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L. Gard. NINA

(1) ILLUSTBISSIME ET BÉYÉBENDISSIME SEIGNEUR,

^onfonnémeiit à votre désir, j'ai remis à notre Saint- Père le Pape ^* lettre qu'ont signée après vous les prêtres de votre diocèse. Je >Qi8 heureux de vous informer que cet excellent et tout filial

Enfin, moins de quinze jours après la lettre de son secrétaire d'État, le 23 octobre, le Pape luimême daignait nous envoyer une réponse directe au document qui lui avait porté les vœux de tout le diocèse.

Voici la lettre de Sa Sainteté :

LEO PP. XIII

Venerabili Fratri Adolpho-Ludovico, Episcopo AugutUydunensi, Cabillonensi et Matisconensi,

VENERABILIS FRATER , SALUTEM ET APOSTOLiaï

Benedictionem.

Solatio Nobis et oblectationi fuerunt officiosœ littcr» quas abs Te et Clerc oui praîsides, post pia exercitia spiritualis recessus amantissime conscriptas accepimus. Novum enim testimonium tua3 erga Nos voluntatis Nobis pnebuerunt, ac perspicue demonstrarunt eccle-

témoignage de fidélité, de respect, de tendiesee, a piandemeot réjoui le cœur paternel du Souverain Pontife. En même temps donc qu*Ellc vous félicite, vous et votre clergé, de Tananime attâ* chement que vous professez pour la chaire de Pierre, Sa Sainteté voup accorde à tous la bénédiction apostolique, comme gage de sa particulière et paternelle affection.

Ceci dit en réponse À votre lettre du 27 du mois dernier, je saisis de grand cœur Toccasion qui m'est offerte de vous présen* ter mes sentiments de particulière estime, et de vons souhaiter devant Dieu ce que vous pouvez désirer de meilleur.

Rome, IC octobre 1878.

Votre serviteur très tUr^nét L. Cardinal NINA.

siasticos vipos, cooperatores tuos, perindc anime com-

paratos esse in hanc Apostolicam sedem et humilitatem Nostram, ac Te affectum esse noveramus. Non minus autem gratus, quam protestatio fidei et observantiae Nobis accidit plus affectus, quo promisistis, a Vobis enixe commendatum. iri Nostras et Ecclesise universse nécessitâtes sacratissimo cordi Jesu, quod in ista prsecipue Diœcesi Augustodunensi amoris et benignitatis suae divitias hominibus manifestavit. Dum itaque méritas vobis pro exhibitis officiis gratias agimus, Vos vehementer hortamur, ut in susceptis precibus instanter parseveretis ; petendum est enim, et confidendum, ut immensa Christi Domini caritas erga sponsam suam hoc maxime tempore luculentiusse prodat, quo validius et acrius inimicorum odium et invidia eam oppugnare et deprimere contendunt. Hac spe confisi, et divinarum ^atiarum ubertatem ex oorde adprecantes Tibi, Venerabilis Frater, necnon prsedicto Clero et Fidelibus tuae soUicitudini commissis , Apostolicam Benedictionem testem dilectionis nostrae peramanter impertimus.

Datum RomîB, apud S. Petrum, die 23 octobris an. 1878, Pontificatus nostri anno primo.

LEO PP. XIII (1)

(1) LÉON XIII PAPE

A notre vénérable Frère Adoîphi' Louis ^ Èrêque d'Autun,

Châîon et Mâeon,

YiNÉBABLI FBÂRE, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

La lettre que tous Noos ayez adressée, tous et yos prêtres, à roocasion des pieni exerdoes de la retraite ecclésiastiqne, Nous a charmé et consolé. Elle Noos a prouvé une fois de plus quelles ■ont T06 diBpofitions personnelles à Notre égard ; elle nous a

Trois fois déjà, vous le savez, Messieurs et chers Coopérateurs, depuis son avènement au souverain pontificat, Léon XIII a fait à votre Évêque Fhonneur de lui écrire pour l'encourager dans raccomplissement de son laborieux ministère et pour lui

clairement fait connaître combien Totre clergé partage les sentiments dont Nons vous savions animé envers le siège apostolique et envers notre bumble personne.

Nous n'avons pas moins apprécié qne ce témoignage de fidélité et de dévouement, Tempressement affectueux avec lequel vous Nous promettez de recommander instamment Nos besoins et les besoins de TÉglise entière au Cœur sacré de Jésus, ce cœur dont les richesses, la miséricorde et Tamour se sont tout spécialement manifestés aux hommes en votre diocèse d*Autnn.

Nous vous remercions donc des devoirs que vous Noos avei rendus. Nous vous engageons vivement à persévérer avec instance dans les prières que vous avez commencées. D faut solliciter, il faut attendre de Jésus- Christ qu'il fasse d'autant plus éclater son immense amour pour l'Église, que ses ennemis mettent à la combattre et ^ la persécuter plus de haine et d'acharnement.

Plein de cet espoir, Nous vous souhaitons du fond du cœur, vénérable Frère, l'abondance des grâces divines, et comme gage de notre dilection, Nous vous accordons bien affectueusement à vous, à votre clergé, aux fidèles confiés à vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, auprès de Saint- Pierre, le 23 octobre 1878, la première année do notre pontificat.

LÉON XIII PP

nvoyer le secours de ses paternelles et puissantes énédîctions.

Encouragements et bénédictions : je me suis lujours empressé de les partager avec vous, }innieilconvientdans une famille tendrement unie Li lout, joies et douleurs, doit être commun entre s membres qui la composent. Si quid patitur twn membrum, eompatiuntur omnia membra, •:e ghriahtr unum membrum, congaudent omnia embra (1).

Permettez-moi, Messieurs, d'appeler très spéilement votre attention, et, par vous, celle des eux fidèles, sur la recommandation à laquelle, ec raison, le Saint-Père attache tant d'impornce : prier avecun redoublement de persévérance

de ferveur, afin d'obtenir « que l'immense K^

amour du Christ pour l'Église, son épouse, se montreavec d'autant plus d'éclat que ses ennemis mettent plus d'acharnement à la combattre et & l'opprimer (2) ».

Avec quel religieux respect, prêtres et fidèles, us devons tous accueillir une telle esbortation :

I) I Oor. XII, 26.

!] Toa rehetnrater hortamur at In luacaptit predbas InsteDpawreratU. Petenânm estenim et confidendam nt immenu rùti DomiDi carltM erga apoDMœ sanm Uoc maxime tempore BicntiDB ae proâat, qao validiat et acrins ÎDiœiconim odinm tiTidû aam oppagnare et deprimere contendant.

il est à peine besoin de le dire, tant les circons — ' tances que nous traversons nous en font une obli-^ gation impérieuse !

Oui, malheureusement, à Theure où nous sommes, les ennemis de TÉglise redoublent de violence. Jamais, aux époques même les plus tristes de notre histoire, on avait employé un langage plus cynique pour exciter les passions contre la religion, ses dogmes, ses institutions, ses ministres.

A diverses reprises déjà, nous nous sommes plaint, comme c'était notre droit et notre devoir, d'une licence qui outrage si manifestement la vérité, la justice, la charité et les égards que se doivent les uns aux autres, en dépit même de la divergence des opinions, les citoyens d'une même pairie I

On a trouvé notre langage inopportun et nos doléances importunes ! On a même pris occasion de nos réclamations les plus mesurées pour se livrer à de nouvelles et plus furieuses déclamations. Si le flot de la haine antireligieuse continue à monter encore, on verra traiter d'ennemis publics et mettre hors la loi des hommes dont la mission est essentiellement pacifique et conciliatrice ; qui font état d'être dévoués à tous leurs concitoyens, sans acception de personnes, de partis ou d'opinions politiques ; et qui, consumant leur obscure et laborieuse existence au service désintéressé des souffrances et des misères de l'humanité, se

loTkt tout à tous, ici pour recueillir Forphelin privé d^ l'assistance de la famille, là pour consoler le ^^îllard déshérité des affections terrestres et réduit ^^ns nous au plus cruel isolement en face de la triple épreuve de Fâge, des infirmités et de la mort.

Mais si le Saint-Père nous demande de prier, J ajoute « qu'il faut prier avec confiance » : ^ciendum est et confidendum. Nous nous plaignons, ^1 est vrai, et nous avons raison de nous plaindre, P^rce qu'on ne saurait attaquer la religion sans porter le plus grave préjudice aux intérêts du P&ys. Mais nous ne voudrions à aucun prix pousser ^n cri de détresse, comme si la barque qui nous porte était menacée de s'engloutir. Dieu merci l '^ous n'en sommes venus à désespérer, ni de la *^rovîdence qui sait la justice de notre cause et 9^î veille sur son Église ; ni du bon sens public ^Uquel nous ne nous lasserons pas de faire appel Contre la malveillance qui s'essaie, par de mesquines et vulgaires tracasseries, à grandir jusqu'à *^ persécution.

Nous prierons donc, Messieurs et chers Coo- Pérateurs, et nous ferons prier les âmes pieuses, ^^^lérieures, pénitentes, avec lesquelles notre ministère nous met chaque jour en relations. Nous leur rappellerons souvent, sans rien dissimuler des ^ïistesses du moment présent, mais aussi avec la ^nfiante sécurité de l'espérance, les épreuves de VÉglise assaillie tous les jours par les plus impu-

dentés calomnies, ou entravée dans son action légitime par Tinepte jalousie qui répète d'elle à tout propos, en se couvrant de la raison d'État, ce que les juifs disaient de Notre-Seigneur Jésus- Christ: (( Nous ne voulons pas de son empire »: Nolumtis hune regnare super nos (1).

Mais, en même temps, nous les exhorterons à redoubler de générosité, d^efforts, de courage, de vertu, de dévouement et de charité ; nous ne nous lasserons pas de leur rappeler Fadmirable parole de saint Paul, si utile à méditer et à mettre en pratique aux époques difficiles où le mauvais vouloir systématique s'oppose aux progrès du règne de Dieu : « Ne nous laissons pas vaincre par le mal ettriomcc phons du mal par le bien » : Noli vinci a malo, sed vince in bono malum (2).

La prière étant l'âme de toutes les bonnes œuvres, nous profiterons de Texhortation que nous adresse Sa Sainteté le pape Léon XIII, pour rappeler à nos chers Coopérateurs, et à tous les

(1) Luc, XIX, 14.

(2) Bom. XII, 21.

pieux fidèles de notre diocèse, lesbesoinsdu Saint-

Sifeg'e.

Tous les jours, des écrivains frivoles et malveillants se donnent libre carrière en raillant la mendicité du Vicaire de Jésus-Christ. Tantôt ils la présentent sous un jour odieux à l'opinion égarée, comme si les aumônes d'une charité toute filiale étaient pour les nations catholiques une menace sérieuse d'appauvrissement. Tantôt, par une étrange contradiction, ils affectent de croire ^t cherchent à faire croire qu'en dépit des appels réitérés des évèques, les fidèles n'ont plus souci des besoins temporels du Saint-Siège. Us en concluent, avec une perfide joie, que bientôt on verra disparaître jusqu'aux derniers vestiges du méca- '^isme administratif indispensable au Pape pour ®^ercer de fait sa juridiction'sur l'Église uni- ^'^r selle.

lia vérité est que le gouvernement Pontifical est

P^vivre, en ce sens : 1" qu'il n a rien par lui-même ;

^ que ses charges sont énormes.

^ais la vérité est aussi qu'il vit, qu'il se soutient,

^^ que, jusqu'à ce jour, la charité des fidèles ne lui

^ pas fait défaut.

Il importe qu'elle ne se ralentisse pas et que

^5 ressources créées par le Denier de Saint-Pierre

^^ maintiennent au niveau des nécessités imposées

ï^ar les événements au Souverain Pontife.

Le cardin^ Nina le disait naguère dans une

lettre adressée delà part duSaint-Përe à un groupe d'évêques dont je faisais partie (1) :

« Pour le gouvetnement de l'Eglise, pour la « tranquillité des consciences, pour la marche « régulière du gouvernement des diocèses, les con- « grégations romaines, composées de cardinaux, « de prélats, de consulteurs et d'employés, sont <t nécessaires. Le nombre de ces derniers est bien « restreint, si on veut le comparer à celui des fonc- « tionnaires de n'importe quel gouvernement sécu- « lier. Grâce à leur zèle vraiment sacerdotal et à « l'esprit de sacrifice dont ils sont animés^ ils se ce contentent d'émoluments fort modiques, i

Encore faut-il les leur servir régulièrement ; et il n'y a pas d'autres ressources pour y subvenir que les dons spontanés faits au Saint-Père par les diocèses de la chrétienté.

€ Ce n'est pas tout, continue le cardinal secré- « taire d'État, outre les secours qu'il faut donner <( aux religieux et aux religieuses, chassés de « leurs couvents et dépossédés de leurs biens, le « Pape doit pourvoir à l'entretien personnel d'un « certain nombre d'évêqucs italiens, et souvent

(1) £n réponse à an document collectif rédigé et signé à Aix, an mois d*août dernier, par S Q. Mgr Forcade, archeTèqae d*Aix. et quinze évèques yenos pour assister au sacre de Mgr Bc^'er, éyèque d'RTarie et coadjuteur de Ulermont.

« siussi aux besoins de leurs diocèses et de leurs € séminaires. »

Tout récemment, la création dans Rome d'un grand nombre d'écoles primaires 'd'où est systématiquement exclu tout enseignement religieux a imposé à Léon XIII de nouveaux et très lourds sacrifices, pour ouvrir et soutenir d'autres écoles qui ne fussent pas, pour le peuple de sa ville épiscopale, des foyers de perdition.

« Des Amériques* et des pays non encore chré- « tiens, le Saint-Père reçoit des demandes con- << iinuelles d'envois démissionnaires, de délégués, << de représentants du Saint-Siège, soit afin de ^^ sauvegarder dans ces régions lointaines les inté- ** rets de l'Église, soit pour gagner de nouvelles ^ Ames à la foi et à la civilisation. Or, le cœur ^ lui saigne de ne pouvoir accueillir de telles ** demandes, vu sa déplorable pénurie de res- ^* sources et de personnes. »

Enfin, par un sentiment auquel tous les hommes 'î^bonneur rendent justice, le Saint-Si^ge continue ^*assister les anciens employés du gouvernement ï^ontifical, lesquels seraient, pour prix de leur ^délité, réduits à la plus affreuse misère, si le Pape t^e leur venait en aide. Ajoutée àtoutcsles autres, eette charge grève et grèvera longtemps encore les finances de la papauté.

< Toutes les fois, d'ailleurs (je cite encore la « lettre du cardinal Nina), que les ennemis de

« rÉglise ont par leur dureté contraint le Sou- « verain Pontife à supporter de nouvelles dépenses « et cherché à lui rendre plus pénible F exercice de c( son ministère, les populations catholiques ont « partout répondu aux appels de leurs évêques <c avec une spontanéité et une générosité dont sont < seuls capables les peuples qui sentent profon- « dément l'incomparable honneuretl'inappréciable « bienfait de faire partie des sociétés rachetées « par le sang de Jésus-Christ* et d'appartenir k la « véritable Église fondée par notre divin Sau- « veur(l). »

Lisez ces pages, Messieurs et chers Coopérateurs,

aux fidèles de vos paroisses. Elles sont l'expression directe et authentique de la pensée du Pape. Elles rendent compte de sa véritable situation dans le langage le plus élevé. Elles indiquent très nettement les causes multiples de la glorieuse pauvreté du Saint-Siège, et, si elles demandent l'aumAne, c'est de cet accent noble et fier qui sied bien à un Père comptant sur le cœur de ses enfants pour l'aider à défendre leurs plus chers intérêts et à soutenir l'honneur de leur propre maison.

(1) Lettre de S. E. le cardinal Nina à Mgr TarcheTèque d'AiZi en date du 4 octobre 1878.

Je voudrais à ce sujet, mes chers et vénérés Coo-

rateurs, vous faire part de quelques réflexions ^-^^

ml j'ai porté longtemps le secret devant Dieu, ^^

jis le recueillement de la prière et de la médi- ï^^

lion. Le moment me parait venu de ne plus les ^^

irder pour moi seul. Elles touchent à de trop ^^,

aves intérêts pour que je ne cherche pas à par- ^S

^er la responsabilité dont elles me chai'gent avec ^^ï

us qui ont, comme moi, mission de rappeler aux 5;^

lËles leurs devoirs et de les exhorter à les bien ^^

mplir. ^^

L'habitude toute française de voir la régularité ^«

alhématique avec laquelle les services pubhcs fig

nt assurés par les soins du gouvernement entre- ^S;

>iit chez beaucoup d'excellentes familles, large- ^^fr

ent dotées des dons de la fortune, d'étranges et - ^È^

grettables illusions. ^ D'une part, on oublie que cette régularité n'est >5Bib!e que par la perception d'impôts considé- Iiles dont le gouvernement ne se borne pas à ire la demande au public, mais qu'il a droit imposer et qu'il impose en effet, en s'armant de ute la sévérité des lois.

D'autre part, on se laisse volontiers persuader

que le fonctionnement des œuvres ecclésiastiques repose sur un mécanisme analogue, et que, je ne sais quelle puissance anonyme y pourvoyant suffisamment, les particuliers, les simples fidèles n'ont point à s'en préoccuper.

Combien d'entre eux, par exemple, partagent l'erreur, soigneusement entretenue par la presse hostile à l'Église, que le gouvernement paie le clergé ! D'où se tirent en beaucoup d'esprits ces deux conclusions : 1^ que nous sommes des fonctionnaires au même titre que les autres employés salariés par TÉtat ; 2^ que ce traitement, dont on ignore la modicité, suffit largement à tous les besoins des personnes et des œuvres !

Or, la vérité historique est là pour l'établir, et les plus irrécusables documents en font foi, ce qu'on appelle à tort le salaire des membres du clergé n'est qu'une minime partie de la dette contractée par la France et placée sous la solennelle garantie de l'honneur national, à l'époque où les biens donnés par les fidèles pendant le cours des siècles pour l'entretien des églises et du clergé furent réunis au domaine public.

A aucun titre donc, ni cette indemnité ne permet de ranger les membres du clergé parmi les fonctionnaires salariés par l'État ; ni non plus elle ne représente, à beaucoup près, la somme intégrale des nécessités individuelles ou collectives auxquelles subvenaient largement, dans le système

précédent, les fondations uniquement dues à la libéralité des iidëles.

Mais si certains publicistes se trompent et trompent leurs lecteurs quand ils assimilent le budget des cultes à n'importe quelle autre dépense laissée i la libre ajipréciation des représentants de la Dation, au lieu de voir en elle une dette de stricte justice, les particuliers font erreur quand ils s'imaginent que, par le moyen du même budget, il <^st suffisamment pourvu aux besoins multiples des couvres catholiques.

Dans la plupart des cas, le budget des cultes ^^sure à grand'peine le strict nécessaire à la plus ^^nodeste existence des personnes, et laisse subsister des lacunes auxquelles doivent malheureusement faire face les ressources demandées au ^asuel et aux tarifs, soit paroissiaux, soit diocésains ; tarifs et casuel dont nous désirerions tous pouvoir nous passer, parce que, en beaucoup d'occasions, ils gênent la liberté de nos relations avec l^s fidèles et prêtent extérieurement à une grossière équivoque fort accréditée de nos jours, équivoque par suite de laquelle on nous accuse de vendre ^u les places dans les églises, ou les cérémonie ^u culte, ou même l'administration des sacrements.

Les familles auxquelles la Providence a libéralement départi la richesse ont donc à l'égard des J^esoins de l'Église des obligations qu'elles ne con-

Mgr PSRBAUD. — ŒaYTeSi t. IL 20

naissentpas toutes suffisamment, et que nous avons le devoir de leur rappeler.

Les nécessités des pauvres étant palpables, on est moins exposé à oublier le précepte sacré et rigoureux de Taumône. On l'accomplit donc, soit en donnant directement aux malheureux, soit en remettant à son curé de quoi leur venir en aide, surtout dans les cas nombreux oti de cruelles détresses ne peuvent s'adresser qu'à la compassion discrète des représentants de Jésus-Christ.

Mais se préoccupe-t-on dans la même mesure de coopérer aux besoins généraux de l'Église, du diocèse ou de la paroisse ?

Ne se persuade-t-on pas trop aisément que, pour avoir mis une pièce d'or à la quête du Denier de Saint-Pierre, on a contribué suffisamment aux charges du Souverain Pontife?

Prend-on souvent l'initiative d'envoyer à son évêque de quoi fonder des missions, bâtir des maîtrises, ouvrir l'entrée des séminairei à de pauvres étudiants ecclésiastiques dénués de toute ressource temporelle ?

Pense-t-on que, dans chaque paroisse, il n'y * pas seulement à faire l'aumône aux pauvres, mais que les curés ont à fonder ou à entretenir des œuvres dont la prospérité importe beaucoup» sçit à la bonne éducation de la jeunesse, soit aux progrès de la foi, de la piété et de la charité catholiques, incessamment battues en brèche par l*

pagande des mauvaises doctrines et l'existence istilutions hostiles à l'Église ?

Ir, encore une fois, il semble à beaucoup de sonnes que toutes ces choses se doivent faire et ont comme par enchantement, sans qu'il soit

essaire aux fidèles d'y prendre une part active c*^

le donner, soit au Pape, soit aux évèqucs, soit '"^

curés, les moyens de faire face à tant de ' ^è

rges écrasantes. 1^1

)ieu me garde d'être injuste et de méconnaître ^^

générosité avec laquelle plusieurs de nos bonnes 5^

lilles comprennent et pratiquent les devoirs que c^

r situation leur impose è l'égard de l'Église ! ^S

iurémenl, le préjugé que je crois devoir signaler ■ ^^

ximbaltre ici est beaucoup trop répandu, mais ^^

l'est pas universel ; et sans parler de ces deux ^3

lilles de notre diocèse, dont l'une a contribué ^^

;énéreusement k l'établissement de l'Université ^S

boliquc de Lyon par la fondation d'une chaire """^

cent mille francs ; dont l'autre a commencé, ^^

irsuivi et mené à fin, avec une si religieuse perérance, cette institution de Rimont qui abrite

ce moment, à l'ombre d'une splendide église, is de cent enfants destinés au recrutement du ictuaire, il en est d'autres qui méritent aussi Ire reconnaissance pour l'ompressemenl avec [uel elles aident le clergé dans les entreprises ijours difficiles et coûteuses de la reconstruction

de l'agrandissement des églises, de l'entretien

des écoles, de la fondation des missions ou de la création des bourses et demi-bourses dans nos maîtrises et nos séminaires.

A tous ceux qui comprennent avec tant d'intelligence et accomplissent si noblement les granè devoirs imposés à la richesse en ce monde, nous envoyons du fond du cœur nos plus sincères remerciements, en appelant sur eux les bénédictions du Dieu qui s'est engagé à ne pas laisser sans récompense un verre d'eau froide donné en son nom (1).

Nous sommes donc loin de méconnaître le bien qui se fait. Nous voudrions seulement le voir se généraliser. Nous osons demandera tous ceux qoi le peuvent de s'intéresser efficacement à la fondation et au maintien des œuvres dont la charge retombe trop exclusivement sur les ministres du sanctuaire, incapables de suffire à tout dans un temps où, par une cruelle contradiction, le même mauvais esprit qui rend plus nécessaires les institutions du zèle et de la charité travaille et trop souvent réussit à tarir les ressources destinées .à l^ faire vivre.

Nous avons vu de très près, il y a vingt ans, eo Angleterre et en Irlande, comment les catholiqne* comprennent leurs obligations envers leurs églises

(1) 8. Matthieu, X, 42.

et leurs pasteurs. Dans ces contrées, à peine sorties de la persécution religieuse, il ne saurait y avoir place pour ce que j'ai appelé Thabitude française de laisser tout faire au Gouvernement, ou de supposer qu'il pourvoit aux nécessités multiples de Tapostolat. Ce sont au contraire les fidèles qui font tout. Ils bâtissent les églises, les presbytères, les écoles ; ils fournissent les objets du culte ; ils achètent et paient leurs cimetières ; ils subviennent fort généreusement au temporel de leurs curés et de leurs évèques;et, celafait, ils trouvent encore dans leur foi et dans leur charité de magnifiques aumônes pour le Saint-Siège et les besoins généraux de la chrétienté. Les riches donnent des sommes considérables ; les pauvres donnent leur obole : tous, sans exception, se croient obligés en conscience à supporter des charges dont bénéficie la communauté tout entière.

Pourquoi ne nous inspirerions-nous pas d'exemples si rapprochés de nous pour exciter de la part de nos catholiques une salutaire émulation ? Et s'il y a là, comme je le disais naguère dans une des conférences de la retraite, une lacune à combler et une sorte d*éducation à faire, attendrons-nous pour nous mettre à l'œuvre que les événements, en se précipitant, empirent la situation de l'Église, soit à Rome, soit en France ?

Il nous semble donc qu'il ne faut pas craindre de rappeler aux fidèles favorisés des dons de la

fortune, ou simplement constitués dans une hon-nête aisance, leurs responsabilités et leurs obliga^ — tions, bien qu'il convienne assurément de ne ja^ — mais aborder cette question qu'avec mesure, et er^environnant les vrais principes de tous les procé^ — dés de délicatesse à Taide desquek nous les ferons^ mieux accepter.

Autrefois, dans beaucoup de familles chrétiennes^ lorsque le père avait sagement mis en réserve le=^ surplus de ses revenus de Tannée, afin d'assuré l'établissement de ses enfants ou de parer accidents imprévus, il faisait la part de Dieu (1) c'est-à-dire la part des pauvres et des diverse

(1) « La règle ordinaire de mes parents était de réaenrer, Q. Fexercicc contiuuel de leur charité, la dîme de tout ce qa*î ce reoeyaient ; et, à la fin de Tannée, après aroir ra ce qui 1 « restait de leur revenu, et ce qu'ils pourraient employer en c pour augmenter le patrimoine de leur famille, ils comptaiea*^ ^^ ce les pauvres pour un de leurs enfants; en sorte que, s'ils araîcn^^ •-* ce 10,000 livres à placer, ils n*en plaçaient qae huit et en don- — ^^' a naient deux aux pauvres, quUls regardaient comme leur propi <L sang, par une adoption sainte et glorieuse pour ceux qui met— d tent Jésus-Christ môme du nombre de leurs enfants. Kaii l a calamités publiques et particulières augmentaient presque ton <c jours la part des pauvres bien au delà de cette proportion, a nous avons vu par les registres de mon père qu'il j avait a des années où leurs aumônes avaient passé le tiers da lereaj: a dont ils pouvaient jouir, n

(Le chancelier d' Aguesseau, Biographie de son père Benri éT ffVâJiseaUf reproduite dans un récent ouvrage de M. Charies Ribbe, dont, à la suite du vénérable cardinal archevêque de Paii^ nous ne saurions trop recommander la lecture : la Vie dcwietf*' que, set modèles, sesrèçleSf t. I, p. 341.)

œuvres de zèle ou de charité auxquelles tous les fidèles doivent concourir.

Que de ressources la généralisation d'une cou- ^iime si chrétienne mettrait au service du règne e Dieu sur la terre ! Et loin d'appauvrir les failles qui adopteraient ce pieux usage, que de bénédictions de toutes sortes il attirerait sur elles !

Je vous invite, Messieurs et chers Coopérateurs,

^ communiquer ces réflexions aux fidèles de vos

paroisses. N'avons-nous pas le devoir de former

l^ur conscience, d*éclairer leurs décisions, d'ex-

oiter et de développer leur charité ?

Profitez particulièrement de quelques-unes de nos grandes solennités* et des époques assignées à. certaines quêtes, pour rappeler aux fidèles à quel point leur coopération nous est nécessaire, et ^nabien nous avons le droit de compter sur eux, pour subvenir aux besoins de la société religieuse ^ont ils sont membres.

Parmi les œuvres d'intérêt général, ne leur permettez d'oublier, ni le Denier de Saint-Pierre, ni *^ Propagation de la Foi, ni les Universités catho- 'îques.

Éveillez leurs sollicitudes pour l'éducation de la Jeunesse ecclésiastique dans nos Séminaires ; pour *^ fondation et l'entretien des maîtrises et écoles ^Uricales ; pour les développements à donner aux dissions diocésaines, et persuadez-leur de devancer, quand ils le peuvent, des appels que leur

évêque ne peut pas toujours faire arriver directement aux familles capables d'y répondre. Lors de la première organisation des œuvres au sein de rÉglise naissante, les chrétiens épargnaient aux apôtres la peine de solliciter leurs aumônes, et Ton sait comment ils venaient d'eux-mêmes déposer aux pieds de leurs chefs spirituels les ressources indispensables aux besoins de la nouvelle société : Afferebant preiia eorum qux vendebantet

ponebant ante pedes apostolorum (1).

Enfin, Messieurs, il y a les œuvres paroissiales de zèle et de charité, pour lesquelles il n'existe aucune ressource assurée ni d.ans les allocations de l'État, ni dans le budget des fabriques, et dont l'existence dépend entièrement de la générosité des familles chrétiennes. Faites-leur comprendre Timportance de ces œuvres ; montrez-leur en quoi elles engagent l'honneur de leur foi ; intéressez-les à leurs développements : à ces conditions, le bien grandira rapidement au sein de nos populations, et nous serons plus capables de repousser les assauts réitérés et chaque jour plus audacieux de l'esprit du mal.

11 va de soi, d'ailleurs, que, précisément à cause de cette grande variété d'œuvres, nos familles ont une entière liberté de choix et peuvent s'inspirer

(1) Act Ap. IV, 34, 35.

d^ leurs préférences dans la répartition de leurs libéralités. 11 seraitbon, toutefois, que ces préférences lie fussent pas exclusives ; et que, tout en se réser- ^&nt le droit de donner davantage à telle ou telle <^uvre, parce qu'elle excite de leur part un plus vif

intérêt, aucune ne fût oubliée, ou du moins que chacune à son tour pût occuper la première place, ^and le chef de famille détermine chaque année ^e que nous avons appelé la part de Dieu dans * emploi de ses revenus.

Je prie Dieu de faire fructifier ces recommandations pour sa plus grande gloire et pour le bien de Son Église ; et après les avoir confiées à votre zèle et à votre sagesse, je vous renouvelle, Messieurs et chers Coopérateurs, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués en Notre-Seigneur.

Donné à Autun, le 21 novembre 1878, enlafête de la Présentation de la très sainte Vierge.

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