PRONONCÉ DANS LA CATHÉDRALE D'ORLÉANS
CÉRÉMONIE PU SiVCUK DK M'-" nOKiALf)
9 févrior 1888
NOTICE
Le 9 février 1888, à la cathédrale d'Orléans, M»^ Boiigaiid, nommé évoque de Laval, a reçu la consécration épiscopale. Après le chant du Te Dcum et la bénédiction solennelle donnée à l'assistance par le nouvel évéque, M^''' Besson est monté en chaire pour prononcer l'éloge suivant du nouveau prélat. (( Dans son allocution, dont l'éloquence et l'onction, dit un correspondant du MondCy ont vivement impressionné l'auditoire, Ms^ l'évoque de Nimes a montré tous les titres à l'épiscopat que possède le grand orateur chrétien, l'illustre écrivain, l'auteur estimé des vies de sainte Chantai, de sainte Monique et de saint Vincent de Paul. »
Moins d'un an après cette cérémonie, la tombe devait s'ouvrir, presque en même temps, pour ces deux grands évéques. Après avoir assisté aux fêtes célébrées à Orléans pour l'inauguration du monument élevé à la mémoire de M^^ Dupanloup, l'évêque de Laval rentrait dans son diocèse et officiait encore solennellement dans sa cathédrale le jour de la Toussaint. Sa Grandeur se trouva fatiguée, et le mal fut assez rapide pour qu'on dût songer à lui administrer les derniei^ sacrements. Monseigneur les a reçus en toute connaissance, assis dans un fauteuil.^
Il a pu donner sa bénédiction aux membres de son chapitre et au clergé qui l'entourait.
MBr Hougaud, évoque de Laval, était âgé de soixante-quatre ans. 11 avait été nommé le 8 novembre 1887 ; c'est le 8 novembre 1888 que le télégraphe a apporté la nouvelle de sa fin. Dix jours après, le 18 novembre, M»' Besson rendait son âme à Dieu et allait retrouver, dans un monde meilleur, celui à qui il adressait, le 9 février, ces paroles : a Non, l'espoir que nous mettons et dans le cœur de Jésus et dans sa croix ne saurait être confondu : In te, Domine, speravi, non confundar in œterninn. »
In te. Domine, speravi.
Seigneur, c'est en vous que j'espère.
Messeigneurs s
C'est le dernier mot du Te Deum qu'il convient de reprendre et de commenter dans cette chaire pour entrer dans Tesprit de la solennité qui s'achève. Nous voudrions répondre, par un acte de bonne volonté, à l'appel du prélat qui nous a demandé le tribut de notre parole. L'amitié ne refuse rien, la joie déborde volontiers, je cède à ce double sentiment, et je m'abandonne à toutes les espérances d'un si beau jour. Le dernier mot du Te Deum est aussi la devise du nouvel évêque : Espoir sans peur ! Un tel espoir n'est jamais trahi, c'est Dieu qui nous le
1 M^*" Coullié, évêque d'Orléaus, prélat consécrateur ; W Gonindard, archevêque de Sébasle ; M?"" Hugonin , évêque de Bayeux; M^*" Oury, évêque de Fréjus; Me'- Lecot, évêque de Dijon; M^'" Turinaz, évêque de Nancy; Ms' Laborde, évêque de Blois ; M^'* Lelong, évêque de Nevers; M6'' Bouvier, évêque de Tarantaise; M?' Bougaud, évêque do Laval.
POl'R I.K HKCMf. DR W^^' BOUGAM). Î30
(lonno, (|uo pourrions-nous cniindrcr? Il a IVîtornilé pour \i) réaliser diuis louln TtiUMnluo ot dans loulc3 la splondeur do ses inénarrables miséricordes. C'est sur le cciMir de Jésus, c'est sur su croix rpio j'a[)[)uio (*olte indomptable espérance. Que ce cœur, que celle croix, si lieureusemont réunis dans les armes du nouvel évéïpie, parlent un instant [)ar notre bouche et ([u'ils vous oxpli(pient toute sa devise: Espoir sa m peur. Non, Tespoir (|uo nous mettons et dans le cœur de Jésus et dans sa croix ne saurait être confondu : [a tCy Domine, spcravi, Jion confundar in œternum.
I. Espoir sans peur! ce mot appartient h la langue ferme el douce que parle un crpur d evèque, à la langue de saint François de Sales. Or, à qui appartenait-il mieux qu'à Télu de ce jour de le choisir dans ce dictionnaire inépuisable de douceur, d'amabilité et d'amour créé par l'évêque de Genève? Il y trempe depuis quarante ans sa plume et son cœur; il y rajeunit la parure de son style ; il en fait le charme de sa parole et l'exquise délicatesse de ses livres, et sainte Jeanne de Chantai est apparue dans son histoire, telle qu'elle s'était formée dans cette école de grâce et de sainteté que François avait ouverte dans le monde.
Après Jeanne, voici Marguerite. Les perles se multiplient dans cette province excellente de la Bourgogne et de TAutunois, qui devient, pendant deux siècles, la patrie des saints et la terre des miracles. Notre ami n'a cessé d'étudier, d'approfondir, de préconiser ces merveilles de grâce et de vertu. Il popularise les deux saintes dont il est le compatriote; non seule-
ment il comble les vœux du cloître, mais il force Tattention d'un monde distrait ; et le monde qui n'avait eu, pendant un siècle, que d'indignes railleries pour Marie Alacoque, se laissant doucement gagner aux attraits de sa vie, aux mystères de la douleur et de Texpiation, est revenu goûter, sous les noisetiers de Paray-le-Monial, les inépuisables tendresses de la dévotion au Sacré Cœur. La bienheureuse Marguerite-Marie, si impopulaire dans le dernier siècle, est devenue populaire dans le nôtre. Tout a secondé ce glorieux mouvement: les miracles du cloître, la piété des évêques à la garde desquels il a été confié, les religieuses qui Thabitent, les chapelains qui le desservent, les Pères de la Compagnie de Jésus, qui se sont employés à faire valoir les trésors de la grâce révélée à notre siècle, les livres et les discours composés sur ce sujet, et qui n'ont jamais épuisé l'attention publique. Voilà pourquoi le sanctuaire de Paray ne cesse plus d'être visité par les pèlerins des deux mondes, et le vénérable évêque d'Autun regrette profondément que sa santé ne lui permette pas de prendre part à notre fête, pour témoigner à Thistorien et au panégyriste de sa chère sainte la haute estime dans laquelle il tient l'élu de ce jour. C'est le sentiment qui amène ici nos vénérables frères de Dijon et de Nevers, si épris de la gloire de sainte Chantai, si heureux de glorifier à leur tour le prêtre qui en a raconté les vertus. 0 Chantai ! ô Marguerite ! regardez-le du haut du ciel et priez pour lui !
Ainsi se forme le cœur d'un évêque à l'école du Sacré Cœur. Ainsi a-t-il appris à écrire, à parler, à
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hiMiir. (piitlaiil la plmiii^ |)t)iir la chairo ol no sn roposanl (l(vs l'ali^iK^s (h*, IOimUmit qiHî par (*<'llos dr» ITirrivaiii. IloiiHî i)l Paris l'ont (Mit(Mi(lii , Unilo la France; a lu ses livres oL les rolil oiicoro ; mais lo Kranrais qm les vante n'apprend rien à rétran«^er ; et partout oii l'étranger a[)[)ren(l notre langue, les ouvrages signés (le son nom comptent [)armi les meilleurs de notre littérature sacrée.
Oue va-t-il taire maintenant de ce trésor amassé dans son cœur par le commerce qu'il a depuis quarante ans avec les saints de nos contrées? Il était temps d'en faire profiler un grand diocèse, et c'est le diocèse de Laval qui l'a obtenu. Heureux diocèse il qui sa foi, sa piété, ses bonnes moîurs, son attachement au saint-siège, ont mérité ce bonheur! Le clergé et le peuple viennent à la rencontre de leur pasteur avec un empressement qui les honore. Ils apportent les vœux de tant de belles âmes, toutes catholiques, dont ce diocèse est peuplé, et le jeune évêque qui va gouverner l'Eglise de Tarantaise, se mettant lui-même à la tête de ses compatriotes et de ses amis, a voulu, avant de prendre possession de son siège, embrasser, les mains toutes pleines encore de Fonction sainte, celui qui devient aujourd'hui le père de sa patrie. Le nom qu'il porte est un nom cher à la France et à l'Eglise, et il me semble que du haut du ciel M«' Bouvier, ce prélat dont la mémoire ne se flétrit point par le temps, partage aujourd'hui son regard entre son cher neveu et son cher successeur, en demandant pour l'Eglise de Laval et pour celle de Tarantaise qu'elles jouissent longtemps des pasteurs que Rome vient de leur donner.
2i2 DISCOURS
Voilà, Monseigneur, sous quels auspices s'inaugure votre pontificat. Votre cœur aimant va aimer encore davantage, et vos entrailles vont se dilater comme celles d'une mère. Vous êtes père, vous êtes mère, dans toute la vérité spirituelle de cette expression. Ce n'est plus une àme à trouver entre mille au milieu d'un auditoire composé d'étrangers et d'inconnus, que vous ne voyiez qu'en passant et que vous ne deviez plus rencontrer. Ce sont quatre cent mille âmes, qui sont vos enfants et que vous avez le devoir de prêcher à temps et à contretemps, en allant chercher au fond de chacune d'elles l'endroit où la foi fume encore au milieu des ténèbres de l'impiété, le dernier lien qui retient dans le champ de l'Eglise le roseau à demi rompu. Votre parole, devenue une parole épiscopale, aura une autorité nouvelle. La force dont elle sera revêtue viendra du ciel sans intermédiaire et sans affaiblissement. Et quand vous avez tout à l'heure courbé la tête sous le livre des Evangiles, c'est le filet du pêcheur que vous avez accepté tout entier, dans toute son étendue, et avec tout son poids, pour le jeter sur tout votre diocèse, avec le courage et l'amour que l'on puise à l'école du Sacré Cœur.
Jelez-le donc et jetez-le encore. En tombant de plus haut, il atteindra plus loin les âmes promises aux conquêtes épiscopales. Qu'il tombe sur le pécheur qui a oublié les commandements de Dieu, et que le pécheur, étourdi par vos coups paternels, se laisse ramener du fond de l'abîme où il allait trouver l'enfer. Qu'il tombe sur l'incrédule, et que le Credo, qu'il a renié, chanté à son oreille avec l'accent
POUR I.K SACRK DR Sl«' BOtOAtI). ii'<
(lo volro cd'iir, rodovioniio doux d sos hWres comme au jour (lo sa promii^ro communion. Il faudra descendre plus bas encore. Il y a, sur les dernières pentes du goullVe, des hommes en qui la raison s'est éteinte avec la foi, et qui, refusant de croire ce qu'ils ne peuvent voir de leurs yeux ou toucher de leurs mains, n'ont plus d'autre Décaloj^'ue que celui do l'inlérèt, d'autre Credo que celui de la nature. Ce Credo, ils l'appellent celui de la science, et leur science est d'avoir tout oublié et rien appris. Pauvres î\mes ! lumières éteintes! ruines qui s'amoncellent de jour en jour! Mais vous avez étudié et pénétré l'ûme de sainte Monique. Vous savez ce qu'il en coûte pour baptiser un Augustin. Et pour que le cœur du divin Maître no cesse de faire battre et palpiter le votre, vous venez d'interroger celui de saint Vincent de Paul. Je ne vous dirai point que sa Vie ajoutera un nouveau fleuron à votre couronne, j'aime mieux m'adresser au diocèse de Laval et lui dire: « Félicitezvous encore une fois d'avoir pour évèque le panégyriste et rhistorien des grands saints. Il a formé son cœur en étudiant leur vie. Il a appris à aimer, comme eux, le pécheur, l'incrédule, le fils égaré. 0 Monique ! ô Augustin ! ô Vincent de Paul ! priez pour lui ! Nous nous apprêtons à lire les belles instructions pastorales qui vont sortir de sa plume, elles feront le tour de la France, et la France fera une part de ses remerciements à la noble Eglise de Laval.
0 mes vénérés frères, qu'il est beau de chanter ainsi Thymne de l'espérance à l'école du Sacré Cœur! Que cette assemblée est belle ! Le cœur des prêtres y bat à Tunisson du cœur des évêques. Les fidèles
pensent et sentent comme les prêtres, et les magistrats se mettent à la tête du peuple pour en représenter les vrais sentiments. Qu'il est bon, qu'il est agréable d'habiter, de prier, d'espérer ensemble et pour la France et pour l'Eglise, au milieu de ces pompes sacrées qui renouvellent l'antique alliance de l'Eglise et de la France ! C'est le concordat qui s'affirme ainsi dans une de ses clauses les plus importantes. Le chef de l'Etat a désigné le prêtre ; le chef de l'Eglise en a fait un évêque. L'Eglise et l'Etat demeurent d'accord pour la conduite des peuples, le contrat qu'ils ont passé s'affermit encore davantage, et quand, .au milieu des ambassadeurs de l'univers entier, la fille aînée de l'Eglise apporte au pape les hommages et les lettres du chef de l'Etat, il est consolant et pour l'Eglise et pour la France de Tentendre professer solennellement le respect d'un concordat qui est la loi et le salut de la nation. J'en remercie Dieu dans cette assemblée sainte, et je m'écrie : Non, tant que l'Eglise de France s'appuiera sur ce cœur qui a tant aimé les hommes, son espérance ne saurait être confondue, hi te, Domine, speravi.
IL Mais à côté du cœur, emblème de piété, de miséricorde et d'amour, notre vénéré frère a placé dans ses armes une croix, emblème de force, de sagesse et de courage : c'est la sagesse et la vertu de Dieu même: Dei virtutem, Deisapientiam,
Cette croix, l'évêque vient de la recevoir avec la mitre qui est le casque des combats, la crosse qui est le bâton de Tautorité, et l'anneau, ce symbole éloquent de l'alliance qu'il contracte avec son Eglise.
rOIR IF. HACll Dl M^' ROKiAI I). Îi5
Il a porte, peiidaiiL ((iiaraiilo ans (1(3 sacerdoce, la croix (lo rob(iissaiicu\ il va prrîiidrf^ [)Oiir 1(î rosto de sa vie la croix du coininandoiiKuit. Do ces doux croix, c'est la seconde (jui est la plus lourde. iN'iniporlo, il nous faut porter notre croix d'évofiuo et non la traîner. 11 faut la porter (lerri(3re Notre-Seigneur J(3sus- Christ, le long de toutes ces pentes abru[)tes qui mènent des tribunaux d'IIérode, de Caiphe et de Pilate au sommet du Golgotha.
Ouo d'insultes au pied do cette croix ! Que do breuvages amers présentés aux oints du Seigneur, aux Gbrists qu'il a sacrés pour les placer à la tète des peuples! Regardez dans ce vase qui déborde de fiel et d'absinthe. Voilà les injures de la parole et de la presse, les blasphèmes qui s'élèvent du milieu de la foule ignorante, les sommations qu'on nous fait tous les jours de descendre de la croix en nous disant que les clous de la Passion no supportent pas un Dieu, mais un cadavre tombé en poussière. Quel abandon ! quelles ténèbres ! et cependant il nous faut demeurer sur cette croix, et là tantôt parler, tantôt nous taire, et cependant souffrir et prier toujours. Les uns accusent nos paroles, les autres notre silence, mais nous avons les regards tournés vers une autre croix, où le Vicaire de Jésus-Christ tantôt parle et tantôt se tait, selon la nécessité des temps. C'est le père commun des fidèles, c'est l'oracle infaillible, c'est le modèle achevé, c'est l'orgueil et l'amour de l'Eglise militante, c'est Léon XIII.
Mais après tant de souffrances, d'injures et d'amertumes, que de consolations et de gloire ! Voilà que Léon XIII est monté du Calvaire au Thabor, et
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ce ne sont pas seulement les trois disciples, c'est l'univers entier qui est témoin de celte transfiguration inattendue. Vous êtes allé vous-même, cher et vénéré seigneur, jouir à Rome de ce grand spectacle. Vous avez embrassé, au milieu des députés des deux mondes, les genoux du père commun de la chrétienté, et vous avez reçu, non seulement de sa plume, mais de sa bouche, les plus magnifiques encouragements pour votre modestie qui voulait se dérober au fardeau épiscopal. Vous êtes sorti du Vatican tout inondé de la lumière qui a éclaté à Rome dans ce Jubilé, et qui, de Rome comme d'un centre, s'est répandue du nord au midi et du couchant à Taurore, jusqu'aux dernières extrémités du monde habitable. Oh ! qu'il fait bon vivre en cette année sainte, pour en voir toute la splendeur et en goûter tous les charmes : Domine, bonum est nos hic esse. Les marques de la véritable Eghse éclatent et rayonnent de toutes parts : l'unité sans rupture, puisque tous les esprits et tous les cœurs se tournent vers le même chef; la catholicité sans limites, puisque tous les peuples ont envoyé des pèlerins à cette audience universelle; l'apostolicité sans interruption, puisqu'il n'y a qu'une voix pour dire à Léon XIII dans toutes les langues : C'est vous qui êtes Pierre : Tu es Petrus ; la sainteté sans ombre et sans déclin, puisque Léon XIII constate encore des miracles opérés de nos jours sur le tombeau des saints, et qu'il tire les saints de leurs tombeaux pour les placer sur nos autels.
Voilà ce que voit notre siècle à son grand étonnement. Ce siècle, qui avait commencé en 1789 par la proclamation des droits de Thomme, s'achève tout à
l'Ol n I.K SACnK DF M*'^ uni (,Al I). Îl7
coup, sans qu'on y pensif on IHH8, par la proclamalion dos (Iroils do Dion, (l'ôlait l'cîspôranoo do Josoph do Maistro ; r/osL la vôrilicalion lillôralo du mol do Hossnol : riiounni^ s'a^nto, ol Dion le mono! 0 cher ot vônôrô soij^ncur, (juol clia[)ilro fi ajouter à voire ouvnif^o sur le Christianisme cl 1rs Temps présents! ol comme votre plume se trompera do lumière ol do vigueur pour tracer un si «^rand tableau !
Ce Dieu qui mène l'homme comme il lui [)laît a pris notre ami par la main dès les jours de sa jeunesse, pour ramener de Dijon à Orléans et le mettre à l'école d'un j^rand évoque. Là, il a vu faire M^*" Dupanloup, il l'a servi avec fidélité, et après avoir passé dix ans encore au service de son digne successeur, voilà qu'il lui faut sortir de l'Eglise d'Orléans, où il tenait la seconde place avec tant de dignité, pour aller occuper la première dans l'Eglise de Laval. C'est à vous, Monseigneur d'Orléans, que revient, avant tous les autres, la glorieuse responsabilité de celte élection. Vos frères dans l'épiscopat viennent aujourd'hui vous en remercier. Ils sont venus du nord et du midi, de Bayeux et de Nancy, de Dijon, de Nimes et de Fréjus, de Blois, de Nevers, de Rennes, pour joindre leurs mains aux vôtres sur la tête de l'élu, et pour appeler sur cette tête si chère l'abondance et la plénitude des miséricordes éternelles. Ils lui souhaitent avec les paroles de la sainte liturgie la constance de la foi, la pureté de l'amour, la sincérité de la paix. Humble, iîdèle, prudent, plein de zèle, ni la crainte ni la louange ne sauraient le corrompre. Il n'appellera point lumière ce qui est ténèbres, ni ténèbres ce qui est lumière, contredi-
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sant quand il faudra contredire ^ et redoutant plus que tout le reste de trahir, d'abandonner ou d'oublier seulement, ne fût-ce qu'un instant, les libertés de l'Eglise et les intérêts sacrés des âmes. Vivez, vivez longtemps, direz-vous tout à l'heure à votre heureux consécrateur, car ces droits, ces intérêts, ces libertés, il sait les défendre. Ad multos et felices annos ! Et nous tous, en nous associant à vos souhaits, nous empruntons à la liturgie les mêmes paroles pour vous dire à vous-même : Vivez longtemps, soyez heureux, soyez aussi heureux que vous nous êtes cher, car vous aussi, vous défendrez, la croix à la main, les trois grandes choses qui sont confiées à la garde des évêques : la foi, la justice et la liberté. Ad multos et felices annos!
Mais Tévêque qui vient d'être sacré dans cette cathédrale ne lui fera pas ses adieux. Il y reviendra et il y retrouvera son souvenir toujours vivant. Orléans, qui depuis des siècles n'avait pas vu la fêle d'un sacre, s'apprête à célébrer d'autres solennités qui réuniront sous ces voûtes l'élite du clergé et du peuple. Le tombeau de M*' Dupanloup s'achève, et bientôt sera inauguré. Ce jour-là, en voyant le disciple du grand évêque d'Orléans revêtu des insignes épiscopaux, nous dirons dans la langue de Jeanne d'Arc: « Notre ami a été à la peine, il est juste qu'il soit à l'honneur. »
Un spectacle plus grand encore est promis à cette basilique. Gomment parler de la canonisation des saints sans attendre, sans espérer la canonisation de
1 Pontifical romain.
roi H \.v. sAciii: i>k ^^-^ noi wiAiin. 249
.loaiine d'Arc ? La Franco oiitiiu-o la doniaiido, TK^iiso r()S|)ôro; osl-co trop |)n'îsiuncr d'un prochain avenir (|U(^ do diroanjourd'lini (|no Lôon XIII la prononcera '/ 0 JoaniK»! (pii pins (\\h) vous a connu lii croix? 0 Joanno! (pii niioux (|uo vous niérilo d'avoir un j^dorioux Tliabor après avoir eu un si douloureux Calvaire? Non, les Monliorl et los la Salle ne sont pas les derniers saints de noire patrie (lueLéon XIII [dacera sur les autels. D'autres étoiles se lèvent au ciel (lt> la France, hvs nuaj^es ([ui les cachent encore se dissipent, elles montent, elles prennent place dans le ciel de l'Eglise, et je salue d'avance, au milieu d'elles, celte Jeanne, cellii héroïne qui fut trois fois sainte : dans les murs d'Orléans, dans la basilique de Reims, sur le bûcher de Rouen ; cette Jeanne qui depuis quatre siècles, ayant pris son vol vers les hauteurs célestes sous la figure d'une colombe, n'attend plus qu'un signe pour y apparaître avec la blancheur et l'éclat d'un astre nouveau. Appelez-la, Sainl Père, et qu'elle vienne à notre défense : Stellœ vocatœ sunt et dixerunt : Adsumus. Qu'elle se montre, qu'elle brille, qu'elle éclate sur nos têtes! Avec elle, la France fui à la peine; avec elle, la France sera à l'honneur. A la peine sur la terre, à l'honneur dans le ciel; à la peine dans le temps, à l'honneur dans l'élernilé. Ainsi soil-il.