‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 12 sur 44 · ADRESSE · texte numérisé non relu

ADRESSE

DBB 0BLA.T8 DU 800LÂBTI0ÂT, A MOB PBBBÂUD,

AvAqub D'AUTUN.

Irlande, Dablin, Inchicore Hoose, le 9 noTombre 1880.

Monseigneur,

Nous venons à peine d'arriver sur le sol irlandais, et nos cœurs éprouvent le besoin de se retourner vers la ville d'Autun, notre patrie, et vers celui que nous appellerons toujours, de loin comme de près, notre père bien-aimé.

Les liens qui nous rattachaient à votre ville épiscopale, et surtout à Votre Grandeur, étaient déjà si nombreux et si étroits! Ces liens, depuis quelques mois, se sont multipliés encore et resserrés davantage.

C'était en 1862. Les Oblats de Marie pleuraient inconsolables sur la tombe de leur vénéré fonda-

leur. Ce fui alors que Mgr de Marguerye, de douce mémoire, nous ouvrit les portes de son diocèse. Par ses soins, nous pûmes acquérir ie monastère du Sacré-Cœur, vraie relique de sainte Chantai, riche des souvenirs les plus Louchants.

Là, nous avons passé dix-huit ans à étudier et à prier ; de là, sont sortis de nombreux missionnaires qui sont aujourd'hui répandus sur toutes les plages du monde.

Qu'il nous élait doux de fraterniser avec votre clergé d'Aulun, si bon, si pieux, si cordial! de confondre nos rangs, aux grandes solennités de la Cathédrale, avec les rangs de vos séminaristes, pour ne former autour de votre trône qu'une seule et même famille ;d'ètre, à la fêle de saint Lazare, la garde d'honneur de l'ami de Jésus, de porter ses reliques et de chanter ses louanges; de voir, aux beaux jours de l'ordination, nos missionnaires recevoir de vos mains l'onction sacrée et devenir vos fils par le sacerdoce, avant d'aller porter l'Evangile aux nations lointaines !

Ces lions étaient étroits. Mais ils se sont resserrés davantage encore pendant ces jours oil la persécution nous a frappés.

On & dit quelquefois d'un homme qu'il fut a fort comme lediamant et tendre commeune mère». Vous avez su mêler dans ces circonstances et cette force et cette tendresse.

Oui, Monseigneur, si vous avez montré, selon

Ja parole de l'Ecriture, un visage terrible, «r ut adamantem dedi faciem tuam (4) » , devant les hommes impies qui ont tremblé sous votre regard, qui se sont sentis écrasés par votre parole défendant les droits sacrés de la liberté, et jetant l'anathème, vous avez eu pour nous, le mot est vrai, des tendresses de mère. Vous avez été au milieu de nous pendant les heures de cruelle attente. Vous étiez là au moment de l'exécution fatale, nous consolant, nous bénissant, nous fortifiant.

De cette terre dlrlande, où nous avons reçu hier le plus chaleureux accueil, laissez-nous vous dire qu'à jamais nous serons vôtres. Aussi bien, nous ne nous sommes séparés que pour un instant. Nous prierons pour que la France retrouve la paix et l'Eglise sa liberté.

Alors nous reviendrons vers vous, nous rentrerons avec joie dans votre diocèse et nous serons de nouveau l'objet de votre paternelle bienveillance.

En attendant, nous ne cesserons d'être unis; vos joies seront nos joies, vos douleurs nos douleurs ; et si jamais la persécution montait jusqu'à vous,nous serions tous des membres souffrant avec leur tète.

Daignez agréer, Monseigneur, l'expression de notre reconnaissance et de notre piété filiale, et bénir, dans son exil, le Scolasticat des Oblats de Marie.

(1) Ezech. III, 9.

CO^SÉCRAT10N ET PIIOFANAIION

PBOHONCâ A LA OATHiDRALB B JOUB DK LA PâTB DB LA DBDIOACH

i II NOVEMBRE KUCCOLXIX)

Vere DvmiAvi eut in lact iito; ne* M' kie aliud, niai demm Del r, porta eali.

a Le Ueigceur est vraiment ici ;lu lieu u'eit pui autre chose que la mai «on de Dieu et 1b porte du ciel, i (Ocn, xxviii, 16, 17.)

UkS bien CIIEIIS Fhëhes,

Ces paroles de Jacob, rapportées par le livre de la Genèse, vous disent lout l'esprit de la félc que nous célébrons aujourd'hui ; c'est la fèlc de la Dédicace ou de ta consécration de toutes les églises dé Fi-ance.

Cette fête se rattache à une idée ancienne comme la religion, c'est-à-dire ancienne comme le monde.

Dans tousles temps, chez tous les peuples, cette idée s'est toujours présentée sous deux aspects, corrélatifis Tun de l'autre.

1^ Le droit souverain de la Divinité de mettre à part, de réserver, de soustraire à des usages profanes, de placer sous la sauvegarde d'un sentiment et d'un respect tout religieux tels lieux, tels objets, telles personnes:

C'est cequi s'est toujours appelé la consécration,

2^ Le crime particulièrement grave, abominable, exécré chez tous les peuples, même ceux qui s'élèvent à peine au-dessus de la barbarie, crime qui consiste à ne tenir aucun compte de cette réserve et à porter une atteinte directe aux droits souverains de la Divinité, en violant le caractère sacré des personnes, des objets, des lieux qu'elle a plus spécialement affectés à son service :

C'est ce qui s'est toujours appelé la profanation.

Je me propose de vous expliquer ces deux idées. Je pourrais ainsi rattacher h une des plus grandes questions de la théologie et de l'histoire des civilisations les sentiments dont mon âme est pénétrée :

Sentiments de douleur en présence des événements qui affligent si profondément en ces jours l'Église de France ;

— nn —

Senlimenls de joie surnalu relie et de reconnaissance pour l'atliludc que vous avez eue en un jour de lugubre et ineffaçable souvenir (1).

Plus nous sommes éprouvés et consternés, mes hien-aimés Frères, plus il nous faut chercherdans l'échange des pensées el des senlimenls de noire commune foi les seules vérilables consolations: Simul comolari in vobis per eam qusB inmeem esl^ fidem vestram alqiie meam (3).

An lieu de procéder par définitions abstraites pour analyser avec vous l'idée de consêr^ration, j'espère vous la faire mieux saisir à l'aide de quelques souvenirs historiques.

Si je voulais remonter k l'origine même du genre humain, je trouverais comme un prélude de la loi de la consécration dans la réserve dont Dieu voulut entourer un des arbres du Paradis terrestre.

L^œuvre créatrice était achevée, Adam avait été établi le roi de ce monde. Sorti des mains du Tuut-Puissant et enrichi des dons de sa mum-

(l) L'ncpuUion des Oblats d'Autuii i oovembrc.

Mgr Pkbbaud. — Œuvre», t. in.

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