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PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE PRIMATIALE DE LYON

A l/oCCAaiON

DE LA RliNTKÉE DES FACULTÉS CATHOLIQUES

14 novembre 1888

N OT I CE

La solennité de la rentrée des racullés catholiques a eu lieu le mercredi M novembre 1888, sous la présidence de S. G. M»^ Foulon, archevêque de Lyon et de Vienne, chancelier de l'Université catholique.

Etaient présents i\ cette solennité : Ms"^ Gonthe-Soulard, archevêque d'Aix ; INN. SS. Fava, évoque de Grenoble ; Robert, de Marseille; Perraud, d'Autun ; Besson, de Nimes; Isoard, d'Annecy; Marpot, de Saint-Claude; Bouvier, de Saint-Jean-de-Maurienne; Rosset, de Tarantaise ; Lecot, de Dijon; Mortier, de Digne, et Luçon, de Belley.

NN. SS. les archevêques et évêques empêchés étaient représentés par leurs délégués.

La messe du Saint-Esprit a été célébrée à neuf heures, à la primatiale, parM^' l'archevêque de Lyon.

Le chœur était occupé par NX. SS. les archevêques et évêques, par MM. les vicaires généraux, le chapitre de la primatiale et le clergé.

En dehors du sanctuaire étaient placés M^' le recteur et les membres de l'université en robes; M. le président, MM. les membres de la société civile et les étudiants des quatre facultés.

Une nombreuse assistance remplissait U*s vastes nefs de la primatialc.

A l'issue de la messe, M^'*" tJesson, montant en chaire, a prononcé le discours d'usage, sur ce texte : Eriiis mihi testes..,. L'éminent orateur a montré avec autant de force que de chaleur que maîtres et élèves doivent être, par leur conduite comme par leur doctrine, les fidèles témoins de Jésus-Christ. Ce discours est la dernière œuvre oratoire de l'évéque de Nimes.

Ce jour-là, 14 novembre, M^"^ Besson, plein de force et de vie, faisait entendre du haut de la chaire de la primatiale sa voix éloquente, qui n'avait jamais eu plus d'éclat ni plus de chaleur. Après avoir tracé un brillant tableau de l'apologétique chrétienne au xix^ siècle, il adressait ses félicitations aux maîtres et ses conseils aux élèves. Tout à coup il s'arrête; sa pensée se reporte vers un ami, un frère, trop tôt ravi à l'Eglise, M^"* Bougaud, dont on célébrait les funérailles à ce moment-là môme ; il lui adresse, au milieu de l'émotion générale, les plus touchants adieux, en s'écriant avec Bossuet : « 0 vanité! ô néant ! ô mortels ignorants de leur destinée ! » Pouvait-il penser, pouvionsnous croire nous-mêmes que la mort le couvrait déjà de son ombre, et qu'elle allait le frapper avec plus de rapidité encore que son ami?

M^r Besson descend de chaire, en nous laissant sous le charme de sa parole, fidèle écho de celle des princes de l'éloquence chrétienne.

Il garde, ce jour-là et les suivants, toute sa liberté d'esprit et toute sa gaieté. Néanmoins son front se chargeait parfois de nuages, comme si un éclair subit avait traversé son esprit. Le cardinal Lavigerie, qui le voit à son passage dans notre ville, est frappé de cet air de tristesse dont il lui demande affectueusement la raison ; l'évoque de Nimes le rassure en souriant.

Cependant il multipliait les démarches auprès de personnes pieuses de sa connaissance, en vue d'un sermon de charité qu'il se proposait de prêcher pour ses écoles dans une de nos églises. Le paternel souci de ses enfants pauvres l'avait suivi à Lyon, et après avoir honoré l'enseignement supérieur de ses conseils et de ses encouragements, préoccupé des besoins de l'enseignement primaire, il lui consacrait la même ardeur et la même éloquence.

POUR LA RRNTRÉR DRS PACULTÉS CATnOLIQURfl. SM

A-t-il al)iis('^ tin ses Ioitj's et \)rM\)M I(! drriniwfnont par l'oxccNs do son zMo? ou l»irn l'In'iniî inarqu/îo dans les divinn diVrcts avait-cll(j soimô? Lo mal sn drclarn lo vcndrcfdi, dans lo trajet de Lyon à Nimc^s; dos syncopes successives Taver tissent de l'approche de la mort, et d(»ux jours après, le dimanche, k cinq heures, il rendait le dernier soupir, entouré de son clerj^6 èplorù, non sans avoir nM;u loutel'ois les dernières onctions des mourants. La veille, comme par un secret pressentiment, il s'était puriliô do ces fautes qui écha|)penl aux Ames les plus saintes. Au reste, dirons-nous avec Hossuet, ([u'il aimait tant à citer : dans une vie si égale, si saintement occupée, il n'importe où la mort frappe, on n'y voit point d'endroit faible par où il puisse craindre d'être surpris, et sa mort si précipitée, si terrible pour nous, n'a rien pour lui de dangereux, elle n'a rien que de méritoire devant Dieu.

Apôtre infaligahle de Jésus-Christ, apologiste de sa doctrine, vengeur de sa morale, défenseur de ses droits sacrés, ce vaillant athlète tombe sur le champ de bataille et en quelque sorte les armes à la main, en livrant un dernier combat pour la grande cause de la liberté de l'enseignement qu'il avait tant aimée. Il ne s'agissait plus, à la vérité, de la défendre contre ses ennemis; mais il fallait l'honorer, il fallait en montrer les fruits, la nécessité, et n'était-ce point là encore la défendre du moins auprès de ses trop tièdes amis?

Pour nous, nous ne saurions jamais oublier que les dernières paroles de ce grand évoque nous ont été consacrées, que les dernières inspirations de son zèle, les derniers battements de son cœur, ont été pour notre Université catholique.

Nous pleurons, et comment ne pas pleurer une perte si grande pour nous, pour son diocèse, pour l'Eglise tout entière? Nous prions; l'Eglise nous le recommande; et qui pourrait soutenir sans trembler les regards scrutateurs de la justice divine? Mais notre douleur n'est pas sans consolation, et nos prières sont pleines de confiance. Comment le Dieu de vérité, le Dieu des sciences, n'ouvrirait-il pas son sein à celui qui l'a si fort honoré ici-bas, qui l'a si fidèlement servi, qui est tombé en combattant pour sa gloire? Que du baut du ciel, où cet illustre serviteur de Dieu ne tardera pas sans doute à être réuni aux saints pontifes

qui Tont précédé, il continue de veiller sur nous ! Qu'il soutienne notre cause auprès de Dieu ! qu'il écarte de nous les dangers qui peuvent encore nous menacer! Qu'il assure, par son intercession, le succès de la grande entreprise que nous avons formée et qu'il a lui-même encouragée de tous ses vœux!

{Bulletin des Facultés catholiques de Lyon,)

Eritis mihi testes in Jérusalem, in Samariâ et usque ad terminos terrx.

Vous serez mes témoins à Jérusalem, à Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.

[Act,, I.)

Monseigneur le Chancelier,

Messeigneurs,

Messieurs,

Ce furent les dernières paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur le point de remonter aux deux, adressa à ses apôtres et à ses disciples, et depuis dixhuit siècles cette prophétique annonce se vérifie dans tous les lieux, dans tous les temps et dans toutes les langues. En la prononçant à mon tour dans cette assemblée sainte, pour inaugurer la réouverture des Facultés cathohques de Lyon, je viens presser et les maîtres et les élèves d'écouter encore Toracle divin, et de se faire, comme les apôtres, les témoins et les apologistes de notre sainte religion. Notre Université n'a pas d'autre but. Agréez donc que j'appelle sur ce sujet votre bienveillante attention. Je l'aborde sans préambule ; je le traiterai avec toute la hberté que la chaire me donne, et si je puis, par ce discours, ajou-

POUR LA RKNTRfiR DRA PACULTÊH CkTUOUQVrS. 2%K

ter qiiolfjuo choso an /aWo dont nos F'aciillés catlioliqnos sont (Millaniméos [)onr la djÏÏonso iWine si grando cause, jo n'aurai perdu ni mon lornpH ni mes peines.

A quelles conditions nicriUirtv.-vous d'iUre appciiés les témoins do Jésus-Cliristol les a[)olo^dslcs du christianisme? Il y en a deux qui sont insùparables l'une do l'autre : l'étude et la conduite. Soyez des apôtres par la science et par la parole ; soyez des apôtres par les œuvres et par les exemples ; c'est à ce prix seulement que vous vérifierez le mot de la sainte Ecriture : Eritis mihi testes.

I. L'apologie du christianisme est toujours ancienne et toujours nouvelle. Elle demeure la mémo pour le fond, mais elle se rajeunit de siècle en siècle par la forme et par les détails. Prenons-y garde, cependant. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et les erreurs qui se présentent sous quelque aspect séduisant et inattendu ne sont guère que des contrefaçons empruntées à l'histoire des vieilles hérésies. Les apologistes de la primitive Eglise doivent être, jusqu'cà la fin du monde, des oracles et des guides. Témoin, pour n'en citer qu'un exemple, saint Irénée, dont la gloire est si grande, non seulement à Lyon, mais dans toute la catholicité. D'une érudition profonde, d'un style net, ferme et concis, il fut un des marteaux de l'hérésie, et ce marteau frappe et pulvérise encore avec éclat tous ceux qui, sous un nom ou sous un autre, renouvelleront d'âge en âge les erreurs des premiers siècles. On empruntera toujours ses paroles pour établir « que toute manière d'expliquer l'Ecri-

ture sainte qui ne s'accorde point avec la doctrine constante de la tradition doit être rejetée. » On l'invoquera jusqu'à la fin des siècles pour glorifier l'Eglise romaine, en citant contre Pliotius, contre Luther, contre Jansénius, ce passage fameux dans lequel saint Irénéeditque «chaque Eglise particulière doit s'adresser à elle comme à la fidèle dépositaire des traditions apostoliques, afin de confondre tous ceux qui embrassent Terreur par amour-propre, par vaine gloire, par aveuglement ou par quelque autre motif. »

Ainsi, saint Irénée, l'apologiste du second siècle, le sera de tous les siècles à venir, et seize siècles après lui, c'est par lui que nous citons dans cette chaire la règle infaillible et permanente de la défense du christianisme.

Pour ne parler que de notre siècle, voyez sous quelles formes diverses, mais avec quel immuable fond de doctrine et de fidélité il a fallu, depuis quatre-vingts ans, reprendre tous les arguments des anciens et refaire, de toutes pièces, une nouvelle apologie de nos mystères, de notre morale et de notre culte. Tout semblait comme enseveli sous les ruines de la révolution, quand le Concordat en fait sortir la chaire et l'autel : la chaire où les démagogues avaient prêché l'athéisme ; l'autel où la déesse Raison s'était assise dans toute sa nudité. Le dernier des apologistes, Bergier, était mort à la veille de ces grandes catastrophes ; mais ses disciples avaient écrit pendant dix ans dans les prisons, dans l'exil, sur les marches de l'échafaud, non avec de l'encre, mais avec du sang, le témoignage de leur foi. C'est dans ce sang généreux que Chateaubriand trempe sa plume et qu'il corn-

POUIl tA llKÎNTHftK DFS VKCVITP.H CATIIOLIQtB». 2.>7

poso, avoo tous les ciiLruiuoiiionLs do l'éloquonco ol lous les cliarmos do lu |)()ésio, lo Génie du clirislianisnic, co livro si bien nonniiù, [)arc(3 (ju'il montrait jiotro religion dans tout son pnîsliyo, toute sa ;^ran- (lour et loulo sa gloire. La chaire, h peine restaurée, inaugure un genre nouveau qui tient à la fois du catéchisme et (h) l'éloquence. I/orateur qui y monte était encore ignoré; il en descend avec un renom immortel. Les Conférences de Frayssinous ne périront pas [)lus que le Génie du christianisme. Elles mar- (juent, au commencement de notre siècle, une date immortelle : le retour de la Franco à la religion de ses pères et l'heureuse invention d'une forme nouvelle de l'apologétique chrétienne.

Comptez, a])rès co retour heureux, tous ceux (|ui se sont mis à venger, à glorifier ou à chanter le christianisme. Vous citerez tous les grands noms de notre siècle, et tous les livres qui ont laissé quelque souvenir. Si JoullVoy, trompé par de vaines apparences, écrit d'une plume trop hâtive un article intitulé : Comment les dogmes finissent, il faudra qu'il réfléchisse un peu sur cette imprudente parole et que ses propres contemporains lui apprennent comment les dogmes renaissent. Ils renaissaient au son des lyres les plus harmonieuses. Lamartine et Victor Hugo ne se sont élevés si haut sur les ailes de la poésie qu'en allant demander aux autels leurs meilleures inspirations. Les plus beaux vers d'Alfred de Musset sont des larmes versées sur les croyances qu'il avait perdues. Ni Brizeux ni Laprado n'ont trahi cette cause sacrée, et c'est à elle qu'ils doivent la pureté de leur gloire. J'ai nommé Laprade. Lyon a été édifié par le spectacle

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de sa mort chrétienne, et le monument que le Forez lui a élevé a été salué par toute la France. Rappelons aussi Ballanche, ce prosateur dont la langue est si poétique. Le noble disciple de Chateaubriand ne saurait être oublié dans le pays qui lui donna le jour. L'histoire, alors, commence à se corriger : les Guizot et les Thieri'y rendent justice à TEglise, et s'ils ont eux-mêmes besoin d'être repris, c'est un prêtre né dans le diocèse de Lyon, c'est un humble curé de village, c'est l'abbé Gorini, qui se charge de compléter la justification du christianisme.

Mais les sciences parlent comme la poésie, l'éloquence et l'histoire. Elles nous donnent des apologistes, et le plus illustre de tous est encore un Lyonnais : Ampère ne s'est pas borné à étudier les lois par qui roulent les cieux, il a voulu y aller, et il en a pris la route en priant, en se confessant, en récitant son chapelet. Lyon vient de lui décerner les honneurs d'une statue. Mais si, parmi tant de titres qu'il présente à l'immortalité, on a passé sous silence celui de chrétien, nous nous consolons de cet oubli en relisant le beau livre qu'un de a'OS maîtres a consacré à sa mémoire. « Que Dieu est grand ! s'écriait Ampère en s'adressant à Ozanam, que Dieu est grand ! » Prononçons ce mot devant l'image d'Ampère, et cette image semblera grandir encore. Mais quand nous passerons devant les statues des athées et des matérialistes, détournons les yeux. Leurs disciples ne les relèveront pas de leur abjection. Que les savants sont petits quand ils ne croient pas en Dieu !

Les contemporains d'Ampère qui ont laissé quelque souvenir parmi les hommes sont tous;des apologistes

POUR LA HKNTIir^K DKH FACfl.Tr-» CATIIOLIOLKS. ^50

du clirisliiinisrao. Mnlloz à la lùlo do loulo cetlo géoéralion J()so|)li do Maislro. Co vuslogcnio, sorvi par un grand CAVuw doiiiio, diins los Sommes de Saint-Pélersbourf/, la jiislilicalion la plus élo(|uenlo do la prière et du doguio do la Provideuco ; dans lo livre /)u papo, l'apologio do cotlo [»uissanco spiriluoUo à (pii l)iou a promis rinraillihililo, et de ooUo puissance tem[)()rollo, uni(jn(wiu luondo, qui est si nécessaire à Tindépendanco du sainlsiègo ; dans sa Correspondance^ des pages charnianlos (jui [)résonlonL lo lableau do la l'aniillo clirolionno, avec loulo sa sensibilité cl toutes los grâces d'un paternel abandon. A coté de lui, placez Bonald, pbiloso[)lie, législateur, écrivain de premier ordre, austère et simple dans ses mœurs, dont la vie a autant d'autorité que la parole, et qui, en donnant un de ses fds à l'Eglise, vous a donné un noble et saint arcbevéque, élevé presque aussitôt aux honneurs do la pourpre, comme il sied de le faire tant pour rhonneur de cette primatiale que pour le mérite éminent des prélats qui la gouvernent.

Pourquoi ne citerais-je pas Lamennais? Sa gloire appartient à la religion, et Tincrédulité ne peut réclamer que sa décadence et ses écarts. Ce Tertullien tombé, dont le style était de fer, mais d'un fer rougi au feu, n'en a pas moins appris à ses disciples à forger d'excellentes armes pour la défense de l'Eglise. Ont-ils pu obtenir pour lui, à la dernière heure, la grâce d'une seule larme ? Dieu seul le sait ; mais les Montalembert, les Gerbet, les Lacordaire, ont repris dans l'apologétique le drapeau qu'il avait déserté. Montalembert et Gerbet, l'un dans ses discours, dans sa Vie de sainte Elisabeth et dans son Histoire des

moines d'Occident, Tautre dans son Essai sur le dogme générateur de la piété et dans son Esquisse de Rome chrétienne, ont, sur tous les tons et sous toutes les formes, offert de nouveaux modèles. Ce sont les plus beaux discours et les plus beaux livres de notre siècle.

J'ai nommé Lacordaire, et son nom rappelle aussitôt celui de Ravignan. Quelle noble émulation entre ces deux rivaux ! Quelle popularité saintement acquise ! Quel concours autour de leur chaire, quand ces deux conférenciers, à peine sortis du monde et du barreau, vinrent tour à tour plaider à Notre-Dame de Paris la cause du christianisme ? Le disciple de saint Ignace plaisait aux hommes d'un âge plus mûr et d'une gravité plus haute ; le disciple de saint Dominique entraînait la jeunesse et la faisait battre des mains sur le passage du crucifix. Lacordaire, à qui l'on disait qu'on montait sur les confessionnaux pour l'entendre, répliquait en disant de Ravignan qu'on allait à confesse après l'avoir entendu. Ainsi, on apprenait de chacun d'eux toute l'estime que méritait l'autre. Grande leçon de modestie, de charité et de justice que nous ne devons jamais oublier ! Les deux conférenciers ont tenu, pendant vingt ans, la France attentive à leur parole, et leurs disciples, reprenant après eux, dans la même chaire, la tâche de l'apolo-. giste, y ont gardé la même autorité et conquis les mêmes suffrages.

Lacordaire et Ravignan étaient à peine descendus de cette chaire que deux évêques, dans une sphère plus haute, chacun à la tête de corps séparés, mais unis devant Dieu par le même attachement à l'Eglise,

POlin LA RF.NTRÉK DRfl VKC.VlTf.n CATII0LIQUR8. 201

atliraioiil sur eux raLlonlioii publique et commençaient il se parla^^or les sullVa^^es ol l'admiration de leurs contemporains; tous deux sortis du ran;^ du peuple et élevés dans le même temps, au grand honneur du ministre (jui les avait choisis : — nommons M. de Falloux, ce nom peut être cité dans cette assemblée sainte. — Egalement jaloux de revendiquer pour le sacerdoce la liberté de sa [larole, ils furent tous deux également importuns au Gésardu jour par l'indépendance de leur caractère, autant que chers aux gens de bien, et demeurèrent pendant trente ans la gloire de leur diocèse, de toute la France et de toute l'Eglise. L'un |)ossède réloquence qui entraîne ; l'autre, le ton ferme et contenu du théologien qui enseigne ; celui-là, qui regarde plus aux âmes, sans jamais blesser ni trahir la vérité; celui-ci, qui s'attache davantage à exposer la vérité, sans oublier ce qu'il doit aux âmes de miséricorde et d'égards compatissants : l'évêque d'Orléans, plus rapide et plus résolu ; i'évêque de Poitiers, d'un style plus sobre et d'un ton plus égal. Ils parlent, ils écrivent, ils combattent, chacun selon son caractère et son génie, les grands combats qu'il faut livrer pour revendiquer le pouvoir temporel du pape, et assurer à son autorité spirituelle l'obéissance qui lui est due. Mais M^*" Dupanloup semble plus agréable au monde et plus capable de le rallier autour de lui, tandis que M^' Pie s'adresse surtout à la tribu sacerdotale et la mène, par ses instructions synodales, à la défense de l'arche sainte. La voix commune de toute la chrétienté les appelait à recevoir ensemble les honneurs de la pourpre, et les lettrés auraient voulu les voir s'asseoir ensemble, comme autrefois Bossuet et

Fénelon, dans celte Académie qui est le dernier reste du grand siècle, et qui demeure Toracle et la gardienne de la langue française.

Que de fois n'a-t-on pas rapproché de ces deux grands noms celui de Téveque de Nimes ! M^"" Plantier est un des plus glorieux enfants de TEglise de Lyon ; l'école des Chartreux se vante à bon droit de ravoir formé, et Pie IX, comparant ses écrits à ceux de MQ'^ de la Bouillerie, aimait à voir dans les deux prélats les deux candélabres dont l'Ecriture a signalé le vif éclat, ces deux oliviers dont elle signale les fruits abondants et savoureux.

Je ne veux citer que des noms immortels; le père Gratry prend dans le chœur de nos apologistes une place à part. C'est le Malebranche de notre siècle. Il a du grand oratorien la vaste compréhension, la piété large, le style élevé, la chaleur douce et communicative. Relisez son Credo, et vous croirez comme lui, et comme lui vous le chanterez. Vous relirez les belles Etudes d'Auguste Nicolas, et vous le remercierez de vous avoir appris à étudier le christianisme.

Encore un nom, et ce sera le dernier, mais c'est Lyon qui me le fournit encore, tant cette terre est excellente. La maladie a eu beau visiter delbonne heure votre cher Ozanam, la mort a eu beau le frapper dans la fleur de sa jeunesse^ il laissa, en quittant la terre, des chefs-d'œuvre d'érudition, de goût, d'éloquence et de piété, que les lettres, les arts et la religion vanteront à l'envi. C'est la religion qui lui a dicté tous ses beaux ouvrages, et il s'animait à la défendre quand il suivait Ampère dans Tombre de nos éghses, et qu'il le surprenait, le chapelet à la main.

IMKII L\ lUMHIi; IH;*> lALlLlKS l A I ll< M Jy I K8. 2fi3

(Jorrièro (laohjuo |)ilior où il n'avail que les anges pour lôuioins do sa dévotion.

Hélas! non, ce n'est pas lo dornier nom àciuji «iaus une chaire où Ton ne pcnil ('iLcîr que les morts. A riicuro où je vous parle, la cathédrale de Laval reçoit la dé[)ouille mortelle de Mo»* Hougaud, cet éloquent apologiste de notre loi.

Laissez-moi [)leurer ici ce {)rélat qui nous quitte après avoir porté si peu de temps, mais si dij^nement, la crosse épiscoi)ale. Il allait reprendre la plume pour compléter ses écrits.

0 notre ami, o notre frère, souvenez-vous de celui qui a prêché votre sacre et qui voudrait verser aujourd'hui, sur votre tombe, les larmes que vous avez répandues sur la dépouille mortelle de votre bienfaiteur et de votre maître, du grand évèque d'Orléans. 0 vanité, ô néant, ô mortels ignorants de leur destinée ! et que ce mot est bien à sa place devant une mort si inattendue et en présence d'un tombeau si prématurément ouvert !

Voilà nos maîtres, Messieurs, voilà les dernières gloires de l'apologétique chrétienne. Que nous restet-il, sinon de glaner derrière eux, et d'arracher de nos mains patientes Tivraie que l'homme ennemi a semée dans le champ du père de famille? Tout est remis en question, et un siècle qui avait si bien commencé descend, pour marquer son déclin, dans les ténèbres de l'athéisme et du libertinage. Nous voilà aux prises avec tous les adversaires à la fois : la httérature, l'histoire, les beaux-arts, l'archéologie, les sciences surtout, sont entrés dans la conspiration formée contre la vérité. La science ! la science ! ce grand mot

entraîne la vanité, Tignorance, Tétourderie et la corruption dans ce concert de vents et de tempêtes déchaînés contre TEglise ! La science ! la science ! on l'invoque sans rien préciser, sans rien expliquer, sans rien définir. Ainsi, quand Paul prêchait à Ephèse, les Grecs, las de l'entendre et ne pouvant le réfuter, s'écrièrent au milieu d'un affreux tumulte : La grande Diane des Ephésiens ! Ce mot suffit pour le chasser de la cité. C'est une autre idole, c'est l'idole de la science qu'on nous oppose, et c'est par des cris, et non par des discours, qu'on veut mettre le christianisme hors la loi, hors la patrie, hors le genre humain. La science! la science! Plus on l'invoque, moins on se met en peine d'en avoir.

C'est à vous. Messieurs, de faire face à l'ennemi, de dominer tout ce tumulte et de forcer les gens de bien à vous écouter. Les ennemis de la rehgion n'ont pas trouvé contre elle un argument nouveau. Ils ont beau chercher querelle à nos Ecritures, à la Bible, à l'Evangile, à l'Eglise, à ses mœurs, à ses lois, à ses ministres, que font-ils autre chose que d'habiller en mauvais style la défroque de Voltaire, de Rousseau ou de Diderot, ou d'emprunter à l'Allemagne ses négations obscures, si souvent vides de sens autant que pleines et gonflées de vanités?

Non, l'apologétique chrétienne ne reculera pas devant le devoir d'arracher à ces vains penseurs et à ces faux savants le masque dont ils se couvrent. Vous suivrez pas à pas l'homme ennemi. Vous discuterez pied à pied les textes sacrés qu'il torture, les découvertes prétendues dont il s'autorise pour combattre nos saints livres, les monuments dont il falsifie la

POrn LA RBNTEftR DR8 FACUrTfifl rATnOLIQtES. Wi

(lato ou lo caracU^ro, pour nous mottro en contradiction avec ce (pi'on appelle la science. Pas une objection no (lomourora sans ré|)onso. Dans certaines questions délicates, vous saurez attendre, au besoin, que la lumière se fasse, car la lurnièro se fera; elle est avec nous, et les ennemis do l'K'^diso n'ont pour eux que les ténèbres. Vous saurez attendre, car le temps appartient il rKglise aussi bien que l'ètcirnitè. Qu'estce que les dillicultès et les chicanes qu'on lui oppose? Moins que ces grains de sable et ces mousses stériles qui ne sauraient empêcher le cèdre de s'élever vers le ciel et de couronner les hauteurs du Liban. Le grand arbre qui, depuis dix-huit siècles, étend ses branches sur Tunivors entier et qui nourrit de ses fruits les peuples abrités par leur ombre bienfaisante, s'inquiètet-il, plus que le chêne, des morsures que quelque reptile fait à son tronc robuste, ou des insectes qui se glissent le long de ses rameaux ? 0 sainte Eglise, ni vos racines ne peuvent être arrachées de la terre, ni votre tête ne cessera de dominer les nations, et nous, qui sommes vos enfants et vos prêtres, nous ne cesserons de chanter vos louanges et vos bienfaits en appelant, de siècle en siècle, sous vos sacrés ombrages, toutes les générations qui voudront vivre dans la justice, la paix et le bonheur.

IL Le témoignage que la science rend à Jésus-Christ ne serait pas efiBcace s'il n'était pas soutenu par la conduite et par la vertu.

A quelque titre que nous appartenions à TEglise, dans quelque degré de confiance et d'honneur qu'elle nous ait placés, il y a pour tous un égal devoir de

défendre, par nos exemples, une religion que nous défendons par nos écrits.

Ce devoir, qui le comprend mieux que les maîtres qui enseignent dans nos Facultés catholiques? Vous connaissez la dignité de leur vie, les pratiques ferventes et assidues qui les distinguent parmi les chrétiens d'une ville d'ailleurs si chrétienne ; le zèle avec lequel ils se portent à toutes les bonnes œuvres ; le désintéressement, le courage, la persévérance qu'ils mettent dans l'accomplissement de leur tâche. Quatorze ans de services passés dans ce haut enseignement ont été quatorze ans d'édification, et afin que rien ne manquât à ces exemples, l'union, qui fait la force, n'a pas été troublée un seul jour entre les membres de notre corps universitaire; tous, ils portent haut la conscience de leurs devoirs religieux; tous, ils sont pénétrés de respect pour leur caractère et pour leurs fonctions ; tous, ils sont dans leur naturel en justifiant tous les jours leurs croyances par leurs mœurs et leur doctrine par leurs exemples.

Avec de tels maîtres, que n'avons-nous pas le droit de demander à nos élèves ? Nous attendions beaucoup de leur bonne volonté, quand nous avons fondé cet institut. Une expérience déjà longue nous a appris que, malgré ses vingt ans, le jeune étudiant de nos facultés pouvait être et rester chrétien, être et rester chrétien pratiquant. La tradition est établie; il ne vous reste qu'à la suivre.

Tout vous y engage ; tout vous le persuade. La ville dans laquelle nous vous avons rassemblés favorise singulièrement cette honnêteté religieuse à laquelle nous vous convions. Lyon n'est pas une ville

roim LA nKNTRÉK DRS FArri.TÉB rATnoiJOuwi. Î87

do pliiisir, et l'on |)OuL diro doUo co (jucî Tacito disait do Marsoillo, on vanlaiiL réducation auslôro qu'Aj^ricola y avait roriio : Arccbat cum ab i/lecebris peccantiuni, pvivicr ipsius bonam intcf/ramr/ue iiaturam, quod sedem ac viagistramstudioruni Mussiliain habuerit, locuni (jrxcd coniUate et provinciali parcimonid mixtion ac brnd compositum *. Co (jui éloigna Af^'ricola dos allrails du vico, c'ost qu'oulro son bon naturel, il out pour siogo et |)our asile de ses études la ville do Marseille, dont les mœurs ollraient Tlieuroux mélange de la politesse des Grecs et Taustérité de la province.

Ainsi les anciens éloignaient de Rome les enfants sur lesquels ils fondaient de grandes espérances, et c'était dans la province que Ton faisait les meilleures études.

Que Marseille mérile celle louange comme au temps d'Agricola, je n'en doule pas et je l'en félicite ; mais Lyon peut la lui disputer, et ces deux villes rivales Tune de l'autre, celle-là par son industrie, celle-ci par son commerce^ toutes deux par leur importance et leur population, se disputeront toujours, à titre égal, le second rang parmi les villes de France, tant qu'elles demeureront les capitales du travail.

C'est donc une grâce insigne que de vivre, d'étudier, de faire Tessai de sa liberté, non pas au milieu des plaisirs qui amollissent et qui dépravent, mais, dans une ville où, du haut en bas de l'échelle sociale, tout le monde fait du travail l'emploi principal de sa journée. Voyez, Messieurs, quel spectacle offre cette

1 Agricolas viia, iv.

grande cité. On s'y lève avant le jour ; on vaque à ses affaires pendant des heures entières, les uns courbés dans un bureau sur des chiffres et sur des comptes, les autres employés de banques, de magasins ou de maisons industrielles ; ceux-ci pour gagner le pain de chaque jour, ceux-là pour accroître leur aisance et transmettre à leurs enfants le souvenir d'une honnête gestion ; tous avec le même attachement à leur devoir et la même persévérance dans le travail. Lyon ressemble à une ruche immense, où il n'y a que des abeilles, et d'où les frelons de la paresse sont inexorablement bannis. C'est bien là ce que Tacite appelle : parcimonia provincialiSy l'austérité des mœurs provinciales.

Eh bien ! Messieurs, ne ferez-vous pas, dans Tétude de la théologie, du droit, des sciences et des lettres, ce que font vos amis et vos voisins dans les longues veilles du commerce et de l'industrie? Ce n'est pas assez d'avoir, pour parler la langue de Tacite, une heureuse nature, un esprit bien doué, une intégrité parfaite de caractère et de mœurs : praeter ipsius bonara integramque naturam. Que faut-il pour corrompre tous ces trésors? Quelques mois passés dans nos Babylones modernes, au milieu des attraits de la volupté, dans cette activité fiévreuse que donne le jeu, et cette paresse intellectuelle et morale qui en est la suite. C'est pourquoi les natures les plus délicates, les esprits les plus élevés, les espérances qui semblaient les plus sûres, n'ont de refuge que dans l'étude et la piété. On ne saurait trop vous le redire ; l'oisiveté même pieuse vous perdrait, et l'étude, sans la religion, ne serait pas un frein à la licence. Soyez

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iiustèros, sages, chastes; soyez laborieux, soyez chrétiens, et la reli«;i()n trouvera en vous, dans le siècle fiiliir, (l(\s hommes dij^Mios de la (hîfendre, heureux do le faire, et toujours prêts h justifier leur doctrine |)ar leurs (luivres : Parnti seinper ad satisfactionem ornni posccnii vos rationcin de ea qux in vobis est spc ^

Il est deux écueils où la jeunesse clirctienne va se briser et qui no sont ([uo trop célèbres par leurs nau- IVages. Si vous les évitez, tout est gayné ; si vous y échouez, tout est perdu. Ces deux écueils, ce sont le théâtre et les mauvaises lectures.

Que vous dirai-je du théâtre qui n'ait été cent et cent fois dit et répété? Qui ne sait qu'on y boita longs traits, par les yeux, par les oreilles, par la mémoire, et surtout par le cœur, tous les poisons de la volupté? Les maximes les plus fausses y prennent je ne sais quel air d'autorité et de raison. On y préconise le duel; on y excuse le suicide; l'adultère et le divorce y sont le fond de toutes les intrigues, et quand on a vécu dans ce monde où le libertinage le plus éhonté est regardé comme un badinage agréable, comme la religion semble sévère, la morale triste, et le joug sacré du devoir difficile à porter! Non, Messieurs, ce n'est pas la fréquentation du théâtre qui vous donnera du goût pour défendre le christianisme et pour le servir.

Je vous ai cité Ozanam parmi les apologistes de notre temps. Savez-vous ce qui lui valut cette grâce et cet honneur? Il quitta Lyon sans avoir fréquenté

1 /. Pefr., III, 15.

le théâtre, et il promit à sa mère de garder à Paris la même réserve. Un chanoine de Lyon, M. Tabbé de Bonnevie, lui avait donné une lettre de recommandation pour Chateaubriand. Ce ne fut pas sans une certaine appréhension que le jeune étudiant alla frapper à la porte du i^rand écrivain. Celui-ci rentrait d'entendre la messe. Il reçut l'étudiant d'une manière aimable et paternelle, et après bien des questions sur ses projets, ses études, ses goûts, il lui demanda, en le regardant d'un air plus attentif, s'il se proposait d'aller au spectacle. Ozanam hésita et rougit, tandis que Chateaubriand le regardait toujours, comme s'il eût attaché à sa réponse un grand prix. A la fin, la vérité l'emporte; il finit par répondre qu'il avait promis à sa mère de n'y jamais aller; l'auteur du Génie du christianisme se penche alors affectueusement vers lui pour l'embrasser : « Je vous conjure de suivre les conseils de votre mère. Vous ne gagneriez rien au théâtre et vous pourriez y perdre beaucoup. »

Cette parole demeura comme un éclair dans la pensée d'Ozanam, et lorsque quelques-uns de ses camarades, moins scrupuleux que lui, l'engageaient à les accompagner au spectacle, il s'en défendait par cette phrase décisive : « M. de Chateaubriand m'a dit qu'il n'était pas bon d'y aller. » Il y fut pour la première fois en 1840, à l'âge de vingt-sept ans, pour entendre Polyeucte. Son impression fut froide. Il avait éprouvé, comme ceux dont le goût est sûr et l'imagination vive, que rien n'égale la représentation que l'esprit se donne à soi-même dans une lecture silencieuse et solitaire des grands maîtres.

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Co récit n'osl pas de moi, Messieurs, il a clé écrit l)ar l(î P. Lacordairo; il appartient à 1 elo^e d'Ozanain, ol il apporte sur cette grave matière le témoigiiuf^o do (lliaU^auJjriand. Ces trois grands noms sont assez nio(i(unos, assez illustres, pour vous lairecomprendro rondjion le théâtre est dang(U'eux pour vous. Je n'ajoute ([u'un mot : c'est en 1832 que Cliatcaiibriand tenait co langage. Qui' ne dirait-il [)as aujourd'hui?

Que no vous diraient pas, Messieurs, et Chateaubriand, et Lacordaire, et O/anam, si vous pouviez les consulter encore sur vos lectures? Ah! c'est ici que je vous adjure de vous tenir en garde contre une des tentations les plus douloureuses et les plus importunes de notre siècle, si vous voulez garder la foi, les mœurs, l'honneur chrétien, le respect de vousmêmes et des autres. Mettez-vous en garde contre ce sophisme trop répandu : « Il nous faut tout lire, puisqu'il nous faut tout connaître. » Erreur, Messieurs, erreur profonde autant que désastreuse! Non, il ne vous faut pas tout connaître, car la connaissance de la volupté dans ses raffinements, du vice dans ses abjections, est fatale à l'esprit et au cœur. Tel on fréquente, tel on devient. Quand vous aurez été initiés par vos lectures aux désordres élégants du demi-monde ; quand vous aurez habité par l'imagination les maisons de jeu et les tavernes ; quand vous serez descendus plus bas encore en vous intéressant aux mœurs des voleurs et des courtisanes, que vous restera-t-il et de la fraîcheur de votre imagination, et de l'honnêteté de vos sentiments, et de la pudeur chrétienne qui a fait jusqu'à présent le charme de votre vie? Malheur à l'étudiant qui ne sait pas baisser

les yeux devant un mauvais livre! Bientôt il ne saura plus les élever vers le ciel.

Il faut tout lire! Autant vaudrait dire qu'on peut habiter au milieu des flammes sans devenir victime d'un incendie, et manier des vipères sans redouter leurs morsures. Etes-vous donc de fer ou de bronze pour rester insensibles aux séductions du vice? Non ! vous êtes de chair et de sang, et la chair et le sang parlent à votre âge avec une voix trop puissante pour n'être pas entendus, quand un mauvais livre les appelle et les excite. Nous tremblons sous nos cheveux blancs, quand un impérieux devoir nous oblige à ouvrir les pages où le blasphème et la licence coulent à pleins bords. Nous lisons à peine, et nos yeux se ferment involontairement, comme devant les gravures et les portraits où le vice s'étale avec toutes ses impudeurs. Et vous, plus téméraires à vingt ans qu'on ne peut l'être à soixante, vous braveriez impunément des dangers qui troublent la vieillesse et qui effraient le sacerdoce? Non, Messieurs, il n'y a point d'âge où l'on puisse tout connaître et tout lire. L'ignorance vertueuse de certaines choses est pour tous les âges un grand bienfait, et la science profonde du vice, un grand malheur. Mais pour vous, cette science empoisonnerait toute votre vie. Arrière! arrière les mauvaises lectures !

. Je termine en m'adressant à cette tribu choisie dans les rangs du sanctuaire qui vient ici s'essayer à la défense du christianisme en prenant dans la théologie, dans les lettres, dans les sciences, des grades élevés qui donneront à leur parole toute l'autorité de l'étude et de la science. C'est pour faire de ces prêtres

POUR LA RRNTRÉF DKR PAfXLTfift rAIHOLIQlJIg. 27.1

choisis dos a|)olof^qstos do la rolij^iori qno nous )os avons envoyés ici étndi(»r, commet on [)loino lumière, ot s'inilior par dos voillos sludionsos à toutes les questions d'oxôgèse, do lilléralnro, d'histoire, d'astrononiio, do physitjuo, ((ui passionnent notre siècle, ot qui t(H ou tard soront toujours résolues pour la plus grando «gloire do rK«^liso. Une •^^énèrousc émulation entraîne, d'un bout do la France à l'autre, les jeunes ecclésiastiques vers les bonnes et fortes études des Facultés que nous avons créées. Ils ont déjà conquis par centaines des diplômes de licencié es sciences ou es lettres; c'est par centaines que Ion compte ceux qui y prétendent encore, et les sessions d'examens viennent trois fois par an justifier nos espérances. Voilà les gages d\in heureux avenir. On ne nous reprochera plus d*étre inférieurs à nos rivaux par les grades, puisque nous en partageons Thonneur avec eux. On n'en contestera pas la valeur, puisque ce sont nos rivaux eux-mêmes qui nous les donnent et qui les signent.

Tel est le tableau que nous faisions, il y a deux ans à peine, à notre saint-père le pape, des résultats déjà acquis et des espérances que donnent pour le siècle futur nos facultés catholiques. Nous le remerciions de Tautorité qu'il leur avait donnée, en sanctionnant les grades que décernera désormais la Faculté de théologie, qui est la première de toutes. Nous lui disions : Que ne devons-nous pas attendre sous les auspices de Léon XIII, si favorable aux bonnes études :

Nil desperandum Petro duce et auspice Petro.

Léon XIII accueilht cette variante d'une ode

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