‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 35 sur 44 · RETRAITES PASTORALES DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

RETRAITES PASTORALES DE L'ANNÉE

PKliRES POUB LA CESSATION DE LA PLUIE (10 JUILLET MIKXÏOLZZZII)

Messieurs et chers coopérateurs,

Dans la conférence du premier lundi de juin, vous avez reçu communication d'une circulaire de MM. les archidiacres. Vous savez que nos retraites pastorales auront lieu cette année :1a première^ du lundi 11 au samedi 16 septembre ; la seconde, du lundi 18 au samedi 23 du même mois.

En vue de remédier à un inconvénient dont

tout le monde avait eu à se plaindre les années précédentes^ j'ai dû vous demander de vous entendre entre vous, afin de partager en deux séries numériquement égales les prêtres qui , d'après ^os Statuts diocésains, doivent prendre part aux retraites de l'année 1882 : arrangement d'autant plus facile à réaliser que ces retraites seront placées dans la même saison, à deux semaines consécutives, et iront toutes les deux du lundi soir au samedi matin. Il n'y a donc aucun motif d*afflucr en nombre extraordinaire à la première •des deux retraites , et de déserter la seconde, ainsi que cela s'est pratiqué les années précé- «dentcs.

La conférence du premier lundi d'août vous donnera la facilité de régler définitivement la combinaison indiquée, et nous dispensera, je l'espère, de recourir à la mesure employée dans un certain nombre de diocèses où Tadministration diocésaine dresse à Tavance les listes nominatives des prêtres convoqués aux retraites, et ne leur laisse pas la liberté du choix.

J ai fait appel, pour prêcher ces deux retraites, nu dévouement apostolique du R. P. Desurmont, <1e la congrégation du Très-Saint-Rédempteur, déjà connu et si justement apprécié d'un grand nombre d'entre vous, à l'occasion des retraites de Tannée 4879, dont le souvenir est demeuré profondément gravé dans le cœur de tous ceux qui

'onl eu le bonheur d'en suivre les saints exercices.

Je ne doute pas, Messieurs et chers Coopéraleurs, du pieux accueil que vous ferez à la présente convocation, et j'ai à peine besoin de vous inviter à prendre d'avance vos mesures pour ne rien laisser perdre du temps si court dans lequel noua sommes obligés de renfermer les grâces altachées à CCS jours de recueillement.

« Heureux, esl-il dit au livre de l'Eccléstas- « tique, l'homme qui médite dans son cœur les u voies de Dieu et s'efforce de pénétrer les « mystères do sa justice et de sa sagesse! Heu < reus celui qui établît sa demeure prës de la (I maison du Seigneur ! II y sera protégé conlr>' « les ardeurs brûlantes et comblé de biens dont il <( jouira élernellcmoQl. (1) »

Aussi bien, esl-ce à ce temps vraiment privilégié de la retraite qu'il convient d'appliquer l'inslante recommandation contenue dans le même chapitre de nos livres sapienliaux, où le Saint- Esprit nous adjure « de ne rien perdre des don» de Dieu et de ne pas nous laisser enlever un seul de ces jours » qui méritent d'être appelés èons entre tous ceux dont la Providence nous gra-

tifie : Non defrauderis a die bono^ etparitctila boni dont non te prœtereat (1 ) .

Dans une lettre admirable, adressée* à soa illustre et saint ami Grégoire de Nazianze, saint Basile décrit avec un pieux enthousiasme les avantages attachés à la retraite.

« L'àme s'y purifie de la poussière quotidienne que soulèvent à chaque instant autour d'elle les affaires et les préoccupations de la vie ordinaire. Bedevenue capable de voir la vérité dans tonte son étendue et dans tout son éclat, elle s'y applique pour la mieux connaître, tandis que le cœur, se dégageant des servitudes dans lesquelles il se laisse trop souvent captiver, se dilate et retrouve avec une sainte liberté la faculté de recevoir les inspirations, les enseignements, les grâces dont la science de Dieu est la source (2).

« Asile sacré des âmes qui demandent à la soli- ' tude une plus grande facilité de communiquer avec Téternelle vérité et de participer davantage au souverain bien, avec quel empressement et dans quel sentiment de religieuse reconnaissance ne devons-nous pas nous en approcher ! Oui : pendant ces jours de la retraite, il nous sera vrai-

Ci) Eccli. XIV, 14.

(2) Mens qase ad eztema non dissipatur, neqne per sensus in mundnm diffunditur, redit ad se ipsam ; per se autem ad Dei cogitationem ascendit ; atque décore illo illustrata ipsius etiaxn naturœ obliyiscitar, sed terrenis curis Tacna, omne suum studiom

ment donné d'Imiter la vÎû des anges! Louer Dieu! médilcr Ûieul converser avec Dieu! quel privilège t quel incsLimable avantage ! quel soUdo Rt vrai bonheur (1) !

<i En se séparant des choses du dehors, l'âme est rentrée en possession d'elle-même ; mais à peine a-t-clle pénétré dans le sanctuaire intime de la conscieilce, dans ce fond où se recueillent les pures idées (2), qu'elle est comme saisie et soulevée au-dessus d'elle-même par la présence de Dieu, et dans la contemplation de sa beauté infinie, elle dédaigne, elle oublie tous les soucis inférieurs, tous les intérêts bas et grossiers ; elle monte bien au-dessus des vanités qui captivent el trompent les autres hommes ; et, vide de toute sollicitude et cupidité terrestre, elle applique esclusivement son attention et son énergie à l'acquisition des biens célestes : la tempérance, la force, la justice, la sagesse, la piété et toutes les autres vertufi (3). »

wA Btetnft bona adipiscendn tranafect. Tcma Eeceasus a mundo non est corpote extra muodum esee. scd anîmaro ab sSectiDiiIbni corporeia aveltere ; et pnrntiim eese ad suacipiendas corde informa tionee qote ex dootrina divioa dncnntur. (8, Boa. Ep, 2 ad Gregor. n" 2.)

(t) Fietatis eieraitatio aaimam diTÏnig cogitationibus alit. Bcquid beatiaa qnam in terris concentnm angelonim Imftari? ïW. ib.)

(3) Quomodo colat lemperantîam atqne tortitudinem, qnomodo jnEtâtinm ac prudentiam ac reliquat rirtutes. (lA. ib.)

Accueillons tous, Messieurs, avec une religieuse docilité d'esprit et de cœur^ ces enseignements d'un éminent docteur et d*un g-rand saint. Plus nous apprécierons le surnaturel bienfait de la retraite, mieux nous aurons la grâce d'en profiter.

. Sans doute^ une partie notable de notre vie s'écoule dans une véritable solitude. La plupart d*entre nous sont étrangers à ces agitations, à ce tumulte, à ces mouvements violents et fiévreux où se consume Texistence d'un grand nombre de nos contemporains. Nos modestes presbytères ne sont pas le rendez-vous des préoccupations mondaines ; et, à part quelques rares circonstances, le silence est le compagnon le plus habituel de nos prières, de nos labeurs et même de nos récréations.

Il pourrait donc sembler que nous n*avons pas à nous faire une rigoureuse application des paroles dites par les saints sur la nécessité de fuir au moins de temps en temps le fracas des choses extérieures, et d'échapper aux tourbillons de poussière soulevés sur les chemins de la vie par les incessantes agitations des hommes.

Nous ne saurions oublier toutefois qu*un autre docteur, le pape saint Léon le Grand, nous avertit que les âmes même les plus habituellement unies à Dieu ne sauraient échapper tout à fait à ces contagieuses et presque inévitables influences, et

«ju'il leur est nécessaire do s'aller plong;ei- aux sources vives pour y aller puiser, avec une pureté renouvelée, une plus grande vigueur et abondance dévie (I).

Ce n'esl pas en elTet pour nous seuls, et uniquement pour notre bien personnel, Messieurs et cbers Coopérateurs, qu'il est souverainement avantageux dé nous retremper, à des époques déterminées, dans les grâces d'une retraite ; c'est aussi pour les âmes et pour les œuvres dont nom avons la charge ou la direction.

Si notre vie spirituelle est appauvrie, languissante, eslénuëe, il est d'une rigoureuse et désolante nécessité que notre ministère extérieur s'en ressente.

Le prophète Isoïc nous le dit en employant une image très expressive ;

Œ Quand les eaux de la mer se dessecbent, « celles des Ucuves baissent; eljusquo surle bord « des plus petits ruissi^aux, les plantes s'étiolent a el se fanent y ; Aresccl arjua de mart et ftimm dêsolabiliir atqtte siccabîticr ; aUenuabuntitr et siceabunhir rivt ; ca/amiis etjvnctistnarcescel(2).

L'Océan : c'est celle vie divine de la foi, de la

(1) Dam per rariaa actiones viUc liujas eollicitudu disteuditur necctMMt demnadano pnivere etUm retlgioM coida lordeKvK. (S. I^eo U . aerm. i De qHaJrug.)

Page 1