‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 36 sur 44 · II. XIX, S · texte numérisé non relu

II. XIX, S

UgT Pbxrild. — (EaTrei. t. 111. 19 j

charité, du zèle, du dévouement pastoral où nous devons aller puiser chaque jour, pour nous et pour les autres, les inspirations surnaturelles, les généreuses et fortes résolutions. Si les eaux deli mer se dessèchent, c'est-à-dire si, par notre négligence, nous laissons tarir en nous les sources sacrées, aussitôt les fleuves et les ruisseaux diminuent. La langueur et la sécheresse se metteol partout ; et, semblables à des roseaux trop faibles pour se soutenir par eux-mêmes, beaucoup de pauvres âmes, déshéritées de la part de vie surnaturelle que nous avions mission de leur transmettre, se dessèchent, tombent en consomption et périssent : Siccabuntur rivi; calarnus ei juncus marcescet.

Or, Messieurs et chers Coopérateurs, vous en conviendrez : ce n'est pas le moment de trahir les responsabilités redoutables qui nous ont été imposées le jour où nous avons reçu charge d*âmcs, et où il nous a été dit en toute vérité, avec le pieux auteur de V Imitation^ que, par notre élévation au sacerdoce, nous n'avions ni allégé notre fardeau^ ni conquis un droit à une vie plus indépendante, plus douce, plus facile (1).

Outre qu'en tous les temps et dans toutes les

(1) Ecce eacerdos factas es. Non alleviasti omis tuam, sed arctiori jam alligatus es vinculo discipline et ad majorcm tenerit peifectionem sanctitatis. {De imit, Chr. 1. IV, c. t, n® 2.)

circonstances, le prêtre est rigoureusement leuu il une vie de perfection, l'époijuo difficile que nous traversons nous impose ii tous de plus grandes obligations auxquelles aous ne pouvons suffire que par une vraie et plus complbte sainteté.

D'une part, les progrès lamentables de l'impiLté au sein de la société contemporaine mclleal en péril un plus grand nombre d'ames. Sommes-nous des intercesseurs suffisamment assidus au devoir de la prière? Nous rendons-nous capables, ainsi que parle un prophète, de nous dresser conlr« la trop juste colère de Dieu pour l'empêcher de frapper un de ces coups Icrrihlessous lesquels s'effondrent les sociétés en apparence les plus prospères? Quxsivi de eis virum qui iiUetpaneret sepem, et staret opposiius contra me pro terra, ne dissiparem eam, et non inveni{\).

D'autre part, ces mêmes audaces qui s'allaquenl jusqu'au souvenir et au nom de Dieu, pour les ■proscrire des actes les plus considérables de la vie humaine, créent à la jeunesse de noire pays des dangers en présence desquels aucune Arae cliiétiennc, et, à plus forte raison, aucun cœur sacerdotal ne sauraient demeurer indifférents. C'est

r&viinir même d'une nation chrétienne qui esl 1'

jeu du combat engagé à cette heure entre la foi de nos pères et les plus radicales négations. Jerémie pleurait toutes les larmes de la désolatioo la plus patriotique et la plus sainte lorsque^ sous ses yeux, les adolescents de Juda et d'Israël étaient chargés de chaînes et emmenés en captivité par les rois d* Assyrie. Qu'était-ce toutefois qu'une telle servitude comparée à celle dont une éducation systématiquement étrangère à toute notion chrétienne, à toute idée religieuse, menace les nouvelles générations? Qui donc d'entre nous^ devant les entreprises d'aujourd'hui et leurs conséquences de demain, ne répétera du fond de soa àme les plaintes si pathétiques du prophète gémissant sur les désastres de Jérusalem :

f Les ennemis de Sion sont devenus ses mai- « très; ses petits enfants sont emmenés en cap- « tivité! 0 Dieu! vous avez mis l'Église, celle « vierge de Juda, sous le pressoir. L'adversaire « a prévalu ! mes fils vont se perdre ! Aussi, je « pleure, et mes yeux répandent un torrent de « larmes, et il nV a pas de consolation pour « moi » (1).

(1) Viœ Sion lugent... facti sunt hostes ejas in capite; partqU ejus ducti sunt in captivitatem ante faciem tribalantis. Facti Bnnt filii mei pcrditi. Idcirco ego plorans et ocains meut dedo* cens aquas, quia longe factoa est a me oonaolator ÇLamênt. Jtr. c. I.)

Pleurer, gémir, oiii sans doute, il le faut : el demeurer insensible à une pareille désolalion, ce serait n'avoir ni Ame ni cœur ;r mais il esl encore plus nécessaire d'agir, de se défendre, de proportionner ses elTorls à de si pressantes nécessités. Avant tout, il faut demander à Dieu, dans une priÈrc incessante, le génie el les saintes inspirations de la charité : Ingeniitm charitntis (1), el ces audaces sacrées du ziile, si fort louées par l'Esprit- Saint chez un roi de Juda qui Ot résolument la guerre aux idoles, et sut ne rien craindre parce qu'il s'agissait de faire prévaloir le règne du seul vrai Dieu sur les impostures elles Impiétés de ses conlradicleurs : Qiium sumpsisset cor ejus audaciam propter vias Domini, excelsa et lucos de Juda abslulil (2).

Mais, pour faire face à tant et de si graves obligations, il esl évident qu'une mesure ordinaire df. vie surnaturelle esl insuffisante. Si les prèlres ne s'élëvenl pas au-dessus d'un niveau commun de piété et de ferveur, ils courent sérieusement risque d'être trouvés au-dessous des exigences que leur créent des épreuves exceptionnelles et de plus redoutables périls.

Que chacun de nous, Messieurs, k commencer

(1) JI Cot. TIII, (S) II PaMl.

par voire évèque, s'applique ces réflexions. L'esprit des tempêtes souffle (4). Dieu a horreur des prophètes menteurs et lâches, qui endorment le oeuple dans une sécurité meurtrière, quand les dangers des &mes et ceux des sociétés grandissent avec les progrès de l'impiété et du mal (2).

Plus de sommeil, plus d'engourdissement, plus de demi-mesures, plus de capitulations avec ces devoirs de perfection et de sainteté dont le généreux accomplissement est réclamé par les circonstances solennelles dans lesquelles se trouve la société chrétienne I Les évèques, gardiens du peuple, crient sur la montagne d'Éphraîm : € De- (( bout, montons jusqu'à Sîon^ et faisons retentir « devant le Seigneur cette prière suppliante: « Seigneur^ sauvez votre peuple » (3).

Et pour que le Seigneur sauve son peuple, travaillons à sanctifier ses prêtres !

Je vous renouvelle, Messieurs et chers Coopérateurs, l'assurance de mon plus cordial et religieux dévouement en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

(1) Ertimpere faciam spiritum tempestatam indigoatioDe mea. (Ezech. XIII, 13.)

(2) Ezech. XIII, 16-21.

(3) Erit dies in qua clamabnnt custodes in monte Ephraim : Burgete, et ascendamus in Sion ad Dominnm Denm nostnun. Personate et canite et dicite : Salya, Domine, popnlom tnxuD, reliqnias Israël. (Jer. xzxi, 6, 7.)

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