LA BÉATIFICATION DE JEAN -BAPTISTE DE LA SALLE
2 7 mai 1888.
Depuis le jour où Léon XIII a prononcé la béatification de Jean-Baptiste de la Salle, il ne s'est pas écoulé une semaine sans qu'on ait entendu, tantôt dans une langue, tantôt dans une autre, sous les voûtes de nos grandes basiliques, les cantiques d'action de grâces et le panégyrique du bienheureux. Rome a commencé l'hymne de la reconnaissance, Paris a suivi; Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux, ont eu leur tour; Reims annonce son triduum, c'est la ville où Jean-Baptiste de la Salle a reçu le jour et les bienfaits de l'éducation ; Rouen, qui l'a vu mourir, ne le cédera à aucune autre ville pour l'éclat des fêles et l'accent de la louange. On s'apprête, dans le nouveau monde comme dans l'ancien, à rendre hommage à l'instituteur de la jeunesse dont la vie fut un modèle, qui fixa par ses écrits le code de l'enseignement primaire, et qui, par ses écoles et ses disciples, fait honorer et bénir partout et la France et l'Eglise.
Nous venons prendre notre place dans le concert;
car il nous sied autant qu'à personne de célébrer les mérites du bienheureux et d'applaudir à ses triomphes. Notre diocèse a été plusieurs fois honoré de sa visite, et nous n'avons qu'à consulter l'histoire de sa vie pour apprendre à quoi nous oblige la reconnaissance.
Jean-Baptiste de la Salle souffrit, comme on le sait, toutes sortes de contradictions pour l'établissement de ses frères; mais pendant qu'on le persécutait à Paris, la province, éclairée d'une meilleure lumière, accueillait ses disciples et reconnaissait ses bienfaits. Notre Midi lui rendit justice dès le commencement. Témoin le vice-légat d'Avignon, qui se déclare très satisfait des frères, ajoutant que son œuvre est la plus utile de toutes, pressant le fondateur de venir en juger par lui-même, et demandant pour cette cité le bonheur de le voir.
Le bienheureux se rendit à ce désir, et vint visiter deux fois ses écoles dans nos contrées. Alais fixa surtout son attention. Cette ville venait d'être dotée d'un siège épiscopal, sur la demande même de Fiéchier, évêque de Nîmes, qui n'hésita pas à provoquer le partage de son diocèse pour faire sentir dans les Cévennes, avec plus d'autorité et de vigueur, la vérité de notre sainte reUgion. M. de Saulx, nommé au siège d'Alais, avait choisi pour grand vicaire M. l'abbé de Mérez, chanoine de Nimes, l'un des prêtres les plus zélés et les plus savants du pays. La direction des écoles lui était confiée, et il ne crut pas pouvoir mieux s'acquitter de sa charge qu'en appelant à son aide les frères des Ecoles chrétiennes. Il avait connu M. de la Salle à Saint-Sulpice, c'en était assez pour lui faire
POUR CftLfiHUKU I.A llf-ATIFICATION 1)1. J. II. 1)1'. I..\ SAI.I.i:. <»'J
îif^rcîor ses inslaricos on sollicilaiiL iioiir hi nouvollo villo épiscopalo (iiioKpios-uiis do sos prorniers disciplos : « Je no sais, Monsiour, lui écrivail-il, si oion nom vous osl oncoro connu ol s'il vous ost resté quohiuo idée do moi ; mais jn no vous ai pas oublié, oL il mo souvient très bien do vous, (pio j'ai vu au séminaire do Saint-Sulpico. Vous étiez pour lors chanoine do Reims ; c'était en 1071. J'ai appris qu'ayant (juitté votre canonicat, vous vous êtes adonné à toutes sortes (le bonnes œuvres, entre autres à former une communauté de maîtres d'école (jui l'ont beaucoup de bien partout où ils sont établis. Nous en avons besoin dans ce pays-ci, où nous avons peine à en trouver de catholi(iues, ci qui nous puissions confier l'éducation de la jeunesse. Il nous en faudrait dés à présent deux pour Alais. Il s'agit d'y détruire l'hérésie et d'y établir la religion catholique. L'œuvre est grande, et il faut do bons ouvriers. J'ai recours à vous, Monsieur, pour avoir de vos élèves. Le P. Bonchamp m'a fort loué ceux qu'il a vus à Avignon et à Marseille ^ »
Jean-Baptisle de la Salle se rendit sans peine à une pareille demande. Il envoya à Alais deux frères instruits et expérimentés. M^' de Saulx présida lui-même à l'ouverture de leur école, qui se fit au mois d'octobre 1707 ; il obtint pour eux de Louis XIV une pension annuelle, et fit déclarer leur modeste établissement école royale -.
Ainsi placés, dès leur début, sous les auspices delà
1 Vie du vénérable Jean-Baptiste de la Salle, 184.
2 Ibid., p. 186.
religion et de la royauté, les deux frères d'Alais opérèrent une véritable transformation dans leurs élèves. Jusque-lî\ indisciplinés et vagabonds, les enfants de la cité devinrent laborieux et sages. L'évêque en fut frappé, il demanda de nouveaux frères, il ordonna que toutes les écoles d'Alais fussent mises désormais sous leur direction, et les calvinistes, obligés de les fréquenter, finirent par leur rendre justice. La rancune et les préjugés des premiers temps cédèrent peu à peu à l'ascendant d'une éducation paternelle.
La guerre des Gamisards qui éclata dans la contrée n'empêcha pas M. de la Salle de venir visiter ses écoles d'Alais. On voulait l'en détourner en lui représentant les périls du voyage. Il résista à toutes les observations et donna à ses chers frères la consolation de le voir et de l'entendre encore. Là, il constate les progrès de l'institut; on lui demande un quatrième frère; on promet d'agrandir leur résidence; Févêque et toute la cité sont pénétrés de reconnaissance pour leurs services.
En quittant Alais, Jean-Baptiste de la Salle alla visiter les Vans, Monde et Uzès. L'école de cette dernière ville n'était pas encore tenue par les frères, et c'était un prêtre qui rempHssait les fonctions d'instituteur. Mais l'évêque avait tant d'estime pour notre bienheureux, qu'il retint auprès de lui le saint fondateur et l'invita à faire la classe à Uzès pendant quelques jours, pour donner l'idée de sa méthode et de ses procédés. Jean-Baptiste de la Salle passa ainsi en faisant le bien dans les cités où il ne pouvait encore fonder une école. Mais la trace de son passage ne
PUUR CÊLÊIIHKK LA n^ATIFlCATION I)K J.-il. I)K LA HALLK. 71
s'nfTiiconi pas, ol ([uaiid riiisLiLuL aura j)ris son (Ijîvoluj)|)onioiiL, llzns saura so prôvaluir du c(Ulu licuroiise visite pour ol)lonir (Uis inslilul(îiirs si roiioiiimés par leurs succès.
Ainsi conimonra, dans nolro diocèse, l'œuvre des Ecoles clirélionnes. Nirnes en {^oùla les bienfaits sous Tépiscopat de M*' do Hecdeliovre, dès le mois de janvier 1754, et telle fut l'heureuse impression laissée par les frères avant la révolution française, qu'au sortir de la tourmente il n'y eut qu'une voix pour souhaiter leur retour. On avait perdu avec eux les bonnes mœurs, les vraies pratiques de l'enseignement populaire, la considération et l'honneur qui doivent s'attacher i\ la personne, h Thabit et au caractère du maître chrétien. Nos municipalités les rappelèrent partout, et comme la confiance publique s'affirmait chaque jour, les magistrats de nos grandes cités se firent un devoir d'augmenter le nombre des frères et d'agrandir leurs écoles. Nous n'oublierons jamais ce que fit M. Girard, maire de Nimes et pair de France, pour les accréditer auprès de la population et les récompenser de leurs mérites. En 1834, presque au sortir de la révolution de Juillet, il porta de 14 à 32 le nombre des frères des Ecoles chrétiennes, et ce fut jusqu'à la fin de sa vie sa consolation et sa gloire de rappeler ce trait d'équité et de reconnaissance envers une congrégation dont il admirait plus que personne le savoir, la méthode et le dévouement.
Ce n'est pas seulement à Nimes, c'est dans tout le diocèse qu'il faut remercier et bénir l'institut du bienheureux. Nos villes et nos bourgades ont cha-
ri LETTRE PASTORALE
cune, sur ce sujet, leur histoire particulière. On cite les noms des bienfaiteurs qui ont concouru àTétabli.ssement des frères; on j^arle des anciens qui ont blanchi au service de la jeunsse; on y garde leur mémoire, bien mieux que leur portrait. Leurs bienfaits sont gravés dans tous les cœurs.
Tels sont, nos très chers frères, les souvenirs que nous avons recueillis dans les annales religieuses de notre diocèse. Ils font le plus grand honneur à vos pères et à vos ancêtres, et vous n'avez fait que les suivre en témoignant aux disciples du bienheureux Testime, Tafiection, la reconnaissance, que vous avez pour leurs soins et pour leurs mérites. Ce sont des dettes deux fois séculaires que nous acquittons aujourd'hui. Il ne suffit pas de célébrer le bienheureux, il faut perpétuer son œuvre et en assurer le bienfait à notre postérité. Votre devoir est donc de retenir, de garder parmi nous les frères des Ecoles chrétiennes. Quand on les renvoie de Técole communale, prenons-les par la main, et mettons-les à notre service. Ils n'auront plus les honneurs de la servitude, et ils courront avec nous les périls de la liberté. Mais y a-t-il quelque péril à tirer sa subsistance de votre libéralité, et le budget de nos chers frères n'est-il pas assuré d'avance? Plus on fait d'efforts pour ôter au peuple ses vrais instituteurs, plus nous devons redoubler de zèle, de générosité, de dévouement, pour les conserver. Vos sacrifices sont grands. Dieu les connaît et il les bénit. Il y a sept ans que nous vous les demandons, sept ans que vous les renouvelez chaque année, sept ans qu'on trouve dans les paroisses qui possèdent des écoles chrétiennes la
POllU CÉLÉUIIKU LA llftATIFICATION DV. J. H. I)K LA BALLR. l'A
unwui) îinloiir à soi'vir la ransn (I(î la religion ol rlo la lil)(ui6 K
\a\ caiiso dos ticolcîs librcîs rsL popiilainî da'is t(juLf3 la Franco, (^o qui so lail à Niiues so fait partout où il y a dos es[)rils ôlovôs, dos ccnurs généreux, des hommes vérilablomoul soucieux des intérôls de la jeunesse ol do l'avenir do la pairie. Nous venons de voir, î\ Bordeaux, la primatialo do Saint-André remplie, pendant trois jours, d'une foule immense réunie autour de l'image du bienheureux de la Salle. Ce n'étaient pas seulement des enfants qui s'entassaient dans les vastes nefs, mais toute la société chrétienne d'une grande cité. La magistrature, le barreau, l'université, l'armée, l'industrie, le commerce, avaient dans celte assemblée sainte leurs représentants. Le mémo nom était sur toutes les lèvres, la même prière dans tous les cœurs, tous les yeux se fixaient sur l'image du bienheureux, toutes les voix disaient avec un merveilleux accord : Bienheureux de la Salle, priez -pour nous.
Nous le dirons à Nimes, au Vigan, à Uzès, à Beaucaire, à Alais, partout où fleurissent nos écoles chrétiennes. Que le bienheureux vienne à notre aide, qu'il nous revête de sa force et de sa douceur, qu'il nous enseigne la patience dans les adversités, la persévérance dans nos entreprises, le pardon des injures, l'amour des ennemis et toutes les vertus dont il a
^ Le diocèse de Nimes possède des écoles chrétiennes, publiques ou libres, dans les localités suivantes :
Aigues-Mortos, Âimargues, Alais, Bagnols, Beaucaire, Castillon-du- Gard, Champclauson, la Grand'Gombe, Laval-Notre-Dame, Nimes, Pont- Saint-Esprit, Uedessan, Roquemaure, Sainl-Gilles, Tamaris, Uzès, Vauvert, le Vigan, Villeneuve.
7i BÉATIFICATION DE J. B. DE LA SALLE.
donné le précieux modèle. C'est à ce prix que les écoles chrétiennes vivent, prospèrent et fleurissent partout ici-bas; c'est à ce prix que leurs maîtres et leurs élèves seront, comme leur fondateur, couronnés dans le ciel. Bienheureux de la Salle, priez jjour nous.
ORDONNAS! l. N M l(\ ICn SOLhNMl.
POUR LIi KKIMIS IIKS AMKS DU l'LiKiiATOlUE
30 teptembro 1888.
L'Eglise catlioli(iuG, dont nous sommes les serviteurs et les enfants, n'est pas, nos très cliers frères, renfermée dans les limites èlroites du monde que nous habitons. Elle s'étend de la terre au ciel et du ciel au purgatoire, et par la communion qui règne entre ces trois cités, il y a entre elles, dans nos prières, dans nos méditations, dans nos sacrifices, un perpétuel échange de pensées, de désirs et d'offices fraternels. Au ciel, c'est l'Eglise qui triomphe; au purgatoire, l'Eglise qui souffre; sur la terre, l'Eglise qui combat. Mais partout c'est la même Eglise. Les saints qui chantent dans la langue lumineuse du paradis, les justes qui gémissent dans la langue éplorée du purgatoire, les fidèles qui prient, en combattant ici-bas, dans la langue imparfaite de la prière, adorent le même Dieu par le même Jésus- Christ, selon les lois de la même Eglise, une, cathohque, apostolique et sainte, la seule véritable, la seule qui puisse assurer aux âmes la grâce dans le temps et la glou^e dans Téternité.
Noire sainl-père le pape est le chef de cette Eglise, el les clefs conQées à ses soius ouvrent les trois royaumes qui la composent. C'est pourquoi, dans son année jubilaire, il a voulu glorifier les saints qui sont dans le ciel, soulager les âmes qui habitent le purgatoire, et prodiguer aux fidèles qui combattent encore dans les ténèbres de la vie présente les secours et les grâces nécessaires pour achever leur course et obtenir la couronne. Les mois et les jours de cette année fameuse seront marqués, dans les trois mondes, d'un signe extraordinaire; les peuples en garderont le souvenir, et ce souvenir, transmis à la postérité, sera, dans l'histoire de notre siècle, la date la plus glorieuse et la plus consolante pour le salut des âmes.
Quelle fête dans l'Eglise militante! Toutes les nations ont pris le chemin de Rome pour aller saluer le successeur de saint Pierre, se courber sous sa main et embrasser ses genoux. Ses paroles, ses regards, son sourire, sa seule pensée, tout, jusqu'à l'ombre de sa personne traversant la basilique de Saint-Pierre ou apparaissant dans les galeries du Vatican, a semblé une grâce et un bienfait. Des milliers de pèlerins ont eu ce bonheur, et ceux qui n'ont pu les accompagner dans la ville éternelle n'en ont pas moins participé aux indulgences du jubilé pontifical en s'unissant, par la prière, la pénitence et la communion, aux sentiments qui ont éclaté à Rome, avec tant d'enthousiasme et d'unanimité, parmi les députés des deux mondes. Léon XIII a rendu à Dieu de solennelles actions de grâces, en s'étonnant luimême d'un tel spectacle, et en rapportant à l'Eglise
FOUR II: IW.VOH DKK AMKK DU PURGATOIRK. 77
(outo la '^Unvo doiil riniivors couvrait sa porsouiio ot on nom. Il a daignn l'éci-iro à toiislosôvùques, (ti\ los (•liar;^(siiiL de LraiisnioUrn à knirs [xiuplos sos rernor- (MOiMonls rX sos ospérancos. « Los onnomis rrH>mos
(In rKi;iis(\ nous dil-il, soni, ohlij^és do roconnallrr;, nialj^ro onx, dovanl uikî Udio dcnionslration, (jn'il y a on oUo uni» vi(^ divino, uno vi^MKUir indomptabU;, oL (juo collo v(M'hi \w. cosso pas do la sontonir oL de Tanimor. Uioii urM. pins insonsô rpio do frnmir contre ollo. Hion n'osL pins vain (juo do coni[)loler (|uol([no (lossoin conlro lo Seignenr cl rontro son ClirisL ))
Mais on ouvrant aux lidèlos le trésor des indulgences, il n'a pas oublié ceux qui, par le schisme, l'hérésie ou rinlîdélilé, vivent hors de l'arche du salut. Ha prié pour leur conversion, suppliant le Seigneur, avec les gémissements de sa paternité, de ramener tous les peuples dans les liens de la foi et de la charité, et de n'en plus faire qu'un seul troupeau soumis à un seul pasteur. 0 frères séparés, vous avez donc été compris dans les prières et les vœux de Léon XIIL II nous est doux de vous le dire : chaque fois qu'il nous a été donné de l'entretenir, il s'est informé de vous avec la sollicitude d'une ménagère qui cherche la dragme perdue, d'un pasteur qui court après la brebis égarée, d'un père qui attend le retour du prodigue et qui apprête, pour le recevoir, la robe du festin et l'anneau de la réconciliation. Voyez comme tous les yeux et tous les cœurs se tournent doucement vers Léon XIIL II en est, n'en doutez pas, qui ne s'en détacheront plus et qui, dégoûtés des agitations et du changement, viendront chercher
dans les bras de la véritable Eglise le repos et la paix. 0 mon Dieu ! donnez-nous de faire quelque recrue pour celte Eglise militante parmi tant d'àmes honnêtes qui la méconnaissent bien moins par leur faute que par la faute de leurs pères. Ils déplorent la Réforme ; ce n'est pas assez, donnez-leur de la quitter. Qu'ils se laissent éclairer par Tétude et loucher par la grâce. Qu'ils comptent parmi les conquêtes pacifiques de ce grand jubilé.
La fête de l'Eglise triomphante n'a pas été moins digne de mémoire. Léon XIII, levant les yeux vers le ciel, a distingué dans les élus qui le peuplent des prêtres, des vierges, des martyrs, des héros qui, après avoir fait pendant leur vie les preuves d'une sainteté éminente par leurs vertus, ont donné depuis leur mort, par leurs miracles, des preuves éclatantes de leur puissante intercession. A de pareils traits, qui peut méconnaître leur gloire? Les uns ont été déclarés bienheureux, les autres ont reçu le titre de saints et les honneurs suprêmes d'un culte universel; les fêtes de leur béatification, commencées à Rome, se continuent dans tout l'univers avec une joie que rien n'a troublée, avec un élan qui ne fait que s'accroître; tant il est vrai que la terre est d'accord avec le ciel pour célébrer de si beaux triomphes, et qu'en les décrétant, Léon XIII n'a été que la voix du peuple aussi bien que la voix de Dieu.
Il aurait manqué quelque chose à ce Jubilé si les âmes du purgatoire n'y avaient pas trouvé leur consolation. C'est pourquoi Léon XIII, se rappelant les devoirs que lui impose la charité apostohque, s'est tourné vers ceux qui, ayant quitté la vie avec le signe
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(lo l;i foi ol 1.1 sùvo (l(^ la f^raco, sont dùlonus copon- (lanL loin du liou du ralr.iîchissornonl otdo la lumiôro, jus(|n'{\ et) (|u'iis aient payé lours doriiièrcs dollo» ouvors la justice divine, ils appartiennent à cotlo vi^ne myslicpie dont .h'vsus-dlirist est le cli(;f; mais, sond)lal)l(^s h des hranehes lanij;uissanles rjui ne sont pas cepcuîdant séparées du tronc, il reste ii les tailler, à les érnonder, h les lier plus étroitement autour do leur cep. (lest dans les flammes du purgatoire (|u'clles subissent ce traitement, c'est là quo le vigneron divin leur ote leurs dernières souillures. Abrégez, Seigneur, abrégez leurs peines, toute l'Eglise vous le demande, lo pape le sollicite avec elle, et c'est d'ailleurs une de nos traditions les plus anciennes et les plus cbères de mêler aux solennités les plus magnifiques et les plus délicieuses la sainte pensée, le salutaire souvenir des fidèles trépassés, en demandant qu'ils soient à jamais délivrés de la peine due à leurs péchés. La l'été de tous les Saints est suivie chaque année de la fête des Morts.
Mais parmi toutes les œuvres et tous les suffrages qui peuvent soulager les âmes du purgatoire, le saint sacrifice de la messe tient le premier rang. Plus puissant que le grand prêtre de l'ancienne loi, qui n'entrait dans le Saint des saints qu'une fois l'an, après avoir teint ses mains dans le sang des victimes, le prêtre de la loi nouvelle descend chaque jour en esprit dans l'abîme du purgatoire et va, les mains teintes du sang de Jésus-Christ, frapper à ces portes que TAgneau a seul le droit d'ouvrir. A la vue de l'hostie sainte et du calice du salut, les flammes s'apaisent, les jours de l'attente sont abrégés, et les âmes, déliées
de leurs dernières chaînes, montent des ténèbres de la captivité à la pleine lumière de l'éternité bienheureuse.
Léon XIII, tout plein de cette grande pensée, a voulu multiplier dans toutes les parties de l'univers catholique l'offrande solennelle de la sainte victime en faveur des âmes du purgatoire. Il a décidé que le dernier dimanche de septembre, un service d'expiation serait célébré dans toutes les églises épiscopales, métropolitaines ou patriarcales, avec la plus grande solennité possible, invitant chaque prêtre à suivre lexemple de 1 evêque, dans les églises paroissiales ou collégiales, tant du clergé séculier que du clergé régulier, pressant les pieux fidèles de communier ce jour-là à la même intention, et déclarant enfin que tous les autels auraient, dans les circonstances présentes, le privilège de l'indulgence plénière applicable aux défunts.
Ces privilèges, ces solennités, ces ordres donnés à toutrépiscopat, ces invitations pressantes aux prêtres et aux fidèles, tout fera de la fête funèbre du dernier dimanche de septembre un jour de délivrance et de miséricorde pour les âmes du purgatoire. C'est l'Eglise miUtante tout entière qui viendra, sous la conduite de son chef, au secours de l'Eglise souffrante, tandis que les cieux s'ouvriront, que les anges en descendront pour ouvrir les portes de Tabîme, et que les saints, penchés du haut de leur trône sur les profondeurs incommensurables de Tespace, voyant monter vers eux les âmes délivrées, s'apprêteront à les recevoir dans leurs rangs pour partager avec elles les délices de réternelle Jérusalem. 0 sainte Eghse! que
POUR M'. lU'IMJS ni:s \>1FS DIj pi RCaTOIRK. 8i
vous ôlos bollo (^l (|uo vous èl08 louchante dans votre sollicitudo j)()ur los î\in(vs! 0 liéon XIII, 6 notre chef ol nolro ^uid(î, vous ùtus oncoro plus ot notre ami et notre [)oro! Ouo Dieu vous conserve à notre admiralion et à notre amour, et qu'après avoir célébré vos noces d'or dans celte année si mémorable, nous puissions en revoir dansdix ans la joie et l'allégresse, dans une nouvelle fête qui fera dire de Léon XIII : Il est aujourd'hui fort comme le diamant, mais il demeure toujours tendre comme une mère.
>ENERABILIBVS FRATRIBVS PATRIARCIUS , PRIMATIBVS, ARCHIEPIS- COPIS ET EPISCOPIS VNIVERSIS CATHOLICI ORBIS GRATIAM ET COMMVNIONEM CVM APOSTOLICA SEDE HABENTIBVS.
LEO PP. XIII VENERABILES FRATRES, SALVTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEM.
Qiiod annivcrsarius sacordolii nostri dies quinquagcsimus nnpor ecclesia' peroptato illuxerit, acceptiim, ut oporlet, referimus siimmse Dei benignilati, cujus nu tu arbitrioque providentissimo oninis vita hominum regilur. Ac pari modo tantam ubique animoruni consensionein in obsequiis, in elTusa liberalilate, in publiais lœliliœ significationibus nemo poterat nisi ille excitare, cujus omnino imperium est in hominum mentes et voluntates et corda, quique eventusrerum ad chrislianae religionis gloriam dirigit et moderalur. — Pra:*clarum quidem et memorabile factum, ex quo ipsi Ecclesife hostes, vel inviti et nolentes, suis ipsi oculis perspiciunt, quemadmodum divina ejus vita ac divinitus ingenita virtus vigeat semper, atque adeo persuadere sibi cogantur, insano prorsus conaUi gentes impias fremero et inania meditari adversus Dominum et adversus Christum ejiis.
Jamvero, ut quam latissime hujus beneficii divini et memoria
manaret et utililas, cœleslium gratiarum thesauros universo nobis concredito gregi reclusimus : nec sane prœtermisimus divinoB pietatis munera iis ipsis implorare, qui extra unicam salutis arcam adhuc versantiir : qiiod hoc consilio fecimus, ut omnes génies et populi, In fide caritatis vinculo sociati, unico ovili sub uno pastore citius aggregentur '.: ita sane Dominum nostrum Jcsum Christum cum gemitibus exoravimus in solemni sacro canonizalionis mox celebratœ.
Nos enim et ad triumphantem Ecclesiam sublatis oculis, heroibus cliristianis, de quibus jam absoluta féliciter erat prœstantissimaruni virtutum ac miraculorum ad juris tramites cognitio, aliis sanctorum summos honores, aliis beatorum cultum solemniter decrevimus ettribuimus, ut ea quœin cœlisest Hierusalem, cum hac ipsa quœ in terris peregrinatur a Domino, communione laetitise jungeretur.
Verum quo huic ipsi rei veliili cumulus, Deo adjuvante, imponatur, apostolicse nostrae caritatis officia, de plenitudine infîniti spiritualis thesauri ad eos quoque dilectos Ecclesise filios, largius quo fieri possit, proferre cupimus, qui morte justorum obita de militia hujus vitse migrarunt cum signo fîdei, ac mysticœ vitis inserli propagini ; ita tamen ut prohibeantur ingressu in aeternam requiem usque dum divinge justitiœ ultrici pro contractis debitis ad minimum reddant quadrantem. — Movemur autem tum piis catholicorum volis, quibus consilium hoc nostrum pergratum esse scimus, tum lacrimabili pœnarum, quibus defunctorum animâe cruciantur, atrocitate : sed prseterea et maxime movemur consuetudine Ecclesise, quse, vel inter jucundiores per annum solemnitates, sanctam et salubrem agit defunctorum memoriam, ut a peccatis solvantur.
Itaque cum ex catholica doctrina exploratum sit animas in purgatorio detentas fidelium suffragiis, potissimum vero acceptahili altaris sacriflciOj juvari, nullum ceusemus neque utilius neque optatius a nobis proficisci ad eas posse pignus, quam si multiplicemus in locis omnibus pro satisfactione ipsarum oblationem mundam sacrosancti sacriticii mediatoris nostri divini. Quare slatuimus, cum necessariis omnibus dispensationibus et derogationibus, ultimam dominicam proxime venturi mensis septembris tanquam amplissimae expiationis diem, quo celé-
POUR I.K HKPOH DKS AMKS Di: rCRfiATOIRB. Ki
l)n!liir a nohis, ituiiuiiiu a Mn^iilm IValrîbuH iMj»lriH patriurrliin, arr.hi(^I»isc,(HMS, ('pisropis aliisijin' pni'lalis ilinM-rHirn lialxMilihiirt, m suis ciijusiiiitî ('cclesiis palMaiclialilais, iiuîtroixilitanis vA callKMlralilms, s[)rciali8 missa (Icfimctoniin, niajori ((ua (iiîri potost soloimiitalo, (M)(|nc rilii <|tii in inissali adsi^naliir in coinmnmoror (iotir omnium fidimm (b/'unctnrum. Id ipsurii fjcri pn)})arMiiH iii parocliialilnis cl collc^ialis «'CcUîsiis (atii saiculariiirn, rpiarii n*^ulariiiiii ol al) onniihiis sartTdotihus, diirinnodi) ik; ornittatur inissa oflicio dioi rospondens, nhiciiincpic est obligatio. — Alios aiiloin ChristilideUîs vohonioiiler hurtarmir ut, faclasacrarnentali confcssiono, ad pur^antiuui ainniarurn snirra^'iuni an^'olir.o pane s(» di'volo iTliciant. — Mis wvo pIrMiariarii Iudulg«Mitiani pro (lefunotis, siu^ulis ut dictuiii est supra, celebrantibus, allaris pi'ivilogium, auctorilate aposlolica inipertiniur.
Sir, fiiiniruin j)ia^ anima» in quil)us noxaruin relir^uia* Icriibili cruciaUiuiii niaf^nitudiiie eluuiilur, perupportununi acsingulare solaliuiii percipient ex boslia salutari, quam Ecclesia universa, capiti suo visibili conjuncla, eodemque carilatis atlectu inllanimata, Doo est oblatura ut eis locuni refrigerii, lucis et pacis indulgeat sempileriiio..
Interea vobis, venerabiles fratrcs, universoque clero et populo curœ vestraB concredito apostolicam benedictionem, cœleslium munerum auspicem, peramantcr in Domino impertimus.
Datum Ronia^, apud S. Potruin, in die solenini paschatis an. MDCCCLXXXVIII, poiUificatus nostri undecimo.
Léo pp. XIII.
PANEGYRIQUES
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BlENlIELJllKllX IMKIIUK 1)K LLXKNlUilJU;
rnONONCÉ DANS L'ÉGLISE DE SAINT-DIDIER, A AVIGNON 5 iulUet 1887
NOTICE
La solennité des trois centenaires en l'honneur de sainte Casarie, de saint Pons et du bienheureux Pierre de Luxembourg a été célébrée les ',\ et i juillet 1887, à Villeneuve-lez-Avignon. (Voir plus haut, page 43.) La fête du bienheureux Pierre de Luxembourg, inaugurée à Villeneuve, a élé clôturée le ^ juillet, à Avignon, au milieu de la pompe la plus éclatante, dans l'église de Saint-Didier, où reposent ses reliques. A dix heures, le cortège des prélats faisait son entrée dans cette église, magnifiquement ornée pour cette solennité. C'était M^^ l'archevêque d'Avignon, précédé du chapitre métropolitain et suivi de NN. SS. les évêques de Marseille, Montpellier, Nimes, Valence, Viviers, Monaco, Arindel (Canada), et du révérendissime abbé de Frigolet. La messe pontificale a été célébrée par M^^^ Robert, évêque de Marseille L'office du soir était annoncé pour quatre heures. Bien avant l'heure indiquée la foule assiégeait les avenues de Téglise, pour entendre le panégyrique du saint, que devait prononcer Ms^ Besson. Un très grand nombre d'ecclésiastiques, accourus de Vaucluse, du Gard, de la Drôme, de l'Ardèche, de l'Hérault et des Bouches-du-Rhône, formaient autour de l'autel une magnifique couronne. Après le chant des vêpres, W^ Besson parut en
chaire, et au milieu du silence solennel de l'assemblée, prononça le panégyrique suivant, véritable monument élevé à la gloire du bienheureux Pierre de Luxembourg. Ces pages, dit un témoin, occuperont une place d'honneur dans l'hisloire de l'éloquence chrétienne. Elles seront lues dans toute l'Eglise avec le charme qui s'attache aux œuvres de l'illustre évoque de Nimes, et produiront dans les âmes les fruits les plus abondants de salut.
Consummatus in brevi^ explevit tempora multa. Sa vie, rapidement consommée, n'en a pas moins rempli une longue carrière. [Sap.y iv, 13.)
Messeigneurs s
Le texte que je choisis dans la sainte Ecriture a été cent fois appliqué aux jeunes saints dont le Seigneur avait abrégé les jours en élevant leur âme au comble de la perfection. Mais ni les Gonzague, ni les Stanislas, ni les Berchmans n'ont mérité cet éloge au même degré que le bienheureux Pierre de Luxembourg, dont j'entreprends de faire le panégyrique. La mort les moissonna dans leur fleur, quand une sainte obscurité enveloppait encore l'éclat de leur nom, et ce n'est guère qu'en sortant de ce monde qu'ils l'ont laissé comme embaumé du parfum de leur innocence et de leur vertu. Il en fut tout autrement de notre héros.
Célèbre presque dès sa naissance, il ne put un seul jour se dérober à la gloire. La gloire s'attache à ses
1 Ms"" Vigne, archevêque d'Avigaon; Me"" Robert, évêque de Marseille; M?*" de Cabrière, évêque de Montpellier; M^"" Gotton, évêque de Valence; M?' Bonnet, évoque de Viviers ; M^"" Theuret, évêque de Monaco.
DU lIlKNnKl'HKl'X l'IKRnK l)K MXF.MBOlJRfJ. 89
pas dans la maison |)aU3riiollo, 1(3 suiL dans L()ut(3S ses ùludos ol l'acconipa^no cJio/ 1ns Anglais, pondant la captivité de son adolescence.
Nons venons, cin(| siùdos a[)rùs sa mort, célébrer, dans un nonvean [)ané^^yri(|ne, nne vie si exlraorilinairo par son rùlo et par sa brièveté. On la [X'inl d'nn mot en disant do Ini : Infans (tnnis, animo vir. Enfant par les années, il fut toute sa vie un liéros par le courage et la générosité. Prenons ce mot pour l'épigraphe dece discours et justiPions-le en pénétrant les secrets de cette àme d'élite. Je voudrais vous montrer comment elle s'est formée dans la famille et dans l'école, et quel modèle elle offre aux étudiants de tous les siècles. Nous verrons ensuite comment elle s'est donnée à l'Eglise et quels services elle lui a rendus dans une si courte carrière. Mais ici les jours sont des années. C'est l'héroïsme de l'écolier sur les bancs de l'Université de Paris. C'est l'héroïsme de l'homme d'Eglise dans les dignités du sanctuaire. C'est la gloire, en un mot, sur la terre comme au ciel : In fans annis, animo vir.
I. O^^i^ putas puer iste crit ^ ? Qui pensez-vous que sera cet enfant? Ainsi disaient les Juifs, témoins des miracles qui annoncèrent la naissance du divin Précurseur. Je leur emprunte ces paroles pour commencer l'éloge d'un autre Jean-Baptiste, l'un des saints de la nouvelle loi qui ont le mieux rappelé par leurs jeiraes, leurs mortifications, leur amour de la pénitence, celui qui prêchait dans le désert ravèaemeut
1 Luc, I, 66.
du Messie. Mais, à ne consulter que le monde, combien la naissance de Pierre de Luxembourg était-elle loin de présager un semblable destin ! Sa noblesse lui créait, ce semble, d'autres devoirs. On ne voit rien dans l'histoire qui en surpasse la grandeur. Cousin des rois et des empereurs, il marchait leur égal. Le nom qu'il portait, après s'être illustré dans les croisades, tenait, au xiv"^ siècle, Tune des premières places dans l'histoire d'Allemagne, de France et d'Angleterre. C'est un chevalier, c'est un prince qui vient de naître le 20 juillet 1369, dans la tour du château de Luxembourg ; les armes seront son partage, la gloire l'attend, la réponse est toute faite à la question que nous venons de poser : Quis putas picer iste erit? Qui pensez-vous que sera cet enfant?
Oui, la gloire l'attend, et une gloire plus longue et plus brillante que le monde ne pouvait le croire, puisqu'elle est encore aujourd'hui l'objet de notre admiration et de nos louanges. Mais c'est la gloire de l'humiliation et de l'anéantissement. Ecoutez comment il sut reconnaître et suivre sa vocation.
Le sixième enfant de Guy de Luxembourg et de Mahaut de Châlillon était né au milieu des périls de la guerre. Son père, Lorrain par le sang. Français par le cœur, était toujours prêt à exposer sa vie pour défendre ou secourir ses alliés, faisant observer rigoureusement la discipline à ses soldats, observant luimême les abstinences et les jeûnes de TEgUse avec la fidélité d'un anachorète, vaquant à l'oraison et assistant chaque jour à la messe, les deux genoux sur la terre nue ; c'était le modèle du chevalier chrétien. Mahaut de Châtillon fut appelée la mère des pauvres ;
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elle on liabilluil- coiiL *'liaiiuii liivor, leur dislnbuajL (rabonilanlos aiiinonns trois fois la somaino, ol formail SOS onfants à los assister ol !{ los servir. r,omnuMil la poindni au iniliou do sii famille? (y<»sl lii f(Mnmo forlo do rKcriliim. Kilo voillosiir sos domosliqiios avoo la sollicitiido la plus forme ol la plus éclairoo; ollo communi(|uo h sos fils la vaillance d(î leur race, h ses fillos la modestie de leur sexe; mais ni sos fils ni sos tillrs n'oblionnonl grilce devant elle |)our le moindre do leurs défauts. Fière de son époux, elle lo couvrait comme d'nn bouclier au sortir des batailles, l'arrachait à sos ennemis et le ramenait dans son château. Neuf fois mère, elle n'en était que plus attentive à disci[)liner et à reprendre ses enfants, à mesure qu'ils se multipliaient autour d'elle, et le fardeau de sa maternité ne fit que la rendre plus vigilante et plus ferme dans l'accomplissement de tous ses devoirs.
Ainsi croissait devant Dieu et devant les hommes cette famille bénie, quand le comte de Ligny fut tué au combat de Juliers. Mahaut, devenue veuve, ne s'abandonna pas au désespoir, estimant, dit un chroniqueur, a que son époux préférait la voir vaquer à l'éducation de ses enfants qu'à répandre de vaines larmes. » Elle s'enferme dans la retraite et ne s'occupe plus que de l'intérieur de sa maison. Pierre n'a que trois ans, mais il est déjcà le tyran du foyer. C'est un jeune lion qui s'emporte et dont l'orgueil indomptable ne veut connaître ni bornes ni obstacles. Son esprit vif et précoce devine tout ce qu'on doit à sa naissance. Il sent qu'il est né pour le commandement, et il le fait sentir aux autres. Cependant ses serviteurs ont beau
le flallcr, ils n'obtiennent grâce ni pour leur âge ni pour leurs services, et si un vieux domestique est un peu lent à obéir, son maître parle de le faire brûler vif.
0 mère, qu'allez- vous faire devant tant d'insolence et (l'emportements ? Qu'allez-vous faire, sinon ce que doivent faire toutes les mères, même dans notre siècle, sous peine de compromettre le salut de leurs . enfants. La comtesse Mahaut avertit, reprend, corrige. Elle tient sous la verge, sans colère mais sans attendrissement, cette fière nature qui se cabre, mais qui finit par accepter le joug. Mahaut pouvait mourir, elle laissa Pierre, déjà converti, aux soins d'une autre femme, Jeanne de Ghâtillon, sa tante, qui le recueille au château de Saint-Pol et qui le remet, pour Tinstruire, aux mains de ses chapelains. Là s'achève le triomphe de la foi et de la grâce dans cette éducation où tout est prodige. A des prodiges d'impatience et d'orgueil succèdent des prodiges de douceur, d'humiliation et de charité. Pierre n'est plus le même, et voilà qu'il devient, à sept ans, l'apôtre de tous les siens. On l'appelle le petit prédicateur. Il prêche, en effet, les pauvres qui viennent se présenter chaque jour au château de Ligny, joignant l'aumône de l'âme à l'aumône du corps, parlant de Dieu, de la vertu, de la vie éternelle, avec une merveilleuse onction, et faisant de ce château, qui était un vrai couvent de charité, la chaire de la vérité même. Ses frères et ses sœurs Tentendent avec ravissement, tant son intelligence est vive et sa parole pleine d'ardeur, tant ses exemples ajoutent à l'autorité de ses discours. Déjà l'une de ses sœurs se forme par ses leçons à la vie parfaite.
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La hanto tour do lii^niy, ((u'ils liabitont oiisomblo, osl coninio un olisi^rviiloiro d où ils jetlonl par lUûii ïea ciuux, d'abord l(3urs ro^^^ards, [)uis IcuirscuMirs vers lo Soigneur, objet do lour amour. S;diit IJonoit n'eut pas do soins plus allertutMix pour rornicr sainte Scolasli(pio î\ la vie s[)iritu(»ll(^ (puî Pi(îrro do Luxembourg n'en témoigna î^i Jeanne, sa |)etito soîur. Ils priaient, ils so mortiiiaionl, ils se [)erlectionnîiient ensemble à rdgo où Ton ne sait que jouor encore. Mais la [)erfection est de tous les âges, et les plus jeunes enfants sont déjà des héros, (piand ils s'oublient tout entiers et qu'ils so donnent à Dieu sans hésitation, sans réserve et sans retour, (l'est Pierre qui s^élève le premier sur les ailes de la simplicité et de la pureté dans les régions spirituelles; Jeanne vole sur ses traces; leur vie est comme une extase, et leur séjour au château de Ligny un paradis de délices. Pierre écrira plus tard pour sa sœur de petits traités do piété, mais déjà c'est un guide sur, un modèle achevé, tant il a su se vaincre et triompher de lui-même : ^tate in fans, animo vir.
Qu'il vienne s'asseoir maintenant sur les bancs de rUniversité de Paris. Après l'école de famille, voici l'école publique avec tous les dangers de la liberté, tous les entraînements des exemples les plus divers. Là, comme on Ta dit si justement, toutes les vertus sont isolées et tous les vices sont en commun. On y étale ce qu'il faut cacher, et on y cache ce qu'il faut montrer au grand jour. Des maîtres pieux et savants, quel que soit leur nombre, ne sauraient ni connaître, ni prévenir, ni, à plus forte raison, arrêter et guérir cette corruption secrète qui se glisse dans les mœurs
et qui se trahit par la licence des entretiens. Le dénnon a sa chaire invisible à côté des chaires les plus savantes. Il a SOS suppôts toujours écoutés, toujours éloquents, parmi les suppôts de la piélé et de la science, et jusque dans les écoles publiques les plus dignes de louanges, la liberté de penser, de bien dire et de bien faire est une conquête que Técolier doit s'imposer dès le début sous peine d'être le captif de la licence et du respect humain. Voilà la marque à laquelle on distingue l'étudiant courageux de l'étudiant pusillanime. Voilà pourquoi notre bienheureux fut, dans l'Université de Paris, non pas un enfant, mais un homme.
Il faut être homme pour entourer ses oreilles d'une haie d'épines et mettre sur ses lèvres une garde de circonspection. La parole licencieuse trouve à peine une oreille ouverte et complaisante, que le cœur Taccueille avec plaisir et qu'elle revient aussitôt sur les lèvres mêmes du téméraire qui n'avait fait que l'écouter. Ainsi se propage et se répercute, d'écho en écho, le verbe du démon. Pierre a pour ces discours pervers une profonde horreur, et c'est par là qu'il échappe à la corruption. Une dévotion tendre et vive envers la sainte Vierge n'ira pas jusqu'à lui persuader qu'il est invulnérable, car cette dévotion ne serait qu'un leurre, si elle ne s'entourait de précautions et de soins en se mettant sous le bouclier delà pénitence. Il sent l'aiguillon de la nature perverse, et il ne néglige rien pour l'amortir à force de mortifications. Ne lui dites pas que sa santé ne saurait y tenir; il répondra : ce que le cœur de l'homme veut, le corps le peut. Le ciel aide tous ceux qui ont de la bonne volonté.
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Ici comiucnconl sos enlrolions socrols avec Dieu, n';c()m[)onso do sos combats ol de sos victoires. Il |)rio, il médito, il s'oublio déjà dans la inédilation, (ju'il no [)Out achovor, l;iiil ollo est douco à son ânio. On a|)pollc 'distraction coqui est dôjà une extase. Laissezlo, maîtres chrétiens, laissez-lo va(iuor a l'oraison, et no vous inciuiétez pas trop s'il oublie l'heure des assombléos. Les hommes Tattondent sans se douter que Dieu le retient, l'occupe et l'absorbe tout entier. C'est un enfant distrait, disaient les hommes; non c'est un saint qui ne vit que pour Dieu, et dont Dieu a pénétré tout entier le corps, l'esprit et lo cœur.
Dieu, qui avait voulu faire éclater sa sainteté naissante, n'avait rien ménagé pour la soutenir et la mettre en relief. C'était à titre d'écolier de Notre-Dame de Paris qu'il avait débuté dans les exercices universitaires. Cette école, dans laquelle on choisissait les clercs de la cathédrale, était fréquentée par des jeunes gens de toute condition et de tout pays. Les plus grands seigneurs en sollicitaient l'entrée pour leurs fils, car on regardait l'élude du chant et des cérémonies comme un complément de l'éducation libérale. C'était un grand honneur de servir la messe, et, loin d'y voir une charge mercenaire, les plus nobles s'efforçaient de le mériter par l'édification de leur conduite. Pierre de Luxembourg déposa, en entrant dans l'école de Notre-Dame, toutes les marques de sa haute naissance. Non seulement il éloignait ses valets, mais il se montrait, envers ses condisciples, agréable, obligeant, dévoué; heureux de servir ceux qui lui étaient inférieurs par la naissance, et donnant à ses égards la forme d'un véritable respect. Bien loin d'engager des
querelles, il les apaise quand elles éclatent autour de lui, et c'est parmi les écoliers de son âge qu'il commence son rôle de pacificateur.
C'était le temps où les étudiants de l'Université de Paris soutenaient quelquefois, les armes à la main, les privilèges de leur province et les doctrines de leur école. Turbulente jeunesse où des droits réels, mêlés de prétentions et de rivalités, dégénéraient en querelles et allaient jusqu'à inquiéter le repos de la cité. Mais quand on voit un jeune homme comme Pierre de Luxembourg s'interposer entre les parties, ou prendre en main la cause de ses condisciples, arbitre écouté ou avocat éloquent, quelle noble idée ne doit-on pas se faire de cette université vraiment chrétienne et des écoliers qui la peuplaient? Partout où il y aura des hommes réunis, on verra éclater leurs passions. Mais ce n'est que dans les siècles de foi que ces passions se calment et s'apaisent par l'ascendant de la vertu.
Pour combien ne faut-il pas compter également l'influence et l'autorité des maîtres qui enseignaient dans ces écoles fameuses ? Nommons Pierre d'Ailly, Philippe de Maizières, Jean de la Marche, Gerson, plus illustre encore. Ils avaient élevé au plus haut degré la gloire de l'Université de Paris, et l'Eglise, dont elle était la fille, recevait de leurs vertus autant de gloire que de leurs leçons, tant il était impossible alors de séparer le talent de bien dire de celui de bien faire. La langue latine, que l'on parle dans l'école, n'a rien perdu de sa pureté ni de son éclat. Mais la langue française, si naïve encore sous la plume de Joinville, va prendre sous celle de Froissart un accent plus viril et
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[)lus l'orrno. FroissiirL vionl do iiaîlro, il s'îissoira sur les bancs où Piorm do liiixoinhoury a comrnoiicc à dovomr un saint, il lui donnora nno plaro dans ses chrc)ni(|aos, ol il rondra jnslico à sa vaillanco cl à su loyauté, commo à sa [)iôtô ol ii sa ferveur.
Pierre do Luxembourg ne songeait guère ni aux cbroni(jues do Froissart, ni à la pustérilé qui dcvail mettre son nom sur les autels. Il cbercliait, on éludiant le droit ol les Décrétalos, h écba[)i)er à rattenlion publi(iue malgré la gloire qui s'obstinait à le poursuivre. Les enfants [)auvres dont Paris était peu[)lé étaient sans enseignement. On les lui signale, il les visite, il les catéchise, il les tire de leur ignorance. 0 sublime ministère! o gloire obscure! qui donc vous désire et vous brigue aujourd'hui? L'ignorance est plus affreuse encore qu'au temps de Pierre de Luxembourg et de Gerson. 0 maîtres, faites-vous maîtres d'école à l'imitation du chancelier de TUniversité de Paris. 0 jeunes clercs, soyez des catéchistes, prenez ce livre qu'on proscrit, enseignez-le, sauvezvous de l'orgueil, sauvez-nous de la barbarie !
Pierre de Luxembourg ne songeait qu'à se faire oublier dans ses humbles fonctions, quand un événement poHlique appelle sur lui l'attention de son siècle et le livre à l'admiration de la France et de l'Angleterre. La guerre de Cent ans avait arraché à la France la ville de Calais, et la sagesse de Charles V suffisait à peine à réparer les fautes et les défaites de Jean le Bon. Le frère aîné de notre saint, Waléran de Luxembourg, comte deSaint-Pol, n'écoutant que Timpétuosité de son caractère, s'était exposé dans une rencontre, et les Anglais l'avaient fait prisonnier. Par
une autre lémérilé, il règle lui-même le prix de sa rançon et offre Pierre pour olaye. Quelle épreuve et quelle disgrâce ! Pierre avait lout à craindre pour la vie de son frère, s'il refusait de donner en gage sa [iropre personne. Il abandonne donc ses livres, ses maîtres, ses chères études, demandant à Dieu de ne pas être contraint de faire un plus grand sacrifice, car si Waléran venait à mourir, devenu l'aîné de sa race, comment aurait-il pu suivre le dessein qu'il avait de renoncer au monde et de se donner à PEglise ? Il part pour Calais, il se constitue prisonnier, il passe neuf mois dans cette cité, qui était alors pour la France une cité étrangère, et qui demeura deux siècles sous le joug des Anglais. Mais, du moins, il fut donné à cette ville de voir, de connaître, d'admirer un jeune saint qui portait, dans l'exercice d'une vertu déjà héroïque, une âme toute française, et de se consoler de sa disgrâce par le commerce du chevalier. Les vieux bourgeois de Calais, les contemporains d'Eustache de Saint- Pierre, pouvaient tressaillir d'aise et se reconnaître eux-mêmes dans le pieux captif. Cependant les Anglais, qui s'étaient adoucis, quarante ans auparavant, devant ces quatre échevins si fidèles à la France, s'adoucirent encore à la vue de Pierre, se laissèrent gagner par sa modestie, et se relâchèrent de toutes les rigueurs de la captivité. On lui permit de visiter les églises, de porter des secours aux prisonniers, et d'édifier ainsi toute la contrée par le spectacle de ses vertus. Ce n'est pas tout. Le roi d'Angleterre lui offre la liberté sur parole, cherche à l'attirer à sa cour et veut l'attacher à sa personne. Jamais occasion plus heureuse ne pouvait se présenter pour relever la for-
1)1! niKMii:(!ni:i:\ riKnuK hk i.iiXKMBouRci. 1MI
lune (\o S.1 maison. Mais qu'osl-co que la forluno auprès (fti (liîvoir ? Piorro no vont pas innntio cnlondro los [)rupi)sili()ns diî r(îlran;,^or. Il dùclanî qu'il aiin(; mieux (Hro ca|)lil' on FraiuM^ (pio banncret on Anglotorm ; il domando î\ (Hro LraiLo on onnemi, ol son [)atrioLismo lui mùrilo anlanl d elogoscjuo sapiélô : c'esl un grand ciour dans un onfanl, c'osl un homme, c'est un Franrais : fnfttns nnnis, nnimn viv.
Mais (piol Franrais! llontré à Paris, il redouble d'oirorls dans ses études et d'austérités dans ses pratifjues, « captivant son tendre corps, etTexposantà la rigueur des disciplines, des liaires, des cilices et des jeûnes. » Il se confesse chaque jour et communie chaque dimanche; il lit la vie des saints; il compose de petits traités de morale et des oraisons pieuses ; il est l'édification de TUniversité tout entière. Sa vocation se déclare, il veut servir l'Eglise.
Ce fut pour Waléran une cruelle déception. Il savait à quoi son frère pouvait prétendre. Une origine princière, une belle figure, un caractère noble, une instruction bien au-dessus de ses contemporains, Teslime de la cour et des grands, l'admiration du peuple, en fallait-il davantage pour Tclever aux premiers honneurs de la politique et de la guerre, et en faire un des héros les plus accomplis de son siècle? Waléran rappelle au chàleau de Ligny pour commencer son éducation militaire. Pierre répond qu'il préfère la dernière place du sanctuaire à tous les bonneurs du monde. Son frère s'en indigne. Il le presse de secouer la poussière de l'école. Il est honorable d'y avoir passé, mais il serait honteux d'y vieillir. C'est le métier des armes qui convient à sa naissance,
à son caractère, à sa valeur. Il ne saurait en embrasser un autre sans trahir la mémoire de ses ancêtre^ et le service de son roi. Ces reproches le touchent peu. « Sans doute, réplique-t-il, c'est Tépée qui ouvre le chemin de la gloire, mais il y a une gloire plus belle que celle du monde. L'étude et la prière ne sont inutiles ni aux miens, ni au public, ni à la France. Assez d'autres brigueront les emplois et les charges du temps. Pour moi, c'est une vie assez honorable que de prendre soin de mon âme, et de m'occuper comment je dois finir ma vie et sortir de ce monde. Dieu, sans moi, pourvoira suffisamment au reste par les moyens qui serviront sa Providence. »
Vous l'entendez, parents chrétiens qui tremblez de voir vos fils se donner à l'Eglise, et qui étouffez dans leur âme généreuse leur vocation naissante. A Dieu ne plaise que je les éloigne du métier des armes ! la France a besoin de leurs services. Mais il y a, prenezy garde, il y a, dans presque toutes les familles, un prêtre à former à côté d'un soldat. Malheur aux mères qui ne savent pas le discerner! Malheur au jeune homme qui repousse l'esprit de Dieu et qui détourne la tête pour ne pas l'entendre ! Vous parlez de l'Eghse avec onction, vous plaignez ses disgrâces, vous êtes tout prêts, dites-vous, à voler à son secours, et vous lui refusez votre nom, votre sang, vos enfants, dont elle ferait ses défenseurs et qui seraient votre gloire !
Donnez-nous donc vos vingt ans, fils de la noblesse et de la bourgeoisie, qui revendiquez pour vous, avec tous les périls de l'oisiveté, la gloire de la chasse, le plaisir de faire courir des chevaux, et cette autre pas-
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sion, moins ii()l)lo oncoro, (i'oi)ivror vos roganis du san;^^ ré|)aii(lu |)ai' un laiiroaii lïirioux. (yost aux lils (\() vos IcM'uiiurs (juo vous laissez los honnours du sancluairo avec lo pouvoir do vous bénir ot do vous absoudre. Prenez j^^arde, voilà ({u'ils comnicnccnl ci les dédaigner, ol TK^liso se demande où elle recrutera ses minisires. 0 Seigneur ! que restera-L-il pour votre partage ?
C'est ainsi que périssent les grandes races, non dans la gloire des armes, mais dans l'oubli (Tellesmêmes. Mais non, jo vous souhaite plus de vaillance encore (jue vous nen avez, et [ilus de victoires que n'en peut révor une ambition toute française. Que reslera-t-il au bout de la carrière la |)lus glorieuse? Demandez-le aux Luxembourg, demandez-le au héros de Steinkerque, de Fleurus et de Nerwinde : que reste-t-il, sous les voûtes de Notre-Dame, des drapeaux dont il avait tapissé ce sanctuaire ? Ces glorieux trophées y pendaient encore quand il se plaignait déjà de l'ingratitude des rois de la terre, disant qu'un verre d'eau froide donné au nom de Jésus-Christ lui serait plus utile que tout son sang répandu pour le service de Louis le Graml. Il se souvenait de ce Luxembourg qui avait sanctifié son nom, et il recommandait son àme à ce bienheureux Pierre, qui n'avait servi que le Roi du ciel. Maintenant, où sont-ils, où sont-ils ces trophées, ces armes, enlevés à l'ennemi, sur lesquels pleurait ainsi le tapissier de Notre-Dame ? Mais voyez comment un autre Luxembourg tapisse aujourd'hui nos églises ; les évoques s'assemblent à Ligny comme à Avignon, pour célébrer son cinquième centenaire ; ces murs, ces autels, se couvrent de de-
vises, d'inscriptions composées à sa louange ; toutes les chaires retentissent de son nom, et la France moderne va se prosterner au nord et au niidi, devant les restes retrouvés d'un saint de dix-huit ans. Ecoutez donc comment, pour avoir méprisé la vaine gloire, il a obtenu la véritable.
IL II plaît quelquefois au Seigneur d'éprouver les justes en laissant monter du puits de Tabîme la fumée qui obscurcit le soleil, c'est-à-dire le schisme et l'hérésie, jusqu'à rendre le monde incertain sur le siège principal de son Eghse et sur la personne du vicaire de Jésus-Christ. Ce fut l'épreuve qui commença au XIV® siècle, par la nouvelle captivité de Babylone, se continua par le grand schisme et ne se termina qu'en 1414, par l'élection du pape Martin V dans le concile de Constance. L'exil des papes à Avignon est comparé, dans les annales de l'Eglise, à la captivité de Babylone ; il dura soixante-douze ans et ne se termina que par le retour de Grégoire XI dans la ville éternelle. Soixante-douze ans d'absence n'avaient pas prescrit contre la souveraineté pontifica-le. Jugez combien aujourd'hui pèsent encore moins, dans la balance de l'Eglise, les dix-sept ans qui se sont écoulés dans la ville sainte depuis l'abolition du pouvoir temporel. C'est dans l'ordre naturel, politique et humain, qu'on peut dire avec Tacite : Quindecim annos, grande morta lis aevi spatium ! Mais qu'est-ce que quinze ans dans les annales d'une Eglise qui ne finira qu'avec le monde ? Une minute ou deux, pas davantage. Ne vous inquiétez pas de voir commencer une nouvelle période d'obscurcissement et d'exil pour la papauté.
DIT niKNiiiainKrx piKnnK dk luxrmroijrc;. IOD
l)njj\ los roisn'oii |)(miv(miL |)liis, 1(3S poliLi((iios so consiilloiil. los sa-^os dos nations coiivioiniont quo la (Iiioslion (Ju pouvoir lomporol dos papos rovionl fatalomoiit à l'ordro du jour; ollo s'ini()Oso à la poliliquo dos uns, à la conscionce dos aulros, ol l'on pout dire sans crainto do so tromporcpron no verra pas, durant soixanlo-douzo ans, le i)apo oxilc dos aifairos et privé de sa couronne, c'esl-fi-dire do rindépcndance et de la liborlc quo la couronne seule peut assurer au I^ère commun do la chrétionlé.
Nos ancêtres en avaient fait d'ailleurs une cruelle expérience, et cette expérience ne se recommencera pas. Co fut le séjour dos |Ki[)es à Avignon qui enfanta le grand schisme. Quand Home se donna un roi dans Urbain VI, Avignon voulut avoir un pape dans Robert de Genève. La chrétienté se partagea en deux obédiences. D'un côté TEspagne, l'Autriche et la France, de l'autre l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats du Nord. Grande épreuve pour la foi ! Oij était le vrai pape ? On n'en doute plus aujourd'hui, c'était Urbain ; mais, au jugement de saint Antonin, l'obscurité qui régna sur la question était si grande au commencement, que chacun pouvait se tromper. Les deux obédiences com.ptèrent des saints ég^alement distingués par leurs mérites ; du côté de Rome, sainte Catherine de Sienne ; du côté d'Avignon, saint Vincent Ferrier et sainte Colette. On professait de part et d'autre qu'il n'y a qu'une seule Eglise et qu'il ne peut y avoir qu'un seul pape. C'était assez pour demeurer attaché aux vrais principes. Mais où est le centre de la véritable Eghse et quel est le vrai pape ? Et, des deux papes qui portent la tiare, quel est celui qui a été élu selon
JOi PANÉGYRIQUE
les canons ? Voilà la douloureuse question qui se fit clans TEglise pendant cinquante ans. Les saints se partagèrent, les évoques suivirent Tun ou l'autre parti, la bonne foi était des deux côtés, et avec elle la grâce de Dieu. Quand la vérité se voile, la bonne foi reste, et le salut est assuré.
Ecoutez donc comment Pierre de Luxembourg se sauva et sauva les autres dans le parti de Robert de Genève. En dépit de sa naissance, de son frère, de ses proches, il veut être homme d'Eglise. L'Eglise va accumuler les bénéfices sur sa tête ; pour lui, il amassera dans son cœur plus de vertus que les hommes ne lui décerneront de titres et de dignités.
Pierre de Luxembourg, nommé chaaoine de Paris, en acquitta les charges et en refusa les honneurs. Assidu aux offices, il ne voulut y prendre d'autre place que celle de simple clerc, demandant aux enfants de chœur de lui céder Tencensoir et le bénitier, mais préférant à tout le reste la charge de crucifère. On le vit, dans les processions de Sainte-Geneviève, marcher nu-tête et nu-pieds à la tête du chapitre. Ses mains débiles avaient peine à soutenir le poids de la croix ; mais son front élevé et large, sa haute taille, sa figure ouverte, la céleste douceur de son regard, excitaient l'admiration et provoquaient la prière. Tel il paraît au dehors, tel, et plus pénitent encore, était l'homme du dedans. La croix s'imprime sur sa chair mortifiée, avec le cilice, la discipline, les pointes de fer et tous les instruments de l'austérité chrétienne. Il se cache à tous les yeux pour mater ainsi son corps et lui imposer le joug du Seigneur, abrégeant son sommeil, couchant sur la terre nue, jeûnant au pain
DU DIF.NIIKIJHKIX IMKliRK DE llXËUnoi^Ct. \Q^
ot h Voiiu, ot (lérohanl, par do pioux iitratagùmos on (l 'agréables plaisaiilories, tant d aiisiérilôs et de perl'eclions à la con naissance de ses amis, do ses maîtres, do son confcssenr Ini-mùmc
Mais qno sert do jonncr, si l'on no fait pas l'aumono? « Lo démon, disait lo sainl, emporterait alors l(\s frnits do notre épargne. » C'est donc dans le sein (les panvros (ju'il jotlo et (pi'il accumule tout ce ([u'il économise h force d'austérités. Les bénéfices s'entassent sur sa této; c'était l'usage du Icmps. Il est à la fois chanoine do Paris et do Cambrai, archidiacre do Dreux et do Bruxelles : mais, contre l'usage du temps, il peut lover la léto, car elle no fléchit pas sous le poids décos dignités, tant il a pris soin do se dépouiller des revenus qui y sont attachés. Los pauvres, les malades, les écoliers sans fortune, forment sa clientèle, ot cette clientèle le suit partout. Si les gens de sa maison forment la porto à ces clients, il ne se déconcerte pas et il leur jette sa bourse par une étroite fenêtre où il peut à peine passer la main. On l'en reprend et on l'avertit qu'il se ruine. « Dieu y pourvoira, répond-il ; le nécessaire me suffît, ot le superflu est toujours dangereux. »
Cette compassion envers les malheureux est comme la pensée dominante de sa vie. Il répétait à tout venant, il disait à tout propos : « Sois piteux sur ton prochain, si tu veux que Dieu soit piteux sur toi. » Voilà le sentiment qu'il porte sur le siège de Metz, quand le roi de France l'appelle à cette haute dignité, quand le pape Ty nomme, quand les admirateurs dosa vertu applaudissent de toutes parts à ce choix glorieux. Il n'a que quinze ans, mais l'intégrité de ses mœurs, la
maturité do son esprit, la forte trempe de son caractère, tout justifie une exception qu'il faudrait condamner s'il s'agissait d'un personnage moins éminent en sain teté. Il |)art pour Ligny, se recueille pendant deux mois dans la solitude et finit par triompher, à force de modestie et de vertus, des préventions que son âge avait excitées de toutes parts. En allant prendre possession de son siège, il ne veut d'autres magnificences que de grandes largesses pour les pauvres, ni d'autre appareil que celui de la modestie et de la piété. Au milieu des liants barons qui forment son cortège, il marche pieds nus, monté sur un âne comme Jésus- Christ entrant à Jérusalem. Mais attendez un peu ; cet humble évêque, en qui l'on admire la douceur d'un agneau, va défendre comme un lion les droits de son siège. Il les défend contre les habitants de Metz, contre ses voisins, contre son frère lui-même; il revendique la liberté de son ministère et l'honneur de son Eglise; il montre aux uns par sa vigueur, aux autres par son humilité, à tous par sa charité miséricordieuse, qu'il veut être le débiteur de tous et n'oublier, ce n'est pas assez dire, ne haïr que lui-même. Plus il monte dans la hiérarchie, plus il se crucifie par la pénitence. Voici la pourpre : le pape l'appelle à Avignon ; c'est là qu'il veut l'en revêtir et faire d'une vertu si extraordinaire l'ornement de toute sa cour.
Venez donc, jeune saint, venez : c'est à la cour qu'on vous appelle, mais les pensées de Dieu ne sont pas les pensées des hommes ; venez, autour de vous les hommes s'agitent, mais c'est Dieu qui vous mène. Il vous mène au Thabor, au Calvaire, au ciel.
DU lIlKNIlKliUKUX IMKItlIi: Di: Il XKMHOIIK. 1(^7
r/osl lo Tliiil)()r (lu'il liuiiso ciiLniOrango el Avi- •411011. Il so rondail au (IhiHeaii-Ncîul', b:Ui par lloberl (lo (loiuivo, <|iiaii(l. aviiul d'alxjrdor lo souil do co palais, iiiio vision oxlraonliiiaire IVappo sos royard.s. 11 iiu^L [)\ci\ à Lorn\ il Lonibe il yoiioiix, ol sos sorviloars, (|ui lo siiivaioiiL à dislancc, lo voient ravi on exlaso. UuoUo ost donc la j^raco (|u'il a roruo? Uno croix resplondissanlo do luniièri^, lui a apparn au-dossus dos tours du château, et lo ravissement dure un quart d'iiouro. La luuiiùre miraculeuse Tenveloppe comme (Tun vêlement. C'est le Tliabor avec toutes ses consolations et toutes ses gloires, c'est le Thabor avec lu croix qu'il aime. Elle n'est plus toute nue, elle no pèse plus à son é[)aule. elle a [)erdu les clous qui transpercent el la couronne (jui ceint do cruelles épines le front du Seigneur. C'est la lumière, c'est la consolation et la force, c'est le ciel entrevu avec ses délices et sa splendeur.
Mais du Thabor au Calvaire, il n'y a qu'un pas. Ce Calvaire commence à Avignon et s'achève à Villeneuve. Qu'importent la confiance que le pape lui témoigne, les honneurs qu'il en reçoit, les cérémonies pompeuses dont il est le témoin? Il souffre, il se plaint, il gémit, non pas sur lui-même, mais sur les maux de l'Eglise. La cour lui déplaît, parce qu'il y voit des choses qui ne sauraient plaire à sa piété : c'est une cour mondaine, où il no trouve plus le temps de se mortifier ni de s'appliquer à l'étude. Le relâchement de la discipline, la licence des mœurs, les troubles causés par le schisme, la guerre qui désole son diocèse, la folie de Charles VI, le triomphe des Anglais, tout l'accable. Il pleure, il prie.
il ajoute à ses mortifications anciennes des mortifications nouvelles. 11 redouble de charité autant que de pénitence et de ferveur. Témoin ce pauvre qui Tarréte en lui tendant la main. Sa bourse est vide, il prie son aumônier de lui prêter quelque chose. L'aumônier s'indigne : (c Je n'ai plus, Monseigneur, de quoi vous donner à dîner. )) Pierre, sans s'émouvoir, tire l'anneau qu'il portait à son doigt et ordonne qu'on le vende; car, dit un de ses historiens, il était résolu de n'éconduire jamais les pauvres.
N'allez pas lui représenter qu'il descend de son rang et qu'il nnanque de dignité dans sa vertu. « Non, ce n'est pas par les honneurs et par la force qu'on relèvera le crédit de l'Eglise, mais par la science, la piété, la pénitence et les bonnes œuvres. Vivons de manière à attirer sur elle la miséricorde de Dieu. »
Ainsi il gravissait de jour en jour, et de vertus en vertus, les pentes escarpées de ce Calvaire qu'il avait trouvé à Avignon et dont il ne se dissimulait pas les angoisses et les douleurs. S'il se retournait vers le monde, c'était pour regarder si le jour de sa conversion n'était pas venu, et si les maux de l'Eglise n'allaient pas finir. Cent fois il reporta vers Paris ses pensées et ses vœux, cent fois il fut retenu auprès du pape par l'espoir de travailler à la pacification de l'Eglise.
Le jeune cardinal conçut alors un dessein qui n'était ni au-dessus de ses talents et de ses vertus, ni audessus de l'influence et de la considération dont il jouissait dans l'Europe chrétienne. Il entreprit de faire cesser le grand schisme, et, jugeant que la guerre
DU niKNIIKI'RRl'X PI^IRHK DK M'XKMROCRG. \(Y,)
onlro la Franco (;L rAii;^^l(îl(MT(; (îiilroloiiuit rap^nlaliori rolij^iouso onlro los (l(în\ ohôdioncos, c'est on paoifianl d'abord cos doux nations (|n'il osprro pacifuT l'E^^diso. Los pon[dos soullVont aussi bien fjuo les rois. Il rùclaniora dos rois la rôdnrlion des iinpols et des taxes ; il réclainora dos pcu|iles l'obôissancoet la fidélité envers leurs souverains. Après les rois do France et d'Angleterre, il ira voir remperour d'Allemagne. Tous trois sont ses parents : comment résisteraientils h la démarche du pacificateur? Il ira donc à Paris, à Londros, à Cologne. Il visitera, chemin faisant, les sanctuaires les plus renommés : Notre-Dame du Puy, Notre-Dame do Cliartres, Notre-Dame de Boulogne. Il mènera avec lui, pour prêcher dans les cathédrales, les plus grands docteurs et les prédicateurs les plus illustres de son siècle, Jean de la Marche, Pierre d'Ailly, François de Saint-Michel. Le pape d'Avignon entre dans ses sentiments et promet de s'y associer par des prières publiques et des processions expiatoires.
A peine connu, ce généreux programme excite une vive contradiction. Les politiques et les habiles selon le monde, qui ne sont, selon Dieu, que les lâches et les intrigants, représentent au cardinal toutes les difficultés de son entreprise : la guerre générale, la longueur et les dépenses du voyage, le mauvais vouloir des souverains. Rien ne Parréte. Il déclare qu'il ne craint ni les embûches du démon ni la contradiction des hommes, et encore moins la pauvreté. C'est pour Pamour de Dieu et de l'Eglise qu'il veut partir. Il fera Paumône, et, s'il est réduit à la demander, il la demandera. « Mais que direz-vous aux peuples ? — Ne
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VOUS eu inquiétez pas, Dieu saura bien nous inspirer ce que nous devons dire. »
Pourquoi faul-il qu'un si glorieux dessein n'ait pas été mis à exécution ? 11 eût épargné à l'Eglise et au monde trente ans de troubles, de divisions et de scandales. Mais Dieu, qui sait combien de temps doit durer l'assoupissement et quand aussi doit se réveiller le monde, n'avait pas encore marqué la fin de cette lamentable épreuve. Il voulait montrer, par un plus grand exemple, combien le schisme est fatal à la paix des nations et combien il importe qu'il y ait, dans l'Eglise, en dépit de leurs rivalités, de leurs intérêts, de leurs coutumes, un pasteur unique, un juge suprême, un guide infaillible. Il se contenta donc de la bonne volonté de Pierre de Luxembourg et le laissa se consumer sur un lit de douleur, dans ses fortes et magnanimes pensées, qu'un corps affaibli ne pouvait plus mettre à exécution.
Que ne fera pas le saint de dix-sept ans pour recouvrer celte santé qu'il mettrait aussitôt au service de l'Eglise ? Les médecins lui persuadent d aller chercher à Villeneuve un air plus pur. Il obéit, mais la pénitence dont il fait une si héroïque profession le suit jusque dans le palais du cardinal Pierre de Montirac, ôvêque de Pampelune, mis à sa disposition. La chambre qu'il y occupa est encore toute pleine du parfum de son austérité. C'est l'humble réduit d'un solitaire plutôt que la demeure d'un prince de l'Eglise. S'il le quitte, c'est pour suivre l'instinct de sa ferveur, en allant prier dans la chartreuse de Valbénit et en assistant aux offices du chœur. C'est là qu'il passe les fêtes de Pâques, en 1387, édifiant toute la contrée, s'édi-
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liaiil lui-iiiniiio |)Jir la Irrliiro dos uctbs des martyrs, ri drclaraiU qii'iMi l'.Kr Jm |M.uriw»aii il ospônM^it mnlossor sa foi.
lliunhloot héroï(|iio saint! vouslii conlbssorcz i)ienl(M (Ml l'aco do la nioii, co bourreau do votre jeunesse et do votre gloire ! Plus il a[)[)roclie du terme, et plus sa i)erroction se révèle. (Jélèbro-t-il les fêtes de rAscension, la joie de son ànio s'accroît autant que la faiblesse de son corps au,i;monte. Mais voici la Nativité (le saint Jean-Baptiste. Il salue, du milieu de sa couche qu'il ne peut plus quitter, le patron de ses mortifications, disant que saint Jean l'avait beaucoup dépassé et dans un âge i)lus tendre encore. 11 écrit à sa s(iiur : (( Soyez humble, aimable, débonnaire et charitable, pleine de foi et d'espérance. » Trois jours après, tout espoir est perdu, et il faut l'avertir de sa fin prochaine. Quelle heureuse nouvelle !. « Il se réjouit d'estre au bout de son voïage, rendant grâce à Dieu d'en estre si tôt quitte ^ » On l'entoure, on l'écoute, on recueille les moindres paroles sorties de sa bouche. Il distingue, à côté de l'évèque de Lodève et de l'abbé de Villeneuve, plusieursjeunesgensdeses amis. Il les bénit en s'écriant : a Mes amis, je ne puis que vous recommander le respect de vous-mêmes. Celui qui se respecte tient la place d'honneur parmi ses frères. » Ses domestiques s'approchent : « Prenez cette corde et frappez-moi pour me punir de vous avoir regardés comme des serviteurs, vous qui êtes mes frères. » André, son jeune frère, a ses derniers regards : « 0 toi qui as été nourri des biens de l'Eglise de Metz, je