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LES CONVERSATIONS LICENCIEUSES

In omiîi convcrsationc sanctl sitis.

Soyez sainls dans toutes vos conversations.

(I. Pctr., I, 15.)

Lorsque Jésus-Christ parcourait la Judée en faisant le bien et en délivrant les corps et les ùmes des démons qui les tourmentaient, un de ces esprits malins voulut résister à l'Homme-Dieu. « Quel est ton nom? demanda le Seigneur. — Je me nomme légion, répondit-il : Nomen estmihi legio. »

Vous le connaissez, mes frères ce redoutable ennemi. Parmi les démons qui portent le trouble dans lésâmes, il en est un à qui ce nom convient parfaitement, tant il est habile à multiplier ses pièges, à varier ses attaques, h surprendre ses victimes. C'est le démon impur. Tantôt rapide comme la pensée, il fixe dans Tesprit sa demeure orageuse; tantôt il se glisse au fond du cœur avec l'astuce du serpent et le tourmente par raiguillon du désir. Il parleàTintelligence par les livres qu'il inspire, aux yeux par les gravures qu'il étale, aux oreilles parles discours qu'il répand^ à l'imagination par les peintures vives et passionnées

qu'il y Irace d'une main rapide. Il s'assied sur les lèvres du méchant, et du haut de celle citadelle il lance aulour de lui des paroles licencieuses qui brûlent comme l'éclair et qui frappent comme la foudre. De tous ces pièges, le dernier n'est pas le moins redoutable. Obligé de me borner dans une matière si étendue, je me contenterai de vous signaler aujourd'hui le danger des conversations impures. Après vous avoir montré combien elles sont communes et combien elles sont coupables, peut-être me sera-t-il permis de vous inviter à former une sainte croisade contre un ennemi si cruel, les uns en faisant avec leur bouche un pacte sévère, les autres en imposant à leurs oreilles une garde de circonspection et d'honneur. Vous vous conformerez ainsi aux préceptes de l'apôtre : In omni conversatione sancti sitls,

I. La volupté se présente sous divers aspects, aux diverses conditions de la vie. Elle a pour les riches ses théâtres et ses spectacles, qui divinisent les passions et qui offrent à notre culte, ou du moins à notre indulgence, les faiblesses les plus honteuses et les vices les plus odieux. Elle a, pour ceux qui lisent, ses romans, ses revues, ses journaux, sources empoisonnées d'où découlent dans toutes les classes de la société des torrents de corruption. Elle a pour les hommes l'extrême facilité avec laquelle nos mœurs tolèrent en eux les plus graves désordres ; pour les femmes, les charmes du luxe et la fureur des modes qui ouvrent la porte à tant de scandales. L'enfance, la jeunesse, l'âge mur, ont chacun des périls qui leur sont propres et des tentations qui les entraînent.

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Mais recueil conimun à tout lo monde, sans distinction de sexe, do |)osition et d'Aj^e, se trouve dans les enlrotions liconcioux. Sans ce piège fatal tendu sous leurs pas, beaucoup de clircliens pourrai(3nt couler des jours |)leins do sim[)licilé, d'innocence et de bonhour. Oui, on peut s'inlordiro à jamais ces livres ol ces ibuillelons où la littérature devenue, do reine qu'elle était, l'esclavo dos plus mauvais instincts, outrage tout ce (jui est faible, obscurcit tout ce qui est clair, trali(iue au grand jour du vice et de la vertu, comme de la vérité et de Terreur. On peut s'éloigner avec horreur de ces foyers de séduction et de désordre qu'il n'est pas permis de nommer dans rassemblée des saints. A force de soins et de vigilance, on peut réduire, dominer ses propres passions, imposer silence à leurs cris et, en les tournant vers un but louable, faire de ces instincts fougueux autant de coursiers souples et dociles qui emportent Thomme, sur un char de triomphe, au séjour de TimmortaUté.

Mais comment se soustraire à Tinfluence de la parole humaine ? Partout où se trouve une bouche impure, le vice tient école et enseigne publiquement. L'enfance la plus tendre n'est pas à l'abri de cet abominable fléau. Au miUeu des études les plus sérieuses comme dans les jeux les plus bruyants, le poison circule avec la rapidité de l'air que l'on respire. Facéties équivoques, bouffonneries obscènes, demi-mots que l'on devine en souriant et qui, transmis dans tous les rangs, éveillent, excitent, entretiennent le feu de la passion, voilà les dangers des écoles, et les soins du maître le plus attentif ne parviennent guère aies conjurer.

Dans les jeunes gens, quelle hardiesse ! Quelle science ténébreuse ! Quel cynisme effronté ! Dès que le langage de Timpureté s'est acclimaté parmi eux, Timagination s'obscurcit par des images lascives ; la mémoire, comme une cire flexible, garde et reproduit sans cesse les leçons du vice gravées en caractères ineffaçables; un feu inconnu s'allume dans les veines et ne s'éteint plus qu'après avoir dévoré sa victime. Comptez les fautes et les excès qui se trouvent dans les discours impurs. Il y a la contagion des conseils, si rapide parmi des enfants ignorants et légers. Il y a les liaisons formées avec tout ce qu'une ville compte de jeunes gens perdus de réputation, sorte de fraternité toujours unie pour la licence, toujours prête à s'y pré'Cipiter dès que le signal se donne. Il y a de ces assauts d'impudence et de ces luttes de perversité, où les fanfarons de la débauche se disputent la palme de la science impure, se vantent du mal qu'ils ont fait et du mal qu'ils n'ont point fait, se hisàul pires qu'ils ne sont et quils ne peuvent l'être.

J'ai cru longtemps qu'une raison plus mûre venait tempérer, par la gravité de sa parole, les ris indécents d'un autre âge, et que les hommes sérieux, quelles que fussent leurs croyances et leurs pratiques, rejetaient enfin avec dédain ces joies grossières nées de l'effervescence de la première jeunesse. Je m'étais trompé. On entend le même langage, on sourit des mêmes turpitudes, on a des jours et des heures de licence où la bouche n'a plus de frein. Remarquez-le^ bien, ce n'est pas le sel d'une fine raillerie qui assai- ' sonne ces propos. Ils n'ont rien d'imprévu, de piquant, d'heureux ; non, la hcence revêt d'ordinaire

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los livrées do la sotliso, c'est lo seul vtHement f[iii lui convienne. Grand Dieu ! n'ost-il donc, dans votre In'îritage, aucune portion choisie qui ait échappé fila contagion du mal? Mes frères, il faut lo dire {umv la honte de nos mœurs, il est des jeunes personnes et des mères de faniillo qui dis[)uteraient d'audace et d'iniquité avec les jeunes gens les plus corromi)us; il est des vieillards qui ne craignent |)as do souiller, par des habitudes non moins effrénées, la couronne de leurs cheveux blancs ; il est des chrétiens encore pleins de foi et sincèrement attachés aux devoirs de la religion, qui participent à la licence des langues et qui, par une contradiction odieuse, communient tour à tour aujourd'hui dans nos temples avec le Verbe de Dieu, demain dans le monde avec le Verbe du démon. Oui, le mal est immense, il déborde dans les villes et dans les campagnes, il a atteint également Tenfant et le vieillard, le riche et le pauvre, le peuple et les grands.

On parle de certains rivages que troublent des orages éternels et sur lesquels la foudre gronde, frappe et redouble ses coups. Ce n'est, mes frères, qu'une pâle image d'une société ravagée et flétrie par la parole impure; ne vous étonnez plus de nos tempêtes, elles devaient naître dans des lieux où soufflent, depuis des siècles, les vents impétueux de la corruption.

Si parfois le langage du vice prend des formes plaisantes ou polies, s'il se montre sous les apparences d'une grâce trompeuse, il n'en est que plus dangereux pour les âmes simples et candides. De tels discours, dissimulant à peine des choses malhonnêtes pour les laisser deviner, sont toujours une funeste

excitation qui fait rêver. Ils mènent insensiblement le cœur à se familiariser avec le vice. Ils éteignent la piété, ils amollissent l'âme et y suscitent de coupables désirs et de funestes inquiétudes. C'est par là que les mœurs publiques et privées se corrompent rapidement et que les cœurs se dépravent.

IL Vous le voyez, rien de plus commun que les discours licencieux ; j'ai ajouté que rien n'est plus coupable. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de longs raisonnements pour vous faire comprendre cette seconde vérité. Dans les fautes humaines, ce n'est pas seulement la matière qui détermine la gravité du mal ; elle résulte surtout de la délibération qui y préside et de la part que la liberté humaine y apporte. Qu'une pensée impure vienne assiéger l'esprit, c'est une tentation dont les plus grands saints n'ont pas été exempts. Qu'un objet dangereux s'offre à nos regards, il ne nous est pas toujours donné d'en éviter la présence. Les actions les plus coupables sont quelquefois précédées des plus rudes combats, et les cœurs ardents, passionnés, où le démon triomphe après mille assauts, peuvent, quoique vaincus, n'être pas tout à coup rejetés de Dieu, si quelque circonstance diminue l'adverlance de l'esprit ou rend le consentement de la volonté moins parfait.

Mais les paroles immodestes ont un caractère de malice bien différent. Rien n'est plus délibéré, rien n'est plus volontaire. Tout homme, s'il n'est pas insensé, sait ce qu'il dit quand il parle. Or, entretenir d'un air enjoué ou d'un ton sérieux une conversation licencieuse, c'est agir en pleine connaissance de cause.

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Commonl s'oxcuser? Sur l'occasion? mais on la rocherclio soi-memo ; sur la courUî durée do la fauUî ? mais ello so prolonj^^o durant dos heures entières ; sur la vivacité du tonipéramcnt? cotte excuse peut atténuer un accès de colùro et expliquer mémo de honteux désordres ; mais elle ne justillora jamais ces entretiens si «^nossiers et si sales dont un seul mot fait frissonner d'horreur une oreille un peu chaste, et qui se tiennent avec une tranquillité, un abandon, une persévérance que Ton mettrait en causant d'affaires ou de politique. Que dit-on encore? Qu'il faut bien s'amuser? Oui, mais peut-on le faire aux dépens de rhonneur et de la vertu? One de semblables propos ne tirent pas à conséquence ? mais comptez-vous pour rien l'instinct des passions qu'ils éveillent dans les âmes simples et les mauvaises habitudes qu'ils entretiennent dans les cœurs déjà pervertis? Dieu offensé et le salut compromis ne sont-ils donc rien à vos yeux ?

On ajoute quelquefois : cette sévérité est bonne pour les cloîtres, mais les gens qui vivent dans le monde peuvent se permettre un langage moins épuré. Et moi je vous répondrai : Vous vous faites une fausse conscience, car il est écrit non pas pour les temps de retraite, mais pour tous les jours et pour tous les lieux, non pas pour les moines, mais pour tous les chrétiens : Déflez-vous de l'homme aux propos licencieux, car la bouche parle de l'abondance du cœur; et ailleurs : Que les impuretés de la chair ne soient pas même nommées parmi vous: Nec nomtnetur in vobis. On lit encore dans saint Paul : Bannissez de vos lèvres toute parole honteuse : Deponite turpcm de ore

sermonem. Si à Tautorité derEcrilure sainte il fallait ajouter enfin celle de la raison, je vous dirais : Tel on fréquente, tel on devient. Eloignez-vous donc des lèvres qui distillent le venin de la licence ; et encore : Celui qui aime le danger y périra : Qui amat periculum in illo peribit. Au nom d'une règle si juste, si simple, si profonde, fuyez, de grâce, des entretiens qui ont des dangers pour toutes les conditions et pour tous les âges. Et maintenant, je vous adjure avec toute Tautorité de mon ministère, avec le témoignage des docteurs, des saints et des apôtres, avec Texpérience de tous les prêtres qui ont blanchi dans l'exercice du sacerdoce et dans l'administration des remèdes divins de nos âmes, unissez-vous ensemble contre le torrent d'immoralité qui déborde de toutes parts. Pères et mères, il y va des intérêts sacrés de vos familles et de l'innocence de vos enfants. Respectez dans ces plantes si délicates encore la fleur de leur pureté première ; un mot, un souffle de votre bouche peut la ternir à jamais et perdre sans retour ce trésor qu'on ne tient qu'une fois de la bonté du ciel. Soyez chastes dans vos paroles^ maîtres et maîtresses; une ombre, un rien, tout efi'arouche la sainte vertu de chasteté, et fallût-il lui sacrifier une science inutile et vaine, préférez l'ignorance qui préserve à l'instruction qui séduit et qui corrompt. Soyez chastes dans vos jeux et dans vos entretiens, enfants et jeunes gens qui m'écoutez ; fuyez devant une bouche impure comme on fuirait à l'aspect d'un serpent, votre salut est à ce prix. Qu'importe l'ami tié des hommes, si vous perdez celle de Dieu ? Qu'importent les railleries du monde, si vous avez pour vous le témoignage de votre conscience, le seul bien

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que nous puissions posséder ici-bas I Soyez cliaslos, clirélionsde toutes les conditions et de tous les â}^os.

Dcjù nos l)aii((nots mystiques a|)[)ollent les âmes pures, le Père do famille va sortir de son tahornaclo pour faire la revue do ses convives et leur distribuer sa chair adorable. Ministres de Jésus-Christ, pourrions-nous ouvrir les portes du sanctuaire à ceux qui ne voudraient pas se revêtir do la robe nuptiale et qui apporteraient à la table des anges le langage des démons? Ah ! que ma main se dessèche plutôt que de verser jamais le sang qui rachète et la grâce qui régénère sur des fronts où ne rayonnerait pas le signe de la chasteté ! Que ma langue s'attache à mon palais plutôt que de consacrer jamais Thoslie sainte qui devrait être déposée sur des lèvres où vibreraient encore les accents de la débauche ! C'est aux saints qu'appartiennent les choses saintes.

Quels sont ceux que, dans ces jours de salut, Jésus- Christ appelle autour de ses autels? Ceux qui, selon l'apôtre saint Paul, tout en restant sur cette terre, parlent déjà le langage du ciel : Conversatio in cœlis est. Combien il est doux et utile de faire toujours de la parole l'interprète de la vertu. Et c'est surtout au foyer domestique que le langage doit être réservé et à l'abri de la licence. C'est dans ce miUeu chrétien que vous devez, pères et mères, habituer vos enfants à honorer la vertu par leurs discours, et craindre sans cesse vous-mêmes de les scandaliser par des paroles trop libres. Dans l'Evangile, la parole est appelée une semence : Semen est verbum. Semez autour de vous ce bon grain des discours édifiants, et vous en recueillerez un jour une abondante moisson. Ainsi soit-il.

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