‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 34 sur 47 · POUR LA PÊTF I)K NOËL · texte numérisé non relu

POUR LA PÊTF I)K NOËL

(le commonceniont. Tollo ost la vérito que je trouve au dél)ul (le ce discours. Ici, un juste sentiment do crainte dovrail L(înir ma l)oucho captive, car les pensées des Clirysostome et des Bossuet se confondent ù ras|)ect de ce mystère, leur lanj^ue s'embarrasse et leurs expressions, faibles et incertaines, viennent échouer sur leurs lèvres en trahissant leur impuissance. U^el livre ouvrir? Quel guide invoquer? Dans ([ucUe langue vous raconter la génération éternelle du Verbe? J'interroge les livres saints, mais Pierre garde le silence, et les deux disciples, saint Luc et saint Marc, imitent la respectueuse discrétion de Tapôtre ; Paul, le sublime Paul, n'a qu'un mot pour traduire ses communications intimes avec le ciel : « 0 altUudo ! 0 profondeur ! » Et saint Matthieu écrit dans le préambule de son livre : « Génération de )) Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. )> Que dites- vous, illustre évangéhste? Ce n'est point de ces antiques patriarches que le Verbe éternel a reçu la vie, non, vous ne racontez que sa naissance dans le temps et sa généalogie selon la chair. 0 secrets ineffables ! ô mystère de lumière et d'amour ! qui donc vous dévoilera aux regards mortels ? Ecoutez Poracle d'Ephèse, l'enfant du tonnerre, cet autre Jean plus grand que Jean-Baptiste, celui qui a bu au calice de Jésus-Christ et qui s'est reposé sur son cœur. Digne interprète du Dieu qui Ta déclaré le plus grand des hommes, cet aigle des évangélistes perce les nues, franchit les cieux, prend son vol par delà les chœurs des chérubins et des archanges, et plongeant d'un vol hardi au sein de la divinité même, il en rapporte, tout ébloui et tout tremblant, la vérité lumineuse qiîi

rayonne dans ces paroles à jamais célèbres : Au commencement était le Verbe, le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Puis, tel qu'un hardi navigateur, après avoir laissé derrière lui les villes et les ports dont le rivage est couvert, s'élance en pleine mer et livre ses yeux au spectacle d'un océan sans bornes, le saint évangéliste, perdu dans Timmensité divine, ne trouve plus un seul point où ses regards puissent s'arrêter. Il appelle à son secours toutes les ressources de la langue humaine pour décrire la substance du Verbe. Vie, puissance, vérité, lumière, ces mots si nobles et si forts se pressent en vain sur ses lèvres. Il voit tout et tout lui échappe; il dit tout et tout est encore à dire ; nous entendons tout et nous ne comprenons rien. Chaque parole constate l'impuissance du prophète et la profondeur du mystère qu'il annonce. C'est assez, ô grand apôtre, c'est assez pour notre faiblesse de répéter après vous : Au commencement était le Verbe, le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.

Nous n'aurions rien à ajouter si le Seigneur, descendant de ces hauteurs sublimes, ne se fût dépouillé de ses rayons pour communiquer avec nous. Mais, après la chute de notre premier père, il promit au genre humain un réparateur et laissa déjà entrevoir qu'il remplirait lui-même ce ministère d'amour. Ce n'est pas toutefois par un rapprochement subit que les cieux s'abaisseront sur la terre. Quatre mille ans d'attente seront comme autant de degrés qui prépareront la réconcihation de la créature et de son auteur. La distance qui les séparait était immense ; Dieu, en se proposant de la combler, voulut rendre

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cet ôvônomonl |)lus croyahlo. Il l'annonça par dos li'^iiros et par des propluîtios, préludes nniraculeux (lu |)lus •:;rand dos miracles. Ainsi, pendant que les nations étrangères, effarées dans les voies de l'idolàtrio, conservent vaguement le souvenir de la divine promesse et le couvrent des voiles transparents de la fable, une race choisie naît, croît et s'élève sous la main du Tout-Puissant. Lo gouvernement et les lois des Juifs, leur police extérieure, les moindres cérémonies de leur culte, les plus minutieux détails de leur vie privée, tout est prévu et réglé avec un admirable soin. Si vous étudiez les origines des peuples païens, rien ne vous paraîtra plus vague, plus incomplet, plus contradictoire; le fîl de leur existence agitée échappe à tout instant à l'œil le plus attentif; on dispute encore sur l'étendue de leur puissance, sur la généalogie de leurs souverains, sur les lieux même où furent Memphis, Thèbes et Babylone. Ouvrez la Bible, au contraire : un récit plein de naturel et de charme vous instruit du commencement de toute chose et se continue avec autant d'intérêt que de clarté. Chez les Hébreux nous distinguons toutes les tribus, nous comptons toutes les familles, et de génération en génération, nous remontons par les rois, par les juges, par les patriarches, jusqu'à Adam, et d'Adam jusqu'à Dieu. Grâce à une histoire si complète, nous lisons déjà, sans en perdre un seul trait, l'histoire anticipée du Messie. Les plus illustres personnages de la loi ancienne sont comme les ébauches du type divin qu'il doit offrir. Melchisédech représente son sacerdoce, Abraham sa qualité de chef et de père des croyants, Isaac son sacrifice. Job ses persécu-

lions, Moïse son office de médiateur, Josué son entrée Iriompliante dans la terre des vivants avec un peuple choisi. Ce n'est pas tout. Ici, David, animant une lyre divine, expose les souffrances et les ignominies d'une passion mystérieuse : il voit d'avance un breuvage amer offert à Thomme de douleur, ses vêtements partagés et un sort impie jeté sur sa robe. Là, Isaïe nous le montre tantôt doux et muet comme un agneau, tantôt fort et victorieux comme un lion ; la gloire de son règne et la paix qu'il donnera au monde sont l'objet des chants les plus magnifiques. J'interroge un prophète sur le lieu où le Rédempteur doit paraître : (c 0 Bethléem, me répond-il, ô terre de Juda, non, tu n'es point la plus petite de nos villes, c'est de toi que sortira le dominateur des nations. » Les temps de sa naissance, marqués d'abord par Jacob, éclairés par Malachie, mieux précisés encore par Daniel, rendent tout le peuple attentif à trois événements de la plus haute importance; car le Messie entrera dans le second temple lorsque le sceptre sera sorti de Juda, et il sera mis à mort dans le cours de la soixante-dixième semaine. Puis les oracles se taisent, l'époque fixée commence à s'accomplir, les Juifs sont asservis à un empire étranger, la Bible se ferme, tout est dit.

IL Paraissez maintenant, étoile de Jacob, ne tardez pas, que les cieux s'ouvrent et que les nuées enfantent le juste. Toute chair a corrompu sa voie, le schisme règne dans Israël, l'idolâtrie dans le reste du monde. Seigneur, où êtes-vous, et que reste-t-il pour votre partage ?

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Mîiis h côlé (Jo la Hiblo, jo vois un autro livro qui commence où linil le premier, et qui le cite à chaque page. On Tappelie ri^]van;^Ml(^ ou la bonne nouvelle, et les préce[)tes (|u'il renferme jusliliinil d'abord ce titre consolant. Jamais doctrine si sublime no revêtit une forme plus simple; les i<j;norants, les allli;^'és, les maUioureux, lo lisent avec amour et le com[)rennent avec bonheur. Riches et pauvres, maîtres etes(^laves, tous écoutent, entendent et adorent les paroles suivantes : « Vous êtes les enfants du même Père qui est au ciel et les héritiers du même royaume. Aimez votre prochain comme vous-même, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent. Si en vous présentant au temple vous vous souvenez que votre frère ait quelque grief contre vous, abandonnez votre présent, et avant de Toffrir à Tautel, allez vous réconcilier avec votre frère. — Laissez venir à moi les petits enfants, disait encore cette voix divine, car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent. » Elle s'adressait aux hommes les plus criminels : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués, et je vous soulagerai, car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Elle invitait à la compassion et à l'aumône par les motifs les plus encourageants : « En vérité, je vous le dis, un verre d'eau froide donné en mon nom trouvera sa récompense dans le ciel. »

Qui êtes-vous donc, ô consolateur des pauvres! ô providence des pécheurs! D'où avez-vous tiré ces préceptes si nouveaux ? Au nom de qui promettezvous des couronnes éternelles? Mes frères, l'auteur de ces nobles et touchantes paroles se nommait

Jésus ; il naquit à Bethléem au temps marqué par les prophètes, et après trente ans d'une vie obscure et cachée, il réunit quelques disciples, les instruisit dans sa doctrine, les étonna par ses miracles, et leur demanda un jour ce qu'ils pensaient de lui-même. (( Vous êtes le Christ, fils de Dieu, s'écria saint Pierre. — Tu es bienheureux, répondit Jésus, car ce n'est pas la chair ni le sang qui t'a révélé cette vérité, mais mon Père qui est dans les cieux. » Une autre fois, Philippe témoignait le désir de voir le Père ; son maître le reprit avec douceur. « Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? » Ce langage étrange n'est pas moins ferme devant les Juifs. Tantôt il leur enseigne l'unité de Dieu dans la trinité des personnes : « Mon Père et moi, nous ne sommes qu'un; » tantôt il leur apprend en deux mots qu'il est sans commencement. « Etes-vous plus grand que notre père Abraham ? lui demandaient-ils? — En vérité, répliqua Jésus, avant qu'Abraham existât, je suis. » Enfin, lorsque le grand prêtre l'adjure de déclarer s'il est le Fils de Dieu, sa réponse ne saurait être plus courte ni plus expresse : « Je le suis. »

Oui, mes frères, il est Dieu, et si, malgré l'élévation et la pureté de sa doctrine, vous pouviez douter encore de cette vérité, après ses paroles interrogez ses œuvres. Les oppositions inouïes qui marquent, depuis le commencement jusqu'à la fin, tout le cours de sa vie mortelle révèlent en lui l'union de deux natures distinctes. Une femme le conçoit, mais cette femme demeure vierge. Elle le porte dans ses entrailles. Il n'en est pas encore sorti qu'un prophète le reconnaît

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ot témoif^ne par sos trossailleinonts qu'il vionl do prosseiilir le Mossie. Il naît au fond d'une établ(3, niais les angos l'annoncent à la terre, un astre nouveau se lève dans les cieux, et les mages, accourus des extrémités de l'Orient, apportent à ses pieds les tributs des nations. Fuit-il en Egypte, les idoles tombent à son aspect; écliappo-t-il aux regards vigilants de Marie, c'est pour enseigner les docteurs; connaîtil les tourments de la faim, on le voit compatir aux besoins de la foule qui le suit et la nourrir d'un pain miraculeux. S'il paie le tribut, il est le roi de ceux qui l'exigent; s'il prie, c'est lui qui exauce les prières adressées à Dieu ; s'il verse des larmes, c'est lui qui console les affligés. Sa face auguste est tantôt couronnée par les rayons du Thabor, tantôt elle ruisselle de sang sous les épines du Calvaire ; tour à tour maître et jouet du peuple, il terrasse ses bourreaux et s'abandonne à leurs mains. Son agonie commence, et il sauve encore le compagnon de son supplice : il expire, mais le voile du temple se déchire de luimême, les rochers se fendent, les tombeaux ne peuvent plus garder leurs victimes ; on l'enveloppe d'un suaire, mais dès le troisième jour ces liens sont rompus, le sceau de l'Etat est brisé, le sépulcre s'ouvre, Jésus est ressuscité ! Unir ainsi les abaissements les plus profonds à la puissance la plus étendue; guérir toutes les plaies et les subir soi-même; monter et descendre avec la même sérénité de la misère à la gloire et du triomphe au supphce; passer de la vie au trépas et du trépas à la vie, quel éclat! quelle grandeur! quel pouvoir! Gomment ne pas reconnaître à ces signes éclatants le souverain Seigneur de toutes

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choses, l'arbitre du bien et du mal, le juge éternel des vivants et des morts * !

III. Jésus-Christ dit un jour : Quand je serai élevé de terre, j'entraînerai tout à moi : Cum exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum. Le voilà, mes frères, ce gibet qui porta le corps de THomme- Dieu. Le Verbe fait chair y a été attaché et il en est descendu ; mais, selon sa prédiction, la vertu divine qu'il y a laissée doit attirer et réunir tous les peuples. Eh bien ! qui briguera l'honneur de traîner dans le monde ce char de triomphe où sont les premiers hérauts de Jésus-Christ? L'entreprise est belle, philosophes, poètes, historiens, qui faites la gloire de la superbe Rome. Que les accords de la lyre s'unissent, pour vanter Jésus, aux discours de la sagesse la plus persuasive. Venez aussi concourir à cette œuvre, politiques habiles, rois puissants. Ce n'est pas trop de toutes les langues et de tous les bras. Et toi, aigle de Tempire dont le vol hardi a visité toutes les contrées du monde, prête tes ailes au nom du Christ et faisle connaître du nord au midi et du couchant à Taurore. Mais que dis-je ? Les sages d'Athènes secouent la tète avec le sourire de Tincrédulité ; le premier des historiens se plaint des progrès de la superstition nouvelle; un autre interprète de l'opinion publique accuse les disciples de Jésus d'être les ennemis du genre humain, et il ne reste, pour accepter le fardeau de la croix, que douze pauvres pécheurs, sans lettres et sans nom, rebut d'une nation qui est elle-

1 Voir l'Homme-Dieu, VI* conférence.

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mémo lo robuUlu inondo. Tout leur nian(|uo h la fois, et, pour comble d'inlortuiio, tout so loiirno coiitro eux. On s'élonno, on s'irrilo, on s'indi^nio do leur audacG. Quoi ! |)roposor aux enfants d'Abraham d'adorer le (jaliléon (ja'ils ont fait mourir, quel blasphème! Abolir le culliî riant des idoles, établi depuis si longtemps par la force des préjugés, défendu par rintérêt des [)assions, consacré par la majesté des souvenirs, et substituer à l'autorité des dieux de l'empire l'autorité d'un Juif, et d'un Juif crucifié, quelle folie ! Le Gapitole et la Synagogue rivalisent de zèle et de fureur pour mettre fin à ce double scandale, et pendant trois siècles, douze empereurs rendent plus de trente édits, en vertu desquels des milliers de bourreaux recherchent et mettent à mort des millions de martyrs. La superstition chrétienne est donc abolie, disent alors les maîtres du monde ; et làdessus, ils frappent des médailles, ils gravent des inscriptions, ils élèvent des colonnes, de peur que le souvenir d'une victoire si facile ne s'efface trop tôt de la mémoire des hommes. Ils disent; mais les douze pêcheurs que Dieu a choisis pour annoncer son règne impriment partout la trace de leurs pas conquérants. Déjà une Jérusalem nouvelle obéit à la voix de saint Jacques ; Gorinthe et Ephèse reçoivent, comme des oracles, les lettres de saint Paul ; Rome, baptisée dans le sang de saint Pierre, se lève de son lit de délices, et secouant les chaînes de la volupté descend, avec les successeurs des apôtres, dans le silence mystérieux des catacombes ; Thomas entraîne les Parthes et les Indiens ; André arrache aux faux dieux la Scythie, TEpire et la Grèce même, cette

terre si féconde en idoles. L'Arabie et Tldumée n'ont pour saint Jude ni solitudes ni montagnes; l'Espagne et les Gaules ouvrent les yeux à la lumière. Enfin, sous le bouclier du soldat comme sous la robe du sénateur, parmi les tentes des sauvages comme dans les palais des cités les plus polies, partout, excepté dans les temples et les théâtres, respirent et battent des cœurs chrétiens. C'en est fait, le Christ est connu, béni, adoré. Son image brille sur les enseignes, couronne les monuments et surmonte le diadème des Césars. L'autorité de sa loi s'étend si loin et s'enracine si bien, que tous les peuples, renonçant à leurs calculs chronologiques, s'accordent à dater de la naissance du Sauveur le commencement d'une ère nouvelle et reconnaissent ainsi, d'une voix unanime, qu'au-dessus des partis, des nationalités, des trônes, domine et triomphe désormais un maître plus grand que tous les autres, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tel fut l'établissement de son règne divin. Ce n'est là toutefois que le premier pas de sa course ; voyez comme il se précipite à la rencontre des barbares qui débordent sur la vieille Europe. Attila s'arrête trois fois devant lui, sous les murs de Troie, dans les plaines de Paris, aux portes de Rome. Julien le maudit, mais il meurt en s'avouant vaincu. Clovis l'adore, il gagne la victoire et donne naissance à la nation française. Peu content de civiliser et de convertir ces peuples nouveaux, Jésus-Christ pénètre dans les retraites inaccessibles d'où ils sont sortis ; il enchaîne à son char les fils de Galgacus et ceux de Vitikind, que deux moines, saint Augustin et saint

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Bonifaco, amùnoiil h sos piods; il s'ouvre à travers les deux Indes un choniiii plus (lifïicile encore, et lève huit fois sur Malioinel le f,daive de la croisade. Lorsque les conquérants du nouveau inonde s'enivrent, avec une soif brutale, de Tor et du sang de TAmérique, il suit ces farouches soldats d'un pas discret et rapide, baise les fors des vaincus, panse leurs plaies et envoie l'éloquent las Casas plaider leur cause à la cour des rois. On Ta vu chasser de l'Espagne les prêtres du mahométisme, arracher à leurs mains défaillantes le sceptre de la Grèce, et rapporter naguère dans les murs de l'antique Hippone les cendres exilées de saint Augustin, dont il veut confier la garde à la foi et à la valeur de l'armée française.

Ainsi, c'est Tacite qui nous l'atteste, Jésus compte, trente ans après sa mort, une multitude innombrable de disciples jusque dans la capitale du monde païen ; soixante ans après sa mort, il fait oublier, au témoignage de Pline, le culte si attrayant des idoles parmi les habitants du Pont et de la Bithynie, provinces les plus reculées de l'empire ; trois cents ans après sa mort, il n'a plus d'ennemis dans toute l'étendue du monde romain ; six cents ans après sa mort, il enfante à la civilisation et à la foi les hordes barbares dont l'Europe est couverte; quinze cents ans après sa mort, il gagne, dans un continent ignoré jusque-là, plus de royaumes que l'erreur ne lui enlève de provinces dans l'ancien continent; dix-huit cents ans après sa mort, il frappe de sa verge TEgUse de France, déjà ridée par la corruption, la courbe sous ses pieds, l'épure et la relève enfin, jeune en-

core de gloire et d'avenir. 0 conquérant des âmes! qui peut sonder vos desseins et mesurer votre course? Elle sait déjà combien votre lumière est vive, TAngleterre, où la foi se réveille et se rallume au flambeau de la science. Trois fois, dans la moitié de ce siècle, votre vicaire a été chassé de son trône, et trois fois votre main Ty a rétabli. Votre nom paraît maintenant Tunique sauvegarde des nations; c'est votre loi qu'on invoque partout comme une règle; c'est le drapeau de votre croix qui, au jugement des sages, porte seul dans ses plis les espérances de l'avenir; c'est votre esprit qui anime, qui pousse, qui entraîne le monde vers les rivages de l'éternité !

C'est pour continuer cette œuvre du salut des âmes que Jésus-Christ a fondé son Eglise. C'est par elle qu'il se survivra jusqu'à la fin des temps, selon sa promesse, dans la personne de ceux à qui il a dit : Je vous envoie, comme mon Père m'a envoyé. Pierre a hérité de sa puissance, et, à sa suite, les pontifes romains ont gardé sans interruption le dépôt sacré de la foi. « L'Eglise de Rome, écrivait saint Irénée, est la plus grande, la plus ancienne, la plus illustre, fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul, instruite par eux de la doctrine qu'elle a prêchée à tous les hommes, et qui, par la succession de ses évoques, est parvenue jusqu'à nous. »

C'est en s'appuyant sur cet enchaînement glorieux des successeurs des apôtres et des représentants de Jésus-Christ, que saint Irénée confondait tous les ennemis de l'Eglise catholique, et il parlait de la sorte lorsque cette société ne comptait pas encore deux

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siùcles. Oirout-il ajoiilé si uno succession non inlorroinpiie de (lix-Iiuil conls ans s'était montrée h lui par les litres et les moniimonts les plus manifestes et les plus inronlestablos ? Il y a toujours, dit llossuet, ce fait malheureux contre les liéréti([ues, ils se sont séparés du j^rand cori)s de TEglise. Mais, [)our nous, quelle consolation de pouvoir, depuis notre souverain pontife, remonter sans interruption jusqu'à saint Pierre établi par Jésus-Christ, d'où, en reprenant les pontifes delà loi, on va jusqu'à Aaron et Moïse; de là jusqu'aux patriarches et jusqu'à l'origine du monde. Quelle suite! Quelle tradition I Quel enchaînement merveilleux !

0 sainte Eglise romaine, oui, vous êtes vraiment l'épouse de Jésus-Christ, la mère et la reine de toutes les Eglises; le centre de l'unité, l'organe de la morale, l'arbitre de toutes les controverses, la gardienne infaillible de la saine doctrine.

0 sainte Eglise romaine, vous êtes notre mère, il faut que votre nom soit toujours sur nos lèvres, votre amour dans nos cœurs, vos bienfaits dans notre mémoire; il faut que je me réjouisse de vos triomphes et que je m'afflige de vos douleurs.

0 sainte Eglise romaine, voilà les enfants que vous avez donnés à Jésus-Christ. Puisse leur amour croître avec la rage de vos persécuteurs ! Puisse leur obéissance filiale vous dédommager du mépris des méchants!

Que la science et la sagesse nous viennent de vous ; que nous apprenions de vous à connaître, aimer et servir le Dieu qui se révèle à nous aujourd'hui dans son berceau, afin qu'un jour nous le possédions dans sa gloire. Ainsi soit-il.

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