‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 49 sur 57 · I.,- auprès des célestes sciences les fonctions de · texte numérisé non relu

I.,- auprès des célestes sciences les fonctions de

^^ vante fidèle et soumise, et, par un bienfai

t:; Dieu, de pouvoir en quelque façon tes approc

£5 — Au contraire, s'il s'agit de ces points de

S trine que l'intelligence humaine peut saisir pai

Z3 forces naturelles, il est juste, sur ces matièrei

\^ laisser à la philosophie sa méthode, ses princ

*^ et ses arguments, pourvu, toutefois, qu'elle i

jamais l'audace de se soustraire à l'autorité div

Bien plus, ce que la révélation nous ense

étant certainement vrai, et ce qui est conti

j II la foi étant 6galcmcnl contraire k la

son, le pliilosoplio callioliqin' lioil savoir ■

viûlerail les droits de la raison aussi bien

ceux de la foi, s'il admettait une con

sion qu'il sùl être contraire à la doctrine révélée.

Il en est. Nous le savons.qui, exagérant les forces de la nature humaine, prétendent que, par sa soumisBÏun k la divine autorité, l'intelligence de l'homme déchoit de sa dignité native, el, courbée sous le joug d'une sorte d'esclavage, se trouve notablement appesantie et retardée dans la marche qui devait l'emmener au faite de la vérité el de sa propre excellence. — Mais ces assertions sont pleines d'erreur el de fausseté; leur but dernier est de porter les hommes au comble de la sottise en même temps que de l'ingratitude, on leur faisant répudier des vérilés plus sublimes, el repousser d'eux-mêmes le divin bienfait de la foi, qui fut la source de tous les biens, même pour la société civile. En efîel, l'esprit humain, circonscrit dans des limites déterminées et même assez étroites, est exposé à de nombreuses erreurs el à l'ignorance de bien des choses. Au contraire, la foi chrétienne, appuyée qu'elle est sur l'autorité de Dieu même, est une maîtresse tri;s sûre de la vérité : qui la suit échappe aux pièges de l'erreur et se soustrait à l'agitalion des opinions incertaines. Ce sont d'excellents philosophes, ceux qui unissent h. l'élude do la philosophie l'obéissance à la foi chrétienne, car la splendeur des vérîlés divines vient en aide à l'intelligence qu'elle pénètre, et loin de la faire dt^choir, en accroît considérable-

ment la noblesse, la pénétration et la puissam

Ces philosophes dont nous parlons, en s'app

quant à réfuter les opinions contraires à la foi,

à prouver celles qui lui sont confoilnes, exerce

leur raison d'une façon digne et des plus utile

en effet, pour réfuter les premières, ils découvri

les causes de l'erreur, et reconnaissent le défi

3 des arguments sur lesquels ces opinions s't

^ puient; pour les autres, ils se pénètrent desraisc

CQ qui en donnent une preuve solide et sont des moi

efficaces de persuasion. Cet art, cet exercice, ai

^ mente nécessairemeulles ressources de l'esprit et

^ développe les facultés ; qui le nierait, prétendn

^ ce qui est absurde, que discerner le vrai du ft

t ne sert de rien pour le développement de l'inte

^^ gence. C'est donc justement que le concile du '^

»-■■ ticftn célèbre en ces termes lesavantagos que la

Or- procure à la raison : c La foi délivre de l'erré

:=a» « et prémunit contre elle la raison, en më

^^ « temps qu'elle' la dote de connaissances

uj riées (1). Par conséquent, l'homme, s'il est sa

I — ne doit point accuser la foi d'ôtre l'ennemie dt

raison et des vérités naturelles ; mais il doit p

t6t rendre à Dieu de dignes actions de grftces

se féliciter grandement de ce que panni tant

causes d'ignorance, et au milieu de c«t océan d'

(IJ ■^uiiBt. dugui, do Fido cathol..

reurs, la sainte foi luise à sesyeux, et, comme un phare bienfaisant, lui indique sûrement au travers des écueils le port de la vérité.

Si maintenant, vénérables Frères, vous parcourez rhistoire de la philosophie, vous y trouverez pleinement réalisé tout ce que Nous venons de dire. Et certes entre les philosophes anciens, qui n'eurent pas le bienfait de la foi, ceux-mèmes qui passaient pour les plus sages s'abandonnèrent à des erreurs détestables. Vous n'ignorez pas combien, parmi un certain nombre de vérités, ils enseignèrent de propositions fausses et absurdes, combien d'autres inexactes et douteuses, sur la nature de la divinité, l'origine des choses, le gouvernement du monde, la connaissance que Dieu a de l'avenir, la cause et le principe des maux, la fin dernière de l'homme et l'éternelle félicité, les vertus et les vices, et d'autres points de doctrine dont la connaissance vraie et certaine est on ne peut plus nécessaire au genre humain.

Tout au contraire, les Pères et les Docteurs de l'Eglise comprirent parfaitement que, dans les desseins de la volonté divine, le restaurateur de la science humaine elle-même était le Christ, lequel est la puissance et la sagesse de Dieu (1), et

(1) I Cor. I, 24.

en qui sont cachés tous les trésors de sagesse ei

science (1). C'est avec cette conviction qu

entreprirent de dépouiller les livres des vit

philosophes, et de comparer leurs enaeigneme

à ceux de la révélation ; ensuite, par un ch

intelligent, ils embrassèrent celles de leurs d

trines où la justesse de l'expression répondai

3 la sagesse de la pensée, et, quant au reste, ri

5 térent ce qu'ils ne pouvaient corriger. Car,

3^ même que Dieu, dans sa providence, suscita p

"^ la défense de l'Église contre la cruauté

^ tyrans des martyrs héroïques et prodigues

qa leur vie, ainsi aux sophistes et aux hérétique

S=2 opposa des hommes doués d'une profonde sagt

et capables de défendre, même par le moyen

Q» la raison humaine, lo trésor des vérités révél

^^ Dès le berceau de l'Église, la doctrine catholii

^ rencontra des adversaires acharnés, qui, te

^ nant en dérision les dogmes et les instituti

S£ des chrétiens, affirmaient qu'il y avait plusit

, dieux, que le monde matériel n'avait ni comn

^7 cément ni cause, que le cours des choses n'^

pas régi par le conseil de la divine Providei

mais qu'il était mu par je ne sais quelle fi

aveugle et par une fatale nécessité. Contre

fauteurs de doctrines insensées s'élevèrent & i

pos des hommes savants, connus sous le nom d'apologistes^ lesquels, guidés par la foi,^ Bd moyen d'arguments .^empruntés au beso^m à la sagesse humaine, prouvèrent qu*on ne. doit adorer qu'un Dieu, doué au plus haut point de tous le» gepres de perfection, que toutes dioses sont sorties da néant par sa toute-^puissance, qu'elles subsistent.. par sa sagesse; et par elle sont mues

et dirigées chacune vers sa fin i propre* !

Au pren^ier r.ang.des apologistes nou^ rencon^ irons, le marfcyr saint Jusiitii Après avoir parcouru, comme pour les éprouvei;, les. plus . célèbres d'entre* les écples grecques^ s'être convaincu qu'on ne pouvait* puiser la vérité tout entière - que dans les doctrines révélées, Justin, s^attaoha à ces dernières de toute l'ardeqr de son Ame, les justifia Aes. calomnies dont on les chargeçiit, les défendit, auprès des empereurs romains avec autant do vigueur que d'abondance, et montra l'accord i^ui souvent existait entre elle et les idées des philosophes païens. A ][a même époque, Quadratus -et Aristide, Hermias et Athénagore suivaient avec succèiï la même voie. — Cette cause suscita un* défenseur non moins illustre dans la persûone. du. grand martyr Irénée, pontife de l'Église de Lyon, lequel, en réfutant vaillamment les opinions perverses apportées de l'Orient par les gnostiques et disséminées par eux sur toute l'étendue derempire, fit abondamment connaître, comme

Mgr Prbiiaud. — ŒuTres, t. II. 44

le dit saint Jérôme, les « origines de tout hérésies, et découvrît dans les écrits des ph phes les sources dont elles émanaient (1) >.

Tout le monde connaît les controverses a

nues par Clément d'Alexandrie, au sujet des

les saint Jéràme e'écrie avec admiration :

^S peut-on y trouver d'incuite ! Qu'y a-t-il qui tu

^ vienne des entrailles mêmes de la pkilosophit

oa Clément laissa, sur une incroyable varié!

■^ sujets, une quantité d'ouvrages on ne peu

^ utiles, soit pour l'histoire de la philosophie,

^ pour l'art et l'exercice de la dialectique, soit

^ rétablir la concorde entre la foi et )a raiso

Après lui vient Origène. Cet illustre malti

^ l'école d'Alexandrie, trës instruit dans tes di

^ nés des Grecs et des Orientaux, publia des li

^g aussi nombreux que gavants, d'une merveil

•z^ utilité pour l'interprétation des divines Ëcri

^ et l'explication des dogmes sacrés ; bien qu

t4j ouvrages, tels du moins qu'ils nous sont n

^^ ne soieht point tout à fait exempts d'erreui

renferment néanmoins un grand nombre de r

mes, propres tout & la fois à féconder et à

6rmer les vérités naturelles. — Aux bérélii

TertuUien oppose l'autorité des saintes LeI

(1) Upiflt. ad Magn.

(2) Lbcb. cit..

avec les philosophes, il change d'armure, et leur oppose la philosophie ; ces derniers^ il les réfute avec tant de subtilité et d'érudition, qu'il ne craint point de leur jeter à la face ce défi : En fait de science comme en fait de discipline, quoi que vous en pensiez, vous n'êtes pas mes pairs (1).

Ârnobe, dans ses livres contre les Gentils, et Lactance, principalement dans ses Institutions divineSy emploient tous deux au service de leur zèle une égale éloquence et une vigueur égale, pour inculquer aux hommes les dogmes et les préceptes de la sagesse catholique ; toutefois, loin de bouleverser la philosophie, comme le font les académiciens (2), ils se servent pour convaincre, tantôt des armes qui leur sont propres, tantôt de celles que leur livrent les querelles intestines des philosophes (3). Les écrits que le grand Athanase et Ghrysostome, le prince des orateurs, nous ont laissés sur l'âme humaine, les divins attributs et d'autres questions de souveraine importance, ces écrits, au jugement de tous, sont d'une telle perfection, qu'il semble qu'on ne puisse rien désirer de plus copieux et de plus profond. — Sans vouloir allonger outre mesure cette liste de grands esprits, nous ajouterons cependant à ceux que nous

(1) Apolaggt, 46.

(2) ImtiU VU, c. 7.

(3) De Of%f. Dei, o. 21.

B.vQpf.,n<)fnmé^ ,Bt^$ le, Qr^ ^^ ;que lei Grégoire. !rous.tr«^,^ort,aiânt d'Àll^^Si ce de l^ civilis(*tioR, ppurpis aI}oii4wwiffl[f.t (If):

âamme de soii.f^,e,,i|3 1?& d^q94.^^t~^:l9 talion d^a Jiér^iqtiqs et à, , l^T^jg^etne; chrétiens.' : ,.

.■ Mais.U pMp»a ^e;çnJ}(e .^pp^r^ir.j^nlrei,. «oiol Au^stin, ÇP. puissant gépig^gHi^péni fond d^ , toute,», les sçJieQi^» ^liV^aeS'^L h^ufa arip.é ,, (l'une tpir.^çoHXÇraine, d.'unp, .dp*lfitR ïiïoins .grafidç, cpiTibftlt^t sftp^i.défçiUanjce , (jesjerreifrç, de,wiii ,l,empf|..,Quel poiwt .^ Iftj Sophie i)'a-l:ijl, louçlié, plup^ncorei ?ï,'ia-t-y i fondi, soit qu'il dé(^uv,rlL aux fid^lp94i^plHp piyst^resi^e la. foi, ;tout ep Ipp, d4^n^itnt,< tles aas4.uts ^rieux, da^jsea arjvftrs^rea ; .soi réduisant, à.néaifl le» %fÀiM>s.4^s>,^i}ad4!Piçi .dds manicbâenp, ilifi^sU et awur^t>las,iEf^w^ 4e la.^npe buwain^» ou rçfiberohftî Ift, r 4'origine et, ie». causée, des m&xff, aons< Jq. poi|l jjueJsJ'humaniné gémit? Avpcj^uftUesbflm Bt quelle ipéijélfalipn n.'fl^-t-il pa^.ti»i^4-j<Ms.< de^'àme, dp. l'esprit huiiwnt d^ I& volonté libre arbitre, de la religion et de la vie bie relise, du tomp» el de l'éloniilé, el jusque nature ilos mrps sujels aux cliang'cments? -^ Uni. en Orient, Jrmi Dnmascéîie, sur les tra

Grégoire de Nazianze ; en Occident, Boëce et Ansebne à la suite d'Augustin , enrichissent à leur' tour le' patHmoîne de la philosophie.

EAfli^, les ddcléiïrs'dtt'Ttroyen âge, connus sous le nom de sèblastiquies, vieiïneht '^entreprendre rdèttvre dolbssiale do recueillir avec^ soin leà niois-' soiis rai^uriàntes dé doctrine, répandues çà et' là' dans les œtivres innombrables' dës Pères, etd'èn fiâire comme un seul monceau, pour l'usage et la commodité des giénéràtions^ futures. — El ici. Vénérables Frères. Nous sommes heureux dé pouvoir Nous approprier les parolbs paf lesquelleis Sixte V, lïcimme de profonde sagesse et notre prédécesiseur, expliqué 'rbrigÎAe,' lé caractère et Texcellence dé làdôdrîWscôlâàtîi/ifd'i""' ^' •• •^' ' '' ^îwr Par là* divine munifiéèhôë'rfe Celui qui 'seul iT dytihè' Feisprit dé science; dé kagessé et dUnlfeïïi- «/' gétacé^/ét^hîrdanVlé tours des âges et àelohTes <<• Ii^soins, ne ces^è d'enrichir so'ii Église de nonce 4feilux bienfaits;^ de la' muWr dé déféhâes lidu- « ''TeHéSy nos àhcéiti^s, horniners^ de science p^^

« • înventèi'eint la théologie «dolastique. 'Mais ce #f«ôM'!WTtblit deux g^loWeut docteurs, Tarigélique /^^^'AttïtH^Thbmas et le àéraphiiqiie 'iiaint Bonaven^ é'Àittè'y * toW^ ' «deux ' ' ^rofe^sfeuf s illustrés en cette it')fa4iélté.:. qui paf^éufr génie? fncbmpàràble; Ic^r « zèle assidu, leurs grands travaux et leurs veilles, ce cultivèrent cette science, Tenrichirent et la léguè- « rent à leurs descendants , disposée dans un

K ordre parfait, édairoie par d'abondanU déve

I « pements. Et certes, la connaissance et l'I

c tude d'une science aussi salutaire, qui déc

< de la source très féconde des saintes Écriti

«( des souverains Pontifes, des saints Pères e

« conciles, a dû en tous temps être d'un trës g

^ « avantage & l'Église, soil pour la saine intellig

^ n et la véritable interprétation des Écritures,

S « pour lire et expliquer les ?ères plus sûrei

^ « et plus utilement, soilpour démasquer être

y- M les erreurs variées et les hérésies : mais ei

S I « derniers jours, qui nous ont amené ces ti

^^ « critiques prédits par l'Apôtre, et dans lesi

^ « des hommes blasphémateurs, orgueilleux

u. « ducteurs, progressent dans le mal, errant

.^. ti mêmes et induisant en erreur les autres, à

^ « sûr, pour confirmer les dogmes de la foi ci

f^ « lique et réfuter les hérésies, la science

— ■ • nous parlons est plus que jamais nécessaire.

^ Cet éloge, bien qu'il ne paraisse compn

^i que la théologie scolastique, s'applique cepei

^~* avec évidence à la philosophie elle-même. En

les qualités éminentes qui rendent la tliéo

scolastique si formidable aux ennemis de ta t<

à savoir, pour poursuivre avec le même. P(

« cette cohésion étroite et parfaite des eff(

(1) Bulla THiin/ihantii, nn. 15B8.

« des causes, cet ordre et cette symétrie, serobla- (( blés à ceux d*une armée eu bataille, ces définice tions et distinctions lumineuses ; cette solidité « d'argumentation et cette subtilité de controverse, « toutes choses par lesquelles la lumière est sépa- « rée des ténèbres, le vrai distingué du faux, et les « mensonges de Thérésie, dépouillés du prestige et « des fictions qui les enveloppent, sont découverts « et mis à nu (1) 9; toutes ces briUantes qualités, disons -nous, sont dues uniquement au bon usage de la philosophie, que les docteurs scolastiques avaient pris généralement la sage coutume d'adopter, même dans les controverses théologiques. — En outre, comme le caractère propre et distinctif des théologiens scolastiques est d'unir entre elles, par le nœud le plus étroit, la science divine et Phumaine, la théologie, dans laquelle ils excellèrent, n'auraient certainement pu acquérir autant d'honneur et d'estime dans l'opinion des hommes, si ses docteurs n'eussent employé qu'une philosophie incomplète tronquée ou superficielle.

Hais, entre tous les docteurs scolastiques, brille d'un éclat sans pareil leur prince et maître à tous, Thomas d'Aquin, lequel, ainsi que le remarque Cajétan, pour avoir profondément vénéré les saints

docteurs qui l'onl précédé, a hérité en quelque si de l'intelligence de tous (1). Thomas recueillit I( doctrines, comme tes membres dispersés ( même corps ; il les réunit, les classa dans ordre admirable^ et les enrichit tellement qi le considère lui-même, ajuste titre, comnti défenseur spécial et l'honneur de l'Église. D'un esprit docile et pénétrant, d'une mém facile et s&re, d'une intégrité parfaite de mœ n'ayant d'autre amour que celui de la vér très riche de science tant divine qu'hnmaî justement comparé au ëoleil , il réchauffi terre par le rayonnement de ses vertus, e remplit de la splendeur de sa doctrine. II i aucune partift de la philosophie qu'il n'ait tr{ avec autant de pénétration que de sdlidité: les du raisonnement. Dieu et les substances inco relies, l'homme et les autres créatures sensil les actes humains et leurs principes, font to toàf l'objet des thèses qu'ilsoulienl, et dan» qbelles rien' né itfânque, ni l'abondante moii des recherches, ni l'harmonieuse ordonnance parties, ni l'escellente méthode 'de procé ni' la solidité des principes ou la force ar^ments, ni la clarté du dtyle ou la propi de l't'XjjrL'ssion, ni la profondeur et lasoupl

[1} In 3, ■-■. q. MR, (

avec lesquelles il résout les points les plus obscurs.

Ajoutons à cela que Tangélique Docfteur a considéré les conclusions philosophiques dans les raisons et les principes mêmes des choses : or, Tétendue de ces prémisses, et les vérités innombrables qu'elles contiennent, en germe, fournissent aux tnattres des âges postérieurs une ample matière à des développements fructueux qui se produiront en temps opportun. En employant, comme il le fait, ce même procédé dans la réfutation des erreurs, le grand docteuf est arrivé à ce double résultat de repousser à lui' seul toutes les errerurs àés temps antérieurs, et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans Favenir. — De plus, en même temps qu'il distingue parfaitement, ainsi qu'il convient, la raison d'avec la foi, il les unit toutes deux par les liens d'une mutuelle amitié : il conserve ainsi à chacune ses droits, il sauvegarde leur dignité, de telle sorte que la raison, portée sur les ailes de Thomas jusqu'au faite de la nature humaine, ne peut guère monter plus haut, et que la foi peut à peine espérer de la raison des secours plus nombreux ou plus puissants que ceux que Thomas lui fournit.

Il ne faut donc pas s'étonner que, surtout dans les siècles précédents, des hommes très doctes et du plus grand renom en théologie comme en philosophie, après avoir recherché avec une incroya-

ble avidité les œuvres immortelles du grand d< teur, se soient livrés tout entier. Nous ne dire pas à cultiver son angélique sagesse, mais h s' nourrir et k s'en pénétrer. — On sait que presq tous les fondateurs et législateurs des ordres rc gieux ont ordonné à leurs confrères d'étudier doctrine de saint Thomas et de s'y tenir relïgii sèment, et qu'ils ont pourvu d'avance à ce qi ne fAt permis à aucun d'eus de s'écarter împui ment, ne fût-ce que sur le moindre point, des v tiges d'un si grand homme. Sans parler de famille dominicaine qui revendique cet illus maître comme une gloire qui lui appartient propre, les Bénédictms, les Carmes, les Augustîr la Société de Jésus et plusieurs autres ordres re gieux sont soumis à cette loi, ainsi qu'en lém gnent leurs statuts respectifs.

Et ici, c'est vraiment avec un charme suprèi que nous reportons nos souvenirs vers ces écol et ces académies célèbres et jadis florissantes Paris, de Salamanque, d'Âlcala, de Douai, de Te louse, de Louvain, de Padoue, de Bologne, Naples, de Coïmbre, el d'autres en grand nombi Personne n'ignore que la gloire de ces académi crut, en quelque sorte, avec l'âge, et que les ce sullallorjs qu'on kur demandail, dans les afTali les plus importantes, jouiront partout d'une gran autorité. Or, on sait aussi que, dans ces nobi asil(!s do la sagesse humaine, Thomas régnait

prince, comme dans son propre empire,.et que tous les cspriiSy tant des malires que des auditeurs, se reposaient uniquement, et dans une admirable concorde, sur l'enseignement et l'autorité du Docteur angéliquc.

Il y a plus encore : les Pontifes Romains, nos prédécesseurs, ont honoré la sagesse de Thomas d'Aquin de singuliers éloges et des plus riches approbations. Clément VI (1), Nicolas V (2), Benott XIII (3), d'autres encore témoignent de l'éclat que son admirable doctrine donne à l'Église universelle. Saint Pie V (4) reconnaît que cette même doctrine dissipe les hérésies, après les avoir confondues et réfutées, et que chaque jour elle délivre le monde entier d'erreurs pestilentielles ; d'autres, avec Clément Xr(5),afrirment que des biens abondants ont découlé de ses écrits sur l'Église universelle, et qu'on lui doit à lui-même les honneurs et le culte que l'Église rend à ses plus grands docteurs, Grégoire, Ambroise, Augustin et Jérôme ; d'autres enfin ne crurent pas trop faire en proposant' saint Thomas aux académies et aux grandes écoles comme un modèle et un maître qu'elles

(1) Balla Inordine.

(2) Biere ad Fratr. ord. Pmd. 1461.

(8) Balla Pretiosuê.

(4) Balla MirahilU.

(6) BolU Veràê DeL

pouvaient suivre d'un pas assuré. Et, h ce prop les paroles du bienheureux Urbain Y h l'aca mie de Toulouse méritent d'être rappelées i « Nous voulons, et, par la teneur des présent « Nous vous enjoignons de suivre la doctrine « bienheureux Thomas comme étant véridii a et catholique, et de vous appliquer de lot

< vos forèés à U développer (i). m A l'exem d'Urbain V, Innocent XII (2) impose les mêi prescriptions à l'dniversité de Loiiv^, et'Be^ XlV(3)'àli"coUège dioïiysièn ' de Gi'efiadè." Pi ibélVrë ié comble SWes jugfei^entb 'Së'iPù-ht siiprènlés sur skÎTTf Thorrias d'Aquin,' Nou8 alj tflrdtis ce témiftignage d'InriOcent VI : '«'Là a n tririé de 'saînt Thomas ■ a sur loulod • les auti «la canonique exèeptée, la Jirapriété d'erftèrir

< l'a ittesùre -dan» Texjiréssitfh, "la vérittS des pr6 « sitibns, de telle sorte qde'' deux qui la tienri « fie sont -JEùhais surpriâ hors du- sentiitr de *■ vérité, et que Quiconque la combat a toujours « 'suspect d'erreur (4), i>' ■' ' ■■

"A'i'leur tour,-leB' conciles ' OBciiméftitjiifes, d; lesquels brîlie-Ia fleur de 4agesâe 6ueilKe de to la terre, se sont appliqués en tout temps à ren

(0 Oonrt. V, date dÏB 3 aog. 13(t8, adBanwll.'tTnlF. Tôlo (ï) Litt. in form:. Brpv.. diu fl fpbr. Ifi94. (3) Lift, in foma Brev., die 21 ftug 17B2.

à Thon^a^ ç^' Aquiu 4^8 hompiitges spéciaux. Dans les conciles de Lyon, de Vienne, de Florence, du Yatica^, on eiaX ç^u voir: Thomc^ prenne part, prési4i3r. même, eB. quelque , sorte, ai^ délibéra* jdons ^ au^ d^reVsf des (Përes^ et comliaUre, ^vee une vigueur âîVidoDipt^bl^ ^iavftc le plus liqureu^ djuceë^,, les ^jçe^r0 d^ GrecsL^ des bérétique^f. et des.^ratiîonalisles. -fs Uais. 1^ f jkus ^a»d iionneur repdu. à saintiljhfE^as., réservé à lui 4Qul, et qu'il AQ-'^artagfBa. av.^. i^uoiiyfi des fdoet^Birs catfao*-

Uquesi . lui .,yjnt f.dçsr .Pèr^a< du eqnciie^ ,de Trente, q»^nd ,i|8,r voulurent . qu'^u* milieu de, ,.la sainte ^^sembléi^, avec ,1e -livre . d^ dîyj«:ie^ ;Éçri^turj3si,et Ij^fj^d^ce^a^flç^ Pontife^ £^upç^<ne^, ^ur^i&ul^l même, la^om?^ de Thomas d'^quin fôt, déposée, ofiverte^ pour pouvpijp y pu?^^p^,P^8e,Jilsv de^xifftisici^s, des.or<acles. a^ > fl^pj^iji UiUjQ , derrière, paUne:; semble avo^c^^é^^ r^^^ryée>. jpet ji^onM^çi . .incpmpajrablç. : il ^ s^,^t^ chpf ^ux .çftneffli?,çu?hn^êwaeiï.du, ngm, cath,QUqae le ;lF^Vjl» 4e }m^^.. h/?flam»g^si.. de leurs, ilogeç, de |euf , ajç^niri*lJLWî.,,OA^e«"itT»^ i&ff«H que,f|)anni lefi( fth,çfs 4es purtia héri^tiques^^ ijl yf en eut qui

4^ç]tar^fjant ^uteoieAV qu^'uxji^ fQi^Jfi.:doctriD,ef 4e s«u^t,.X^oi^,f}'A9PÎ" supprimée, ils se laisaieiH

(l)Bè29<Biioer:

— L'espérance était vaine, mais le témoign ne l'est point.

Les choses étant ainsi, Vénérables Frè toutes les fois que nos regards se portent la bonté, ta force et l'indéniable utilité de c discipline philosophique, tant aimée de nos pÈ Nous jugeons que c'a été une témérité de n'a' continué, ni en tout temps, ni en tous lieus lui rendre l'honneur qu'elle mérite : d'autant ] que la philosophie scolastique a en sa favec un long usage et le jugement d'hommes émine et, ce qui est capital, le suffrage de l'Église. > place de la doctrine ancienne, je ne sais qi nouvelle méthode de philosophie s'est introd çà et là, qui n'a point porté les fruits désira et salutaires que l'Église et la société civile t même eussent souhaités. Sous l'impulsion novateurs du seizième siècle, on se prit à pi sopher sans aucun égard pour la foi, avec pi licence de part et d'autre de laisser aller sa ' sée selon son caprice et son génie. Il en réa tout naturellement que les systèmes de phil phie se multiplièrent outre mesure, et que opinions diverses, contradictoires, se firent j même sur les objets les plus importants connaissances humainos. Do la multitude opinions on arrive facilement auxhésitationse doute : du dniilc à l'erreur, il n'est personne qi le voit, la distance est courte et le chemin fa

Les hommes se laissant volontiers entraîner par Texemple, cette passion de la nouveauté parut avoir envahi, en certains pays, l'esprit des philosophes catholiques eux-mêmes, lesquels, dédaignant le patrimoine de la sagesse antique, aimèrent mieux édifier à neuf qu'accroître et perfeotionner le vieil édifice, projet certes peu prudent, et qui ne s'exécuta qu'au grand détriment des sciences. En effet, ces systèmes multiples, appuyés uniquement sur l'autorité et l'arbitraire de chaque maître particulier, n'ont qu'une base mobile et par conséquent, au lieu de cette science sûre, stable et robuste, comme était l'ancienne, ne peuvent produire qu'une philosophie branlante et sans consistance. Si donc il arrive parfois a une telle philosophie de se trouver à peine en forces pour résister aux assauts de Pennemi, elle ne doit imputer qu'à elle-même la cause et la faute de sa faiblesse.

Par où Nous n'entendons certes pas improuver ces savants ingénieux, qui emploient à la culture de la philosophie leur industrie, leur érudition, ainsi que les richesses des inventions nouvelles. Nous comprenons parfaitement que tous ces éléments concourent au progrès de la science. Mais il faut se garder, avec le plus grand soin, de faire de cette industrie et de cette érudition le seul ou même le principal objet de son application. •— On doit en juger de même pour la théologie : il est bon de lui apporter le secours et la lumière d'une

— 70^ — écudilion variée ; mais il est abeolument néees da. la traiter à la manière grave des ,scolasU< atm que, grAceaus forces réuoies (Ieil&,réi tîpn et de la raison, elle oe cesse d'être le b vard inexpugnable de la foi (1). . , .

. C'est dojic'par une heureuse, inspiration grand Bombre d'amis des sciences philosopl^ii; désirai^fdans ces dernières arinées, en entre] dre la restauration d'une maniëre efficace, se appliqués et s'appliquent encore ^ remettr vigueur l'admirabde doctrii^e de Thomas d'Â et k, lui rendre son ancien lustre. Animés du n esprit, plusieurs membres de votre ordre, Véi bles FrèreSt^ontentrés avec ardeur dans h n voie. ^IVous l'avons appris dans Iq plus grande de Jiolrei&tne. Notia les louons avec effusion ( exhort^nâi'persâvérer dans cette noble eetrep quand uix 'autres, I^ouf les avertissons tons riee ne nousi-est plus à.oocur.et que Nous ne Mi^nariep ^nt qioe de les voir fournir largei jqtoopiôiHement à la jeunesse studieuse' les . .très pures do latsagesse, telles qi}e |e Docleu: gdtique les .répand à (lots pressés et intari&sa , 'Plusii^pSK motifs provoquent en Nous cet ai «l^çir., En, premier lieu, conime à notre époqi: foi chrétienne est journellement en butte aux

nœuvres et aux ruses d'une certaine fausse sagesse, il faut que tous les jeunes gens, ceux parliculièrement qui sont élevés pour le service de TEglise, soient nourris du pain vivifiant et robuste de la doctrine, afin que, pleins de force et revêtus d'une armure complète, ils s'habituent de bonne heure à défendre la religion avec vigueur et sagesse, prêts, selon l'avertissement de l'Apôtre, à rendre raison, à quiconque la demande, de l'espérance qui est eti nous (1) ; ainsi qu'à exhorter dans une doctrine saine et convaincre ceux qui contredisent (2). — Ensuite, un grand nombre de ceux qui, éloignés de la foi, haïssent les institutions catholiques^ prétendent ne reconnaître d'autre maître et d'autre guide que leur raison. Pour les guérir et les ramener à la grâce en même temps qu'à la foi catholique, après le secours surnaturel de Dieu, Nous ne voyons rien de plus opportun que la solide doctrine des pères et des scolastiques, lesquels, ainsi que Nous l'avons dit, mettent sous les yeux les fondements inébranlables de la foi, sa divine origine, sa vérité certaine, ses motifs de persuasion, les bienfaits qu'elle procure au genre humain, son parfait accord avec la raison, et tout cela avec plus de force et d'évidence qu'il n'en

(1)1 Pet. III, 16.

(2) Tit. I, 9.

llgr Febbaud. — ŒuTreu, t. II. 46

faut pour fléchir les esprits les plus rebelles < plus obstinés.

Tous nous voyons dans quelle situation i

que la contagion des opinions perverses a je

famille et la société civile. Certes, l'une et l't

jouiraient d'une paix plus parfaite et d'une séc

CA plu8 grande, si, dans les académies et les

^ les, on donnait une doctrine plus saine et

^ conforme à l'enseignement de l'Église, une

^ trine telle qu'on la trouve dans les œuvres de

j- I mas d'Aquïn. Ce que saint Thomas nous ensf

S sur la vraie nature de la liberté, qui de nos U

p^ 1 dégénère eu licence, sur la divine origim

^ I toute autorité, sur les lois et leur puissance

^ le gouvernement paternel et juste des souver

^^^ sur l'obéissance due aux puissances plus éle'

^ sur la charité mutuelle qui doit régner entre

^ les hommes ; ce qu'il nous dit sur ces sujet

^ d'autres de même genre a une force immt

^ invincible pour renverser tous ces principe

b*j droit nouveau, dangereux, on le sait, anbon (

^~" et au salut public. — Enfin toutes les scie

humaines ont droit à espérer un progrès r^

doivent se promettre un secours efficace d

restauration, que Nous venons de proposer,

sciences philosophiques. En effet, les beauX'

demandent à la pliilosophie, comme à la scî

modératrice, leurs rfeglos et leur méthode, etpui

chez elle, comme à une source commune do

l'esprit qui les anime. Les faits et Texpérience constante nous font voir que les arts libéraux fleurissent surtout^ tant que la philosophie retient sauf son honneur et droit son jugement ; qu'au contraire, ils gisent négligés et presque oubliés, quand la philosophie incline vers Terreur ou s'embarrasse d'inepties.

Aussi les sciences physiques elles-mêmes, si

appréciées à cette heure, et qui, illustrées de tant de découvertes , provoquent de toute part une admiration sans bornes, ces sciences, loin d'y perdre, gagneraient singulièrement à une restauration de l'ancienne philosophie. Ce n'est point assez, pour féconder leur étude et assurer leur avancement^ que se de borner à l'examen des faits et à la contemplation de la nature ; mais, les faits constatés, il faut s'élever plus haut, et s'appliquer avec soin à reconnaître ]a nature des choses corporelles et à rechercher les lois auxquelles elles obéissent, ainsi que les principes d'où découlent et Tordre qu'elles ont entre elles, etTunité dans leur variété, et leur mutuelle affinité dans la diversité. On ne peut s'imaginer combien la philosophie scolastiqne, sagement enseignée, apporterait à ces recherches de force, de lumière et de ressources.

A ce propos, il importe de prémunir les esprits contre la souveraine injustice que Ton fait à cette philosophie, en T accusant de mettre obstacle au i^ progrès et à l'accroissement des sciences naturel-

les. Comme tes scolastiques, suivant en cel: senlîmcnls des saints Përes, enseignent àch pas, dans l'anthropologie, que l'intelligence ne s'élever que par les clioses sensibles à la coni sance des êtres incorporels et immatériels, ili compris d'eux-mêmes l'utilité pour le philosi ty> de sonder attentivement les secrets de la nal

tel d'employer un long temps à Tétude assidue choses physiques. C'est en elTet ce qu'ils fii "Tj ! Saint Thomas, le hienheureux Albert le Gran

3g d'autres princes de la suolaslique, ne s'absc

t3 rrnt pas lellement dans la conlcinplation phil

g^ phiiji::;, qu'ils n'aient aussi apporté un grand

^B ' à la connaissance des choses naturelles :

fe plus, dans cel ordre de connaissances, il est

•^. d'une de leurs affirmations, plus d'un de l

^ principes, que les mitres actuels approuvent

fi^ dont ils reconnaissentlajustesse. En outre, à n

=- époque môme , plusieurs docteurs des sciei

^ physiques, hommes de grand renom, témoigi

r^ publiquement et ouvertement que, entre les (

clusions certaines de la physique moderne et principes philosophiques de l'École, il n'esist< ri'alité aucune contradiction.

Nous donc, tout en proclamant qu'il faut r< voîr de bonne grâce et avec reconnaissance t( pensée sage et toute découverte utile, de quel l-u-r -lurUr ^i..Hlll■. N.iDs vuus fxli.irluiis, Vùn. iiii'i riiTi'3, ik' la iiiiidicrL' la plus pressanli', à

mettre en vigueur et à propager le plus possible la précieuse doctrine de saint Thomas, et ce, pour la défense et Tornement de la foi catholique, pour le bien de la société, pour Tavanccment de toutes les sciences. Nous disons la doctrine de saint Thomas, car s'il se rencontre dans les docteurs scolastiques quelque question trop subtile, quelque affirmation inconsidérée, ou quelque chose qui ne s'accorde pas avec les doctrines éprouvées des âges postérieurs, qui soit dénuée, en un mot, de toute probabilité, Nous n'entendons nullement le proposer à l'imitation de notre siècle. Du reste, que des maîtres, désignés par votre choix éclairé, s'appliquent à faire pénétrer dans l'esprit de leurs disciples la doctrine de Thomas d'Aquin , et qu'ils aient soin de faire ressortir combien celle-ci l'emporte sur toutes les autres en solidité et en excellence. Que les académies que vous avez instituées ou que vous instituerez par la suite expliquent cette doctrine, la défendent et l'emploient pour la réfutation des erreurs dominantes. — Mais, pour éviter qu'on ne boive une eau supposée pour la véritable, une eau bourbeuse pour celle qui est pure, veillez à ce que la sagesse de Thomas soit puisée à ses propres sources, ou du moins à ces ruisseaux qui, sortis de la source même, coulenlt encore purs et limpides, au témoignage assuré et unanime des docteurs : de ceux , au contraire , qu'on prétend dérivés de la source, mais qui, en

réalité, se sont gonflés d'eaux étrangères et ini bres, écartez avec soin l'esprit des adolescent

Mais Nous savons que tous nos efforts se vains, si notre commune entreprise, Vénén Frères, n'est secondée par celui qui s'appel Dieu des sciences dans les divines Écritures lesquelles nous avertissent également que, « « bien excellent et tout don parfait vient « baut, descendant du Père des lumières (1 Et encore : « Si quelqu'un a besoin de la sag< « qu'il la demande à Dieu, lequel donne à « avec abondance et ne reproche pas ses don H elle lui sera donnée (3). » En cela aussi, sui l'exemple du Docteur angélique, qui ne s'adoi jamais à l'étude ou à la composition avant de s' par la prière, rendu Dieu propice, et qui av( avec candeur que tout ce qu'il savait, il le di moins à son étude et à son propre travail l'illumination divine.

PrionsdoncDieutous ensemble, d'un esprill ble et d'un cœur unanime, qu'il répande sur le. de son Église l'esprit de science etd'intelligenc qu'il ouvre le sens à la lumikre de la sagesse. pour obLcniron plus grande abondance les frui la divine bonlé, faites inlervenir auprès de Di

(S)Jac. I, (3) ibid. V

très puissant patronage de la bienheureuse Vierge Marie, siège de la sagesse ; recourez en même temps à rintercession de saint Joseph^ le très pur époux de la Vierge, ainsi qu'à celle des grands apôtres Pierre et Paul, qui renouvelèrent par la vérité la terre infectée de la contagion de Terreur et la remplirent des splendeurs de la céleste sagesse.

Enfin, soutenus par Tespoir du secours divin et confiant en votre zèle pastoral. Nous vous donnons à tous, Vénérables Frères, du fond de Notre cœur, ainsi qu'à votre clergé et aux peuples commis à votre sollicitude , la bénédiction apostolique , comme un gage des dons célestes et un témoignage de Notre particulière bienveillance.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le quatrième jour d'août de Tan 1879, de Notre Pontificat l'an II.

LÉON XIII, PAPE

LETTRE

A L'ÉUIHBKTISSIKB ET BÉVÉBBNDISBIUB AKTONIN DK LUCA ^vftQUB DE PALESTBINA, CABDINAL DE LAS. âOLIBE BO»i PBÉrET DE I.A 3. COMaBâSATION PBÉFOSâB A LA DIRBC DES ETUDES.

^, A notre rinirabU frère Antanin de Ltica, ivique de Palali

^"^ cardinal de la S. I^liie raniaine, préfet de la S. Congrigi

Ç^ du Btvdet,

g LÉON XIII, PAPE

^ Vénérable Frère, salut et bénédiction apost

U4 ' que.

^ Daptiis longtemps, Noiis avons reconnu, pa

réflexion et par l'expérience, que la cruelle gut actuellement faite à l'Église et à la société bums elle-même, ne peut être, avec te secours de D [iliis [ironiplemciil cl plus hriiieiiscmt'nl apai ijiiL- par l'universel lùlalilissi'iiiitnt Jt^a vrais pri pi?s de connaissance et de conduite ait moyen r^nspignemcnl pliilosophiqne , et qu'il est, conséquent, sonverainL'ment impnrlanl de fi

refleurir partout une saine et solide philosophie. C'est pourquoi Nous avons récemment adressé à tous les évêques du monde catholique une Lettre encyclique dans laquelle Nous avons montré, par de nombreuses raisons, qu'il ne fallait attendre ce service que de la philosophie chrétienne, créée et développée par les anciens Pères de TÉglise, philosophie qui non seulement convient parfaitement à la foi catholique, mais qui fournit encore d'utiles secours pour la défendre et Texpliqucr. Nous avons rappelé que dans la suite des âges cette philosophie, riche de fruits magnifiques, a passé comme par droit d'héritage à saint Thomas d'Aquin, le maître suprême des scolastiques, qui Tamise en ordre, expliquée et développée avec une telle pénétration et une telle puissance, qu'il parait avoir surabondamment justifié son surnom de Docteur angélique. Nous avons enfin vivement exhorté les évêques à joindre leurs efforts aux Nôtres pour rendre aux écoles catholiques et replacer sur le trône d'honneur qu'elle occupait autrefois cette ancienne philosophie qui avait été mise hors de sa place et presque renversée.

Nous avons éprouvé une grande joie en voyant que Nos Lettres ont obtenu partout, grâce au secours divin, une prompte obéissance et une remarquable adhésion des esprits. Nous en avons une preuve éclatante dans les nombreuses lettres des évêques, soit individuelles, soit collectives, et

de la part de plusieurs prélats de la même province ou de la même nation, qui Nous sont venues de l'Italie principalement, de la France, deTËspagne, de rirlande, et qui expriment les meilleurs sentiments. Le suffrage spontané et respectueux des savants n'a pas davantage fait défaut, et les membres les plus éminents des académies Nous ont

manifesté par écrit un parfait accord de sentiments avec les évêques. — Dans ces lettres. Nous aimons surtout Tobéissance pratiquée envers Notre autorité et envers ce Siège apostolique ; Nous aimons l'esprit qui anime leurs auteurs et les jugements qu'ils énoncent. Ils n'ont tous qu'une voix, qu'un sentiment pour reconnaître que Notre lettre a indiqué et signalé sûrement où se trouve enfin la racine des maux présents et où il faut cbercher le remède. Tous conviennent que la raison humaine gc est une proie offerte aux fluctuations du doute et

aux périls d'erreur les plus imminents, si elle se soustrait à l'autorité divine de la foi, et qu'elle peut facilement échapper à ces périls, si les hommes ont recours à la philosophie catholique.

C'est pourquoi, Vénérable Frère, Nous désirons ardemment que la doctrine de saint Thomas, si pleinement conforme à la vérité de la foi, revive au plus tôt dans toutes les écoles catholiques et surtout dans cette Ville, capitale du monde catholique, qui est le siège du souverain Pontife, et qui doit à ce titre surpasser toutes les autres par la

gloire des meilleures doctrines. — Il faut ajouter que Rome, centre de Tunité catholique, est fréquentée par de jeunes étudiants venus de toutes les contrées de la terre, qui ne peuvent nulle part ailleurs puiser, mieux qu'auprès de Tauguste chs^re du bienheureux Pierre, la pure et incorruptible sagesse. Si donc le flot de la philosophie chrétienne dont Nous parlons s*épanche largement ici, il ne restera pas enfermé dans Fenceinte de cette ville, mais il se répandra, comme un large fleuve, sur tous les peuples de la terre.

C'est ainsi que Nous avons pris soin d* abord que, dans le Séminaire Romain, dans le collège Grégorien, dans le collège Urbain et dans les autres collèges encore soumis à Notre autorité, les sciences philosophiques soient clairement expliquées, soigneusement enseignées et cultivées selon l'esprit et les principes du Docteur angélique. Et nous voulons que les savants emploient surtout leurs soins et leurs efforts à expliquer, à développer et à communiquer agréablement et fructueusement à leurs auditeurs les trésors de doctrine qu'ils auront recueillis dans les livres de saint Thomas.

Mais il faut, en outre, pour la prospérité et Téclat de ces études, que les amis de la philosophie scolastique fassent pour elle tout ce qui leur est possible ; qu'ils se forment surtout en sociétés, et qu'ils aient de temps en temps des réunions dans lesquelles ils apportent les fruits des efforts indivi-

duels et les fassent [servir à l'utilité commune. Ces sentiments et cette pensée, Nous avons voulu vous les communiquer, Vénérable Frère, à vous qui présidez la Sacrée Congrégation des Études^ certain que, sur un pareil sujet, votre zèle et votre prudence ne Nous feront jamais défaut. Vous savez sûrement que des réunions d'hommes savants ou académies ont été comme de nobles arènes où des personnageséminents parleur génie etleur doctrine s'exerçaient utilement à écrire et à discuter sur les plus grands sujets et en instruisaient la jeunesse, au plus grand profit des sciences. De cette excellente coutume de joindre les forces et d'unir les lumières de l'intelligence, naquirent d'illustres collèges de docteurs, les uns appliqués en même temps à plusieurs études, les autres à des études spéciales. Vivantes sont restées la réputation et la gloire de ceux qui, grâce à la faveur d'un grand nombre de Pontifes romains, devinrent partout florissants, tels que ceux dont s'honore notre Italie, à Bologne, à Padoue, à Salerne, et en d'autres lieux encore. Comme un immense avantage est résulté de ces réunions volontaires de savants pour cultiver et polir les sciences, comme il en reste encore beaucoup d'utilité et d'honneur, Nous tenons àuser du même secours pour le plein accomplissement de Nos desseins. — Nous avons donc résolu d'instituer dans la ville de Rome une Société académique qui, placée sous le nom et le patro-

nage de saint Thomas d'Aquin, applique ses études et son zèle à commenter et à expliquer ses œuvres, à exposer ses opinions et à les conférer avec les opinions des autres philosophes soit anciens, soit modernes, à démontrer la force de SCS sentiments et leurs motifs, à propager la saine doctrine, et à remployer à la réfutation des erreurs répandues et à l'explication des découvertes récentes. — En conséquence. Vénérable Frère, vous dont Nous connaissons la science éminente, la promptitude d'esprit et le zèle pour tout ce qui intéresse Fhumanité, Nous vous chargeons de mettre à exécution Notre dessein. Examinez donc la chose plus à fond, et lorsque vous aurez mûrement réfléchi aux moyens qui répondent le mieux à Nos vues, veuillez les placer sous nos yeux dans un écrit que Nous aurons à approuver et à confirmer de Notre autorité.

Enfin, pour que la sage doctrine du Docteur angélique soit répandue et disséminée plus au loin, Nous avons résolu de publier intégralement toutes ses œuvres, à l'exemple de notre prédécesseur saint Pic V, célèbre par la gloire de ses actes et par la sainteté de sa vie, et qui, en cette circonstance, obtint de si heureux résultats, que les exemplaires de saint Thomas édités par son ordre jouissent auprès des savants d'une haute estime et sont recherchés avec un soin infini. Mais plus cette édition est rare, plus il est à désirer d'en voir

entreprendre une autre qui puisse, par son éléf

et par sa noblesse, entrer en comparaison

celle de Pie V. Car les éditions, tant ancienne

plus modernes, soit qu'elles ne conliennen

tous les écrits de saint Thomas, soit qu'elles

quent des commentaires de ses meilleurs int(

tes et commentateurs, soit enfin parce qu'elh

été imprimées avec moins de soin, ne parai

pas avoir atteint la perfection désirable.

avons )a ferme espérance qu'on atteindrait I

en publiant une nouvelle édition qui renfem

tons tes écrits du saint Docteur sans esce[

imprimée, autant que faire se pourra, ei

beaux caractères, à l'aide de tous les n

scrits découverts et mis en lumière à

ai époque. Nous prendrons soin de publier en r

>-j temps les commentaires de ses plus cél

^ interprètes, tels que Thomas de Yio, car

^3 Gajélan , et Ferrari, par lesquels, comme

^ de féconds ruisseaux, s'écoule ta doctrine

si grand homme. On peut s'effrayer de la i

~C deur et de la difficulté de l'entreprise ; mais

ne peut nous détourner de le commencer te

tOt possible avec ardeur. Car Nous avons la

fiance que, dans cette très grave entreprise

tend an bien commun de l'Église, ne Nous i

queronl ni le secours de Dieu, ni le concoure

des évèques, ni votre activité et votre prudi

qui Noua sont depuis longtemps connus.

En attendant, et comme tém oignage de Notre très grande affection, Nous vous accordons du plus profond du cœur, Vénérable Frère^ la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 18 octobre de l'année 1879, et de Notre Pontificat la deuxième.

LÉON XIII, PAPE

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