DE LA TUNISIE
XT PBESCRIRE CKB QUÊTE EH LEUB FAVEUB
(le 24 SEPTEUSBB UDCCCLXXXI)
Nos TBÈ8 CDEBS FltÈRES,
A la suite d'événemenls politiques et militaires qne nous n'avons pas miasioit de vous expliquer, le Sainl-Biège,d'aci;ord aveclegouvernemenl français^ vient de confier à un do nos vénérables col" lëgues, Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger, l'adisiinistration spirituelle de la Tunisie.
Bien des fois sans doute, depuis six mois, Vous avez entendu prononcer le nom de ce pays. Géographiquirment, ii confine à nos possessions d'Algérie. Au point de vue chrétien et patrioti-
que, il tient une grande place dans Thistoire générale du christianisme et dans Fhistoire particaliëre delà nation française.
Tunis est un des faubourgs de cette antique cité de Carthage qui^ après avoir été assez puissante pour tenir en échec, avec Annibal, les forces de la République romaine^ trouva une gloire plus solide et plus durable dans Tardeur avec laquelle, dès les commencements deTëre nouvelle, ses fils embrassèrent la foi de Jésus-Christ, la défendirent contre le paganisme ou Thérésie par deséeriti immortels, et lui donnèrent, aux jours des persécutions, le suprême témoignage du sang.
A ces souvenirs, principalement personnifiés dans les noms de TertuUien, le grand apologiste de la foi, et de saint Cyprien, Tévèque docteur et martyr du troisième siècle^ se rattachent encore pour nous. Français, ceux de saint Louis et de saint Vincent de Paul.
Ce fut en vue des murailles de Tunis^ le 23 août 1270, que le dernier héros des Croisades rendit sa grande âme à Dieu ; et c'est là encore, au milieu du dix-septième siècle, que, renouvelant un prodige de charité dont saint Paulin de Noie avait donné le premier exemple, saint Vincent de Paul se chargea volontairement des fers d'un chrétien captif et se fit lui-même la rançon vivante d'un malheureux prisonnier.
A tous ces titres, la terre de Tunisie est pour
nous, catholiques de France, comme une grande relique dont nous sommes fiers de voir confier la garde k un évêque français, ccl infatigable el inlrôpidc archevêque d'Alger, que depuis bientAl quinze ans nous voyons toujours sur la brèche: ici, dans une crise d'horrible et ineffaçable souvenir, opérant ou provoquant des prodiges pour arracher un peuple entier à la famine et se créant des droits à l'admiration et à la reconnaissance des plus farouches sectateurs de Mahomet; là, organisant une légion d'apôtres dont plusieurs sont déjà devenus des martyrs (1), pour aller au delà du désert pénétrer dans le mystérieux inconnu du centre de l'Afrique, et y porter, à travers mille périls, le (lambeau sacré de l'Évangile et les bienfaits de la civilisation.
En confiant à Mgr Lavigerie l'administration spirituelle de la Tunisie^ le Saint-Siège a ouvert A son zèle une nouvelle carrii-re. Dans cette circonstance, nous sommes heureux de le constater, le gouvernement de la République s'est inspiré des vraies traditions de la France, lorsqu'il s'est montré disposé à seconder les elforts du vaillant archevêque. Il s'agit en effet de relever les ruines de l'antique chrétienté de la régence de Tunis et
(1) Ab looment même où nona éodTons cra ligoe», oohh apim- Bona qtie Irais de ces miasionDBii'EB ont été maseacrés dans U îigloa ds lau TiDgBQLka,
d'y constituer un service religieux capable de suffire aux besoins de notre armée et de la colonie française et européenne qui s'y trouve mêlée à la population juive et musulmane.
Il faudrait donc (nous laissons parler ici Mgr Lavigerie), « des séminaires pour la formation d^un € clergé séculier^ des églises pour les paroisses, « des hôpitaux pour les malades, des asiles a: pour les vieillards et pour les abandonnés, des c écoles pour les enfants ».
Ce n'est pas tout. La Tunisie, déjà éprouvée par la disette, a été, dans les derniers mois, constamment ravagée par des bandes de pillards armés qui ont réduit les habitants du pays à la dernière misère. Bientôt, dans quelques semaines, le nouvel administrateur apostolique parcourra ces contrées désolées. Il y sera précédé du souvenir toujours vivant de la charité des prêtres français, et par la réputation que lui ont faite à lui-même, lors de la famine d'Algérie, ses inépuisables aumônes. De toutes parts, des mains suppliantes se tendront vers lui. Ce sera (comme il le dit dans un langage ému et émouvant) c la campagne de « la charité après celle des armes : campagne qui « ne peut troubler ni inquiéter personne, car elle « n'a qu'un but, celui de panser les blessures, en c demandant à tous, à quelque race qu'ils appar- <( tiennent, non pas ce qu'ils croient ou ce quils « aiment, mais ce qu'ils ont souffert >.
Il faut donc h Mgr Lavigerïe des ressources considérables, sans Ies(]uellcs il lui serait impossible de s'acquit 1er du double apostolat que le SainU Siège et la France contient k son dévouement.
Pour se les procurer, que fait-il?
Il se retourne vers l'Épiscopat français, et il nous adresse un appel qu'il nous prie de faire entendre, en son nom, ou plulôl au nom de Jésus- Christ, aux diocèses de la mèro-palrie.
Une fois de plus, les catholiques de France, tant méconnus, tant conspués, tant injuriés, vont nnir dans un même élan de charité leur patriotisme et leur foi. Abreuvés d'outrages et, hier encore, dénoncés comme des ennemis publics par des orateurs en qui les haines antireligieuses élouftent tout sentiment de justice, ils metlronl en pratique la grande parole de saint Paul, et loin de se laisser vaincre par mal, ils feront un nouvel effort pour vaincre le mal par le bien.
Frères et fils bien-aimés, vous serez de ceux-là. Enfants du diocèse qui a reçu pour le monde entier la révélation de l'incompréhensible charité et des imment^es trésors renfermés dans le cœur de Jésus-Christ, vous ne voudrez être dépassés par personne à l'heure où il faut soutenir une œuvre dont l'Église et la France vous recommandent les intérêts.
Déjà, en trois circonstances mémorables, pour les inondés du Midi eu 1875, pour les victimes de
— 40i — la famine dans l'Inde en 1877, pour la malhearcuse Irlande en 1880, nous avons fait appel à voire charité ; et trois fois, vous nous avez répondu avec une générosilé qui a faîl noire consolation devant Dipu, el nous a été le sujet d'une lég'itime fierté devant les hommes.
Vous demeurerez fidèles à cette tradition que voua avez vous-mêmes créée, N. T. C. F,, et, dans quelques semaines, vous nous mettrez & même d'envoyer au nouvel ap6tre de la Tunisie une aumône proportionnée aux besoins exceptionnels de celle intéressante et imporlante misaioo.
Aces Causes, le saint nom de Dieu invoqué, nousavoDS ordonné et ordonnons ce qui suit:
Article 1".
Une quèle pour les besoins relig:ieus de la Tunisie sera faite dans loulcsleséglisesetchapellea du diocèse k tous les offices du jour, le dimanche 2 octobre (ou le dimanche suivant, dans les paroisses qui n'auraient pu èlre averties assez tôt).
'' Art. 2.
MM. les Curés et Aumôniers Lransmetlront immédiatement à la chancellerie de l'Lvèché le produit de celte quête que nous enverrons nousmêmes, sans retard, à M. le directeur g^énéral de
l'œuvre des Ecoles d'Orii;DL, chargé par Mgr chevèque d'Alger de cenLraliser louLesles aumOnes destinées à la Tunisie.
Abt. 3.
Au furet à mesure qu'elles arrîvnronl à l'Evèché, lescollectes de chaque paroisse seront publiées dans la Semaine religieuse du diocèse.
Aht. 4.
Noua rfcommandons aux prières de tout noire clergé, de nos communautés religieuses et des pieux fidëles, la grande entreprise conRée par le Saint-Siège à notre vénérable collègue.
Apt. 5.
La présente lettre pastorale sera lue au ]irùiie de la messe paroissiale ou principale le dinniuclie qui en suivra laréccptiun, aflicliée et publiée partout où besoin sera.
Donné à Autun, en notre palais épiscopal, sous notre seing et le sceau de nos armes, et le contreseing du Chancelier de notre Evèché, le samedi 24 septembre, en la fêle de Noire-Dame de la Merci, patronne de l'œuvre de la Rédemiitiou des captifs.
Mgr Pcrr.iiid, O'^ivies, t. III,
LETTRE PASTORALE
▲ a CLEBGâ ET AUX FIDÂLBS DU DIOCiSE PORTANT PROMULOATION DE L'ENCTOLIQUE
Dintnrnuwi illud