A LA CÉLÉBRATION DU JUBILÉ SACERDOTAL
DE N. S. ]\ \Al PAPE LÉON XIII
1 9 d écombro 1887
Gloire à Dieu dans les deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! Ainsi chantaient les anges dans cette nuit plus éclatante que le jour où le Messie vint au monde. Pendant qu'ils saluaient le berceau de l'Homme-Dieu, les bergers se levaient au milieu de la lumière dont le ciel était inondé, et les Mages, conduits par une étoile, apportaient à Bethléem les offrandes de la gentilité convertie.
Ainsi chantons-nous du fond de notre exil dans cette fête de Noël, tantôt levant les yeux vers le ciel pour rendre gloire au Seigneur, tantôt les abaissant vers la terre pour nous consoler et nous réjouir par les promesses de paix que le ciel lui a faites il y a dix-huit siècles, et qui se réalisent au temps marqué par sa miséricorde et par son amour. Non, le ciel n'est pas vide ; c'est là que Dieu manie de plus haut les rênes des affaires humaines, qu'il en change le
cours comme il lui plaît, et qu'il lient les cœurs dans sa main. Non, la terre n'est pas abandonnée aux complots des méchants, ni aux hasards de la guerre et de la pohtique. Elle entre, nous Tespérons, dans une ère meilleure; toutes les consciences encore droites demandent la paix, et tous les dépositaires des pouvoirs publics se tournent involontairement vers celui qui peut la donner au monde : Gloire à Dieu dans les cieuœ, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !
J'en atteste le spectacle que Tunivers nous offre en célébrant, avec une si merveilleuse unanimité, le Jubilé sacerdotal de Léon XIII. Il n'y a qu'un esprit, qu'un cœur et qu'une voix pour acclamer le vicaire de Celui qui s'est appelé le prince de la paix , et s'écrier dans un concert de louanges : Qu'il vive, qu'il règne, qu'il soit heureux : Ad multos et felices annos! C'est le spectacle prédit par les prophètes, et nous ne sachions pas que dans le cours du christianisme, les prophéties faites pour le Christ aient été vérifiées pour son vicaire avec une plus magnifique exactitude. Les enfants du Père commun de la chrétienté se lèvent, comme de concert, du nord au midi et du couchant à l'aurore, pour marcher à sa lumière ^ Son cœur se dilate en voyant cette multitude tournée vers lui ^. Les nobles animaux du désert transportent l'or, la pourpre et l'ivoire jusqu'aux bords des mers ^;
1 Et ambulabunt gentes in lumine tuo. (/«., lx, 3.)
2 Tune dilatabitur cor tuum, quando conversa fuerit ad te multitude gentium. (/s., lx, 5.)
3 Inundatio camelorum operiel te, dromedarii Madian et Epha ; omnes de Saba venient aurum et thus déférentes, (/s., lx.)
IIKI.ATIVKMEM A LA CfiLÉimATION Ml JUBILÉ HACKRDOTAL. M
là, los vîiissoaux les prennent sur leurs ailes rapides, oL (juand ils les ont (l('î|)osés dans les ports, des ailes de fer, |)lus ra[)ides encore, les portent vers Rome aux pieds do Lnon XIII. Ouello est Tllosi lointaine S la terre si stérile, la montagne si abrupte qui n'envoie des présents à notre saint-père le pape, devenu l'admiration et Tamour du monde? Quel est le roi qui n'épuise ses trésors pour être le premier dans ce concours des rois de la terre auprès de Tarbitro des peuples et des rois ? Le schisme abaisse ses barrières; l'hérésie se dépouille de sa longue obstination; l'infidélité prend rang parmi les fldéles. Il n'y a plus ni grec ni barbare, ni juif ni gentil, dans ce jour de bénédiction, de grâce et de salut que nous allons célébrer. Le Juste sort dans toute sa splendeur, et la lumière du Seigneur, portée sur la montagne, illumine, comme une lampe, toute la chrétienté 2. La France, en changeant de magistrat, n'a pas changé de sentiments, car le nouveau chef qui vient de prendre en main les rênes de l'Etat veut inaugurer son gouvernement par une ambassade auprès de Léon XIII et par des offrandes dignes de la fille aînée de l'Eglise. 0 France, ô nation choisie, ô peuple d'acquisition, non, jamais nous ne désespérerons ni de ton salut, ni de ta gloire, ni de ton avenir.
Il ne nous appartient pas, nos très chers frères, de rivaliser de magnificence et d'éclat avec les rois ou avec les grandes cités, pour offrir à Léon XIII les plus beaux présents. Mais si on ne consulte que le cœur
1 Reges Tharsis et insulae munera offerent. {Ps. lxxi, 10.)
2 Salvator ejus ut lampas accendatur. (/s., lxii, 1.)
qui les donne, nous ne voulons le céder en rien ni aux villes les plus riches ni aux Etats les plus fameux. Les bergers ont été accueillis comme les Mages dans la cour de Bethléem. Dans celle du Vatican, Léon XIII aura, nous l'espérons, un regard et une bénédiction pour les offrandes du diocèse de Nimes. Le nombre en égale la variété, et le bon goût leur donne quelque prix. Les pauvres, les petits, les humbles, ont figuré, à côté des artistes les plus distingués, dans Texposition que nous avons faite au palais épiscopal des dons fournis par notre clergé et notre peuple. Ces dons précieux sont heureusement arrivés dans la ville éternelle. La liste de ceux qui ont voulu offrir à Léon XIII les honoraires do sa messe jubilaire contient plus de cinquante mille noms. C'est le livre d'or du diocèse de Nimes. Nous le déposons aux pieds de Sa Sainteté, avec une croix d'or massif et un anneau enrichi de pierreries, la suppliant de faire reposer un instant cette croix sur le cœur paternel qui bat d'un si vif amour pour tous ses enfants, de mettre un instant cet anneau à ses doigts sacrés qui se lèvent sur le monde, avec tant d'autorité, pour le diriger et pour le bénir. 0 maître, éclairez-nous, vous êtes infaillible dans vos jugements. 0 père, aimez-nous, s'il se peut, encore davantage; vous êtes aujourd'hui l'espérance des bons. Il se fait, même parmi les méchants, je ne sais quel apaisement, et quand vous^les regardez, il V a comme un mouvement de conversion et de retour qui s'opère dans leur cœur.
Notre saint-père le pape n'a pas voulu inaugurer son Jubilé sans puiser pour nous de nouvelles grâces dans le trésor inépuisable de l'Eglise. Il accorde une
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induli^^onco |)lériièro non soiilornoiil «Y tous ceux qui IbroiiL lo pèloriiia^i^Mî (l(^ ll()m<^ mais encore à tous coux qui le suivront cres|)ril ot do cœur ot qui s'uniront (l'int(MiLi()n aux granihîs solennités (I(î Iji villo étornollu. Il sullil, pour gai^nor cotto indulyouco, de faire une nouvaine on récitant clia(|ue jour le clia[)elot, on visitant une seule fois une église ou un oratoire public, et en s a[)[)rochant des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Nous avons six mois, du 1'''' janvier au 30 juin, pour gagner cette indulgence plénière dont les conditions sont si faciles à accomplir. Les uns, en commençant dés le 24 décembre la neuvaine jubilaire, pourront la terminer le l*-"'' janvier, en s'unissanl, ce jour-là, aux intentions du saint-père, qui, pour la première fois depuis son avènement, célébrera les saints mystères dans la basilique vaticane. D'autres peuvent la relarder, selon leurs convenances, et en marquer la fin à telle fôte qu'il leur plaira, dans le cours du temps que le saint-père nous accorde. L'essentiel est de ne pas négliger une si grande grâce. C'est la fête d'un père, et cette fête durera six mois. En quelque jour et en quelque lieu que nous implorions pour lui Notre-Dame du Rosaire, mille et mille vœux vont s'élever avec les nôtres vers le Père des miséricordes, mille et mille doigts vont dérouler, comme les nôtres, les grains du chapelet, et ce chant de louange entendu d'un bout du monde à l'autre, dans toutes les langues et sous tous les soleils, sera comme la réponse des hommes à Tantienne du jour de Noël chantée par les anges : Gloire à Dieu dans les deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !