DE LA MOBT DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE IX
(8 JANVIEB MDOCGLXXIZ)
Nos TRÈS CHERS FrÈRES,
Le mardi 14 janvier, aura lieu Touverture d'une nouvelle session législative, et le dimanche sui-^ vant, Conformément à la loi constitutionnelle du Ifir juillet 187S, « des prières publiques seront adres-^ « sées à Dieu pour appeler son secours sur les « travaux des assemblées ».
Nous vous transmettons à ce sujet Tavis officiel de M. le ministre des cultes, et nous en prenons
occasion d'exprimer publiquement nos vœux pour
la prospérité de la France.
Écoutons ces belles paroles de Bossuet : « La société humaine demande qu'on aime la
c< terre où Ton habite ensemble ; on la regarde
« comme une mère et une nourrice commune ; on
tf s'y attache, et cela unit (1)>.
L'amour de la patrie est une des premières obligations de la vertu de charité, laquelle, dit saint
Augustin, nous prescrivant d'aimer, et, s'il est possible, de servir tous les hommes, veutcepcndant que nous « soyons plus étroitement unis à ceux « dont nous rapprochent les lieux et les temps (2) ». Notre-Seigneur Jésus-Christ, venu pour être le Sauveur du monde entier ; Lui, dont le sang rédempteur devait couler pour tous les hommes indistinctemeQt, se montra toujours le serviteur particulièrement dévoué de sa patrie terrestre ; et l'histoire évangélique a recueilli avec une religieuse émotion le cri de douleur et les larmes que lui arrachèrent un jour les sombres perspectives des malheurs de Jérusalem (3).
(1) Polit, tirée de V Écriture sainte, liv. I, art. 2.
(2) Omnes »qae diligendi sont ; sed cnm omnibas prodesse non ponit, his potissimnm consnlendam est qui pro loconxm et tempomm opportanitatiboB constrictias tibi jonguntur. (S. Aag. De Ihet. Christ. 1. 1, c. XZVIII.)
(3) S. Lao,xlx, 41.
Ni les injustices de ses concitoyens, ni leur odieuses calomnies, ni les complots et les fureur populaires dont il fut la victime, ne purent affai blir en lui Tamour sacré de son pays ; et le récit d
sa Passion porte expressément qu'il « versa soi « sang avec un regard particulier pour sa nation », et en voulant que Tamour « de la patrie trouvai « sa place en un sacrifice qui devait faire Texpia- « tion de tout l'univers (1) ».
A son exemple, les apôtres, les martyrs, le^& '«s chrétiens des premiers siècles, si indignement per— '^^" sécutés à cause de leur foi, n'en furent pas moin^ ^^ les sujets les plus obéissants aux lois do leurpay^ '^ et les plus dévoués à leurs concitoyens (2).
Nous continuerons pour notre compte, N. T. C^ *-• F., cette antique et glorieuse tradition. Nous re- -^^' garderons toujours comme le premier.de nos de — ^" voirs d'aimer et de servir notre pays. Nous souf— '^" frirons de ses épreuves. Nous travaillerons san. -^* relâche afin de contribuer à sa prospérité. Noa ^-^^^ prierons pour tous ses intérêts, et nous ne rons de demander à Dieu ses plus abondantes bi nédictions pour tous ceux qui, nés comme nou^c^^^ sur le sol de la France, sont deux fois nos frères 5-
Une telle conduite désarmera-t-elle les hain^^^
(1) BosRaet, Pal tirée de V Ecrit. saUUe, art. 6.
(2) Tertall. Apolog, c. xxxviii.
nju3t«s dont nous poursuivent des hommes qui se isent Français, et qui parlent chaque jour avec ntphase de liberté et de fraternité, comme s'il ouvait y avoir une vraie liberté là où ne règne as l'esprit de Dieu (1), et comme si une fraterité sincère était compatible avec les injures et les lenaces de proscription ! £31
Plusieurs fois déjà, nous avons exprimé tout ^&
aut notre douleur et notre légitime indignation, ^^
n constatant aij;ec quelle impunité pouvaient être ^^I^
ttaquées chaque jour parmi nous, dans le lan- ^^
âge le plus impudent et le plus violent, les croyan- ^S
es qui devraient au moins s'imposer au res- ^^î
ect de tous , puisqu'elles sont encore, Dieu ^^^^
lerci, les croyances de la majorité des Fran- ^^
Non seulement nous avons épanché nos tristesses ^:^
ans vos coeurs si capables de les comprendre, Fils S^
l Frères blen-aimés; mais, suivant le droit et le ^^
evoir de notre charge, nous avons directement -*
ommuniqué nos inquiétudes ou adressé nos ^^
éclamations aux principaux dépositaires de la uissance publique chargés de veiller à l'obserition des lois, et de celles qui garantissent le espect dû à la religion, et de celles qui interlisent aux enfants d'une même patrie de provo-
quer contre leurs concitoyens de haineuses pa^ 8ions(ij.
En ces diverses circonstances, N. T. C. F., notre conscience nous rend iémoignag-e que l'amour de la France s est uni au zèle de la gloire de Dieu pour inspirer nos démarches et notre langage.
Aujourd'hui encore, en face de discovs qui ont
un douloureux retentissement dans le pays et où les menaces contre les libertés nécessaires des consciences catholiques ne prennent plus la peine de se dissimuler sous le voile des allusions, lorsque la licence des écrits et des paroles dépasse toutes les bornes ; à la veille, dit-on, de voir toutes ces haines antireligieuses recevoir une consécration légale, nous persisterons à dire avec le grand Augustin que « si de tels procédés ne peu- (( vent nous laisser sans émotion, ils ne nous déci- « deront jamais à repousser l'injure par l'injure c< et les outrages par les malédictions »: Cornmoti videmurj sed maledicta maledictis non red-
(1) Qaiconqne... par des difscoars, des écrits, des iiii primés, des dessins, des grarures, des peintures oa emblèmes rendas on diS' tribnés, mis en vente on exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards et affiches exposés aux regards dn public, aura cherché à troubler la paix publique en excitant le mépris ou U haine des citoyens contre une ou plusieurs classsB de personnes, sera puni des peines, etc. . .
(Loi du 25 mars 1822, tltie I, art. 1, n» 10.^
iimus. Maledicimus et benedieimus, 'blasphematt leprecamur {{)!
U esl vrai que, par un raffinement dfi perfidie, lans ce déchaînement de passions malveillantes, :'eslsouvent contre nous, enfants ou ministres de la sainte Église, que se dresse l'accusation de pro-
k'oquer nos concitoyens et de troubler la paix du £J5
pays. Ainsi le persécuteur Achab reprochait auda- ^5
:ieusement au prophète Ëlie de semer l'esprit de O^
"évolte en Israël, parce qu'il suppliait le peuple de •~-A.
16 pas déserter le culte du vrai Dieu pour celui de ^^
Baal (2). ^
Ah I c loin de nous, dirons-nous encore avec le ^~^
1 saint évèque d'Hippone, loin de notre cœur et """^^ < de la douleur profonde de notre conscience de ^^
r manquer en quoi que ce soit aux devoirs sacrés ^^
de bons citoyens et de bons concitoyens ! Ceux ^^
mêmes qui nous dénoncent, nous calomnient b*^
I et nous insultent, ne cessent pas d'être nos -£=~
: frères (3) ». Le sentiment de l'injustice suhie ^^
:l) s. Ang., Berm. OV t. V, p. 783,
(!) Et cum Tidlnet enni Achab, tit : Tnne es ille qui contor-
lu lanelt Et ille ait : Non ego Lnrb&TÏ Isntel, sed tn et domns Atiiatni, qni dereliqnistismandata Domini et oecuti estlB Boam. (III Beg. iTin, n. 18.) (3) Qoaii «go iniiiltAtor eim et non deprecsUir, et Tester qua* iacDmqae eihortftOT. Absit a me nt nsaltem. Avertat Dens a :orde meo et ft dolore conscientin iae«. Ibi mnltoi frstiei uon dliiic habernuB ) (tl- Ang. lerm. OV.)
peut trouva sa légitime expression dans nos plaL vi tes ; mais si, comme Jésus, nous pleurons sur I ville endurcie qui tue les prophètes, c'est que, g\ vérité, la mesure de notre douleur est précisé ment celle de notre amour pour notre chferc patrie.
Nous lui donnerons, N. T. C. F., un nouveau témoignage de nos sollicitudes et de' notre filial dévouement en environnant de toute la solennité possible la célébration des prières publiques de- Iffiandées par la Constitution.
Nous y inviterons toutes les autorités, en assignant à chacune d'elles la place prescrite par les règles officielles des préséances.
Qu'elles nous permettent, puisque l'occasion s'en offre à nous, de leur rappeler avec quels sentiments et en quels termes nous leur exprimions, à notre entrée dans le diocèse, « notre sincère dé- « sir de travailler de concert avec elles à faire « s'embrasser dans une fraternelle alliance la jus- <( ticeetla paix, le règne de Dieu dans les cons- <c ciences et le règne des principes dans les lois ». Nous citions alors une parole du pape Grégoire le Grand à l'empereur Maurice^ que nous ne nous lasserons pas de répéter au nom de notre amour pour l'Église et pour la France : c Oui, en vérité,
« le sage gouvernement des intérêts terrestres est « inséparable du respect des lois divines, et la « paix de la république est indissolublement
unie à 1b pais de rÉg]ise universelle (1;.
Qnand nous aurons rempli à l'égard de la patrie e devoir de piété filiale auquel nous donnerons la aule el surnaturelle expression de la prière, une
atre obligation viendra s'imposer à nos cœurs et ^^
notre foi au nom d'un deuil encore tout récent. ^5
Il y aura bientôt un an, N. T. C. F., qu'il plai- cq
ùt à Dieu de rappeler à lui, pour le foire entrer ' *
ans le repos de son éternité, le Pontife sur les "^^
paules duquel avaient pesé si longtemps les solli- ^^
itudesde l'Église universelle. ^^
Vous n'aves point oublié en quelles circons- ^/~
inces, particulièrement touchantes pour le diocèse . *~-^
l pour notre personne, nous avions pu entendre |I^
■s dernières paroles el recevoir les suprêmes bé- ^^
édictions de Pie IX (2). Cet ineffaçable souvenir ^=y
i réveille avec plus de vivacité dans no.tre cœur, ^^
n ces jours dont les dates nous rappellent notre lj. ■
^nt voyage au tombeau dessaints Apôtres ; nos ^^ udiences près du vénéré malade ; les encouragelents ou les remerciements tombés de ses lèvres Qgastes; les impressions profondes faites sur
(1) NeiBiiiem poiie reote temoft regere, nisiiioverit divlna bu* m, pMemqne raipabUcK ex aairemlia Kcele«i« pM« pendeie. i-Gi^. M. Bp. 20 ad Maniio. Aag;.) |1) Vdt uoa LettrOB putonlet dn noia de fAvrier 18TS.
Vgr PlKRAITD. — (BUTUM, t. IL St
nous par le mélange de simplicité et de grandeur qui avait marqué chaque détail de ces doux et solennels entretiens.
Non, elle ne s'efFacera jamais de notre mémoire ia touchante recommandation faite àvotreÉvèque par Pie IX, au seuil même de Téternité dans laquelle il allait entrer : « Mon cher fils, nous de- « meurerons toujours bien unis dans le cœur de « Notre-Seigneur ».
Et en effet, les séparations opérées par la morl ne sont qu'apparentes : malgré son incontestable puissance, elle ne saurait rompre Tunion sacrée des âmes, fondée sur la communauté de foi el d*espérance et entretenue par la charité.
Nous nous souviendrons doncdevantle Seigneur du Pontife qui, pendant plus de trente ans, gouverna rÉglise avec tant de vaillance au milieu de circonstances si difficiles, et nous offrirons pour lui, au jour anniversaire de sa mort et de sa délivrance, le sacrifice de propitiation dans lequel est répandu « un sang meilleur que celui deTinnocent « Abel (1) ».
Après avoir rappelé aux chrétiens l'obligation où ils sont de ne. point oublier « leurs chefs spirituels t qui leur ont transmis la parole de Dieu, et de « considérer souvent quelle a été la fin de leur
(1) Hcbr. XII, 24.
' vie, afin d'imiter leur foi (1) », l'apâtre saint 'aul ajoute ce solennel enseignement : •• Jésus- Christ était hier ; il est aujourd'hui ; il sera dans tous les siècles (2) ».
Oui, en vérité, Jésus-Cbrist était hier dans cette
Dngue succession de papes qui ont gouverné l'É- zj^^
lise en son nom, depuis saint Pierre jusqu'à ^^^
'le IX. Il est aujourd'hui dans ce nouvel élu de sa ^^^
roite que l'univers catholique acclamait, il y a ^^^
nze mois, sous le nom de Léon XIÏI. Et en dépit ~^^,
e tant de menaces formulées contre son Église, *<^S
lalgré toutes les passions coalisées pour la faire ^^^
isparattre de nos sociétés modernes, Jésus-Christ ^g;
îra encore avec elle dans le demain inconnu vers i,,__
îquel nous précipite la marché des siècles, tou- ^~*
jurs enseignant, toujours hénissaut, toujours hr-j
ouvernanl et sanctifiant les Ames, en vue de la ^^
ie éternelle, parles futurs Pontifes qui recevront S'J^
e ses mains les clefs du royaume des cieux, avec ;gg
•. redoutable pouvoir de lier et de délier, defermer ^^
t d'ouvrir. *— — .
Encourageons-nous les uns les autres, au mieu des tristesses de l'heure présente, par un reouhlement de foi dans l'inébranlable consistance
ri) Hementote pncpotitoram veatrrauni qnt rotii* locaU tnnt Erbttm Dei, quoram intnEntMcsitnin conTCTBatiODU, Imlt&mini d«m. (Heb. mi, 1.)
(!) Jeana Chiiatai beri et hodie et in mscdIi. Ib. ib. i.)
de la société spirituelle à laquelle nous appartenons.
Là se trouve, pour parler le langage de saint Cyprien, cette racine tenace et inviolable dont la merveilleuse fécondité produit toujours de nouveaux pasteurs et maintient dans le monde, à travers les vicissitudes des choses , cette unité de l'enseignement et cette perpétuité de la hiérarchie qui réalisent sous nos yeux la promesse de Notre- Seigneur Jésus-Christ à ses Apôtres (1).
Adhérons fortement, pour notre part, à cette tige qu*il ne sera pas donné aux hommes de déraciner, car, plantée par le Père céleste, elle est continuellement arrosée du sang de son Fils; et c'est par elle que nous est incessamment communiquée la sève de la vie surnaturelle (2).
Répétons donc d'un cœur confiant la prière prophétique de David et disons avec lui : « Seigneur, « Dieu des vertus, du haut de votre ciel, regardez, « bénissez, fécondez cette vigne que vous avez con- « fiée à notre terre. Défendez-la contre le sanglier « sauvage qui menace de la fouler aux pieds ; as- (( sistez de votre secours ce fils de Thomme que
(1) Ecclesia una est quœ in multitadinem latins incremento fœcnnditatis exteuditnr. Rami arboris malti ; sed robar xaxom TENAOi RADICE fundatum. (S. Cjpr. De Unit. JScel., o. v. — Voir Bossnot, première instmction pastorale sur les promesses de r Église.)
(2) Matth. XV, 13
« vous avez préposé à sa garde, cet homme de « votre droite que vous avez choisi et confirmé !
« Et pour nous, faites-nous la grâce de ne pas <c nous éloigner de vous, d'invoquer votre nom <c et d'avoir part à votre vie! Oui, Seigneur, monte trez-nous votre face et nous serons sauvés (1)! » Cette prière de supplications et d'actions de ^âces, nousla ferons ensemble, N. T. G. F., au jour anniversaire de l'élection de S. S. le pape Léon XIII, à qui Dieu daigne accorder, suivant les belles paroles de saint Alphonse de Liguori à Benoît XIV, « de demeurer longtemps parmi nous^ « et, avec l'aide du Tout-Puissant, de ramener les 'c ennemis de la Religion catholique et tous ceux <» qui sont éloignés de la vraie foi au bercail et
« à l'assemblée des fidèles, à Tunique port du « salut (2) ».
{Suit le dispositif.)
(1) Ps. LXXIX.
(2) De csetero, nostrnm est jugiter Deo fundere preccs ut nniverso orbi SS. DD. N. Leonem Papam XIII diu servet incolumem, diuqne in terris rellnquat, a quo tandem alîquando, non sine Omnipotentis Dei prsssidio , catholicœ religionis hostes , omnesque a vera iide aberrantes, ad ovile, iideliumque cœtum, ad unicum salutis portam felicissime deducantar.