‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 32 sur 44 · LES DEVOIRS DES PARENTS · texte numérisé non relu

LES DEVOIRS DES PARENTS

(UARÈME ISSf)

(2G jAHTiBa KDcaaLxxxii)

Nos THÉS CHEKS FllÈBES,

Nous vivons à une époque oil tout est mis en discussion et provoque les plus redoutables conflits : tout, jusqu'aux principes tutélaircs sur lesquels, jusqu'à ce jour, la sagesse des peuples chrétiens avait faitreposeri'exislence et la sécurité des familles.

Des erreurs formidables, complices intéressées des mauvaises passions, assiègent en ce moment Venceinle sacrée du foyer domestique. En attendant que, par la loi du divorce, elles aient pu ruiner la première et la plus nécessaire des sociétés, qui est celle de l'époux et de l'épouse, elles battent en brëche aujourd'hui, sous nos yeux, la première

et la plus nécessaire des autorités, qui estcelledu përe et de la mère sur leurs enfants. Pour réussir dans ce funeste dessein, il n'y a sophisme ou intimidation dont elles ne soient prêtes à faire usage. Par le sophisme, elles comptent faire prendre le change aux parents, et leur enlever, sans qu'ils s'en doutent, leurs droits les plus légitimes ; par l'intimidation, déguisée sous des apparences de légalité, elles veulent les détourner de leurs devoirs les plus certains.

11 y a là un péril auquel personne ne saurait demeurer indifférent. Tandis que, sur ces questions d'un intérêt vital, les publicistes dissertent, les moralistes argumentent, les politiques font ou défont des lois, vos Évèques ne peuvent pas être seuls à prier, à parler, à combattre, au milieu du silence et dé la neutralité du peuple chrétien.

Que vous laissiez les hommes pourvus d'une compétence professionnelle agiter et résoudre , sans votre concours, tel ou tel problème spépial d'administration, de science militaire, d'art, de commerce ou d'industrie ; que, pour négliger législativement ces importantes matières, vous vous reposiez entièrement sur les mandataires chargés par vous de vous représenter dans nos assemblées délibérantes : une telle conduite n'a rien que de raisonnable et on la comprend.

Mais quand il s'agit de fixer vos droits et vos devoirs à l'égard de vos enfants, de mettre la main

— su —

sur leur éducation, de préjuger et de déterminer presque fatalement leur avenir^ vous ne pouvez plus vous décharger sur des tiers de la responsabilité directe qui vous incombe, et nulle délégation n'est plus admissible ; vous n'êtes pas libres de vous désintéresser des conflits soulevés à cet égard par de téméraires novateurs. D'ailleurs, Dieu luimême s'étant fait^ dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel, le législateur des droits que la paternité vous confère et des devoirs dont elle vous charge, nul homme au monde, fût-il doué du plus grand génie ; nulle puissance, de quelque mandat qu^elle prétende s'autoriser , ne saurait^ sans une usurpation sacrilège^ se substituer à vous et administrer à votre place ce monde intime et sacré de la famille sur lequel vous avez tant de pouvoirs, d'où résultent pour vous tant d'obligations.

C'est donc & vous, pères et mères ^ que nous adressons spécialement aujourd'hui cette Instruction pastorale. Elle nous est inspirée par un sentiment très vif des périls auxquels se trouve exposée à cette heure notre société française^ si vous ne reprenez une conscience très nette de ce que vous pouvez et de ce que vous devez , et si vous n'êtes décidés à lutter avec une souveraine énergie contre tous ceux qui veulent vous désarmer de vos droits en vous faisant abdiquer vos devoirs.

Nous allons essayer de vous rappeler les plus essentiels d*entre eux. Le sujet est d'une importance

souveraine oi mérite votre plus s<^»rieusc attention.

Les droits des parents, N. T. C. F., ontpour fondement nécessaire Tordre même de la nature, et par conséquent la Sagc^sse, la Puissance, la Bonté de l'Auteur de cet ordre. « Tout pouvoir vient de Dieu », nous dit TApôtre (1). S'il en est ainsi de l'ordre civil et politique où une très grande part est laissée aux combinaisons de notre liberté, cette parole est bien plu s vraie encore quand il s'agit de ce pouvoir primordial où tout dépend des lois mystérieuses et sacrées préposées par l'infinie Sagesse à la propagation delà race humaine.

L'incomparable mère des Machabées disait aux sept fils dont elle allait contempler et encourager le martyre : c Je ne sais comment vous êtes apte parus dans mon sein ! Car ce n'est pas moi qui « vous ai donné Tesprit, l'àme et la vie ; ce n'est € pas moi non plus qui ai formé les membres (( de vos corps ; mais c'est le Créateur du monde à € qui chaque homme est redevable de sa naissance « et en qui tous les hommes ont leur ori* € gine M (2).

(1; Rom. XIII, 1.

(1) II Macb. VII, 22, 23.

Le droil des parents sur leurs enfants n'esl assurément pas un droit premier, indépendant, souverain ; car, si le pfere et la mère sont chargés de transmettre l'oxiatcnce, elle n'a pas en eus son principe. Dieu seul peut être appelé, en toute justice et vérité, « la source de la vie (1) », et nous ne devons jamais oublier que » c'est Lui qui nous a créés (2) ».

Mais qui ne voit comment celte délégation sublime constitue à elle toute seule une dignité etune autorité, qui sontde même nature, sinon de même degré, quel'autoritéetla dignité du Dieu créateur?

Aussi bien « toute paternité, au ciel et sur la terre, prend-elle sa dénomination n (3) delà souveraine et éternelle Paternité de Celui dont Tertullien a dit, dans son expressif et énergique langage, que, du tous les êtres, il était le plus éminemment père : Nemo tam pater.

Paternité de Dieu, paternité des hommes : la seconde se réfère à la première comme la conséquence à son principe. Ellelendà la même fin ; elle s'exerce dans le même sens ; elle emploie des moyens identiques ou semblables; enfin, elle est rendue participante des mêmes droits et comme revêtue de la même majesté.

(1) Quoniam apiid te eat ton» vite. (Pa. sxf (2] Deus ipse fecit oot et non ipsi nos. (Ps. x

Vous êtes-vous demandé quelquefois, N. T. CF., pourquoi, dans le Décalogue, le quatrième commandement, qui règle nos devoirs envers nos parents, vient immédiatement après les trois premiers qui règlent nos devoirs envers Dieu ? Saint Thomas d'Aquin va vous en apprendre la Irèssimple et belle raison. € Entre le quatrième comman- « dément et ceux qui le précèdent, dit le Docteur « angélique, il y aune sorte d'affinité fondée surce « que nos parents sont le principe particulier de « noire être, tandis que Dieu en est le principe

« universel (1) 3>.

Mais puisque les droits des parents ont un rapport logique avec les droits de Dieu, le premier et le plus excellent des pères, ils sont inaliénables en eux-mêmes ; et^ dans leur application, ils doivent avoir pour type et pour mesure les attributs de sagesse et de bonté qui, dans le gouvernement providentiel, s'alliant à la toute-puissance, s'opposent invinciblement à ce que Tautorité de Dieu ait rien de commun avec une tyrannie arbitraire ouà ce qu'elle s'évanouisse en une humiliante abdication.

Ces principes d'une si lumineuse simplicité con-

(1) Immédiate post prsecepta ordinantia nos in Deum, ponitnr prœceptum ordinans dos ad parentes, qui sui.t particnlare prindpiam uostri esse, sicut Deus est universale principiam. Et sic est qusedara affinitas hujus prsecepti ad prœcepta primsB tabol». (S. Th. 2. :?, q. 122, a. 5.)

tiennenl la réfutalîon dos deux grandes erreursqui, aux difîérenles époques de l'histoire, ont alléré la véritable notion du pouvoir et des droits de la paternité. Tantôt, en elîet, ce pouvoir, portéà l'excfes, a été érigé e.n un despotisme àans frein ; tantôt il a été outrageusement nié ou absorbé par lapuis- Baaco de l'Etal. Dans l'un et dans l'autre cas, les mœurs et tes législations humaines se sont écartées de la perfection que le christianisme a réalisée en faisant de l'autorité paternelle un écotilcment, une prolongation, une application de cette Paternité suprême qui riïgit tout en ce monde « avec nombre, poids et mesure », et qui mêle dans tous ses actes, avec les plus exactes proportions, la douceur et la Force, la justice et la miséricorde, la tendresse et la sévérité (1).

Nous ne dirons qu'un mot de l'erreur théorique et pratique dans laquelle était tombé le droit romain, relativement à la puissance paternelle, surtout aux premiers temps île la république. Dans ce système, le père était une aorte de dieu, irresponsable et implacable, pouvant tout ce qu'il voulait sur ceux qui l'entouraiunt, et n'ayant de comptes à rendre qu'à lui-même de l'usagî d'une puissance sans contre-poids et sans limites. Les enfants et la femme étaient des corps, non des personnes. Ils

étaient la chose du père, qui pouvait les battre, les vendre ou les tuer. L'époux étcdt maître et juge de l'épouse (1). À plus forte raison, le sort de l'enhnt était-il abandonné au përe sans conditions.

Un enfant naissait-il avec quelque difformité 7 le përe pouvait aussitôt le faire périr. Le père était encore libre de vendre son fils jusqu'à trois fois, et il conservait toujours sur lui le droit dévie et de mort. Le fils avait beau grandir dans la cité, devenir homme, citoyen, magistrat ; aoseia de la famille^ il gardait toujours la mèoie place dépendante et assujettie au vouloir paterneL Tribun, consul, dictateur, il pouvait toujours être arraché par son përe de la chaise curule ou de la tribune aux harangues, ramené dans la maison et décapité aux pieds des dieux du foyer domestique (2).

Cette terrible exagération du pouvoir et du droit paternel est tellement éloignée de nos idées et de nos mœurs que nous la signalons seulement à titre de souvenir historique.

II n'y a pas d'apparence que dans nos sociétés

(1) Pour qu'il eût droit de la mettre à mort, il n*était pas nécessaire qu'elle eût violé sa foi ; il suffisait qu*eUe eût bn du Tin oo dérobé les clef s. ( Plutarque, Bomuluê^ c. XXI i. Michelet, Bùtoin rom, I, 136, et Val. Max, vi, 3, 9.)

(2) Le consul Spurius Cassius fut, dit-on, jugé et exécuté ainfi. Vers la fin même de la République, un sénateur, complice de Catilina, fut poursuiTï et mis à mort par son pèi«.

modernes on la voie reparaître. Nous en somm défendus tout à la fois par les vérités que nous avons (gardées et par les erreurs qui nous ont envahis, par nos verlus et par nos vices. D'une part, jamais co sombre despotisme ne franchira le seuil d'un foyer chriilien, pour transformtiT en un lyran capricieux et farouche l'homme qui s'entend appeler par ses enfants du même nom înefFahlement respectueux, tendre et doux, dont ils saluent ,

dans leurs prières de chaque jour le « Père qui est aux cieux». D'autre part, le progrès croissant des j

idées égalitaires tend plulôt à diminuer qu'à exagérer l'autorité légitime des parents, si souvent battue en brèche par des enfants raisonneurs et indociles, et qui s'estimerait trop heu- , reuse, si elle pouvait maintenir sans trop de discussions et de luîtes le minimum nécessaire de son pouvoir et de ses droits.

Il n'en est pas de même de la doctrine politique et sociale qui annihile le droit des parents pour le transférer à l'État.

Trt^s ancienne, puisqu'elle a inspiré une partie de la législation de Lycurgue, au neuvième siècle avant notre ère, et qu'elle se trouve systémaliquement exposée dans les écrits de Platon, cette erreur dangereuse a revécu de nos jours au souftie de l'esprit révolutionnaire et antichrétien, alors que, sous prétexte de progrès, d'audacieux utopistes ont prétendu trouver dans les plus vieilles consti-

talions de la Grèce païenne Tidéal d'une société affranchie de toute servitude et débarrassée de toute superstition.

Nos modernes réformateurs n'ont pas encore, il est vrai, osé suivre Platon jusqu'à cette hideuse promiscuité des femmes dont il fait ressortir les avantages dans le cinquième livre de la. République en vie de combattre avec plus de succès le préjugé traditionnel qui crée entre les parents et les enfants les liens les plus doux et les plus forts, et d'assurer sur les générations qui naissent et grandissent la suprématie souveraine de l'État substituée au droit primordial des pères et des mères.

Mais si un reste de pudeur chrétienne a préservé d'une aussi monstrueuse aberration les publicistes de l'école révolutionnaire, ils ne se font pas scrupule de proclamer, près de trois mille ans après Lycurgue, que « lenfant appartient à l'État plutôt qu'à son père d. De cet axiome, le législateur de l'antique Sparte n'avait pas craint de tirer les déductions suivantes, transformées en autant de dispositions législatives: à la naissance d*un enfant, une commission d'anciens ou de sénateurs devait examiner la constitution du nouveau-né et le faire périr sans merci si Ton estimait qu'il ne fût pas propre à devenir un guerrier vigoureux. Prêté à ses parents jusqu'à Tâge de sept ans, il devait, passé cet âge, être remis par eux aux mains des instituteurs nommés par la république et char-

gés de le former i Ions les eserciceadela gymnastique et de I art militaire ; pendant dix ans, de vingt à trente, il était forcément soldat ; à trente ans, il lui était permis de devenir époux et pfere, et il voyait ses enfants subir àleur tour les mêmes exigences et être soumis aux mêmes conditions (1).

I' Les enfants appartiennent à la république avant d'èlreà leurs parejils. » Ce mol sinistre de Danton, répété, il y a peu de mois, dans une de nos assemblées par un des dépositaires des pouvoirs publics, donne la clef des systèmes d'Éducation qui tendent à prévaloir de nos jours en France, liane peuventarri ver à leurs fins qu'en substituant l'action de l'Ltat à l'autorité sacrée et aux droits imprescriptibles des parents.

Il nous paraît superflu, N. T. G. F,, de nous arrêtera discuter longuement ces erreurs. Dans l'évidence du bon sens, et au seul tribunal de la raison naturelle, elles porlent avec ellesmêmes leur réfutation et leur condamnation . Nous croyons utile toutefois de vous mellrc en garde contre elles ; nous voudrions surtout vous faire comprendre avec quelle énergie vous devez les repousser, non seulement dans leurs conséquences cxlrômos. mais dans leurs principes pre-

(l) Daniy, Biiloire grft^jue.p, 63.

Vgi Perraod. — Œuvres, t. III. ■■ \ j

miers dont vous n'apercevez peut-être pas toujours la dangereuse portée. Pères et mères de famille, veillez et ne vous laissez pas surprendre. Défiexvous des sophismes à Taide desquels on cherche à vous tromper et à désarmer votre vigilance. Tenez pour suspects les avantages prétendus ao nom desquels on veut vous persuader de vous dessaisir de vos droits pour les transférer à cette puissance anonjmie et irresponsable qui s'appelle l'État. Sachez-le : il y a des droits qu'on ne peut pas abdiquer, parce qu'ils correspondent à des obligations formelles, à des devoirs dont personne ne peut nous dispenser. L'État n*apas mission de toutfidre. C'est à lui sans doute de lever les impôts, de recruter les armées^ d'assurer par les tribunaux l'exécution des lois, la répression des crimes, le châtiment descoupab'es^ de veiller par la police à la sécurité des biens et des personnes. Nous reconnaissons encore qu'il peut légitimement exercer un contrôle sur l'état général de Tinstruction d'un pays, en vue de combattre et de réduire Tignorance qui est un mal social. Mais, en aucun cas, ces hautes attributions de l'État, dont il ne peut faire usage que pour contribuer au bien public, ne sauraient prévaloir contre les droits antérieurs et supérieurs qui reposent sur la nature des choses et sur Tordre essentiel établi par Dieu lui-même. Par conséquent, TÉtat n'a pas qualité pour se charger des responsabilités dont les parents sont di-

rectement investis. Ce n'est pas à l'Élal que Dieu a confié les âmes de vos enfants; c'est à vous, et à vous seuls; car c'est vous seuls qu'il adélégués el comme associés k sa puissance créatrice pour donner naissance à de nouvelles générations; et c'est à vous aussi qu'il en demandera compte; et si l'on vient vous ilire, quand ce serait au nom de l'Etat : « Transférez-nous vos droits sur ces enfants qui sont l'os de vos os et la cliair de votre chair, ol qui ont reçu par vous leur âme vivante el immortelle, nous les élèverons pour rien : oh! N. T. C, F,, ne consentez jamais à cet infâme marché ! Ne vous dépouillez pas de vos droits IN'ahdiquez pas vos droits! Ne vendez pas vos droits I

Car ces droits, dont l'origine est si haute, sont en même temps des devoirs impérieux et sacrés. Nous espérons qu'il ne sera pas difficile de vousen convaincre.

C'est assurément une grande dignité devant la raison, el une plus grande devant la foi, d'avoir k transmettre, de la part de Dieu, le don de la vie physique et de coopérer ainsi d'une façon directe à l'action de la puissance qui crée et de la Providence qui conserve les êtres. Toutefois, celte fonction de la paternité et de la maternité apparaît ^rips auguste encore, si l'on considère son action

sur les âmes et sur Favenir moral et surnaturel des générations appelées à Texistence par cette délégation de la toute-puissance et de la fécondité divine. Â vrai dire^ et cette réflexion très juste est de saint Jean Chrysostome, Tenfantement en luimême ne distinguerait en rien Tespèce humaise des races animales, appelées^ elles aussi , à se reproduirepar des lois semblables. Ce qui constitue donc essentiellement Téminente dignité de la paternité et de la maternité humaines, et à plus forte raison de la paternité et de la maternité chrétiennes, c'est le ministère d'éducation dont elles sont investies, ministère qui constitue tout à la fois le plus glorieux de leurs droits et le plus sérieux de leors pouvoirs.

L*apôtre saint Paul dit , il est vrai , dans b première épître à Timothée : t La femme serasanv'e par la génération des enfants »; mais il ajoute aussitôt : ce Si les enfants persévèrent dans la foi, dans la charité^ dans la tempérance, dansia sainteté (i) D.Et lorsque, en un autre passage de la même épître, il indique à quelles conditions la veuve, demeurée seule dans la vie pour présider aux destinées d'une famille, fera vraiment Vœnvce de Dieu, il dit en termes exprès : « Si elle élève bien ses enfants (2) d.

(1) I Tim. II, 14, 15.

(2) Si fiUos educavit. (ITim. v, 10.)

En effet, suivant que le remarque le saint doc- If^ur: a Mettre des enfants aa monde , c'est le fait de la nalure ; mais les élever, former leurs âmes, les faire çrandir dans la sagesse, c'est l'œuvre de la liberté et de la vertu »; par conséquent, l'œuvre qui impose aus parents leurs plus grandes obligations en même temps qu'elle est la source assurée de leurs mérites (1).

On a donc pu dire, en empruntant à la langue ecclésiastique une expression qui n'a rien d'inexact ni de forcé, quand elle est transportée de la sphère officielle de la hiérarchie pastorale au monde intime du foyer domestique : iLes parents ont charge d'&mes». Cette expression, bien souvent employée depuis, appartient en propre à saint Augustin, qui, exhortant tout spécialement un jour les pfcres de famille mêlés k ses auditeurs, leur disait: « C'est pourle Christ elpour la vie éternelle « que vous devez avertir, enseigner, exhorter, .1 réprimander, corriger ceux qui dépendent de t vous. Par là vous exercerez dans votre maison a une sorte de ministère ecclésiastique et épisco- « pal : vous serez les ministres du Christ, et vous

(I j Panlu* QOn dixit ; Bi fllioB pcperit ; sed, njiliei tdueavit. Nam illnd qnideui natune, hoc Tero libcri est arbitrii ; et cnm ottendere rellet non liberos genulsne. scd mte liboros educoiBe. hni-nobifl iîtcTremeTceàera.Adjeiàt li perwtaïueTintin Mf ti diUftume. etc. (S. Ji-ann. ChrjB. Dt Anna, serm, i, q" 4.)

<i mériterez d'avoir une part éternelle k son « royaume (i) ".

C'est de Dieu, avons-nous dit plus haut, que let j parenlB tiennent leurs droits, leur puissance, leur dignité. Par une conséquence nécessaire, c'est avant tout pour Dieu qu'ils doivent exercer leur autorité, s'acquitter de leur mission. Le premier de leurs devoirs est donc d'offrir leurs enfants i Dieu dijs le premier moment de leur existence. Ils suivrontainsiTexempledesparents I«s plus au^ns- i tes que le monde ait connus, et dont l'Évangile , nous dit qu'après la naissance de l'enfant Jésus, ils le portèrent au temple, pour le présenter ou le consacrer au Seigneur : Ut sisterent eum Dom.m (2).

Quelie que doive être en eiïel la vocation ultérieure du petit être à qui la bonté de Dieu a fait don de la vie par l'intermédiaire de ses parents, tout homme, par cela seul qu'il est homme, ai nom même des principes les plus élémentaires de la raison et de la justice, appartient à Dieu et doit lui être consacré: sinon deceltc consécration dont la vertu est de séparer de toute profession séculière pour l'appliquer exclusivement au service de) autels, celui qu'une vocation spéciale et privilégiée appelle au sacerdoce ou à l'état religieux, du

moins de celte consécralioa générale daos laquelle il faut voir un homniage rendu au Bouverain domaîiie de Dieu, principe el Go des êtres, et le but nécessaire de la grande œuvre de l'éducatioQ.

A la mëre reviennent l'obligation et l'honneur de poser la première cet acte qui est tout à la fois de justice et de reconnaissance ; car c'est elle qu: reçoit le premier avertissement de la future apparition en ce monde d'un être qui, comme son premier père, < sera fait à l'image et à la ressemblance du Diou vivant i> : /n die qua creavil Deus hominem , ad simititudinem Dei fecit illum (1).

Mais cette obligation ne sera pas un acte unique et isolé. Elle devra se poursuivre, pour ainsi dire, sans aucune interruption pendant cette période mystérieuse, mêlée de grandes angoisses etde joies îaeflables (2), durant laquelle la mère porte dans son aein l'hAte inconnu destiné avoir bientôt le jour. Ici, saint Jean Clirysostome, inspiré par sa foi el par son éloquence, présente aux femmes qui attendent l'honneur do la maternité un idéal bien

(1, Qen. V, 1.

(2) DÎTiDum mnBiufcBcnnditai ost parentiB. Agsnt itftqne patres gr^tiu quia generarerant ; matrei. quia c^njqgii pncmiis faonoraarar. Vornct in Det laadem terra, quia culitur ; mundus, qniA coRnoadtar; Bcclegia.qmadeTDbiB numéro plebisangetar. (S. Amb, U Im., 1. I, n-30.)

fait pour exciter leur piété et les rendre plus capables du grand travail dont Dieu et la nature les chargent. Elles doivent, dit le saint docteur, se considérer «comme des temples vivants > , dans le sanctuaire desquels commencent déjà à vivre pour Dieu des &mes immortelles, prédestinées à la grâce et à la gloire^ et députées à Texistence terrestre^ uniquement pour accroître un jour dans le ciel les légions bienheureuses des élus (1).

Oui, à la bien prendre et comprendre, la vraie mission éducatrice commence pour une mère aussitôt qu*elle a conscience du grand événement qui se prépare pour elle et par elle. A partir de ce moment solennel et sacré, elle ne s'appartient plus. Une autre vie absorbe la sienne. Elle se doit tout entière à cet envoyé de Dieu, dont les hommes ne contempleront le visage et auquel ils ne donneront un nom que plusieurs mois après la première manifestation de sa présence dans ce temple du sein maternel , où il a déjà droit à être environné de toutes les sollicitudes et de tous les respects ; où il est déjà l'objet de tant d'espérances, le motif de tant de sacrifices, le centre de tant d'affections.

Combien donc sont à plaindre les femmes frivoles, esclaves du monde et de ses vains plaisirs,

(1) Qaod si mater fneris, tn te Ipsam regium templam ledde. (8. Joann. GhiyB. IV, 842.)

qui ne savent pas prendre au sérieux l'honneur auquel Dieu les appnlle de préparer un homme pour la palrif, un saini pour le ciel ! Qui peut dire ce que font perdre chaque jour à la société civile et à l'Eglise l'ignorance ou le mépris de ces premiers devoirs I Qui complera les hécatombes, voulues ou inconscientes, incessamment accomplies ans dépens de la vie humaine, arrêtée dans ses débuts par des caprices, des négligences, desinjustices oudespassioos qutcroient n'être pas homicides? Que de pères et de mères hélasl auxquels Dieu pourrait adresser un reproche encore plus terrible qu'au meurtrier d"Abel ! Il avait été dit k Caïn : « Le sang de ton frère crîe vers moi de cla terre sur laquelle il a été répandu (1) D.Et à ces parents, insouciantsoncupides, en loutcaségoïstes jusqu'au mépris du premier et du plus sacré de tous les devoirs, il sera dit : C'est le sang de vos enfants et votre propre sang qui crie vengeance ! J'avais tout disposé, dans la sagesse de mes lois providentielles, pour appeler ces êtres h. la lumière, h la vie, au mérite, à la gloire, & la béatitude ! Mais j'avais besoin de voire coopération, et vous ne me l'avez pas prêtée! Je vous faisais le grand honneur de vous associer à mon œuvre créatrice: cet honneur, vous l'avez méprisé :

je vous avais choisi pour Iransmellre la vie : vous avez fait œuvre de morl (1).

Combitiii loulefois celle accusation sera plus teri-ible encore contre les époux qui, méprisaslsys» tématiquemenl la loi primordiale donnée par le Créateur aux alliances humaines : < Croissez et mullipliez », auroul fait du saint élal du mariage une sorle de conspiration permanente contre la transmission do la vie, et repoussé de leur foyer domestique la bénédiction de fécondité, sacrifiée par eux aux plus honteux calculs.

Chrétiens engagés dans les devoirs de la vie conjugale, appelés par Dieu au grand honneur delà paternité et dts la maternité, écoulez, nous vous en conjurons, l'avertissemenlque la charité pastorale nous dicte pour vos familles et pour vous I Nous ne pouvons que vous indiquer en passant U cause d'une di3 vos pi us redoutables responsabilités. En effet, par une contradiction douloureuse, pins il serait indispensable d'insister sur un sujet qui touche aux principes premiersdelamorale.auxélémenlsessenliels du bonheur des familles, aux conditions nécessaires de laprospérité des peuples pliu ce sujet impose de précautions et de réticences à ceux qui enlreprenneotde l'aborder. Carticdtoiei

(1) Aliqnsndo eo niqoB peTTonit libidlDom crudelitH... . nt coQceptoH ftetua Bliquo modo intra iJBcera ciatînguat, Tolendo ■□un prolera priuB înterire qiiam vivere, (tccidï &iiteqtuuil nHci. (S. Ang. Dt nupt et coaeiipitc. 1. I, c. xv.)

des abimes de corruplion où l'apAtre ose à peine arrêter son regard, et dont il lui tarde de a'éloigner, après toutefois avoir signalé le danger aux multiludesdont ilestle père elle pasleur. D'un seul motd'aîlleurs, auslërG et profondcomme son génie, BoRsuet a tout dit sur celle douloureuse et humiliante question, et nous nous bornerons à répéter après loi : it Soient maudites de Dieu et « des hommes les unions dont on ne veut point voir « de fruit et dont les vœux sont d'être slériles ».

Si les obligations des parents précèdent la naissance de l'enfant, elles deviennent plus nombreuses et non moins impérieuses quand le pelil être a enfin vu le jour. L'heure où une femme devient inbre n'estque le point de départ d'une longue période durant laquelle la vie physique el la vie morale do l'enfant dépendront entièrement de la manière dont ses parents s'acquitteront de leurs obligations envers lui.

Laissez-nous ici, N. T. C. F., vous dire un mot de ta négligence inconcevable et vraiment criminelle, dans laquelle tombent certaines familles relativement au baptême des nouveau-nés. On laisse passer sans raison des jours, parfois même des semaines, sans se mettre en peine de leur procurer ce bienfait. On abrite ces délais derrière les prétextes les plus futiles; on sacrifie à des convenances toutes mondaines les obligations les plus formelles impos 'es à la conscience de parents chrétiens par

la foi ol par la charité. Malheureux! oubliez-vous donc que le baplëme est de nécessité de salut pour votre enfant, et que, suivant la parole de saint Augustin, ce n'est rîen de lui avoir transmis la vie temporelle si, par votre faute, il doit être privé de la vie éternelle, laquelle consiste dans la vision béaliHque el dans H possession de Dîeu (1) ?

Comment d'ailleurs pouvez-vous dire que tous aime/, quelqu'un dont vous compiomellez sciemment le vrai et essentiel bonheur? On glacerait vos cœurs d'épouvante, si l'on venait prophétiser surle berceau de vos enfants qu'ils seront toujours malheureux; qu'ils ne réussiront dans aucune de leurs enireprises; qu'ils n'auront ni aisaace ni bien-être; et que, durant le coursdc leur existence, ils ne cesseront pas un seul instant d'i'tre en proie aux plus dures épreuves ! On vous jetterait dans la désespoir si, par je ne sais quel maléfice coupable, on privait ces nouveau-nés de quelque organe essentiel, par exemple de la vue, et vous ne pardonneriez pas au barbare qui serait venu furtivement crever les yeux de i'enfantendormi dans son berceau. — Barbares! ne l'Mes-vous pas davantage, parents dont la cruelle indifférence sera peul-élre cause que ces pauvres petits ne verront jamais

(1) (Diligatnr) prolei non nt nucatnr Umtmn, Tenim etiâB ut renuDatnr: nascitnr naraque »d pcanam, nîii Tpntacatnr ad rïtam. (S. Aagutt. Senvpt. et etmei^te. 1, I, c. XVIi.)

— an —

)a pleine et belle lumière dont le Dieu trois fois saint s'enveloppe comme d'un vêlemenl (1), et f)ui les condamnez, malgré les prévenances infinies de la miséricorde et de la libéralité du divin Rédempteur, à être éternellement exclus du royaume céleste ?

Que cet avertissement soit pour vos pasteurs une occasion de vous rappeler les règles tracées par l'Église sur un point d'une si haute importance, et confirmées par nos Statuts diocésains dont nous sanctionnons de nouveau à cet égard les sages dispositions (2).

Il ne saurait entrer dans notre pensée, N. T. C F., de faire ici un traité complet sur les devoirs des parents en matière d'éducation. Beaucoup do grands esprits s'y sont exercés dans l'antiquité et dans les temps modernes. Cette questionsera toujours actuelle : chaque siècle, chaque civilisation y reviendra pour la reprendre, 4'cxaminer, la résoudre, en l'accommodant ji ses idées ou à ses pas-

(2) • I^ouB recammaDdooB aax posteara d'ftvertii les parents

it de rsice b&ptiser leurs enfants dans B, et même immédiateiaent après lear danger di: mort.

e en vigueur dans certaïaes paroiesee, ne semaine de délai non motlTâ, oa 1 refuse oerCaïns hoctieiirB, par exemple celai du carillon. 9 (StalHti tyuidaux dv dUciie tTAutiin, édition de ISSO, n. 3»9.)

< do l'obligatioi

a le pins court délai possib

a naisiaoce, s'ils étaient ei

Œ Nous upprouvonB l'as»

n duqnel, après

BÏonB dominaoteB. Pour nous, noire but n'est pM' de chercher à formuler un système. Notre tftche est plus simple. Noua voulons simplement résumer sur cet important sujet les règles qui s'inspirent directement des maximes de la Sag-esse éternelle, des principes du saint Évangile, de la conduits de ]'Éi<Iise et de l'expérience des maîtres les plus consommés.

L'instinct suffit pour former l'animal en quelques semaines à l'exercice régulier des foDctions qui doivent protéger, conserver et développer sa vie. Chez l'homme, il n'y a pas d'instinct, et, pendant les premières années, la raison, encore endormie et captive dans les sens, ne peut pas le remplacer. C'est aux parents à tout voir et à tout prévoir. L'âme de leur enfant est entre leurs mains comme une cire molle surlaquelle ils peuvent écrire les prières ou les blasphèmes; faire entreries idées saines, justes et nobles, ou, au contraire, les plus avilissants préjugés.

Environnez de bons et saints exemples ces enfants qui commencent à grandir ; en qui chaque jour s'éveillent et se développent la curiosité, i'altention, la facilité naturelle à retenir ce qu'ils enicndcnl, àimilerce qu'ils voient: peu à peu, insensiblement, mais sûrement, leur esprit, leur volonté, leurcœursubiront les salutaires influences dont ils sont entourés; et vous les verrez, comme le fils de Marie à Nazareth, grandir en sagesse, «n

bonté, en grâce devant Dieu et devant les hommes (4).

Au contraire, placez les mêmes enfants dans un de ces milieux délélferesob la perversion des idées s'allie à la grossièreté des habiludes, où la dépravation du langag'C est la traduction fid&le de lacorruption des sentiments ; où toutes les impressions faites sur leurs jeunes âmes sont uniquement dans te sens del'immoralitéet de l'impiété: àmoinsd'un miracle, ou à part de très rares exceptions, elles s'imprégneront à fond des miasmes empoisonnés qui forment leur atmosphère ; et, à mesure qu'elles se développeront, on verra apparaître, puis croître rapidement la germination fatale des plus déplorables penchants et des vices les plus honteux.

Dans le premier comme dans le second cas, les deux responsabilités, celle du bien et celle du mal transmis, inoculé, pour ainsi dire, par la puissance mystérieuse d'une première éducation faite presque tout entière d'exemples donnés et reçus dans le détail de la vie de chaque jour, remontent évidemment aux parents, et la plupart du temps & eux seuls.

Peu nombreuses, nous voulons l'espérer, sont les familles au sein desquelles règne, comme une

épidémie permanente , la contagion du mal , transmis de génération en génération par une action positive des parents sur leurs enfants. Mais s'il était possible de se renseigner sur un point de si haute conséquence par une statistique rigoureusement exacte, on serait effrayé d'apprendre combien il y a de familles dont la négligence habituelle, rinsouciance systématique ou inconsciente relativement aux devoirs et aux sollicitudes du laborieux ministère de réducation, aboutissent pratiquement aux mêmes résultats, la différence étant peu sensible entre faire le mal et le laisser faire.

Saint Jean Ghrysostome appelle sans hésiter une telle négligence « le plus grand de tous les péchés » , celui € qui occupe le plus haut degré dans l'échelle des mauvaises actions :»(!).

Il y voit la cause certaine de la plupart des maux qui accablent la société (2).

Il ne fautpas traiter ces expressions d'amplification oratoire. En effet, le raisonnement le plus simple suffit à montrer les conséquences incalcula- ^ blés auxquelles une telle insouciance peut donner lieu. Cet enfant que vous laissez grandir sans idées directrices, sans convictions arrêtées, sans habitudes vertueuses, deviendra père à son tour. Com-

(1) Ostendamus maximam omniam peccatomm esse liberonin neglectam et ad ipsum malitiss apicem peirenire. (T. I.)

menllransmellra-l-il à d'autres ce que lui-même n'aura pas reçu ? Mal élevé par son përe, il élèvera mal ses fils. Les généralions humaines sonL altachées les unes aux autres, comme les anneaux d'une chaîne (1). L'avenir se relie au passé parl'intermédiaire duprésent. Il y tienl et ilen dépend. D'ailleurs, non seulement les influences héréditaires se Iransmeltenl, mais elles semulliplienl: au commencement, elles ne se sont exercées que sur un individu; bientôt, très rapidement, parunesorte de progreaeion géométrique, l'individu devient légion, la légion devient peuple. Tel père qui semble n'avoir été coupable, il ya deux siëcles, que de la mauvaise éducation et de la perversion morale de son his, se trouve en définitive, par l'action accumulée des influences dont il a été le principe, avoir à porter devant Dieu la redoutable responsabilité de milliers d'èlres venus les uns après les autres, pour boireà la même source empoisonnée, y puiser la mort et la transmettre à leurs malheureux descendants. Les coureurs du stade antique portaient un flambeau lumineux qu'ils se passaient de main en main (2). Il se fait également une transmission dans celtecar-

(1) H ta filincn tnnm'recte odncareiis. ita sunm filiam ille, et miter suam, i>c TeluU catena quEsdam et sériée opUmie conicrsationis ad omnes usqua pcrvetiiet, a te ducto initiû et radice. (8. Joan. Chrjs., III, 3S1.)

(!) BC quasi vitaï cursorea lampada tradunt. (Lacret L. TI T. 79.) 4

Mgr rerrand. — ŒnTres, t III. .".I j

rière de la vie où la course est si rapide et le terme final si promptement atteint. Mais ce qui passe ainsi de génération en génération, des pères aui enfants et jusqu'à leurs arrière-petils-fiis, c'est la nuit sombre de l'ignorance et du vice^ avec toul un cortège de noirs et malfaisants fantômes.

L'homicide moral par la mauvaise éducation est un crime que les lois positives n'atteignent pas. Mais s'il n'est justiciable que du tribunal de Dieu, en est-il moins grave en lui-même et moins redoutable dann ses conséquences individuelles et sociales (1) ?

Or, nous le répétons avec insistance, par mauvaise éducation il ne faut pas seulement entendre celle qui, de propos délibéré^ entourerait d'influences dangereuses et d'exemples criminels les années décisives de la première enfance et de la jeunesse. S'il se rencontre, dans le monde, des parents assez pervers pour faire du foyer domestique une école de débauches et de crimes, de tels monstres ne sont encore qu'une exception dans les classes même les plus déshéritées de la société.

Mais des parents qui, par insouciance ou par faiblesse, ne se mettent pas en peine de surveiller et de réprimer les premières manifesta-

(1) Hos patres filiorum oociBoribaa BceleiatioieB esse dixcrim.

lions des instincts mauvais, dangereux ou équivoques, dans les âmes confiées par la Providenct! à leur sollicitude; mais des parents qui, ne négligeant rien pour assurer l'avenir temporel de leurs enfants, négligent tout lorsqu'il s'agit de leur avenir éternel; mais des parents qui, ne pouvant s'occuper eux-mêmes et directement du ministère de l'éducation, le remettent à des étrangers sans exiger d'eus aucune garantie sérieuse et sans contrôler scrupuleusement l'action des instituteurs ou institutrices sur les enfants qu'ils leur abandonnent encore plus qu'ils ne les leur confient : ici, dîsons-Ie, ce ne sont plus de rares exceptions, et tout au contraire on peut se demander, avec effroi, s'il y a de nos jours beaucoup de familles qui soient sans reproche dans l'accomplissement des devoirs sacrés qu'impose aux parents la bonne éducation do leurs enfants.

La faiblesse dans le gouvernement de la famille devient une sorte de mal contagieux qui gagne de proche en proche et détend presque partout le ressort nécessaire de l'autorité. Il semble que les parents n'aient plus conscience de leurs droits, ou qu'ils redoutent d'en faire usage. Le pouvoir paternel abdique devant les caprices ou les révoltes d'une jeunesse affolée d'indépendance. Des châtiments, on n'ose plus en parler, bien que la sainte Bible déclare en de nombreux pas-

sages qu'ils sont une partie nécessaire do l'œuvre de l'édiicaLioTi (1); mais des réprimandes sérieases suivies d'une sanction qui en grave le souvenir dans des natures légères el impose le respect de la r^gle à l'insouciance du jeune âge; mais des avertissements proportionnés auxdéfuula qu'il'sV gildecombailre, aux écucils qu'il faut faire éviter, à l'inexpérience ou aux entrainenienls contre Ihquels les enfants et les jeunes gens ont bosoin d'Être miscn garde : en combien de familles cesdevoirs pénibles et indispensables sonl-ils accomplis d'une façon soutenue, vraiment conscîeicieuse, et ont-ils leur place marquée dans un ^tëme d'éducation où la sévérité n'exclut pas II tendresse, k la condition que la bouté ne dégénère pas en une désastreuse abdication derautorilé? Le grand-prêlre Héli n'était assurément pas «o mauvais pêro, dans le sens strictement odieux du mot. Ministre du Trjjs-Haul el consacré au service du temple, il aurait eu horreur de donner à ses fils de mauvais exemples. Maïs il était faible envers eux. Au lieu de cbâlîer sévèrement les prévarications de leur adolescence et lespremiers désordres do leurs mœurs licencieuses, il se contenta d'averlissemenls timides, d'admonestaliona insuf-

(1) Fi0Terbei,XXIIt,13, 14, 3i; XXli. IS:xzx, 17. EccI^iUitiqua, Tll,2Si XXX, 1, 4, 9, 13.

- 54» lisantes, Les jeunes gens n'en tinrent aucun compte, lia s'aperçurent bien vile qu'ils n'avaient paa affaire h une aulorité sérieuse, décidée à se faire obéir. Ils ne répondaient rien aux reproches trop bénins de leur père ; mais ils n'en faisaient nul cas, et ne changeaient rien à leur mauvaise conduite. On sait la suite do cetlo histoire. La faiblesse du grand-prèlrc à l'égard de ses fils duli^lre jugée singulièrement criminelle par le Seigneur, puisque, pour la châtier, il permit que les Philistins remportassent une éclatante victoire sur les Israélites et que l'arche sainte elle-même devînt la capture des inridëles. En apprenant ce désastre, nous disent les récita sacrés, lo malheureux vieillard tomba do son trône sacerdotal et se brisa !e crâne sur lo pavé.

Cette terrible expiation avait été prophétisée à Samuel. Le Seigneur lui avait dit : " Je pronon- « cflraî sur la maison d'LIéli le jugement d'une « malédiction éternelle,parceque,sachant lamau- « vaise conduite de ses fils, il ne les a pas coni- « gés n : Prxdixi et quod judicaturus essem Homwn ejus in sternum, propler miquitatem, eo quod noverat indigne ai/ere filios suos et non corripuerit eos (1).

Saint Jean Chrysoslome, qui trouvait dans cette

(I) I. Eeg. m, 13.

histoire du grand-prètre un des exemples les plus propres à prémunir les parents contre la coupable faiblesse avec laquelle, trop souvent, ils laissent libre carrière aux mauvais instincts et aux passions désordonnées de leurs enfants, ne croyait pas excéder les limites de la vérité et de la justice, en appelant l'infortuné vieillard € meurtrier de ses (c fils (4) ]>. En effet, dit-il, bien que ces jeunes gens soient tombés sous le fer de Fennemi, leur père a été la véritable cause de leur mort, « en détournant d'eux par sa négligence la protection et le secours du Seigneur ».

Combien de përes, hélas I dans les temps où nous sommes, imitent la conduite d'Héli, et attirent sur leurs enfants et sur eux-mêmes les plus redoutables malédictions de Dieu !

11 n'est pas douteux que beaucoup d*hommes ne soient directement redevables de leur perte, en ce monde et en l'autre, à ce que saint Augustin appelle très justement la fausse et cruelle condescendance de leurs parents (2).

Au devoir d'élever leurs enfants, sinon avecune rigoureuse sévérité, du moins avec une fermeté

(1) Sic nimirnm Heli factas est filiorum suoram oociaor. (III, 389.)

(2) Perycrsa et falsa innocentia est habenas laxare peccatis. Valde inutiliter, valde perniciose sentit filios patris lenitatem, ut postea Del sentiat seTeritatem. (S. Aug. Enarr. in Pa. L, n? 24.)

sage ei consciencieuse, si on ne veut pas leurpréparcpunavenir déplorable, s'ajoulel'obligalionnon I

moins impérieuse de nepas sacrifier Iq principale |

l'accessoire dans la grande œuvre de l'édiicalion, et, plus cncorR, de ne pas créer d'avance dans ces jeuaes âmes de formidables préventions contre l'auBlérilé de la morale évang-élique, en leur don- I

nant des idées, des babitudes, des goôls,qui soient en opposition formelle avec les enseignements et les pratiques de la religion.

Or, on sacrifie le principal à l'accessoire en matière d'éducation, lorsque, dans les soins dont les enfants sont l'objet, les biens essentiels et éternels n'occupent pas la première place, injustement et imprudemment donnée à des préoccupations qui ne dépassent jamais les étroits horizons de la vie présente. Que d'intérieurs dans lesquels, dès l'âge le plus tendre jusqu'au moment où ils auront à se prononcer sur le choix d'une carrière, les petits enfants, lesjeunes gens, les jeunes personnes, n'entendent parler que des moyens de s'établir dans ce monde, de s'y avancer, de s'y faire une carrière, d'y conquérir les avantages de la fortune, du crédit ou de la renommée, des aises et des jouissances de la viel Est-ce donc seulement au temps de Juvénal que, en toute occasion, k propos des incidents de chaque jour, un père, une mère, redisent à ceux qui doivent lea regarder comme des oracles de sagesse: nOn ne

cr s'informe pas d'où vient Targent ; il suffit d'en « avoir i (1).

Notre siècle se vante d'être un siècle positif; il est menacé aujourd'hui de devenir la proie de b. philosophie, de la morale et de la politique positivisteSy armées de toutes pièces pour faire disparaître de la société contemporaine, per fas et nefaSj les préoccupations qui dépassent la sphère des intérêts présents et matériels. C'est dans cette atmosphère étouffante^ malsaine, méphitique, que sont élevés un grand nombre d'enfants. Et alors même que^ par un reste de déférence pour les habitudes religieuses des âges précédents, lesfamiUes laissent encore un certain nombre d'entre eux fréquenter les catéchismes et se préparer àleur première communion, il est trop évident que cet enseignement du dehors, donné seulement par intervalles^ sera presque fatalement impuissant contre les influences oontinuelles des conversations et des exhortations du foyer paternel, a Une des causes», disait le grand orateur d'Antioche, c pour lesquelles tant d'en- « fants deviennent pervers, c'est que leurs pères « aiment jusqu'à la folie les commodités de la vie H présente, qu'ils n'ont de regards que pour elles

(1) Ukde haheoê qvtBrit nemp, ied ep^riet kabere, O'est un ¥efa d'Ennias intercalé par Juvénal dans sa XIV« satire, où il fla^pelle avec sa verve impitoyable les mauvais exemples donnés par les parents.

« et négligent tout le reste afin de se les procu- « rer {!). i

Et que dire deceus qui » doonenlfi leurs enfants c une éducation formellement contraire aux pré- « ceptes de la morale évangélique, qualiReut des € plus beaux noms les vices ouïes passions conte damnés par Jésus-Christ, appellent urbanité et c distinction le goût du théâtre et de l'hippodrome, c forcecequi n'eslqu'înjustice.vaillanceet courage a l'arrogance téméraire ; el, par contre, perverc tissent les notions et travestissent les noms des < vertus, en qualifiant de rusticité la tempérance, ,n de timidité la modestie, de faiblesse el d'imbécil- « lité lo respect de la justice, de goûts serviles le c mépris du luse, de lAcbeté la patience à supporc ter et à pardonner les injures » ?

N'est-ce pas là, continue avec autant do force ^ue de raison saint Jean Chrysostome, " envelop- « per d'un épais brouillard les âmes de ces pau- M vres enfants », et les rendre totalement incapables de discerner la vérité (2j?

C'est en elTet dans ces étranges confusions de BOms Pl de choses que se forme et grandit parmi nous une génération à laquelle on apprend à pcn-

(1) Nalla Min de cansa perrersi eTaduntliberi, DÎiiqnod pfttm piroa pneteotis viUs commoda JOBaDiant.

(S) Proitos Teluti qnadam nebuta anîmos eorum obtencbratîB ^,1071.

ser et à parler au rebours des idées chrétiennes et du grand bon sens, à la fois naturel et surnaturel , qui était le trait caractéristique de nos pères. Nous touchons au moment redoutable où cette génération^ poussée en avant par la loi de la vie, essaiera de mettre en œuvre les principes d'édaca* tion qu'elle a elle-même reçus, et de faire à son image une société d'où seront bannies les préoccupations arriérées de Tidéal et de Télernel^ et jusqu'aux noms mêmes destinés à entretenir parmi

nous le culte des suréminentes grandeurs apportées au monde par la religion de l'Évangile.

Ces craintes, N. T. C. F., n'ont rien d'exagéré. Tout ce qui s'est fait depuis trois ans contre les droits imprescriptibles des parents en matière d*é* ducation ; tout ce qui se prépare, à l'heure où nous vous parlons, pour compléter une législation dont le but avoué est de faire une France nouvelle, non seulement sans christianisme mais sans religion, et qui, pour atteindre plus sûrement ce but, est en voie de substituer à l'autorité des pères de famille l'omnipotence de l'État, nous impose le devoir d'insister sur l'étendue de vos devoirs et de vosresponsabilités.

Nous ne l'ignorons pas. En beaucoup decirconstances, vous ne pouvez pas vous occuper directement et avec suite de l'instruction et de l'éducation de vos enfants. Vous êtes obligés, par laforce des choses, d'associer à vos sollicitudes des insti-

tuteurs et des institutrices voués par état au laborieux, noble et méritoire ministère de renseignement. Il n'y a point à discuter avec cette néces^ sité^ puisqu'elle s'impose à un grand nombre d'entre vous et qu'il est peu de familles où le père et la mère puissent s'acquitter entièrement par euxmêmes delà grande mission d'élever seuls leurs enfants et de les préparer de leurs propres mains aux diverses carrières de la vie.

Mais cette nécessité crée aux parents un autre devoir sur lequel nous voulons , avautde terminer celte instruction pastorale^ appeler encore leur attention.

Il s'agit des personnes auxquelles les familles délèguent une partie de leurs droits et de leurs pouvoirs sur leurs enfants ; et dans le cas, malheureusement trop fréquent, où une liberté complète, vraiment loyale, n'est pas laissée aux parents dans le choix des maîtres, il s'agit du contrôle sérieux et consciencieux qu'ils devront exercer sur le système d'éducation auquel leurs enfants seront soumis et sur les influences dont ceux-ci seront entourés.

A cet égard, N. T. G. F., nous ne craignons pas de Taffirmer, aucun auteur, ancien ou moderne, n'a dépassé en indications étincelantes de bon sens et de sagesse pratique les quelques lignes consacrées par Quintilien à la question capi-

taie des garanties que doit offrir rinstituteor.

Le grave auteur exige de lui trois choses :

1^ Qu'il ne soit pas vicieux : Ipse nec haheë vitia ;

2^ Qu*il ait à l'égard de ses élèves un cœur è père : Sumat ante omnia parentis erga discipukt suos animum;

3^ Que l'intégrité de sa vertu soit telle qu'di préserve de toute atteinte du mal les tendres Ames confiées à ses soins. Nous pourrions même dire, en traduisant littéralement Texpressioii eraployéi par l'honnête païen, qu'il n'exige de Tinstitutatf de la jeunesse rien moins que la sainteté : Ui tait riores annosab injuria sanctitas docentis eustodiatH).

Héiasinousne le savons que trop, à cette henn, la liberté des familles françaises dans le choix des maîtres auxquels elles devront confier Tinstraction et l'éducation de leurs enfants, n'est plus seulement une liberté menacée etmutilée. Dans beaucoup de localités, c^est une liberté morte : ce ne sont plus les pères et les mères qui, au gré deleurs convictions, de leurs préférences traditionnelles, de leurs habitudes domestiques, désigneront les maîtres de leurs enfants, ou tout au moins le système d'éducation qu'ils estimeront le meilleur. Presque

(1) QainUl. Jntt, Orat. ]. 11

partout, ce sera l'Élal qui fera ce choix pour eux et l'imposera aux familles.

Ces modifications profondes, apportées par de récentes lois au régime de l'instruction publique, ajoutent encore, nous ne craignons pas de le dire, aux responsabilités déjà si lourdes des parents. Dans la mesure où la puissance irresponsable et impersonnelle de l'État porte atteinte à leurs droits, leurs devoirs grandissent.

En fait, et dans la plupart des cas, N. T. CF., vous n'aurez plus le chois ni des écoles, ni desmattresquijusqu'alorsavaient eu el mérité toute votre confiance. Bientôt même, vous ne serez plus libres de substituer l'instruction modestement donnée dans l'intérieur de la famille à la fréquentation légalement obligatoire de l'école publique, où le maître ne sera tenu ni de connaître vos préférences ni de les respecter.

Que faire alors? Si vous aviez le malheur de TOUS désintéresser complëtement de l'éducation de vos enfants ; si vous n'cserciez aucun contrôle sur les leçons qui leurseront données ; si vousne vous rendiez pas un compte exact de la nature des influences exercées sur eux ; si vous ne cherchiez pas à suppléer par votre action personnelle aux lacunes que cet examen vous fera reconnaître : ce serait abdiquer du même coup vos droits les plus sacrés et trahir vos plus grands devoirs.

Veillez donc, parents chrétiens, el veillez d'au-

tant plus que de plus redoutables périls menacent le présent et l'avenir de vos enfants.

Sachez précisément ce qu'on leur enseigne, et plus encore peut-être ce qu'on ne leur enseignera pas^ dans ces écoles d'où l'on veut impitoyablement bannir toute immixtion des pensées religieuses dans les matières de renseignement. Faites-vous indiquer par des hommes compétents Texacte portée des lois nouvelles, pour n'être pas exposés par ignorance à laisser périmer ceux de vos droits qu'elles ont encore laissés debout ; sachez précisément ce que vous pouvez, puis ayez le courage de le vouloir et d'agir en conséquence. Suppléez surtout par une sérieuse éducation domestique à cette immense lacune de l'enseignement religieux qui constitue la plus grande victoire des adversaires du christianisme sur ses défenseurs. Redoublez de vigilance pour vous assurer que vos enfants fréquentent avec assiduité le catéchisme paroissial ; et, afin d'empêcher le silence systématique et légal du maître à l'égard delà religion d'incliner ces jeunes âmes à l'indifférence ou au mépris en ce qui touche à vos plus chères croyances et aux habitudes traditionnelles de votre foyer , faites-vou&une obligation de rappeler vous-mêmes à vos enfants les devoirs essentiels du chrétien. Prémunissez-les par vos paroles et par vos exemples contre cette neutralité funeste qui ne tarderait pas à dégénérer en négation formelle ou en hostilité posi-

live. En un mot, N. T. G. F.,nenégligez rien pour que des lois inspirées par la haioe des idées religieuses u'engendrenlpas comme nécessairement les habitudesd'impiélé d'où résulteraient la perteéternelledevosenfanlsel laruinede noire chère France. En effet, N. T. C F. , ce n'est pas seulement pour voire bonheur et pour celui de vos familles , pour la paix de vos foyers et pour le salut de vos enfants que nous vous adressons ces conseils et que nous vous rappelons les graves obligations attachées à la paternité. Il s'agit aussi du bien moral, du progrès et de la prospérité de la patrie. Rien au monde ne saurait nous en désintéresser. Or, si c'est par l'éducation que les peuples grandissent et que les sociétés prospèrent, c'est par elle aussi que les ans et les autres se corrompent, s'acheminent vers la décadence et penchent vers leur ruine.

C'est donc en véritéle sortde la France que vous tenezenlrevos mains, suivantque vous exercerez ou que vousdhdiquerez vos droits, que vousaccomplîrez ou que vous déserterezvos devoirs. L'enfantesti'avenirdu foyer;le foyer estle gcrmevivant delacité;les cités multipliées forment l'État. Û'oi!isaint Augustin conclut, et nous avec lui (1) : que la paix et la

(I) Hominia domiis iaitiain aire particcïa débet esw ciTitatis; j

onde satis apparet tiae coateqaea» ut ad pacem clvicani paz |

domeiticsrafcratur, id estutordinatainiperaiidï obediendique coucordia cobabilantîQm nferalor ad ordlnaUm impetandi obediendiqne concordiam cïvium. (S. Aug. De de. Dm, 1. XlX,Ci XVI.}

prospérité publique dépendent des principes sur lesquels repose la paix des familles, inséparable elle-même de la bonne éducation donnée par les parents aux générations qui naissent et grandissent pour être aujourd'hui le présent^ demain l'avenir du pays.

LETTRE

 MM. LKS OUBis DU DIOOÂBE

BBLATIVISMEMT

AUX OATÉGHIBMBS ET A LA 00NF£88I0K DBB EKFANT8

QUI FBÉQUBKTBKT LES ÉCOLES PUBLIQTXBS

(25 JANVIER MDOCOLXZZII)

Messieurs et cheus Coopérateurs,

Il nous a paru nécessaire de faire suivre notre instruction pastorale sur les droits et les devoirs des parentSf d^un certain nombre d'avis ou de conseils qui seront comme les corollaires pratiques des enseignements donnés par nous à nos bien-aimés diocésains, sur cette question capitale.

Parmi ces avis, les uns s'adressent surtout aux parents ; les autres concernent plus spécialement les devoirs de notre vigilance pastorale relativement à l'instruction et à la formation religieuse

Mgr Pebbaud. — Œones, t. III. 36

de la jeunesse qui est l'avenir de vos paroisses et du pays.

Vous voudrez bien ne lire aux fidèles que lesrecommandations placées sous les n^' I et II ; el vous les leur expliquerez avec le plus de clarté possible, en vousabslenanl de toulce qui,mèmede loin, pourrait ressembler à une attaque, soit contre le système d'enseignement auquel nous avons à porter remède, soit contre les fonctionnaires chargés de donner ou d^administrer cet enseignement. Il s'agit surtout, nous le répétons, d*aider et d'encourager les parents à ne négliger aucun des droits que la loi leur confère, et à s'acquitter le mieux possible des graves obligations qui leur sont imposées à Tégard de leurs enfants.

Ces exhortations et ces encouragements auront d'autant plus d'efficacité que nous les traduirons dans un langage plus calme, plusgrave, et que nous ne nous départirons en aucune circonstance des règles de la prudence et de la sagesse sacerdotale. Nous nous devons à nous-mêmes, nous devons à nos confrères^ nous devons àTËglise, de nedonner aucune prise aux adversaires de la religion, et d'être inattaquables dans notre langage aussi bi*3n que dans notre conduite : Verbumsanum^ irreprehensibile, ut is qui cxadverso estvef*eatur^ nihil habens malum dicere denobis[\).

(!) Tit. Il, 8.

Vous pourrez vous inspirer des recommandalions contenues sous les n"'!!! et suivants, pour faire connaître à vos paroissiens les mesures que vous jugerez convenables de prendre d'accord avec eus, soit à propos de l'assistance aux catéchismes, soit pour l'accomplissement du devoir iti' la confession. Mais, ces avis s'adressant diroclemeol au clergé, et seulement d'une manière indirecte auxfidt'les, il convient que vous n'en fassiez pas l'objet d'une lecture publique.

I. — MM. les Curés rappelleront aux parents et, en cas de besoin, leur expliqueront le passage suivant d'une circulaire ministérielle du 1" février 1881, que nous croyons utile de reproduire te.\tuellement:

Dans l'école, aussi longtemps que la loi de 1850 régira la matière, finslriiction religieuse sera donnée aux enfants, à fexceplion de ceiu- que tes familles en auront dispensés.

L'instituteur a le devoir de prêter son concours axtx ministres du culte. Mais il n'est tenu d'intervenir dans f instruction religieuse de ses élèves que pour la partie en quelque sorte matérielle de cette instruction, c'est^-dire la récitation du catéchisme.

texplication littérale des mots^ la répétition des leçons d'histoire sainte {l).

II résulte des termes de celle circulaire : i® que rinslruction morale et religieuse est au nombre des malières obligatoires comprises dans renseignement primaire ; 2^ que cette instruclion religieuse doit se donner pendant le temps des classes.

C'est donc un devoir pour les parents de savoir si les choses se passent ainsi, de s'assurer par eux-mêmes que cette partie importante de la loi de 1850, non encore abrogée, reçoit son exécution.

II. — Le règlement scolaire mis en vigueur depuis le commencement de l'année classique a iu- Iroduit, dans la manière dont les familles doivent faire connaître leur volonté relativement à l'instruction religieuse des enfants dans les écoles, une modification sur la portée de laquelle il est d'une importance souveraine que les parents soient très neltement renseignés.

La circulaire ministérielle s'exprimait ainsi: a: L'instruction religieuse seradonnée aux enfants,

(1) Circulaire de M. Jules Ferry, ministre de l'iDStroctioD publique, en date du 1er février 1881.

à l'exceplion de c ' dispensés, »

■ FitiS —

X quo les famillos on auront

Dans l'article 3 du règlement scolaire, cette rédaction fait place à la suivante :

« Le VŒU des pères defamille seraloujourscon- « suite et suivi en ce qui concerne laparticipatîon '1 de leurs enfants à l'inslruclion religieuse. Ce " vœu sera formulé par oui par no7i dans une « colonne spéciale, sur le registre matricule, au « moment de l'inscription des élèves. »

II n'est pas difficile de voir la différence qui sépare les deux rédactions.

Suivant la circulaire ministérielle, les seuls pères de famille qui auraient voulu s'opposer à ce que l'instruction religieuse fût donnée à. leurs enfants, auraient été tenus de faire une déclaration conforme. De droit commun, cl eu l'absence de toute déclaration, l'instruction religieuse devait èlre donnée par le maître aux enfants dont les parents n'avaient fait aucune opposition.

D'après le règlement scolaire, tous les parents sont tenus de faire connaître leur vœu par o»! ou par non.

On voit par là combien il est nécessaire que les parents manifestent formellement leur volonté, le

jour où ils remettent leurs enfants entre les mains des instituteurs.

MM. les Curés feront comprendre aux parents combien seraient coupables de leur part^ en une matière si importante, l'insouciance ou la timidité : rinsouciance, s^ils ne voulaient pas se donner la peine de faire la déclaration prescrite parle règlement; la timidité, si, par respect humain et cédant à la pression antireligieuse qui s'exerce en ce moment avec tant d'audace et de déloyauté, ils n'osaient pas faire connaître très nettement leur vœu et veiller avec soin à ce qu'il en soit tenu compte.

Pour encourager les parents à remplir ce devoir capital, MM. les Curés pourront leur citer un fait arrivé récemment dans une de nos grandes villes. Il s'agissait d'appliquer le nouveau règlement à des écoles publiques, fréquentées par près de deux mille enfants. Des parents se sont présentés pour rinscription au registre, et il ne s'est trouvé que six enfants qui aient été dispensés de Tinslruction religieuse par suite du vœu exprimé par les pères de famille.

Nous demandons instamment à MM. les Curés de revenir de temps en temps sur cette importante question, et de ne rien négliger pour que les parents chrétiens, encore si nombreux dans notre diocèse, usent courageusement de tous leurs

droits et accomplissGnt conseicncieusemenl lous leurs devoirs.

III, — Nous croyons utile de rappeler à MM. les Curés que, jusqu'à ce que la loi de 1850 ait été abrogée, ils font partie t des autorités locales t préposées à la surveillance et à la diroclion c morale de renseignement primaire " ; — et qu'à ce litre « l'entrée de l'école leur est toujours ouverte » (Loi do 1850, a. 44).

IV, — En un certain nombre de localités, MM. les Curés se heurtent à de sérieuses difficultés quand il s'agit de la confession des enfants qui fréquentent les écoles publiques. A la rigueur, tant que la loi sur l'obligation de l'enseignement n'aura pas été volée et promulguée, les parents ont le droit de faire sortir les enfants de l'école quanj ils le veulent. Mais, pour éviter de regrettables conflits avec les autorités civiles, il est désirable que les parents n'usent de ce droit que s'il y avait impossibilité absolue d'assurer pard'aulres moyens la régularité de la confession des enfants. C'est à MM. les Curés de chercher ces moyens. Plus sont grandes les difficultés apportées par les nouveaux règlements à l'exercice de leur zèle, plus, nous en sommespersuadé, ilsredoubleronl d'activité et de dévouement pour atteindre toulcsiesàmes qui leur

sont confiées, et très particulièrement pour préparer avec le plus grand soin les jeunes enfants à l'action si importante de leur première communion. La circulaire ministérielle citée plus haut indiquait comme étant à la disposition du clergé, pour renseignement du catéchisme et les exercices religieux, € tout le dimanche, tout le jeudi, et dans la se-

c maine, pendant la belle saison en particulier, les «c matinées avant neuf heures, et les soirées à « partir de quatre heures ».

U eût été désirable que, dans notre département, on s'en fût tenu purement et simplement aux dispositions de la circulaire ministérielle. Les restrictions auxquelles nous faisons allusion ne faciliteront pas aux enfants de certaines paroisses ni la fréquentation des catéchismes, ni l'accomplissement du devoir de la confession. Mais, les instituteurs ayant à cet égard des ordres précis auxquels ils sont obligés de se conformer, MM. les Curés tiendront compte de cette situation, et, dans le cas où ils auraient absolument besoin de garder quelques enfants jusqu*à neuf heures , ils voudront bien ne le pas faire sans qu'une autorisation ait été demandée par qui de droit et régulièrement obtenue.

Y. — L'article 6 du nouveau règlement scolaire donne cependant, aux approches de la première

communion, certaines facilités pour convoquer les enfants à l'église. Voici en quels termes cet article est conçu :

« Pendant la semaine qui précède la première « communion, l'instituteur autorisera les élèves k n quitter l'école aux heures où leurs devoirs reli- H gieux les appellent k l'église, k

Ace sujet, nous rappelons expressément à nos chers Coopérateurs qu'ils ne doivent point attendre jusqu'à la retraite préparatoire à la première communion,pourlaconfession génêralcdes enfants. Malgré les difficultés dont il a été question plus haut, les règles formulées dans l'article 293deno8 Statuts synodaux subsistent dans toute leur intégrité, et doivent être scrupuleusement observées.

c Noua exhortons lesCurés,est-il dit dans cet arti- « cle,à confesser les enfantschaque moisavant la " première communion, ou au moins fréquem- « menl trois mois avant l'époque fisée. Ils devront « faire commencer la confession générale aussitût a après l'examen public, et nejamais la renvoyer « à l'époque de la retraite préparatoire, ii

11 n'est pas inutile do rappeler que, dans les paroisses où il existe des écoles communales et des écoles libres, les catéchismes et les exercices de la retraite préparatoire à la première communion,

s'ils sont communs aux enfants des diverses écoles, doivent se faire à l'église^ ou, tout au moins, dans un local complètement neutre. Agir autrement serait provoquer gratuitement des conflits d'où Tautoritô ecclésiastique ne pourrait sortir à son avantage (1).

VI. — MM. les Curés verront si, en raison des difficultés résultant de la stricte application du règlement scolaire, il ne serait pas très utile, peutêtre nécessaire, de prolonger de quelques semaines, chaque année, le temps des catéchismes. Nous ne prescrivons encore rien à cet égard ; nous nous bornons à suggérer une idée et à donner un conseil, nous réservant d'étudier plus à fond la situation définitive qui sera faite à renseignement religieux dans notre pays par l'application des lois déjà votées ou en projet, et de prendre ultérieurement les mesures qui nous seront imposées par les circonstances.

VII.— Nous empruntons à une récente circulaire de notre éminentissime Métropolitain, une sage et pieuse indication que nous recommandons

(1) Noas oonnaiBsonB des paroisses dont les curés ont préféré s'imposer double travail en faisant le catéchisme séparément aux dlreises catégories d*en£ante.

i l'attention et au zèle <lc MM. les Curés : s II est ( de pauvres petites intellig'cnces qui ne sauraient [ profiter des leçons de catéchisme données en [ commun. Ayez pour ces enfants si dignes de [ compassion dos soins \Taiment paternels. Pre- I nez-les en partîcu!i«i', et introduisez à petites < doses dans leurs esprits les vérités saintes. Que 1 si ic temps vous fait défaut pour ce ministère, r ayez recours au zèle de quelques personnes chré- [ tiennes dévouées et suffisamment instruites, [ comme on en rencontre dans un grand nombre [ de paroisses. Nous le disons ici à ces âmes d"é- [ lite, elles ne sauraient embrasser aucune œuvre I plus agréable à Dieu que cet humble apostolat, I et nulle n'attirera aussi abondamment sur elles [ la rosée des bénédictions célestes (1). »

Vin. — En exhortanllcs parents à se bien pénétrer de la grandeur de leurs droits et à remplir très consciencieusement tous leurs devoirs envers les enfants que la Providence leur a conriés,nous ferons tous, Messieurs et chers coopéraLeurs, un retour salutaire sur nous-mêmes. Nous noussouviendons que le sacerdoce de Jésus-Christ contient éminemmeat en lui toutes los grand>!urs de la paternité.

(.1) Lettre circnlaire de 8. E. le cardinal Carerot, archeTSque de hjm, BQ clergé de son di<>cèee, l** décembre lâBl.

toutes les sollicitudes et les tendresses de U maternité chrélienne. Gomme Moïse, plus et mieux que Moïse, nous devons porteries ftmes (1), les nourrir et les défendre, en un mot, ne rien négliger pour assurer leur salut étemel. Avec quel respect, quelle ardeur, quel dévouement ne devonsnous pas nous acquitter d'une si haute mission ! Et puisque nous sommes en des jours oùlesloups, plus nombreux et plus hardis, menacent de dévorer sous nos yeux ces tendres agneaux, ne donnohsaucune relâche ànos sollicitudes, ne nous refusons à aucune fatigue, ne reculons devant aucun sacrifice. Enfin, profitons des grandes semaines de la pénitence quadragésimale pour nous retremper tous aux sources les plus pures de l'esprit de foi, du zèle apostolique et de la vraie charité pastorale (2) !

(1) Porta 608 in sinu tno sicut portare solet nutrîx infantulaïa.

(2) Ecce lupus dominicain grcgem non jam in nocte, latenter, sed in aperta luce dilaniat et nos eum ^assari in ovinm neoe oemimus I... Studeamus igitor cor nostrum terrenomm pêstonm imitatione succendere, qui hiemales noctes, imbribos geluqne conFtrictis, ducunt sœpe per^igiles, ne Tel una OTis, et non forte atilis, pereat. (S. Greg. M. Bp. 1. II, ep. 48.)

Page 1