PRÊCHÉ AU COLLÈGE DE GRAY EN
Dei enhn sumns adjuforrs: hci aqricuîtura eslis; Dei œdificalio cstis.
Nous sommes les coopérateurs de Dieu, vous êtes son champ et son édifice.
(S. Vaul aux Corinlh.)
Messieurs,
Après avoir emprunté h TEcriture ces termes nobles et expressifs dont elle se sert pour caractériser notre mission, je ne saurais mieux répondre à votre attente qu'en vous entretenant de la dignité du sacerdoce et des obligations qu'elle nous impose envers vous. Au début d'un apostolat si nouveau pour notre jeunesse, le premier de nos devoirs est d'apprécier,
1 Ce sormon est un des premiers, le premier peut-être que M?"" Besson ait prêché après son ordination. Ordonné prêtre le 7 septembre 1845 et nommé aumônier du collège de Gray, il prononça celte instruction dans la chapelle de rétablissement, aussitôt après la rentrée des élèves. On peut comparer cette allocution avec la conférence qu'il prononça sur le môme sujet, vingt-six ans plus tard, à la cathédrale de Besançon, en 1871. (Tome II, p. 110.)
par des réflexions plus mûres, la sainteté des engagements que nous avons pris. Le plus impérieux de nos besoins est de vous faire connaître l'étendue et Timportance de notre ministère, afin que vous ne refusiez pas d'en alléger le fardeau par une obéissance filiale, rendant ainsi au caractère sacré dont nous sommes revêtu un honneur que Tâge, Texpérience et des vertus éprouvées ne sauraient encore réclamer en notre faveur. Prêtez-moi, Messieurs, une bienveillante attention.
Il est un homme public dont le pouvoir a commencé avec le monde et ne finira qu'avec lui. Son ministère n'a jamais changé, malgré la diS'érence des rites sous lesquels il s'est produit à nos yeux. Tantôt pasteur comme Abel, ou roi comme Melchisédech, tantôt doué, comme Samuel et EUe, d'un esprit prophétique, le prêtre, dès l'origine des siècles, n'a pas cessé d'offrir, par des prières et des sacrifices, l'hommage du genre humain à Celui qui en est l'auteur et le père. Telle fut dans tous les temps l'excellence du sacerdoce, que Dieu lui-même en avait réglé les fonctions et l'appareil, sous l'empire d'une loi imparfaite et figurative. Rappelez-vous la magnificence des habits du grand prêtre, cette laine si blanche dont ils étaient tissés, ces purifications sans nombre, ces pierres qui, pour entrer dans la composition de l'autel, devaient tirer leur beauté de la nature et non des efi'orts du ciseau ; le saint des saints oii le successeur d'Aaron ne pouvait pénétrer qu'en portant dans ses mains le sang des victimes. Ce n'étaient là toutefois qu'un temple vide et une pâle image du sacerdoce chrétien. Les mystères de la nouvelle al*
HUR LK flACKRDOCK. 277
lianco domîindoiiL un pontifo d'iino purcW angélique oL d'uno scicnco (•onsoiniiiéo. C'est do lui (pi'il est écrit: Qur la sainteté soit votre vêtement. Vous êtes la lumière du monde, le sel de la terre et le modèle du troupeau. Aussi l'Eglise le st';pare-t-elle do bonne heure du miliou du |)Ouple, pour abriter son innocence dans l'asile du sanctuaire. Jeune lévite, c'est là qu'il grandit, partagé entre la prière et l'étude, et n'envisageant (lu'avcc crainte l'autel où il doit monter à sou tour. 11 arrive enfin, le jour de son ordination. 0 jour sacré! 0 jour d'éternelle mémoire ! Permettez-moi, Messieurs, de vous en raconter les touchantes émotions. Ah ! mon cœur, agité de mille sentiments divers, était déjà au milieu de vous. La pensée de votre salut préoccupait mon âme; j'otl'rais à Dieu mes vœux les plus chers, en le conjurant de bénir en vous les prémices de mon apostolat.
Cependant, les diacres se rangeaient autour de Tautel. Le pontife parle, et nos fronts se prosternent dans la poussière. Une aube d'une blancheur éclatante nous enveloppe comme d'un linceul; nous respirons à peine; nos soupirs, nos larmes se confondent. Mais Tévêque et les assistants priaient tour à tour. Ils invoquaient pour nous les anges, les saints, le ciel tout entier. Trois fois le pontife se lève pour nous consacrer et nous sanctifier par les bénédictions qu'il répand sur nous ; puis, lorsque nouveaux Lazares, nous sortons radieux de cette tombe allégorique, il vient, au milieu d'un silence profond, étendre sur nos têtes ses mains d'où descend Tesprit de Dieu, et son soujBûe puissant communique à nos
âmes une force nouvelle. Bientôt nous nous revêtons des habits sacerdotaux, symboles éloquents d'innocence et de chasteté ; Thuile sainte coule sur nos doigts; nous touchons d'une main tremblante encore le pain de vie et le calice de propitiation, et après avoir reçu dans la participation des sacrés mystères le baiser de la paix fraternelle, animés du même esprit, heureux du même bonheur, nous en exprimons les doux transports par des cantiques d'action de grâces qui retentissent au loin dans la maison de Dieu.
C'est par ces augustes cérémonies mêlées d'exhortations et de prières que l'Eglise consacre ses ministres. Dispensateurs des dons de Jésus-Christ, trois fonctions principales leur sont dévolues : prêcher l'Evangile, réconcilier les pécheurs et offrir le divin sacrifice.
Le prêtre est établi pour instruire. Jésus-Christ lui a dit : Allez, enseignez toutes les nations; celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise; et l'apôtre saint Paul, après avoir rempli ce devoir avec autant de zèle que d'éloquence, le rappelle à son disciple Timothée dans les termes les plus pressants : Exercez-vous, lui dit-il, à lire, à prêcher, à enseigner K Par là vous vous sauverez vous-même et vous sauverez ceux qui vous écoutent -. 11 ajoute : Demeurez ferme dans la doctrine qui vous a été confiée et ressouvenez-vous de qui vous l'avez apprise 3. Telles sont, Messieurs, les lettres de créance
1 /. Tim.y IX, 13.
2 11. Tim., II, 24.
3 II. Tim., IV, 17.
SI l( II, s M I HIMM I . 27î)
([110 nous ap[)ort()ns (hirini vous. C'osl do Josus-Christ ([(10 nous louons notn^ mission ; un Uiou parlo par nolro boiiclio. Aussi r()l)joL do notro onsoi^^nornoiit n'osl-il [)as moins divin ([uo la sourco d'où il (hnano. Loin do nous los doc'los l'ahlos oL U)s docoplicMis d'une vaino philosophio. La Irihuno sainlo n'est point une arèno ouverte aux discussions ([ui divisent les hommes et(iui refroidissent la charité dans leurs ciiiurs. Etranger aux luttes dos i)artis^ lo prtitro no connaît et ne prôcho ([UO Jtisus crucifiti. Il trahirait la religion si, priitant sa bouche au langage du temps et de la passion, il oubliait jamais qu'il est avant tout citoyen du royaume éternel, et ([u'un ministre d'amour et do paix no doit voir dans son peuple que des frères à instruire, des pauvres h secourir et à consoler, des pécheurs c\ amener dans le chemin de la vertu. Qu'il laisse au reste des hommes le domaine de leurs vicissitudes. Sa mission est de conserver le dogme du christianisme et d'en propager la morale. La sphère élevée où il réside le met au-dessus de la critique, et il ne doit compte de son enseignement qu'à sa conscience et à TEglise. Gardien de la foi, non seulement il empêche que les erreurs ne gagnent et n'altèrent la pureté de la doctrine, mais il est prêt à en rendre raison, selon le précepte de saint Pierre ^ ; et pour emprunter le langage d'un autre apôtre, comme la parole de Jésus-Christ habite en lui surabondamment -, il est capable de convaincre tous ceux qui le contredisent 3. Mêlant dans une juste mesure les le-
1 Pe/r., /. Ep., III, 15.
2 ColoSS.j III, 16.
çons de la morale à Texposé du dogme, tantôt il dit la divinité de Jésus , sa vie, ses souffrances, l'établissement et ja propagation de son Eglise; tantôt il donne h sa voix l'éclat du tonnerre pour annoncer les jugements de Dieu et la nécessité de la pénitence; ou, d'un ton plein de douceur, il appelle à lui les petits enfants et raconte aux âmes égarées la parabole du prodigue et l'histoire de la femme pécheresse. Soit qu'il instruise, soit qu'il corrige, ses discours sont toujours dignes des oracles divins qu'il annonce et mis à la portée de ceux qui l'écoutent. C'est du temps et de la grâce qu'il attend avec patience le fruit de son enseignement. L'importunité du zèle aigrit et repousse plus qu'elle n'attire. Il le sait, mais il sait aussi que la prudence a ses limites, et qu'un lâche silence le rendrait complice et responsable des crimes de son peuple.
A la science d'un docteur le prêtre joint l'autorité d'un juge. Il est écrit que le Père a donné à son Fils le pouvoir déjuger ^ Ce même pouvoir, Jésus-Christ Ta communiqué à ses apôtres et à leurs successeurs, en disant : Tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera hé ou délié dans le ciel ^. Recevez le Saint- Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez 3. Concevez-vous, Messieurs, une juridiction plus étendue? EUe met entre nos mains les sources des grâces, les trésors de l'Eglise, les clefs de la vie et de la mort. Aussi saint Jean Chrysostome n'a-t-il
1 Joann., v, 27.
2 Matth., XVIII, 28.
3 Joann., xx, 23.
SUR I.K HACEnnOCF. 281
pas craint (Tavancor quo lo sacerdoce esl élev('5 audossus do la royauté de toute la distance qui sc()are lo ciel do la torro. Los rois rognent sur les corps; les prôtros gouvernent les âmes. Los uns ont lo pouvoir do la contrainte; tout lo pouvoir dos autres est dans la persuasion. Los uns et les autres exercent le droit do grâce, lo plus beau des attributs du sceptre. Mais on ne doit aux i)roniiers quo la remise d'une peine passagère, tandis que par le ministère des seconds nous évitons les feux èlernols. 0 céleste caractère, c'est une tendresse maternelle que vous avez donnée au prêtre réconciliateur! Venez ù lui, vous tous qui êtes fatigués, et il vous soulagera. Venez à lui, quelles que soient vos faiblesses, il en connaît déplus honteuses encore. Quelles que soient vos dispositions, venez à lui, il ne s'offense ni de l'indocilité, ni de l'ingratitude, ni des injures. Vous éprouverez combien il est consolant d'avouer ses fautes avec sincérité et de quel poids la conscience se décharge, lorsque l'homme de Dieu, l'œil au ciel, la main étendue, prononce, nouveau thaumaturge, les paroles miraculeuses : Je vous absous. Oui, c'est à ses pieds que la grâce vous attend. Ainsi Paul, sur le chemin de Damas, tombe, farouche persécuteur, et se relève avec le cœur d'un apôtre.
Mais de toutes les fonctions du sacerdoce, la plus auguste est Toblation du divin sacrifice. Père com- DQun de tous, représentant du monde entier, le prêtre entre chaque jour dans le saint des saints, où, comme un autre Jésus-Christ, sacrificateur et victime, il immole l'hostie sans tache et s'immole luimême sur un Calvaire non sanglant, pour appliquer
282 g SERMON
aux vivants et aux morts les mérites infinis de son Dieu. Sa bouche, avant de prononcer les paroles sacramentelles, a été purifiée, comme celle du prophète, par le feu de la prière. Il faut que sa langue, où le sang de Tagneau va couler, n'ait contracté aucune souillure dans le commerce des hommes, et que son cœur resplendisse d'un éclat plus pur que les rayons du soleil. Eloignez de votre esprit toute pensée charnelle. Que votre âme, dégagée des sens, observe et suive avec les yeux de la foi les merveilles du sacrifice. Voici le moment solennel: déjà les anges descendent des cieux et se pressent autour du tabernacle, la tête baissée, comme dçs soldats qui sont en présence de celui qui les commande. 0 mystère ! 0 prodige plein de terreur et d'amour ! Le prêtre a étendu la victime sur la pierre ; il prie, il s'incline, il ordonne, et aussitôt, sous un pain qui n'est plus, le peuple adore avec lui ,1e roi des rois et le souverain dominateur des mondes ! Hostie vivante, quand vous descendez dans nos mains, que pourriez-vous refuser à nos vœux? Coulez, sang de mon Sauveur, coulez sur les lèvres du prêtre. Vous êtes notre consolation, notre force, notre vie. Coulez encore, que les guerres et les divisions s'éteignent, que les abus se corrigent, que les justes se sanctifient davantage, que la paix et le bonheur régnent enfin sur la terre !
Tels sont Messieurs, les redoutables pouvoirs que l'Eglise confère à ses ministres. Elle leur assigne ensuite, selon leurs dispositions et selon ses besoins, des fonctions diverses dans le champ du père de famille. Ceux-ci tiennent la houlette du pasteur, et
81IR LR RACRRDOCP.. i83
dans los paroisses qu'ils ^^ouvorncnl, prodif^iioiil leurs soins à toutes los conditions et à tous los ùf^es. Ceux-là, |)lus heureux encore, ont reçu la |)lénitudo de l'esprit apostolicpie ; une vocation sublime los appelle î\ la conversion dos [)ouples idolâtres. Ils partent la croix à la main, traversent los mors, et après des travaux sans nombre fécondent, par l'oirusion d'un sang généreux, les semonces do la parole divine; d'autres sont préposés à l'éducation do la jeunesse. Souvent ils joignent ronsoignement des belleslettres à celui do la foi : antique et sainte alliance, dont les nœuds ne se resserreront jamais sans que la science s'épure au contact do la religion, et que celle-ci, empruntant quelque chose aux charmes de sa sœur, attire et captive plus facilement les intelligences d'élite. « Allez, mon ûls, dit le Seigneur au guide du jeune âge, je vous ai choisi pour cultiver une vigne naissante; défendez-la contre la dent des bêtes féroces; qu'elle croisse et qu'elle s'étende par vos soins assidus. Veillez sur les âmes encore pures avec la prudence et l'amour que commande voire ministère. Redoublez de zèle et d'attention auprès de ceux qui sortent de l'enfance. Déjà l'instinct des passions s'éveille en eux. Ah ! que leurs regards s'éloignent des objets séduisants et que les leçons du vice ne frappent jamais leurs oreilles ! Mais la jeunesse est Tàge le plus périlleux. Votre soUicitude doit augmenter en proportion du danger. Divertissements, lectures, compagnies, tout, jusqu'au repos même, offre des pièges cachés sous des fleurs. Je ne vous dissimule pas, mon ûls, que vos soins seront mêlés d'amertume et suivis quelquefois des plus cruels mécomptes.
Il est des enfants dont je déplore la perte prématurée. Esclaves du démon, leurs habitudes criminelles forment autour de leur cœur comme un rempart inaccessible aux pensées chrétiennes. Peut-être, plus malheureux que coupables, se sont-ils vendus à un dieu étranger avant d'avoir goûté les douceurs de mon service. Pressez, frappez encore, priez sans relâche. Je ne vous envoie point pour les maudire, mais pour me réconcilier avec eux. Allez chaque jour à leur rencontre comme ce père dont mon Evangile vous peint Tattente et les douleurs. Il est mon image et il doit être votre modèle. Tendez des bras suppliants vers ces nouveaux prodigues, racontez-leur mes miséricordes et les charmes de la vertu; qu'ils se laissent attendrir, et les verges de la justice tomberont de mes mains. 0 mon fils, de toutes ces âmes, il n'en est aucune pour qui je n'aie versé mon sang. C'est un dépôt sacré que je vous confie. Gardez-le, fidèle économe, avec une jalousie pleine de sollicitude, et souvenez-vous surtout de Tavertissement que je vous ai donné par mon prophète: Si la sentinelle, voyant venir Tennemi, ne sonne pas de la trompette et que Tépée ôte la vie à quelqu'un, ce malheureux périra peut-être dans son iniquité, mais Dieu en redemandera le sang au gardien inattentif: Sanguinem ejus de manu tua requiram. »
Nous l'avons médité, Messieurs, ce compte terrible auquel il nous est impossible d'échapper. Plus notre mission est sublime, plus nous craignons d'en méconnaître l'importance et d'en négUger les devoirs. La droiture de nos intentions ne suffirait pas à nous rassurer, si nous n'avions la douce confiance que
l)i(ui liiibilo olsancLillo collo maison, ot qu'il nous a iiuMia^ô dans los niaUros(|ui ladiri^'iMil les auxiliaires l(\s plus zélés (lo nolro ministère. Un espoir si consolant siMubh^ jusLilié (ravanco |)ar les sympathies sans nombre i\\\i) notre lionorabhi [irédécesseur ^ avait excitées [larmi vous ot par les rej^rets unanimes dont son départ est suivi, (ju'ils vivent longtemps encore, ces témoignantes d'all'eclion et de reconnaissance! S'ils sont glorieux pour lui, ils ne sont pas moins encourageants pour nous, et nous serions heureux d'en obtenir uous-méme une faible part, après avoir travaillé à son exemple dans le champ où il a porté, au nom de Jésus-Christ, le poids du jour et de la chaleur. La durée de ses services ajoute quelque chose à leur prix. Aussi, partageant vos regrets, nous plaindrons-nous à notre tour d être privé de ses lumières dès le commencement de notre carrière évangélique. Mais ses exemples ne sauraient périr. Ils parleront plus haut que notre voix, et leur éloquente autorité ne sera point invoquée en vain. C'est avec le même em[)ressemeat que nous recourrons au sage et docte pasteur de cette cité. Nous voulons être nous-même une de ses plus fidèles brebis, et, il nous en a donné l'assurance, ses conseils paternels ne nous manqueront jamais. Déjà nous comptons ici autant d'amis que nous y avons trouvé de frères dans le sacerdoce. Leur charitable collaboration nous est également promise. Que cette sainte solidarité s'étende par une heureuse union aux différents fonctionnaires de cet établissement. Ce n'est pas trop, pour le triomphe de la
1 M. rabbé Jacquerey.