu merci, de notre côté, du côté de ceus qui combattaient pour la justice, il n'y a eu ni un mot ni un geste répréhensibles. Du commencement à la fin de ce drame, vous avez représenté la majesté de la faiblesse qui cède à la violence, mais qui la domine aussi de toute la hauteur de son droit,
0 vous qui, en cette douloureuse et solennelle circonstance, vous êtes montrés pour les proscrits des amis si fidèles;
Vous qui les avez salués de vos plus généreuses acclamations;
Vous qui, dans les derniers moments de cette épreuve, avez fait à votre évèque un cortège de filiales sympathies, dont te souvenir demeure k jamais gravé dans son cœur;
Vous qui avez ainsi vengé l'Iionneui* de notre cité et préludé par cette réparation à la justice de Dieu;
Recevez, avec ma reconnaissance, celle de nos chers exilés, et, dans la bénédiction que je vais vous donner, leurs meilleurs souvenirs unis à mes vœux les plus paternels !
LETTRE PASTORALE
3. B- le Cardinal ArcheTÈqoe de Lyos, da NoaaeigneniB les ATChereqncB d'AioBB, Aix, Aviqnon, et de Nc>s«eigiieiirB les ÉTSqoeedeDuoN, Moulins, Obbnoble, Bel leï.Ma&setlle, Tabestaisk, Montpellier, àutun, Valence, NIubb, Dt-
GHI, FsàjUS, SAIKT'JRAK-DE-UAITBIENNE, 'Vn*IERB, Lan-
oKBB, Ajaccio, Niob, Annrcy, Ooan, SAiNT-CLAm>B(éUat vBCAQtB les Sièges de CHAKoéRT et de Qap)
AC aERGÊ ET kV\ FIDÈLES l)E LEURS DIOCÈSES
poob eeoouuandbb a lbtjb kèle et a leve charitâ
les facultes catholiqubb
Atablibb dans la villg de ltoh (1)
(8 déceubbe mdoccl5sx)
Nos TRÈS CIIERS FrÈRKS,
Quatre ans se sont écoulés depuis le jour où vingt-cinq Archevêques et Evf-qoes, réunis pour Fonder l'Université Catholique de Lyon, faisaient
(I) Dans l'aMemblée générale des EvSqacs tenue k l'arohertcbé de LyoD au mois de novembre ISSO, la rédaction de ce document fol confiée à Mgr l'EvSqiie d'Antuii.
appel à votre zèle et à votre charité, et vous demandaient de les seconder dans cette grande entreprise.
Une loi de justice venait enfin de répondre aux vœux unanimes et aux persévérants efforts des catholiques de France/Après plus de quarante-cinq ans de discussions publiques et de luttes parlementaires, ils avaient rallié à leurs légitimes revendications tous les partisans sincères .de la liberté, laquelle, limitée jusque-là aux deux degrés inférieurs de renseignement, recevait enfin de la loi de 1870, sinon toutes ses applications logiques et désirables, du moins une suffisante et honorable consécration. L'enseignement supérieur pouvait se constituer, en dehors du monopole de PEtat, conformément aux droits de la conscience et aux VŒUX toujours si respectables des pères de famille.
Au lendemain même du jour où cette importante conquête récompensait les efforts du passé et rendait possibles les fondations de l'avenir, une généreuse initiative, bénie par Mgr Ginoulhiac, de savante et pieuse mémoire, secondée et dirigée par son dévoué et sage auxiliaire (1), dotait la ville de Lyon d'une Faculté libre de Droit. C'était comme la première assise du grand édifice qui
(1) Mgr Thibaudier, évêque de Sidonie» aajonrd'hai évèqae de SoiBSons.
d«vtiît s'élever si rapîdomenl, grâce : votre foi el dp voire générosité.
A |>eino, en eiTet, celte Ecole de Droit était-elle conslituéi?, el avail-elle groupé autour d'elle un nombre relalivenienl considérahlc d'étudiants, que dfux jMiIros Fatuités étaient étahlies pour l'enseigaenient supérieur des Lettres et des Sciences. Dans le courant de l'année 1877, toutes les conditions exigées par la loi d'^ I87fj étant remplies, nous avions la satisfaction bien légitime de donner à l'œuvre naissante le nom d' « Université Catholique de Lyon ». Nous pouvions dés lors, sans présomplion comme sans crainte, présenter au Jury mi.\le les jeunes gens confiés par leurs familles aux savantes leçons el aux sollicitudes vraiment paternelles de nos professeurs. Leurs premiers succès ne firent pas moins d'honneur à. la capacité de leurs maîtres qu'à l'imparlialité de leurs juges, en même temps qu'ils furent une récompense de leur assiduité au travail fi un puissant encouragement pour tous les bienfaiteurs de la nouvelle Université.
Un peu plus tard, en 1878, une Ecole supérieure de Théologie s'ajoutait aux fondations précédentes. Vivante affirmation du caractère profondément catholique de l'enseignement donné dans les trois branchesduDroit, des Lettres et des Sciences, l'Ecole supérieure de Théologie reliait visiblement le présent au passé, et faisait revivre le souvenir
de ces grandes Ecoles qui avaient jeté un si vif éclat et exercé une si heureuse influence sur Taciivité intellectuelle de l'ancienne France.
Contemporaine des dernières années de Pie IX, l'Université Catholique de Lyon, encore au berceau, avait reçu du vénérable et saint Pontife les témoignages de la plus sympathique bienveillance. Son digne successeur^ Léon XIII, ne se montra moins bien disposé à Tégard de Tœuvre nouvelle ; et, à diverses reprises, ce Pape si zélé pour les progrès de la science fit savoir, soit à l'Ëminentissime Cardinal dans le diocèse et sous le patronage immédiat duquel nos Facultés sont établies, soit au pieux et savant Prélat que nous avons préposé, en qualité de Recteur, au gouvernement de noire Université, quels vœux il formait pour le plein succès de noire entreprise et pour son entier achèvement.
Ainsi, N. T. C. F., ni les bénédictions de Dieu et de son auguste représentant sur la terre, ni rinlelligent et dévoué concours du clergé et des fidèles, dans les diocèses associés pour oette fondation, ne lui ont fait défaut jusqu'à ce jour. Grâce à des secours si précieux, nous avons pu, sans imprudente témérité, fonder successivement trente-cinq chaires, pour la Théologie, le Droit, les Lettres et les Sciences, et constituer ce haut enseignement dans les conditions les plus sérieuses : telles, nous ne craignons pas de le dire,
qu'eîloB pUBSent défier la critique de noa émules, en nous altîrant de plus en plus la confiante cl active coopération de noa amis.
Il ne vous sera pas difficile de comprendre, N. T. C. F., qu'une entreprise aussi vaste ne pouvait se créer et s'organiser sans d'énormes dépenses. Les frais du premier étahlissement ae sont élevés à un chiffre considérable. La seule installation de notre Faculté des Sciences nous a imposé les sacrifices les plus onéreux : sacrifices singulièrement compensés d'ailleurs par la réputation qu'elle nous a méritée auprès de tous les hommes compétents, et par les heureux résultats qu'elle nous a déjà, permis d'obtenir f 1)-
A cet égard, nous ne saurions trop vous rappeler combien l'invasion toujours croissante des doctrines positivistes , matérialistes ou athées, dans le domaine des sciences, impose aux catholiques l'obligation impérieuse d'élever une digue capable d'arrêter les ravages de ce torrent dévastateur, Une désolante di'monstration commence, hélas ! k s'en faire, suus nos yeus. Déjà nous voyons ce que peut devenir une société, lorsque les principes élémentaires et tutélaires de l'existence de Dieu, delà spiritualité et de l'immorta-
(t) Voix, pont les détails financière et pédagogiques, la nete a fUcalive qui Ibnne l'appendice de cette Lettre paitortde.
Uté de l'âme, de la sanction finale de la loi morale, sont livrés en proie auxsophismes surexcités par les passions.
Aidez-nous donc, N. T. CF., à faire un effort plus décisif. Notre œuvre n'est qu'à ses débuts, et c'est parce que nous attendons d'elle de grandes choses que nous sollicitons hardiment de vous de grands dévouements.
Elle ne sera vraiment complète que lorsque nous aurons pu ajouter, aux Facultés qu'elle possède déjà, celle Ecole libre de Médecine que tant de vœux appellent, et qui doit répondre à une des plus pressantes nécessités de notre temps, en travaillant à écarter de la science médicale le matérialisme qui la déshonorerait s'il parvenait à Tenvahir.
Il n'est guère moins urgent, croyez-le bien, de ^soustraire à ces mêmes fatales influences le haut enseignement du Droit et des Lettres. 11 est aisé de voir, en effet, où conduirait l'esprit d'irréligion .systématique, si le besoin maladif de proscrire le sentiment religieux, sous quelque forme qu'il s'affirme, devenait jamais le motif à peu près unique de modifier les lois. Pour exalter plus librement les droits de l'homme, on travaillerait ainsi sans relâche à saper par la base les droits de Dieu, unique fondement de la responsabilité morale, garantie unique de la paix des cons^
cienccs. delà prospérité des familles, do la stabililé dea Etats.
Quant 11 la littérature, vous ne pouvez pas' ignorer, N. T. C. F., que, suivant les principes dont elle s'inspire, elle devient presque nécessairement un élément de civilisation ou une cause certaine de corruption et de décadence. « Les mauvais entretiens gâtent les mœurs n, avait dit un poète antique, cité etapprouvé par l'apôtre saint Paul (1). Elst-il nécessaire de vous apprendre à quel degré de dévergondage et d'abjection descend parmi nous l'art d'écrire. e.sploîlÔ par une presse dont l'audace augmente la popularité, et dont la popularité surexcite l'audace ? Romans corrupteurs, apologies éliontées des révolutions les plus criminelles, exploitation quotidienne des instincts les plus vils et les plus méprisables, cyniques appels aux plus détestables passions: n'est-ce pas hélas l sous ces tristes et menaçants aspects que se présente à nous cette puissance de la littérature à laquelle nous étions redevables de quelques-unes de nos meilleures gloires nationales, tandis qu'à cette heure le génie du mal s'en sert avec le plus désolant succès pour asservir, en les dépravant,
(i) *tiifvrn ni» zf""" «V'A/ai Kcniù. (Ménaodre.) Kolite Mdnci : Corrnmpnnt morea bonoscolloqain mais. (I Cor. XV, 33.)
nos jeunes générations, et consommer dans le triomphe de lalicencelaruinecerlainede la liberté?
Gardez-vous donc, N. T. C. F., de penser et de dire que l'établissement de nos Ecoles d'enseignement supérieur ne concerne que le petit nombre des familles assez favorisées des dons de la fortune pour permettre à leurs enfants de suivre les oarrières privilégiées de la magistrature, du barreau, delà médecine, de l'enseignement, ou de se consacrer à Tétude indépendante des lettres et des sciences. Nous vous le répétons: il s'agit ici d'un intérêt social ; et cette question n'engage rien moins que la résurrection ou la ruine de la France. D. faudrait être bien aveugle pour ne pas comprendre la portée d'un tel problème, et bien égoïste pour n^en être pas profondément ému.
Nous nous bâtons toutefois d'ajouter, pour l'honneur de notre pays, que dans les diverses régions où l'initiative des Evêques a fondé ces grands centres d'enseignement supérieur, les familles catholiques ne sont pas demeurées indifiérentes. Non seulement elles ont contribué par des dons généreux aux dépenses exigées par ces établissements, — elles ont fait mieux encore: elles ont commencé à nous confier leurs fils ; et un de nos plus solides motifs d'espérance pour l'avenir vient de la progression satisfaisante que nous constatons, soit dans le nombre des étudiants inscrits pour suivre les cours de nos Facultés libres, soit dans les
résultats des examens publics qui consacrent et récompensent leur travail.
Mais l'éprouve, qui est le caractère des œuvres voulues de Dieu, ne pouvait manquer ànos Facultés naissantes.
La loi de 187K, conçue dans un esprit vraiment loyal et libéral, avait à peine commencé ij'ëtre appliquée. Une émulation salutaire s'emparait des esprits dans les deux sphi^rea de l'enseignement officiel et de l'enseignement libre. Les représentants de l'Université de l'Etat convenaient euxmêmes qu'elle avait tout à gagner et rien à perdre dans un système de concurrence uniquement fait pour améliorer les méthodes et communiquer aux Professeurs et aux élèves la généreuse ardeur de se devancer les uns les autres dans la carrière des grandes études. Tout le monde constatait que, sans être parfaite, l'institution du Jury mixte donnait une certaine satisfaction aux droits de l'enseignement libre, et n'enlevait rien à la prérogative de l'Etat par rapport à la collation des grades. En un mot, les conditions les meilleures sembleùent environner cet essai de pratique sincère d une liberté à la conquête de laquelle il avait fallu travailler sans relâche pendant près d'un demi-siècle.
Malheureusement il n'en a pas été ainsi, et nous rappelons ici, sans découragement comme sans
amerlumc contre les personnes, ce qui s'est passé et ce que nul d'entre vous ne peut ignorer.
La loi si équitable de 1875 a été rapportée en partie; le jury mixte a été supprimé; la gratuité des inscriptions dans les Facultés de TEtat a entraîné par une conséquence inévitable la gratuité des inscriptions dans les Facultés libres^ et nous a tout d'un coup privés de la partie de nos ressources que nous regardions avec raison comme la plus inattaquable, puisqu'elle était la rémunération du travail, et devait grandir avec le succès de notre œuvre et proportionnellement à Taccroissement du nombre de nos élèves. On a été jusqu'à nous enlever ce titre à^ Université qui n^était en réalité qu'une restitution faite à l'Eglise, première et antique propriétaire de ce titre, première et antique fondatrice do ce haut enseignement.
Nous sortons des scrutins sous lesquels la loi de 1875 a succombé, comme un navire sort d'une tempête violente à laquelle il a dû faire le sacrifice d'une partie considérable de ses voiles, de ses agrès et de ses mâts. — Et cependant, nous n'avons pas fait naufrage. Nos Facultés sont mutilées, mais elles vivent. Les passions mêmes qui leur ont porté les coups les plus violents ajoutent une nouvelle puissance de démonstration à nos précédentes exhortations : oui, en vérité, plus on a voulu faire et plus on a fait de mal au grand enseignement donné, sous le patronage de TEglise, à
ces jeunes hommes qui, dans dis ans. auront leur jusle pari d'inOuenro sur lus ali'aiies publiques, plus il est d'une évidente nécessilé de seconder et de développer cet enseignement; plus nous avons le dtivoir d'intéresser sur ce point la conscience des familles; plus nous avons le droit de compter sur leur courageuse et persévérante coopération.
Dieu merci ! les épreuves ne font peur qu'aux lâches, et la vaillance do gens de cœur grandit avec le danger. Quand la lutte devient plus ardente autour d'un drapeau, l'audace de ceux qui l'attaquent provoque l'héroïsme de ceux qui le défendent. Permettez-nous d'espérer, N. T. C. F., qu'il en sera ainsi parmi les catholiques de France, et qu'une fois de plus se réalisera par eux et pour eux la consolante parole de l'apôtre saint Paul : « De ces trièulatioris et de ces épreuves. Dieu nous fera tirer 7iotre profit (i] ».
Nous n'ignorons pas qu'à celle heure, votre charilé est sollicitée cl presque surmenée par une multitude d'oeuvres: les Ecoles primaires congreganïales k rétablir el à soutenir partout où elles sool supprimées; les religieux expulsés à aider dans leur dispersion et dans leur cxtl : ce sontdes charges bien lourdes dont le fardeau pèse toujours sur les mêmes épaules. Ce serait un grand mal-
(I) 1 Coi., X. 13.
heur, toutefois, et nous osons ajouter une erreur et une faute irréparables, de laisser tomber nos Institutions libres d'enseignement supérieur. L'ennemi essaie d'en avoir raison par la famine dont il semble attendre plus d'efficacité que de la violence. C'est à nous de déjouer cette tactique en continuant de pourvoir aux besoins de ces Institutions jusqu'à ce que leur avenir soit complètement assuré.
D'un calcul fait récemment par le prêtre intelligent et zélé auquel l'Eminentissime Cardinal Archevêque de Lyon a spécialement confié, avec l'agrément de rassemblée des Evêques, une mission que nous pourrions appeler « l'apostolat des souscriptions » en faveur de nos Facultés (1), il résulte que si, dans les vingt-six diocèses (2 ),'associés pour cette grande entreprise, chaque habitant contribuait pour cinq centimes par an aux dépenses de nos Facultés catholiques, non seulement leurs services annuels seraient assurés, mais nous réaliserions, dans une période de courte durée, les capitaux nécessairespour une fondation permanente.
(1) M. l'abbé Wedrjchowski, précédemment yioaire à Saint- Pothin, maintenant exclusivement chargé de quêter pour les Facultés catholiques dans le diocèse de Lyon et dans tous les diocèses de la circonscription où il y sera autorisé par TOrdinaire.
(2) Le diocèse de Nice fait partie de la région universitaire depuis 1878 seulement.
Il est vrai que parmi ces dinctses, quelques-uns ne peuvenl nous aider que iJc leurs prières, el que les populations de quelques aulros sont dans un état de pauvrcl^^ relative, qui ne nous permet pas d'attendre d'elles un concours hien efficace.
Mais en revanche, dans la plupart des autres diocèses, combien de familles pourraienlai.sément, sans se ri^-duire k la gfme el en ne s'imposant le sacrifice que d'un peu de superflu, répondre gênéreusemenl à noire appel, el nous aider à construire sur de solides fondements colle forteresse scientifique de la Cité de Dieu que nous voudrions rendre inexpugnable ans assauts des enfants des hommes! Déjà, outre les munificences exceptionnelles qui, dans notre circonscription universitaire comme dans le nord el dans l'ouest de la Franco, ont fourni du premier coup d'importants capitaux de fondation, sans lesquels les dépenses de premier établissement eussent été impossibles^, on a pu organiser avec succès, dans la ville et dans le diocèse de Lyon, des souscriptions par annuités, promises pour plusieurs années. Les souscriptions sont mises à la portée de toutes les fortunes, el vont de 25 à l,OUO francs et au-dessus.
Enfin, pour permollre aux petites bourses de ne pas demeurer étrangères à une œuvre d'un intérêt si universellement social et religieux, on a également, dans un certain nombre de paroisses, formé des groupes de dîznines, versonl cliacune
Ugi PJtKBAUD. — ŒurrcB, t. 111. 1"
une coiisalion annuelle de 20 fr., ce qui fixe au chiffre très modique de 2 fr. par an la part de chaque souscripteur. Cette forme de souscription peut s'établir facilement partout: dans les paroisses, dans les maisons d'éducation, dans les congrégations pieuses; et ces dizaines accumulées pourraient à la longue assurer à notre Œuvre des revenus annuels considérables, sans imposer aux souscripteurs d'autre charge que celle d'une très légère aumône.
Vous le voyez, N. T. CF., nous ne voulons exclure personne de Teffort collectif auquel nous venons vous convier. Notre désir est, au contraire, d^étendre le plus possible et de mettre à la portée du plus grand nombre cette coalition pacifique de dévouements et de sacrifices, seule capable de sauver nos institutions naissantes d'enseignement supérieur, et de garantir par elles à la jeunesse de notre pays le triple bienfait d'une éducation virile, patriotique et chrétienne;
Vous comprendrez, N. T. C. F., le langage de vos premiers Pasteurs, Vous ferez honneur à leur confiance. Votre piété, votre zèle, voire charité généreuse sauront répondre à leur appel.
Notre présente Lettre Pastorale sera lue dans toutes les Eglises et Chapelles de nos Diocèses le Dimanche qui en suivra la réception.
r En la fêle (le l'Immaculéc-Cunceptior
de ]a très
sainte Vierge, le 8 décembre de l'andegiàce 1880.
•f Cardinal Cavebot, Archevêque de
Lyon et de
Vienne.
, "i* Charles, Archevêque (C Alger.
■f XvGVStiy, Archevêque (TAix.
■f Fhasçois-Euouaru, Archevêque (fA
vignon.
■J- François, Evêque de Dijon.
-J- PiEHRE, Evêque de Moulins.
•f- Ahmand- Joseph, Evêque de Grenoble. \
-i" Pierre, Bvèque de Bella.
•f Loms, Evêque de Marseille.
•^ Charles-François, Evêque de Tarentaise.
■J- François-Marie-Anatole, Evêque
de Mont-
pellier.
f Adolphe-Louis, Lï'^i/ue iCAulim,
Chahn et
Mâeon.
•f- Cak^ws, Evêque de Valence.
•J- Louis, Evêque de Nîmes.
■}■ Ange, Evêque de Digne.
f Ferdinand, Evêqi.e de Fréjus.
f MicuEL, Evêque de Saint-Jean-de-Maunenne.
■{■ Frédéric, Evêque de Viviers.
■f Guillaume-Marie-Frédériu, Evi^f/uf,
de Lanrjres.
■f- Paul, Eoêqite d'Ajaccio.
"t- MATTHiEU-VicTOR.Êy^îUcrfeiVice.
■^ Louis, Evêque d'Annecy.
■^ Etiekne, Evêque d'Oran.
t "i" César- Joseph, Evêque de Saint-Claude.