ET ANNONÇANT LB PROCHAIN DÉPART
DE MONSEIGNEUR L'ÉYÊQUB D'AUTUN POUR BOMB
(24 OCTOBRE MDCCCLXXXI)
Nos TRÈS CHERS FrÈRES,
Les travaux incessants de nos visites et de nos retraites pastorales ne nous ont pas permis jusqu'à ce jour de vous donner officiellement connaissance de l'Encyclique publiée le 29 juin dernier par Sa Sainteté le pape Léon XIII.
Nous venons aujourd'hui nous acquitter de ce devoir, et appeler votre attention sur les graves enseignements contenus dans le document pontifical.
Le rapide résumé que nous allons vous en présenter ne vous dispensera pas de le lire. Si nous nous permettons d'y ajouter une introduction de
quelques pages, c'est pour vous metlre k même d'en mieuK apprécier l'exceplionneUe imporlauce; c'esl afin de signaler une fois déplus à vulre admiration la sagesse de ce Paslcur suprême qui, semblable au père de famille loué par l'Évangile, n« se lasse pas de tirer de son trésor les vérités anciennes et d'en faire aux besoins les plus pressants de nos sociétés modernes l'applicalion la plus intelligente et la plus opportune: Pro/ert de l/iesaura suo nova et vêlera (1),
L'Encyclique Diuturman illud touche aux problèmes les plus délicats et les plus controversés parmi les hommes, car il y est Irailé du pouvoir politique, de son origine, de sa mission, de ses droits et de ses devoirs, des conditions dans lesquelles il impose le respect, mérite la cunliancc et garantit la stabilité des peuples ; ou hors desquelles au contraire il se déconsidère, s'afiTaiblit et prépare, avec sa propre ruine, celle des sociétés dont il avait mission de procurer la paix, la frrandeur et la sécurité.
Pour résoudre ces importantes el difficiles questions, le Souverain Pontife s'inspire de la science qai se réfère aux principes infaillibles de la foi «t dont les fondements s'appuient sur les « montagnes éternelles (2) ».
Il) Matth. :
^a) Fundnra
:liM. (Ts. 1.XXZT1, V, 1.)
' C*est-à-dire que^ dominant de toute la hauteur des principes révélés par Dieu lui-même les controverses purement humaines, il demeure dans cette sublime et sereine région des vérités qui sont applicables à tous les temps et à tous les lieux, sans dire un seul mot dont on puisse tirer ^arii, soit pour préconiser, soit pour dénigrer telle ou telle forme des constitutions politiques sous lesquelles ont vécu ou vivent encore les peuples civilisés.
Il nous sera facile, N. T. C. F., de nous mettre dans les mêmes conditions d'impartialité absolue ; et, comme le Saint-Père, c'est en apôtre, non en publiciste ou en homme d'État, que nous aborderons des questions sur lesquelles la morale chrétienne jetle cette pure et douce lumière qui ne peut offenser aucun regard.
« Chose étrange, a dit Tauteur de V Esprit des « /0/5, la religion chrétienne, qui ne semble avoir « d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore « notre bonheur dans celle-ci » (1).
Celte réflexion d'un philosophe peu suspect de partialité à l'égard de la religion qui a Dieu luimême pour auteur, l'Évangile pour code et rÉglise pour organe, ne s'applique pas seulement à nos destinées individuelles ; elle n'est ni
<r Montesquieu, Un^rit des lois, 1. XXiV, c. III.
moins vraie ni moins saisissante quand ou éclaire par elle l'histoire des révolutions politiques et sociales accomplies dans le monde depuis bienlât deux mille ans. /
Dès les premiersjours en effet, leproblëme capital de l'origine et do la constitution de la société civile a reçu du christianisme et de l'Lglise la seule solution capable de concilier avec raulorilô de ceuxqui onlla charge de commander la dignité de ceux qui sont appelés k obéir.
D'une pari, le fait de l'existence de la société civile n'est pas le résultat du hasard, ni la conséquence d'un pacte arbitrairement conclu entre des contractants pouvant de leur plein gré le former ou le rompre, comme s'il a'agisaait d'une association industrielle ou commerciale {1). c< C'est Dieu qui a fait les nations », nous dit la sainte Écriture (2) : d'où il est légitime d'inférer que la vie sociale est une partie essentielle de l'organisme de l'humanité, et que cet organisme obéit à des lois dont les libres volontés des hommes peuvent diversifier les applications, mais non changer Teasence.
Mais si la constitulionde la société civile est une
[I) Fénclon, Etial p/iiUiephl^ve tiir U goiteernem/fnt civil. ch. ni.
|3) Qnando dirldebat AttissîmiiBgent«s, quondoBepnrabat lilioa Adaro, oon«titiiit terminospopalnriim. (Deater. XX.Y1I, 8.
loi primordiale antérieure et supérieure au coneours des volontés particulières, Teicisteace da pouvoir, au sein de la société civile, n'a pasétédavantag^eabaudonnée aux caprices des combioaisoDS Ml des passions humaines. Des théories de date récente, dont J.-J. Rousseau a ■été parmi nous le propagateur le plus séduisant et le plus daugereui, font du pouvoir la résultante des volontés individuelles additionnées les unes aux autres pour former un principe d'autorité soumis à toutes, les vicissitudes de l'opinion, et plus mobilesdans ses agitations et ses changements que le flux et le reflux do la mer. Le christianisme y a toujoun ▼a l'exercice d'une fonction essentielle k la vie Hkème des sociétés et se rattachant comme elles à une loi providentielle dont les hommes sont les ministres, non les juges; les instruments, oon le jarincipe et la cause (1). En d'autres termes, et pour parier le langage même de nos Livres stûnts, «i c'est par le Seigneur que les chefs des peuples t commandent et que les puissants distribuent Ia « justice (2), et c'est du Très-Haut que vient laforct « dans laquelle ils gouvernent les nations » (3).
(Ij FénetoQ dit ez<^Uemnient à ce sajec : u Le coawnlemïiil (t d'un peuple libre à la domination d'un oa de plntienn pwl ■ bien Stre un CAnal par où dêconle l'Batorité auprime ; mua i' I n'en est pas lu êouref. i (£Mal, etc., ch. VI.)
(ïi ProT. Tiii, 16, Ifl.
'3) S^[e»ie. VI, 4. - ToiiFôneloû, onvrage déji dt*, ch. fl.
Toute la théorie de l'origine du pouvoir, telle qu'elle est exposée dans les apôtres saint Pierre et saint Paul, n'est qu'un prolongement et un écho fidijle de ces vérités {!). Inscrites dans les deux Testaments, l'Ancien el le Nouveau, elles constituent une tradition qui remonte sans ancun doute aux premiers âges de l'homanilé. C'est donc par une chaîne dont les anneaux se rattachent sans aucune interruption les uns aux autres, à travers la longue évolution des siècles, que le chrétien des temps modernes se trouve en communion d'esprit avec les hommes des temps antiqnes, et dit comme eux : « Le pouvo ir est de Dieu ».
Mais si le christianisme fonde sur l'aulorilé de Dieu lui-môme la puissance publique chargée de régir les sociétés, il n'a jamais eu la prétention d'absorber la polilique dans la religion.
Rien n'est plus net en faveur de la séparation des pouvoirs que la parole si connue du Sauveur : a Vous rendrez à César ce qui appartient K à César, el & Dieu ce qui appartient à « Dieu (2) B.
César, c'est-à-dire le pouvoir politique humain.
{D 1 Ep. de S. Pierre, ch. II. — Ep, anx Romains, eh. -im
qu'il soit exercé par un seul ou par plusieurs (1)^ a donc sa sphère particulière d'action et ses droits qui lui sont propres ; il exerce un mandat spécial qui constitue sa grandeur et le charge d'une réelle et redoutable responsabilité (2).
Ainsi, d'après le texte même du saint Évangile, ni la politique ne doit absorber la religion, ni la religion ne doit se substituer à la politique. Toutefois, si ces deux forces sont distinctes Tune de l'autre, ce n'est pas à dire qu'elles aient à se traiter mutuellement comme des étrangères, encore moins comme des ennemies. D'une part^ celle des deux dont la mission se limile aux intérêts du temps ne saurait se passer de Tappui moral que loi offre et lui garantit la puissance préposée à la garde des vérités éternelles; de l'autre, il ne faut rien moins qu'une certaine intervention de Dieu pour établir sur un fondement solide l'autorité de ceux qui ont mission de commander, et faciliter la soumission à ceux qui ont le devoir d'obéir.
Il est clair^ en effet, que tout homme valant un de ses semblables, les institutions politiques humaines seront vouées à une anarchie perpé-
(1) Nihil est cur non Ecclesiœ probetur aut unias aut plnrinm priucipatus, si modo justus sit et in oommunem utilitatem inten* tus. (Encycl. Dinturnum illud, alin. 4.)
,-) Sagesse, vi, 4, T), 8.
lueUe, si la nécessaire fonction sociale qu'on appelle le pouvoir ne lire pas son origine et son mandat d'une autorité supérieure à la volonté et & la puissance de l'homme.
Aussi, les chrétiens, lîdëles à l'enïeignement de leur Maitre et au commentaire traditionnel qui, depuis les temps apostoliques, n'a cessé d'eo être fait au sein de l'Église, onl-ils toujours vu dans le pouvoir légitimement établi une délégation et comme un écoulement de l'autorité de Dieu, et dans les chefs préposés aux nations» les ministres a du Seigneur charges de punir les méchants, « d'enconragcr les bons b et de faire régner la justice parmi les hommes en veillant à l'accotaplissement de tous les devoirs, en protégeant l'exercice de Ions les droits (1).
De ces principes, très nettement formulés dans les saintes Ecritures, et consacrés tout à la fois par la doctrine et par la pratique constante de l'Eglise catholique, découlent des conséquences sur lesquelles il importe d'appeler l'attention des gouvernements et des peuples, et d'après lesquelles les uns et les autres pourraient et devraient régler leur conduite sans égard à la diversité de leurs constitutions politiques.
En effet, si ces constitutions varient nécessaîre-
I, (1) Voir les paasages Jea c-pîtres de saint Pierre et saint Paal
ment do siècle à siècle et de pays h pays, il n'en est pasmoins vrai qne, sous ces différences extérieures, l'essence du pouvoir demeure toujours ia m^me ; et lihs qu'une autorité publique n'a pas été établie au mépris des rfgi^les éternelles de la justice et do la raison, elle se rattache nécessairement k la loi générale qui fait des gouvernements huoiains les serviteurs ou les instruments de l'autorité même de Dieu.
Ce n'est pas tout.
Dieu n'est pas seulement le fondement du pacte social et la source d'où découle toute autorité; il est encore le modèle d'après lequel elle doit s'exercer.
Or, Dieu est Providence : c'est-à-dire que s& puissance, toujours réglée par sa sagesse, ae s'exerce qu'en vue du plus grand bien des créatures auxquelles il a donné l'être, De même, le pouvoir bujuain, quel qu'il soit dans sa forme extérieure et historique, devra toujours être conforme aux principes de ta raison, avoir en voe le règne de la justice, et s'appliquer sans reliche * faire le bonheur des sociétés qu'il a mission d^ diriger dans l'accomplissement de leurs destinées.
Dieu est tout à, la fois souverainement libre et souverainement raisonnable. Par conséquent, ni les lois générales qu'il a, àhs le commencemeDt, imposées à la marche des choses, soit dans k monde physique, soit dans le monde moral, >>e
suppriment sa liberté ; ni sa lîberLé n'est une violation de l'ordre au profit de l'arbitrairti. De môme, le pouvoir bumaio sera tout à la fois supérieur aux lois en ce sens qu'il les crée et les promulgue, etsoumisauxlois, hors desquelles il n'y a que confusion et tyrannie.
Dieu règne en maître; c'est vrai; mais, loin de supprimer ractiondescausesaecondes,il s'en sert,et, ainsi que lefaitremarqucr saint Thomas d'Aquin, il leshonoreealeurassignantuaepartjetunopartconsidérable,dansraccomplissemontdesesdesseins(l).
De même, le pouvoir humain, sigrand qu'on le puisse supposer, devra respecter les pouvoirs secondaires fondés sur la nature même des choses et chargés de concourir avec lui au bien général, comme sont, entre autres, les pouvoirs sacrés et inamissibles de la famille ; et s'il les anéantissait pour s'ai^^randir à leurs dépens, il ferait ce que saint Bernard appeUe énergiquement < une monstruosité (2) o en constituant ce despotisme dangereux dans les excès duquel périssent tout à la fois l'autorité et laliberté.
Les gouvernements sont doncobligés de se régler
ïidentiœ, quia
nferiom
UQtnliqun média diïinœ l'ro
go-
bemnt
pat Buperiora
non propler
defectum Buœ
rirniti».
Bed
propter nbunduntiiim
Buœ bonitntiï,
ut digaiteiem
cauialitatia
eti&m
creatnria comrr
nnicet. (8. Th
Aq. l. qu. -^2
MoDBtrum faci
, simanniBnbmovena.digitum
£ai:iapei
den;
â« capite. (B, Bcra. Dr eeniiâ. 1. Ill, c. IV, n- 17.)
et de se contenir afin de demeurer semblables à la divine aulorilé dont ii est dit qu'elle procède
en tout a avec nombre, poids et mesure (1) >i;mais, tout aussitôt, leur respect pour l'ordre et pour la justice, lequel se confondavec le respect des droits de Dieu et des œuvres établies par Dieu, devient pour eux un élément de Force et une garantie de sécurité.
En effet, on peut appliquer à la hiérarchie des pouvoirs cequc saint Augustin a dit maintes foia dans ses écrits sur les rapports du corps avec l'âme et de l'âme avec Dieu.
La subordination do l'âme k Dieu, son créateur et son maître, est la condition de l'autorité qu'elle est appelée à exercer sur locorps son serviteur. Si l'âme ne veul pas devenir l'esclave do la chair et du monde inférieur, il faut qu'elle ne se mette pas en révolte contre Dieu et son pouvoir souverain. Elle acquiert le droit de commander dans la mesure où elle pratique le devoir d'obéir (2).
(1) aap. XI, 21.
(2) Opoitet nDimam et régi a snperiore et regen ïaEotiom. {S. Ang. De mutlea, 1. TI, n° 13.)— Prîna anima Deo laMndt est, Dt ordincm euiim servltua ùta cDatodisC, anima Deo, aaiiuB
DebcB régi, ut poBsîâ regcre. (Scrm. CXXVttl, alltu dt Ftriit Dimini, l. XLIir, a' 5.)
Daoa un antre iennon. saint Autniatïn, parlant da Centarion de t'Ërnngile. ni humble euiers Dieu et bl ferme enrers ses rabordonnéx, résume tout cet enaeignement en uae autithèw des plu expreuives : SHbdUvn obudietu, taiditan regaïu. {Senn. XLU, aliM d» VrrbU JDnmiMi, Vt, a» 4.)
Celle comparaison peuL aider à comprendre commenl un gouvernemonl se discrédilp el s'affaiblil lorsque, de parti-pris, il méconnatl fautorité supérieure des qui tout relève Ici-bas. Donner l'exemple de la révolte contre Dieu n'esl pas une bonne condition pour obtenir l'obéissance delà part des hommes; el il y a une loi de providentielle juslîce en verlu de laquelle » lo fils qui a honoré € son père sera respecté par ses enfants », tandis que celui qui aura pratiqué envers ses supérieurs la révolte et le mépris, s'espose à èlro méprisé par ses inférieurs : Qui honorât pah'etn svum Jucunda-
bttur in /mis (Eccli. m , G). Vx qui spirnis
ipse spemeris (Is. xxx;:i, 1).
Aussi, n'«st-il pas nécessaire davoir fait des études très approfondies de morale et d'bisloire pour conslaler comment, en Kurope, l'ébranlemenl des pouvoirs publics date de l'époque où ils se «ont constitués en insurreclion permanente contre les droits de Oieu et de son Eglise. La réforme du seizième siècle et lephilosopbisme incrédule du di>L-huilième n'onl pas seulement porté alteinte à l'autorité religieuse ; ils ont profondément ébranlél'aulorité morale des f;ouvernement8 politiques, d une part, en les entraînant dans leurs luttes contre la souveraineté de Dieu ; d'autre pari, en ruinant dans les multitudes ce respect du pouvoir que la force toute seule no saurait imposer, el qui doit tiouvor son point d'appui
dans la conscience éclairée par la religion. On aura beau faire. En vain, on accumulera les sophismes pour persuader aux masses abusées que TEvangile est un livre vieilli, dont les feuillets emportés un à un par le vent des révolutions ne pourront désormais plus se rejoindre pour constituer à nouveau le code des individus et des sociétés ; ni l'on n'effacera^ ni Ton ne remplacera la formule tombée un jour des lèvres du divin Rédempteur: c( Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa
c justice, et le reste vous sera donné par sur- « croit » (1).
€ Le royaume de Dieu et sa justice ]>, c'est avant tout le respect de tout ce qui se rattache aux droits de TÉtre suprême, h ses lois, à ses œuvres; c'est rintelligence et la réalisation de sa volonté; c'est r affirmation constante des vérités et des principes hors desquels il n^ a ni morale ni religion.
c Le reste », c'est la paix sociale fondée sur rintime accord et le respect mutuel de rautorité et de la liberté ; c'est l'association vraiment fraternelle des hommes pour se soutenir dans les labeurs et les difficultés de la vie et pour mettre en commun les ressources d'intelligence, de volonté^ de cœur, qui sont la condition du progrès.
il) Matth. VI, 3.?.
Mais tant que les athées pourront impiioément nier Dieu et faire de cette négation les considérants des lois et des institutions politiques ; tant que des sectaires, puissants d'ailleurs par la parole ou par la plume, abuseront de leur iiiQuence pour battre eu brkche les principes fondamentaux de toute religion et de toute morale, il faudra prendre son parti des secousses violentes qui semblent être devenues l'état normal de nos- sociétés modernes, et on ne devra pas être surpris de les voir, semblables au pauvre possédé de l'Evangile, se jeter tantôt dans r«au , tan tAl dans le feu, c'est-à-dire se précipiter tour à tour vers lesexcèslesplus opposés : ici, vers une licence sans frein ; là, vers un despotisme saascontre-poids, jusqu'àce qu'enfin, de lassitude et d'épuisement, sinon par un bon et méritoire usage de leur raison et de leur libre arbitre, elles comprennent la nécessité de remettre toutes choses en leur place et de revenir & la pratique de la loi éternelle, seul fondement inébranlable de la justice et de ta paix sociale.
Hélas I tous les jours on nous parle de progrès, et OQ cherche à nous faire croire que nous avons laissé bien ioiu derrière nous ces grands esprits des temps anciens dont la sagesse est si fort démodée de nos jours. Plût à Dieu cependant que, renonçant aux dangereuses lafatuations de l'orgueil, dos contemporains voulussent comprendre et mettre en pratique, dans l'économie de leurs constitutions
politiques et de leurs lois^ ces belles paroles de Platou :
(( Il y a pour les sociétés des biens de deux (( espèces : les uns sont humains ; les autres sont € divins, et les premiers dépendent des seconds : € de telle sorte qu'une société qui recherche et cr possède les plus grands acquiert en même temps n les moindres ; tandis que, si elle ne se met pas « en peine d'acquértr les biens de l'ordre supérieur, « elle seprivedesunsetdesautrcs (1). »
Au milieu des tempêtes soulevées par les passions, la voix de Léon XIII retentit, pleine de force et de majesté, pour rappeler au monde ces vérités tutélaires. Tandis que les hommes font la guerre à Dieu et se la font entre eux dans de perpétuelles contentions où ils épuisent leurs meilleures énergies, l'Église vient à eux comme une messagère de paix. Il est vrai qu'en se jetant au milieu de leurs luttes, elle devient l'objet de leurs aveugles ressentiments el s'expose à recevoir leurs coups. Mais rien, jamais, ne la découragera d'accomplir le ministère de réconciliation dont elle a été investie dès ses commencements (2).
« Née pour le saint de tous les hommes, dit « admirablement Tauguste Pontife qui préside
(1) Platon, Des lois, 1. I.
(2) Dédit nobis (Deus) miDisterium reconciliatiouis. Posuit in nobis ycrbum reconciliationis. Il Cor. v, 18, 19.)
« aujourd'hui h ses destinées, elle les a toujours « aimés comme une mère. Elle ne saurait donc « être ni odieuse aux peuples, ni suspecte aux fi:ou- « vemements ; car, en même temps qu'elle affermit « et soutient de toutes manières l'autorili^- \é^\c time, elle ne cesse d'inviter ceux qui doivent c exercer le pouvoir à suivre la justice et à ne « s'écarter en rien de leur devoir. Guidée par la
< charité, elle communique la bouté aux &mes, la
< douceur aux mœurs, l'cquilé aux lois. » Et lorsqu'elle revendique pour sou propre compte l'usage d'une liberté sans laquelle elle ne saurait accomplir sa divine mission, elle nait Irésbien que cette liberté est encore plus nécessaire à la paix et à la prospérité de la société civile que prolitable à elle-même (1).
Lors donc qu'elle travaille à rapprocher de Dieu, le Père céleste, les individus et les nations, c'est avant tout sans doute pour procurer le salut éternel des ftmes rachetées par le sang de Jésus- Christ et confiées par le Rédempteur à ses charitables sollicitudes; mais c'est aussi, suivant la parole de Montesquieu citée plus haut, pour faire le bonheur présent du, genre humain, en rélablissanl dans les relations sur lesquelles repose la
(1) Nemincm poMcreotB terrens regere, niri norerit divin», tractore, pscenique rcipnblicic kx univerBalis EccImI» part ;witd«Tc. (S. Greg. M. 1, V, Ep. 20 ad M&ariciun) Angastuta.) Mgr PKKBAUD. — Œuvrei, t. UI. 31
vie des familles, des cîl^s, dos Élats, Tordre et J'harmonie si souveol Iroubléspar d'injustes passions.
Aussi, dussent l'inintelligence et l'ingratituilo i desliommes méconnaître obstinément la loyauté de ses intenlions,ellc no cesserajusqu'à la dernière heure de souhaiter la paix aux hommes de bonne ' volonté et de prêcher, de parole et d'exemple, là ' justice qui est la comlîtion de celte paix.
Eu achevant, N. T.- C. F., de vous adresser ce Irop insuffisant commentaire du grand enseigne* ment donné au monde par l'Encyclique pDiitificaJe, nous voyons approcher le moment où nous espérons pouvoir reprendre pour la quslriëme fois, depuis que nous sommes au milieu de vous, le chemjn de Uome, et nous prosterner aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ.
Nous irons lui porter le compte-rendu de l'état du diocèse, solliciter ses conseils, nous munir de ses bénédictions. Nous lui parlerons du Iroupe&u que son prédécesseur, i'auguale Pie IX, plal,^ait,il y a sept ans et demi, sous notre houlette pastorale. Nous lui dirons nos tristesses, nos craintes, nos espéraDces. Nous partagerons avec son cœur pate^ nel li's consolations dont le nôtre a été souvent rempli devant les louchantes manifestations ie voire foi et de votre piété, de votre zèle et de voire
dévouemenl. Nous verserons dans son ùme compatissante les peines dont nous sommes accablé en présence des outrages prodigués k Dieu, des blasphèmes proférés contre Jésus-Clirist, des entraves apportées à la liberté de son Église, des périls qui menacent, avec la foi de nos enfants, l'avenir religieux de notre bien-aimée patrie.
Il nous sera dous de pouvoir encore venir en aide à la glorieuse pauvreté du Saint-Siège en déposant aux pieds de Léon XIII les aumônes recueillies dans le diocèse, depuis noire dernier voyage, pour le Denier de Saint-Pierre, et dont une partie déjà lui avait été remise en voire nom et au nôtre, l'biver dernier, par notre vénérable frère et ami, Mgr l'Évèque de Nevers.
Accompagnez-nous de vos prières, nos très chers diocésains, dans ce pieux pèlerinage où nous allons représenter au tombeau des saints Apôtres, les trois Eglises que le Seigneur a confiées à. noire sollicitude. En retournani à Rome pour y accomplir un devoir sacré de la charge épiscopale, nous espérons en rapporter une plus abondante olfusion de l'esprit apostolique ; hI, devenu par elle plus capable de travailler avec un nouveau zèle à la sanctificalion de vos âmes, nous nous eiïorcerons, suivant la parole de sain t Paul (l),d'èlri' un ouvrier
infatigable et un intrépide soldat de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
A CRS Causes, le saint nom de Dieu invoqué, nons avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article i".
L'encyclique Diutumum illud de Sa Sainteté le pape Léon XITI est et demeure publiée dans notre diocèse.
Art. 2.
MM. les Curés choisiront le moment qu'ils jogeront le plus opportun pour en donner connaissance à leurs paroissiens. Us n'ajouteront aucun commentaire ni à TEncyclique pontificale, nia notre présente Lettre.
Art. 3.
Nous comptons partir pour Rome immédiatement après les fêtes de la Toussaint et de la Commémoraison des Trépassés.
Art. 4.
Nous demandons aux prêtres du diocèse vouloir bien, pendant notre absence, nous donner un souvenir spécial dans la célébration du saint
sacritice ; aux membres de nos diverses communautés religieuses el aux pieus fidèles, d'offrir uoe de leurs communie us à uotre inlcution.
Donné k Àutun, en noire palais épiscopal, sods notre seing et le sceau de nos armes, et le coatreseing du Chancelier de notre Évèchô, le 24 octo-' brelSSI.en la fête de l'archange saint Ra|ihaëi. dont nous invoquerons la protection pour noos gnider dans notre voyage et nous ramener sain et sauf au milieu de nos bien-aimés diocésains.
LETTRE ENCYCLIQUE