‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 7 sur 44 · DB · texte numérisé non relu

DB

(6 OCTOBBB MDOOOLZXZ]

Messieurs et chers Coop^rateurs,

Avanlde promulguer officiellementles décisiona prises dans noire second Synode, je crois devoir résumer les conseils sur lesquelsj'ai appelé rattention de tous ceux d'entre vous qui ont successivement pris part aux deux retraites pastorales.

Je m'acquitterai d* abord, en votre nom et au mien, d'une obligation très douce de la vertu de reconnaissance. Vous avez tous apprécié comme moi, je n'en doute pas, le bienfait de la parole si

vraiment a

dans

s deux

1 aposlolique du prélat qui, i retraites, noua a rappelé les giantieurs de noire sacerdoce et les moyens pratiques d'aller toujours à un accomplissemenl plus parfait de tous nos devoirs. Dans les deux derniëres réunions de clAlure, je me suis fait l'interprfete de votre gratitude envers Mgr Guïol. J'aime à lui eïi renouveler encore une fois ici l'expression publique. £n échange des importants services que sa charité nous a rendus, je suis heureux de lui promettre de voire part une coopération dévouée à la grande œuvro pour laquelle il a quitté l'exercice du ministère pastoral et reçu des évêques de la région S.-E. de la France, avec le litre de Recteur, la mission de présidera l'organisation el au.\ travaux de nos Facultés catholiques de Lyon.

Nous ne saurions, mes chers Coopéraleurs, ni nousne voudrions être du nombre de ces hommes systématiquement distraits, inaltentifs, préoccupés, auxquels le Sauveur reprochait de ne rien comprwndre aux signes de leur temps :/(3Cictïi cœii dijitdicare nostis. Sigita aulem temporum non potestis scire {l) ?

Ne faudrait-il pas d'ailleurs une double ou triple cécité intellectuelle pour ne pas apercevoir les indices trop certains de la tempête dans les symptômes que nous présente à cette heure un horizon troublé? Hodie tempestas... rutilât triste cœlum{l).

Oui, en vérité, les jours sont tristes. Les passions voilent le soleil de la justice. D'incompréhensibles aveuglements se font leurs complices et sous ces nuages épais, gios d*oragBS, les âmes droites et religieuses éprouvent d'involontaires angoisses. Dies tribulationiSj angustisB^ nebulae caligini$...yambulabunt (homines) ut cœci (2).

Mais, comprendre les signes des temps, c'est comprendre les devoirs que les circonstances nous imposent.

Énumérons-les rapidement.

Les jours sont tristes. L'Église, notre mère, est en deuil. Elle est atteinte dans quelques-unes de ses institutions les plus vénérables ; compromise ou menacée dans plusieurs de ses plus chers intérêts. Serions-nous vraiment ses enfants, serionsnous dignes d'être ses ministres et ses représentants au milieu des peuples, si nous ne partagions entièrement ses inquiétudes et ses douleurs ? Flere cum flentibus (3).

(1) Matth. XVI, 3.

^î) Soph. I. 16, 17.

(3) Bom. XII, 5.

En aucun temps sans doute, il ne sied à des ecclésiastiques de se livrer à l'esprit de dissipation ouàcesamusemeots profanes qui sont si contraires à la gravité deleursainte profession (1). L'austérité est une des lois de notre vie (2). Nous devons pouvoir dire comme un saint personnage do nos Écritores : ff Je ne me suis jamais mêlé aux joueurs : « Nunçuam ctim hidetttibtis miscutme f3).»El sans aller, bien entendu, à cette tristesse morose et sombre qui rendrait notre commerce pénible aux Gd^les et pourrait mettre obstacle à la fécondité de notre ministère, il convient aux disciples et aux ambassadeurs d'un Dieu crucifié de se tenir toujours en garde contre les allures légères de c«ax pour qui la vie n'est qu'une continuelle distraction et une incessante frivolité.

Que si cette loi s'impose toujours à nous, au nom même des convenances de notre saint état, n'est-elle pas d'une application plus impérieuse et d'une plus évidente nécessité lorsque l'Église est engagée dans dos luttes plus périlleuseset soumise à de plus sérieuses tribulations?

Prenons garde, Messieurs, de cboquerla pieuse

(1) Bil nî»i gTftTe, moderstum bc rel fMWit. (Ooncil. Trident, aesa. xxii, c. \.]

(2) Mortni eslÎBMïitavpatra nbBcondili ni.3-)

(3) Tob. m, 17.

délicatesse des chrétiens vivant dans le monde ; prenons garde plus encore de provoquer à notre égard les réflexions sévères des hommes étrangers à notre foi, en nous départant, de cette grave et douce tristesse qui doit être pour nous, à l'heure des épreuves actuelles de l'Église, ce que sont les vêtements de couleur sombre dans une famille affligée par un deuil récent.

' Yeuillez relire à ce point de vue. Messieurs et chers Goopérateurs, les sages prescriptions de nos Statuts synodaux comprises sous* les n^ 35 et suivants de la dernière édition. Observons-^n plus exactement que jamais et la lettre et Tesprit, pour ne pas mériter le reproche adressé par Nôtre-Seigneur à ceux qui, soit par légèreté d'esprit, soit par étroitesse de cœur, < ne compren- «nent pas les signes de leur temps > et se livrent à une joie bruyante et scandaleuse au moment même où leur mère pleure, et où ses douloureux gémissements protestent devant Dieu contre les ingrats qui font couler ses larmes : Nonne lacryms viduas ad maxillam descendwU et exclamatio ejm super deducentem eas ? A maxilla ascendant usque ad cœlum et Dominas exauditor (1).

(1) Eccli. XXXV, 18.

Les jours sonl tristes, el il nous arrive souvent de dire: les temps sonl mauvais.

L'ÂpdIre avait déjà employé cette expression : biestfiaii su7it (1).

Saint Augustin remarque à ce sujet que les temps en eux-mêmes ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont ce que nous les faisons par nos mœurs. " Il y a beaucoup de maux, parce qu'il y a beau- « coup de méchants. Vivons bien, et les temps 1' seront bons (2). »

Quoi qu'il en soit, n'ayons pas de scrupule d'employer une façon de parler consacrée par un usage universel, el disons aussi: a. Les temps sont mau- € vais ". — El pourquoi sont-ils mauvais 7 parce que le mal mora! abonde ; parce que les méchants sont nombreux ; parce qu'il semble que toute puissance leur soit donnée pour renouveler à l'égard

<2) Didtîe : nioloita tempor», gr&via tempora, misera iG[npor& anDt. Viï)t« benc, et mntatis tempora riveudo beoe... Utinam non abnndarent mali et non abnndarent mala. Soi «uma» tcmpcirft:qDalu«uinas, talia sont tempora. BenevÏTimaa etboua sniit tempora. (.a A ni;, tenu, 311 al. dedîv , 116, □« SiBerm. HO, □<> 8.)

de rÉglise ce que la haine jalouse des pharisiens faisait, il y a dix-huit siècles, contre Jésus Christ lui-même : Hœc est hora et po testas tenebrarum[i).

Que dire, que penser, que faire en semblables conjonctures ? Faut-il se borner à prier dans le silence et & gémir dans le secret ? Ou bien peut-on se mettre en colère et donner libre cours à son indignation?

Le Saint-Esprit nous a donné sur ces points délicats des règles de conduite auxquelles nous ne saurions nous conformer avec trop d'exactitude.

Oui assurément, il est des circonstances dans lesquelles l'indignation et la colère sont légitimes^ Le Sauveur lui-même, en qui ses ennemis les plus acharnés ne purent découvrir aucune faute (2), éprouva ces sentiments en face de la mauvaise foi, du parti pris, de la résistance systématique à Tévidence de la vérité : Circumspiciens eos cum ira, contristatus super cœcitate cordis eorum (3).

On voit d'ici, ce semble, passer dans le regard si débonnaire du très miséricordieux et très doux Jésus la flamme vengeresse d'une sainte colère I

Demeurer froid et indifférent en face de tels impudents mensonges, de telles calomnies obsti-

(1) Luc. XXII, 53.

(2) Quis ex YobiB arguet me de peccato ? (Joann. viii, 46.)

(3) Marc. UI, 6-

nées, de telles cyniques violations du droit , ce serait en quelque sorte s'en rendre complice : Qui tacet, comentire videtur. Il y a des attentats de parole et d'action en présence desquels un homme de cœur rougirait de mériter le reproche du poêle antique :

Nil salit (1)....

n pnrte mamillm,

Toutefois, Messieurs et chcrs Coopérateurs, n'oublions jamais que les prêtres, étant plus complfetement identiûés aux sentiments et aux états de Notre-Seigneur que les simples chréijens (2), doivent se garder avec beaucoup de soin de mêler le moindre alliage humain à ces légiticoes soulèvements de la conscience. II y a des indignations permises et de saintes colères, mais sons ta réserve expresse qu'elles soient absolument exemptesde péché : Ira&cimmt et nolite peccare (3), et que tout, dans le fond et dans la forme, y soit entièrement selon Dieu, ainsi que le recommande expressément l'Apôtre, lorsqu'il félicite les Corinthiens du caractère tout surnaturel « de leur teîs- X tesse, de leurs sollicitudes, de leur z&le e\ de « leur courage à se défendre > : Hoc ipsum secun-

(1) JnT. BBt. VII.

(2) Sectite in Tobisqaod et in Christo Joso. {Phil. 11, S.)

(3) Pb. IV, 6.

Ugr Petnitd. — Œuvre*, t. 111,

dura Deum contristanvoSy quantam invobis operatur sollicitudinem^ sed defensionem, sed indignationem^ sed semulationem ( I ).

A ces conditions, Messieurs, et dans les circonstances délicates où nous devrons prendre aclirement la défense des intérêts sacrés confiés à notre garde, nous saurons marcher d'un pas ferme et sur entre cette prudence de la chair qui abrite tant de défaillances, et les emportements excessifs de ce zèle amer et intempestif que l'apôtre saint Jacques caractérise en termes si sévères, lorsqu'il le qualifie de <L sagesse terrestre, animale, diabolique » : V Zelum amarum^ sapientia terrenuy animaliSy dia^

bolica (2), par opposition à cette sagesse d'en haut, vraiment inspirée par l'esprit de Dieu, toujours nigaurée, grave, modeste, et jusque dansses revendio^B^ks plus énergiques, constanunent fidèle à de^^Hj^s de paix et de miséricorde, même à regard de ceux dont il faut combattre avec courage les coupables oppositions : Quœ desursum est sa^ pientia pudtca, pacifica, modes ta, stiadibiliSj ptena misericordia et fructibus bonis (3).

(1) II Cor. VII, II.

(2) Jac. Epist. cath. III, 14, 16.

(3) Ib. ib. 17.

Devant les inconlestablos progrès accomplis soas nos yeux par les artisans de tant de funestes doctrines, et dans l'impossibililé morale où nous sommessouvent d'opposer une digue à ce torrent dévastateur, nous devons repousser comme particulièrement perfide et dangereuse la tentation qui nous porterait à dire : Il iiy a rien à faire,

IaGS Ames les plus vigoureusement trempées pfiDvent à certaines heures être assaillies par celte redoutable tentation.

Vous vous rappelez l'histoire du propUële Ëlie. Ni les saintes audaces, ni le zèle, ni la vaillance ne lui avaient Cait défaut. Il avait résolument combattu pour les droits de Jéhovah contre les criminelles tentatives des fauteurs de l'idolâtrie. Il avait publiquement convaincu d'imposture les prêtres de Baal ( 1 )■ Il avait élevé la vois avec une intrépide sincérité contre les attentats sacrilèges d'Âchab et de Jézabel, et pour avoir plutût craint Dieu que les hommes, il s'était entendu adresser publiquement le reproche d'être un perturbateur

de Tordre social : Tune es ille qui conturbas Israël (1)?

Toutefois, après tant de combats, et même de victoires, Taudacedes méchants prenant le dessus, Élie se sentit défaillir. A quoi bon ce continuel déploiement d'énergie ? Quand donc aura-t-on raison des insensés et des méchants dont le nombre est comme infini : Stultorum infinitus est numerus (2).

De meilleurs que nous ont été vaincus dans ces luttes : ne serait-il pas présomptueux de penser que nous aurons plus d'habileté ou de succès ? Neque enim melior sum quam patres mei (3). Dieu lui-même ne semble-t-il pas coopérer au trioiiiphe de ses ennemis, puisqu'il remet entre leurs mains la puissance de tout faire et de mal faire ? Et si o'etot peine perdue de parler, d'agir, de lutter, pourquoi ne pas échapper par le sommeil à Ces continuels, douloureux et stériles conflits ?

Tel est bien le langage tenu par le tentateur aux heures de fatigue qui suivent les grands efforts et leur apparente inutilité. On se jette alors^ comme le Prophète, à Tombre de ce genévrier aux branches épineuses et aux fruits amers^ qui semble symboliser les soucis et les sollicitudes sans nom-

(1) m Reg. xviii, 17.

(2) Eccl. I, 15.

(3)IIIReg.xix, 4.

bre du ministère pastoral; et dans l'accablement auquel on succombe, on s'endort ; si même, è. l'exemple d'Élie, on no demande pas d'être délivré de la vie, comme d'un trop lourd fardeau : Projecit sf et obdormivU in umbra juniperi. Petwit animm sux utmoreretttr (1).

Hais Dieu ne veut pas de ce sommeil du découragement. Par deux fois, il envoie un ange réveiller le prophète et lui donner, avec une nourriture salutaire, la force de continuer sa marche et d'aller jusqu'au bout : Qui cum swrexisset, comedit et bibit. et ambulavit m fortitudùie cibi illius qttadratjinta diebus et qvadraginta noctibits, usque admontem Dei Horeb (2).

Nous avons tous été trop frappés, Messieurs cl chers Coopérateurs, d'une histoire que nous racontait, dans une de ses conférences, le prédicateur de nos retraites, pour que je n'eu consigne pas ioi l'édifiant et instructif souvenir.

Un prêtre plein de foi, de zèle, de talent, avait été envoyé dans une paroisse où, depuis de longues années, l'habitude de se confesser avait disparu. Un certain nombre de personnes fréquentaient encore les offices et ne se refusaient point à écouter les prônes du dimanche, mais elles n'allaient pas plus loin, et l'usage du sacrement de péni-

(l)IIIBeg. xu, :

(!) Ib. Ib. a.

tence semblait totalement aboli. Plusieurs mois déjà s'étaient écoulés depuis l'installation du nouveau curé. Sa tenue irréprochable, sa charité, le talent véritable dont il faisait preuve dans ses prédications : tout lui conciliait visiblement les sympathies de ses paroissiens^ mais sans décider aucun d'entre eux à user de son ministère au saint Tribunal.

Au lieu de se décourager et de dire : « Il n'y a rien à faire » , l'homme de Dieu eut recours au moyen suivant.

Tous les jours, dans l'après-midi, après avoir fait sa visite au Saint-Sacrement^ il allait s'enfermer dans son confessionnal. Il y portait son bréviaire, un livre pieux et son chapelet, et partageant son temps entre la prière et la lecture, il y passait régulièrement deux heures.

Cet étrange ministère, dans une église complètement vide^ durait depuis plusieurs semaines, et personne ne s'était encore présenté.

Un jour cependant, une paroissienne l'ayant demandé au presbytère, il lui fut répondu : « H. le curé est & l'église ». Il ne fut pas difficile de constater qu'en effet M. le curé était k l'église et dans son confessionnal.

Dès le lendemain, après la messe, la même paroissienne abordait son pasteur, non sans quelque embarras, et lui posait la question suivante : « M onsieurlecuré, quefaisiez-vous donc hier aucon-

« fessionnal, puisque vous n'aviez personne àcon- « fesser?» Le curé répondit simplement: « Je " vous attendais i.

Ces paroles et le procédé qui en avait élé l'occasion ne tardèrent pas à être connus de tout le village. Les plus ïndilTérenls furent i-mus : le sacrifice obscur du zfele et de la charité avail fait plus qu'une niîusion pour ramener à la pratique de ses devoirs religieux une population égarée. A partir de ce moment, on commenta à se confesser. Le zélé pasteur avait prouvé que, dans les cas même en apparence les plus désespérés, il ne faut jamais dire : " Il n'y a rien à faire ».

N'est-il pas évident, au contraire, que plus le mal grandit, plus il importe de mettre en œuvre, pour le combattre, toutes les ressources dont nous pouvons disposer? Les ennemis du nom chrétien se sonl^ils jamais endormis et ont-ils jeté leurs ftrmes à certaines époques de l'histoire conlcmporaiue où ils auraient pu se regarder comme vaincus? Ils se sont bien gardés de le faire. Ils ont su attendre des circonstances meilleures pour leur cause, et, en les attendant, ils ont tiré parti de tout, de manière à se retrouver prêts pour l'action le jour où Ils entreverraient la possibilité de recommencer la lutte contre l'Efjlise et contre l'ordre social. Eu étudiant dans le détail la persévérance avec laquelle ces serviteurs d'un^- mauvaise cause ont niainlenu leurs ténébreuses roa-

Htions, et, en dépit des obstacles, déployé une incessante activité pour s^assurer des droits sur l'avenir, on se rappelle la trop juste réflexion de Notre-Seigneur^ quand il se plaignait < que les <c fils du siècle fussent plus prudents pour leurs « intérêts que les fils de la lumière > (1).

Instruisons-nous par leur exemple, Messieurs et ehers Coopérateurs, et au lieu de nous laisser aller au découragement, sous le faux prétexte que nos efforts ne serviront à rien, soyons plus actifs et plus dévoués que jamais

D*abord, prions davantage et prions mieux. Beaucoup de choses nous sont rendues difficiles, sinon impossibles, parle malheur des temps. Mais qui donc osera dire qu'on peut nous empêcher de prier? Ek quand donc s'appliquera mieux le préeepte du Saint-Esprit, renouvelé et confirmé par l'autorité de Notre-Seigneur, sinon aux époques troublées et malheureuses qui apportent chaque jour tant d'entraves à notre action pastorale, mais sans pouvoir étouffer dans notre cœur et sur nos

(1) Luc, XVI, 8.

lèvres la cri sacré et continuel de la prière ; JVon impediaris orare semper. Dicebal autem [Jésus) ad Hlos çuoniam oportel semper orare et non defietre (1).

Que faire, se demandera souvent un pasteur accablé par les sollicitudes de son zèle, que faire pour sauvegarder celle jeunese si convoitée par les ennemis de notre foi? pour la préserver des pièges innombrables qui lui sont tendus? pour lui garantir ou lui maintenir le bienfait de l'instruction religieuse? Que faire pour ramener à l'Église ces hommes sur lesquels s'exerce en souveraine, chaque dimanche, l'influence désastreuse du cabaret? Que faire pour arrêter les ravages de cette presse corruptrice et impie qui ne recule devant aucune infamie el organise avec une si infi-rnale habileté l'apostolat de la débauche et de la lubricité?

Encore une Fois, quel pasteur vraiment digne de ce nom ne se pose ces questions et d'autres semblables dix, vingt, cent fois le jour? Elles se mêlent à toutes ses pensées, elles font invasion dans son oraison el dans son action de grâces, elles sont pourson ûmc celle consomplion douloureuse el sanctiPiante qui arrachait à saint Paul ce cri sublime : u Qui est faible sans que je sois faible

«•avec lui, et où y a-t-il un scandale sans que j'en « sois brûlé » (1) ?

La première et la plus nécessaire réponse à ces angoisses du zèle apostolique^ c'est la prière. Imitons Salomon inaugurant son règne par Tavea de sa faiblesse et suppliant humblement le Seigneur de lui envoyer, pour Tassister dans son travail, cette sagesse qui est ]a coopératrice des éternels conseils (2).

Les bonnes et surnaturelles inspirations, les idées vraiment salutaires, c'est-à-dire efficaces pour procurer la sanctification de notre peuple, ne nous viendront jamais de nous-mêmes et de notre propre fonds : Non qiiod sufficientes simus eogitare aliquid a nobis tanquam ex nobis^ sed sufficitntia nostra ex Deo est (3). Mais Dieu nous les donnera pour le bien des âmes qu'il nous a confiées, si nous sommes fidèles & les lui demander, et d'autant plus fidèles que les besoins de ces pauvres âmes sont plus nombreux et plus impérieux !

Prier mieux, prier davantage, prier toujours : si aucune puissance au monde n'est capable de nous interdire cette forme très élevée de l'apostolat, comment oserions-nous jamais dire € qu'il n'y

(1) Qais infirmatur et ego non Infirmor ? Qais scandalizator et ego non uror? (II Corinth. xi, 29.)

(2) Da mihi sediam taaram assistricem sapientiam... Ut mecum ait et mecumlaboret... (Sap. ix, i. 10.)

(3) II Cor. III, 5.

— 1ÎS5 — c a rien à faire ? j> El si la prière devienl vraiment le fonds de notre vie. commeni douter qu'elle ne soit, du même coup, la source d'où jailliront bientôt les pensées de foi el de charité qui se traduiront en œuvres ? Aqua quam dabo ei fiet in eo fom aqtue salientis in vitam seteniain (i).

J'ai besoin de me dire ces choses, Messieurs et chers Coopérateurs, afin de m'encourager, avec vous, dans un moment oîi tout se réunît pour nous accabler, et ou il est cependant si nécessaire que nous tenions ferme, dans une invincible espérance et dans un courage inébranlable, si nous ne vonlons pas trahir la confiance que Dieu, l'Église el les âmes mettent en nous pour la défense de la vérité et le triomphe du bien.

D'ailleurs, à côté du mal qui s'affirme avec une effrayante audace, n'y a-t-il pas des compensations providentielles dont ilserait injuste de ne pas lenir compte?

Cette harmonie entre les prêtres et les ék'èques, ri fort recommandée par un des Pères de l'ftge

apostolique, comme une des conditions essentiel* les de la force et de la beauté de l'Église (1), quand donc a-t-elle été plus vraie, plus intime, plus cordiale?

Tout est mils en œuvre, je le sais, dans le but de la rompre et de nous'désunir. Dans une circonstance récente, quand, voulant nous punir de la liberté évangélique avec laquelle nous avions défendu des droits sacrés, on nous a pris un peu d'or dont on a fait à grand'peine quelques gros sous jetés à votre si honorable pauvreté, ne s^eston pas imaginé qu^on pourrait à ce prix vous provoquer à la rébellion, et qu'on briserait ainsi l'union traditionnelle qui fait notre force? Ah\ Messieurs, ils ne vous connaissent pas, ceux qui vous adressent de si méprisables provocations 1 Oui, en dépit de tous ceux qui s'efforcent de vous soulever a contre la tyrannie épiscopale >y vous demeurez unis à vos évèques comme vos évèques sont unis au Pape, magnifique concert de sentiments et de volontés, dans lequel le monde recon-

(1) Unde decet tos in episcopi sententiam ooncnrrere, qnod et facitis. . . OhoruB estote at oonsoni per ooncordiam, meloe i)ei recipientes in nnitate, cantetis Tooe ona per Jesam CSuistnm Patri, quo et 706 andiat, et agnosoat ex iis qo» bene operaminii membra esse yob Filii ipsias... Qoanto tos beatioies judico, oon* jnnotos KpiBcopo sicuti Bcclesia Jesa Christo et JesuB Ghristai Patriy nt omnia per unitatem consentiant. (S. Ignat. Antiodu Bpist ad Sphes. IV, y.)

naît la vois mt^mede Jésus-Christ et l'expression da vœu le plus touchant de son cœur : Ut stnt itnmnsietit efnos umtm sttrmis ()),

ÎSy a-t-il pas encore autour de nous d'autres bienfaisants spectacles, bien propres & nous consoler et à nous encourager au milieu de nos peines et de nos difficultés?

Voyez ces religieux doul, depuis trois mois, nous partageons les angoisses. Quelle noblesse dans leur attitude I Quelle évangélique grandeur dans la patience avec laquelle ils souffrentl Quelle fidfele imitation de Jésus-Christ dans la douceur qui leur fait rendre bénédictions pour malédictions, dans la fermeté sereine et courageuse qui inspire leurs appels à la souveraine et impartiale autorité de la justice : Forum et jus!

D'autresmagnanimes exemples nous sont donnés par ces chrétiens qui, pour venir au secours des œuvres et des institutions religieuses menacées par d'implacables passions, multiplient leurs efforts, augmentent leurs pieuses libéralités, et, non contents de donner leur or avec abondance, se donnent généreusement eux>mémos dans les combats de la parole publique où ils instruisent les ignorants, réveillent les endormis, excitent les justes el préparent le triomphe final du bon sens et du bon droit sur les entreprises dans lesquelles la

(1) 1 Joum. zvit, ta.

violence se fait la complice de l'iniquité : Impendam et superimpendar!

Et à côté de ceux qui ne ménagent ni leur argent, ni leur temps, ni leur santé pour se faire les soldats d'une cause persécutée, comment oublier ces hommes qui, au risque de compromettre irrémédiablement leur avenir et celui de leurs familles, ont brisé ]eur carrière pour ne pas s^associer à des actes réprouvés par leur conscience et condamnés par leur foi (i)? Toute la France les a salués, ces

généreux martyrs du devoir, et nous les saluerons encore, en nous inspirant de Féloge décerné par

saint Paul à Moïse, < qui aima mieux être affligé € avec le peuple de Dieu que de jouir des avanc tages temporels attachés au péché, et sut qoit- < ter l^gypte sans redouter Tanimosité de Pha- € raon >(2).

Resterons-nous en arrière. Messieurs et chers Goopérateurs ? et nous, qui sommespar excellence les hommes du dévouement et du sacrifice, nous laisserons-nous vaincre en générosité par ces laïques, pères de famille, qui donnent en nos jours de tels gages de leur respect pour les délicatesses

(1) JadiceB... qaoram non «at comiptum cor, qui aoa aTerai sant a Domino... Ut ait memoria illorum in beoedictione. (Eodi. XLVI, 13, 14.)

(2) Magis eligens affligi cam popalo Dei qaam temporaUs peocati haberejacanditatem... reliquit ^gyptam non yeritns ani* mositatem régis. (Heb. XI.)

de la conscience: Tu non puleris qiiod tstî et tsfcB(l)?

11 ne se peut que Dieu permelle les do ulo amuses épreuves de l'heure présente sans un grand des- Beïn de justice, de sagesse et de miséricorde : Faciet etiam cum lentalione provetitum (2).

Ce profil, c'est que, suivant une belle parole de Tertullien, les tempêtes au milieu desquelles nous marchons élèvent plus haut el fassent voir de plus loin le magnifique étendard des vertus inspirées par l'Évangile: plus de foi, plus de courage, plus de zèle, plus de désintéressement, plus de s&inteté: Bsc desperalio et perdilio vexillum tirtutis extolhmt(Z).

Oui, comme le dit encore Tertullien, c'est une nouvelle démonstration de l'immortelle efQcacité du christianisme qui s'accomplit à celte heure, au prix même de tant de rudes combats et de tant d'angoisses douloureuses. Les plus indilTérents vont être contraints do s'interroger, de réfléchir, de se poser sérieusement et de résoudre consciencieasement la grande, la nécessaire, l'unique qceslion :Qu'y a-t-il donc au fond de cette doctrine, de cette morale, de celte société : Quis enim non

(1)8. Ang. &n/:,l.TIII. ( (31 iCor. I, 13.

[S) T«rf. Apolog. L.

contemplatione ejus concutitur ad reçuirendum quid ùitus in re sit(\) ?

Et tous ceux qui n'ont pas l'esprit et le cœur totalement pervertis, après avoir assisté à cette nouvelle passion du Christ dans son Église , s*écrieront avec le centurion descendant du Calvaire : En vérité, le Fils de Dieu est là : Vere JFilius Dei erat iste!

Faisons tous effort. Messieurs, pour procurer

un résultat si désirable ; et si, en retournant à nos

postes de travail et de combat, nous pouvons dire

comme saint Paul c que des tribulations et des € servitudes nous y attendent », ajoutons coura-»

geusement comme lui que c nous ne voulons rien

€ craindre et qu'au besoin nous saurons faire le

€ sacrifice de notre vie pour accomplir jusqu'au

c bout le ministère dont nous avons été honorés » , et qui consiste essentiellement <c à rendre témoignage à Jésus-Christ > par la prédication de sa parole et par Tapostolat de nos vertus (2).

(1) Tert. Apolog. I.

(2) Bt nunc ecoe alligatas iego spirita yado in Jeranlem.^ VincDla et tribnlatioQeB me manent.— Sed nihil horom Tareor } nec fado animam meam pretiosiorem quam me, dammodo oon^ sammem ministerium yerbi qnod aocepi a Domino Jean, testifi^ cari Eyangelinm gratite Dei. (Act. Âp. zx, S2-24.)

A M. L'ABBé OAUTHKr, CEAPELAIS DE LA BASILIQUE DE PARAY-LB-MONIAL,

CHEF DE LA BBVDE UBMaUELLE:

l Pèlerin de Faray

Mon cher ami,

A peine la mesure législative rotranchanl aux Evèques le tiers de leur traitement a-t-elle été connue du public, que plusieurs prêtres m'ont offert de combler cette lacune en org-anisant une souscription dans les rangs du clergi: diocésain.

J'ai été très touché de cette initiative, fi laquelle loatefois je n'ai pas cru devoir donner mon assentiment.

Il est vrai qu'on nous enlève ces cinq mille francs ao moment même où nous aurions le plus besoin

Mgr Purrund: — Œuvwa, t. Ili. jl

de ressources abondantes, soit pour soulager la misère publique aggravée dans de si lamentables proportions par un terrible hiver, soit pour aider tant d' œuvres qui, de toutes parts^ sollicitent notre concours et sont habituées à compter sur nos encouragements.

Quelques personnes ont naïvement cru qu'en mettant les Ëvèques à la gène, on avait du même coup amélioré sérieusement la situation du clergé paroissial.

S'il en était ainsi , nous aurions applaudi de tout notre cœur au retranchement qu^onnousafait subir.

Mais la vérité est qu'en appauvrissant les Ëvèques, on n'a modifié que dans de minimes proportions la condition si précaire des prêtres employés dans le ministère paroissial.

Il est facile de s'en convaincre par les chiffres suivants.

En effet, tandis que le budget des Evèques a été réduit de 435,000 francs, celui du clergé paroissial n'a reçu qu'une augmentation de 200,000, laquelle, si elle était répartie entre tous les prêtres de France, n'ajouterait pas plus de 5 à 6 francs par tète à la somme moyenne de mille francs par laquelle se solde le traitement annuel de nos curés (1).

(1) La moyenne exacte serait de 6 fr. 80 c, en ne oomptant que les Garés. Elle ne dépasserait gaère 4 francs, si on

personne ne sera donc surpris que beaucoup de mes vénérables collègues et moi ayons cru devoir refuser à nos prêtres la consolation do nous venir en aide par leurs sacrifices personnels.

Nous n'avions pas les mêmes motifs de repousser les oirpandes que de pieux fidèles sont venus mettre à notre disposition pour nous permettre de faire face ii tant de nécessités qui s'imposent en ces jours à la charité épiscopale.

J'ai donc accepté, dans la simplicité de l'Evangiie, la souscription dont votre Pèlerin a pris l'iniliaiive.

Vous le dirai-je, mon cher ami ? Il m'a été particulièrement doux de voir cet élan de foi el do générosité partir de la cité oii j'aillais déposor ma première prière el donner mes premières bénédictioas, lorsque je pris possession de ce beau diocèse, le 9 juillet 1874. Paray s'est souvenu de tout ce que j'ai entrepris, depuis bientôt six ans,

Contait aa cbiA« des Curés celui des Vicnircs et des Aum&aietB, leagnetB exercent ua minûtère actif. Ea fait, rangmentatioti de 3D0,0(X) tnnca ne proâtera qu'à 2,D0O succursalistes, soit es najenac 23 pardiocËse: lear traitement serapoité de 900 francï à !.U0O (mues, D&a» notre diocèse, où les petites snccunalca sonl moitu aombreaKS qn'tdltears, tS prâtreB seulement seront appela à jouir de cette minime angmenCation.

n n'est peut-ûtre pas inutile de rappeler quu cette aiigmcntattOD, annoncée depuis plusieurs années, a &i& refusée par un TOle de la Chambre actuelle, en décembre 1878.

pour ajouter à la splendeur du Sanctuaire qui fait sa gloire, et dont j*ai voulu être parmi vous le très dévot serviteur.

Si le Cœur du Maître a inspiré aux catholiques de notre « Ville sainte » la pensée d'aider leur Evoque, dans un moment oii ses ressources diminuent tandis que ses charges augmentent, je ne puis que Ten bénir. Et puisqu'il a promis de ne pas laisser sans récompense le verre d'eau donné en son nom, je lui demanderai de payer la dette de notre reconnaissance et de combler de ses grâces tous ceux dont la pieuse sollicitude va permettre aux Evêques de triompher du mauvais vouloir des ennemis de TEglise^ en ajoutant, comme par le passé, Tapostolat de l'aumône à celui de la parole et de Taction.

Faites-vous, mon cher ami, l'interprète de mes sentiments de religieuse gratitude envers les familles de Paray, ou des autres paroisses du diocèse, qui ont choisi le Pèlerin pour confident de leur charité, et qui, en s'enveloppant du voile de l'anonyme, ont voulu dérober au public le secret de leur bonne œuvre.

Ces délicatesses du cœur viennent visiblement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aussi bien, est-ce à Lui que tous. Pasteur et Fidèles, nous enreporterons le mérite^ avecle tribut de nos actions de grftces.

Croyez-moi, mon cher ami, votre très afiTectueusement dévoué en N.-S.

AU CLEitOÉ DU OIOC^B POUB LUI OOMUUNIQUBB

usi LSTras d> ba sainteté le pafb lëon s

KT Diyase autbbs DocruaNTS

(XZII OCTOBRE MIKKM1LX2Z.)

H£3Sl£UItS BT CHERS COOPËRATEOBS,

Ao moment mfeme où la Chancellerie do l'Évêché vous adressait ma dernifre Circulaire, je recevais de Sa Sainteté le Pape Léon XIll une réponse à la lettre que j'avais eu l'honneur de lui écrire après nos retraites pastorales.

Interprète de vos sentiments, j'avais fait connaître au Saint-Père notre commun désir d'imiter fidèlement, dans les luttes où nous engai2;ent de plus ea plus les événements contemporains, la

fermeté et le courage apostoliques dont il nous donne un si bel exemple.

Vous verrez, par la réponse de Léon XIII, combien le Vicaire de Jésus-Christ compte sur nous

pour combattre vaillamment les combats du Seigneur : Ut strenue prsBlia Domini prsBliemini. Noos aurons à cœur de répondre aux désirs et aux conseils du Chef de l'Église, en mettant (c toute notre vaillance et toute notre vertu sacerdotale » au service des grands intérêts confiés à notre zële : Ut omni sacerdotali virtute EcclesUs utilitati constanter esse possitis.

Une récente et douloureuse circonstance m*a permis de mettre immédiatement en pratique les exhortations du Saint-Père.

Je me suis recueilli sous sa fortifiante et paternelle bénédiction, avant de prendre la plume pour adhérer publiquement à la lettre que S. E. le cardinal Guibert^ archevêque de Paris, mon vénérable et bien-aimé consécrateur^ publiait, il y a peu de jours, au sujet des décrets du 29 mars et de leur application aux Ordres religieux.

La communication que je vous fais de ces divers documents vous associera d'une façon plus intime aux angoisses des premiers pasteurs et aux épreuves de PÉglise. Elle fortifiera les conseils que je vous donnais dans ma Lettre du 6 octobre. Plus le combat devient rude, plus notre prière doit être persévérante : Factus m agoma

^o/iri«sorû6nï(l); plus nous devonssentirlebesoin de chercher aide et protection dans le Seigneur, afin de ne pas défaillir sous le poids de nos tribulations : Deus noster refugium et vjrtus; adjutor m tribulatioiiibus (jux invenerunt nos nirnis (2).

Telles sont, bien-aimés Coopéraleurs, les grâces que j'ai demandées pour vous et pour moi au sanctuaire de Paray-le-Monial, où j'ai eu la consolation d'aller célébrer la fèto do noire chëre Bienheureuse. Une fois de plus, j'ai invoqué par son mlerccssion le Cœur infiniment compatissant de Celui dont ne pourront nous séparer (nous en Eaisons le serment avec saint Paul) « ni la Iribu- « lation, ni l'angoisse, ni la faim, ni le dénûment, « ai le danger, ni la persécution, ni le glaive (3) ».

Que sa pais et sa bénédiction demeurent avec nous I

(I) Lac. xxu,43.

(S) Pa. XLV, 2.

(3) Qui* DOH Bepuabit & cariUte Chiittiltribalatiolui angnsti»f an btmesT an nodituT an pencnlnm t ko peraecatio? an eUdiiuT(Boiii. Tin. 35.)

LETTRE DE Mgr L'ÉVÊQUE D'AUTUN A SA SAINTETÉ LB PAPE LÉON XUL

Antan, le 21 septemlve 1880.

Très Saint-Père,

Le pieux et zélé Recteur de notre Université catholique de Lyon, Mgr Guiol^ quitte demain ma ville épiscopale où^ pendant quinze jours, dans deux Retraites consécutives, il a exercé à regard de mon clergé l'apostolat le plus fructueux.

Ce vénérable prélat se rend à Rome, et, dans quelques jours, il aura l'immense consolation de se prosterner aux pieds de Votre Sainteté.

Je profite de cette circonstance providentielle pour exprimer de nouveau à votre personne sacrée tous les sentiments de filiale affection et de religieux dévouement dont tous les prêtres du diocèse d'Autun et leur Ëvèque sont profondément pénétrés.

Ils ont tous lu avec admiration le langage si ferme^ si apostolique, dans lequel Votre Sainteté a dénoncé les attenlals de la secte révolutionnaire en Belgique et vengé contre une indigne mauvaise foi la majesté du suprême Pontificat

Fortifiés par de tels exemples, nous nous efforcerons tous, Très Saint Pfere, de lutter contre les assauts de l'impiété dont l'audace grandit chaque jour et de défendre avec force et sagesse les droits sacrés de Jésas-Chrisl, de son Eglise et du Siège apostolique.

Plus l'irréligion redouble de violence, plus nous sommes heureux d'affirmer noire union avec les Ordres religieux si indignement persécutés et avec le vaillant Pontife, successeur de Pierre, qui est pour nous un modèle, un chef et un pfere !

Au nom de tout le Clergé du diocèse d'Autun, je baise humblement les pieds de Votre Sainteté et je demande pour nous tous la bénédiclîon apostolique.

Page 1