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PRONONCÉE A LA DISTRIBUTION DES PRIX

DU COI.LKGK DK I/ASSOMPTION

28 iulUot 1888

Mi:S GIIKUS ENFANTS,

Avant do vous (lislribuer vos prix et vos couronnes, laissez-moi décerner au P. Timolliée, que nous venons d'entendre, le prix du bien penser et du bien dire. Il justifie par son discours les éloges (ju'il a reçus de la Faculté de Montpellier, en conquérant avec tant d'éclat son ^rade de licencié es lettres. Il a ajouté à la liste déjà longue de ces jeunes prêtres (|ui, pour mériter à leur collège ou à leur séminaire la confiance des familles, vont, sans embarras ni méfiance, demander à des juges universitaires le visa de leur haute capacité intellectuelle, et qui, le diplôme obtenu, licenciés ou docteurs, rentrent dans nos modestes chaires, que le monde veut à peine croire parées de tant de lauriers. On n'en parlera guère, on feindra de ne pas le savoir, on continuera à gémir, avec une affectation mensongère, sur la faiblesse de nos classes et de nos études.

Laissez du moins l'évêque de Nimes protester.

une fois pour toutes, contre cette opinion qui s'égare jusqu'à la plus criante injustice. Permettez-lui dédire qu'il compte dans le clergé tant séculier que régulier de son diocèse trois docteurs et treize licenciés, tant dans la philosophie que dans les lettres et dans les sciences mathématiques ou physiques ^ Avec de tels maîtres, l'Eglise a le droit de solliciter la confiance publique, et vous avez le devoir de nous la donner.

Nous l'attendrons avec patience; l'Eglise ne se décourage jamais; elle a pour elle le temps aussi bien que l'éternité. Elle a pour elle la gloire qui dure ; c'est par elle que le marbre et l'airain sont sûrs de vivre; et les monuments qu'elle dresse dans ses temples et dans ses écoles participent de son immortalité. Ce n'est pas d'une main hâtive qu'elle les bâtit; elle ne les prodigue pas; mais quand elle consacre quelque nom par des honneurs extraordinaires, ce nom, soyez-en sûrs, ne s'effacera jamais de la mémoire des gens de bien.

Témoin la statue qu'elle vient d'élever à Lacordaire dans le vieux collège de Sorèze, où le Bossuet de notre siècle est allé terminer ses jours.

Nous saluons d'ici ce monument que le patriotisme et l'éloquence peuvent se disputer, mais qui

1 L'enseignement secondaire libre possède, dans le diocèse do Nimes, !• trois docteurs, ce sont : M. le chanoine Ferry, supérieur de la maîtrise épiscopale, M. l'abbé Gontestin, professeur de philosophie au petit séminaire de Beaucaire, et le R. P. Edmond Bouvy, professeur de rhétorique à l'Assomption ;

2"* Trois licenciés es sciences : M. Allemand, M. Bonnetoi et le R. P. Martin ;

3" Dix licenciés es lettres : MM. Réeb, Delfour, Bertrand, Jules Martin, Masson, Soulié, Ludovic Navatel, Galixle Navatel, Bouisson et le R. P. Timothée Falgueretle.

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riîslorii siirloul à la ^^loircî d(î l'cdiicalion chrétienne. Lacurdairo aviiil [iris, on 18MI, lo litre de maitre (Cécole avec Montalomhort, son arni, son émule, coupabhî coinuK^ lui d'avoir ouvert un(î école libre. Condamnés tous (l(Mi\ par la «oiir dos pairs, ils omployèronl leur vio i\ fairo rovisor ce jugomonl |)ar la postérité et ft émanciper l'éducation.

La loi do 1850 a cassé Icjuj^^omcnt de 1831, et cent collèges, sortis comme de dessous terre, se sont ouverts le même jour sous les auspices do la liberté. Mais il y a une gloire plus grande que celle de faire do bonnes lois, c'esi celle de les ap[)liquer. Lacordaire s'est fait maître d'école à Sorèze ; il a donné à la jeunesse, avec les derniers restes de sa voix tombée, les derniers éclats d'une plume plus brillante que jamais, tant Tardeur qui animait sa grande âme était loin de s'éteindre. L'Académie française a envoyé le plus illustre et le plus éloquent de ses membres pour saluer cette noble statue ; et c'est un élève, c'est un maître sorti de cette maison, c'est notre ami, notre voisin, notre frère, M^'' deCabrières, qui a clos toutes les fêtes et tous les discours en adressant, avec un style digne d'un si grand sujet, à la mémoire du P. Lacordaire, le témoignage de l'admiration de l'Eglise, et à M. le duc de Broglie le tribut de nos justes remerciements.

Une autre statue nous attend à Orléans. Là, nous irons évoquer dans sa tombe le grand évêque auquel la ville d'Orléans doit, dans notre siècle, la gloire de son nom, comme elle a dû à Jeanne d'Arc la gloire de ses murs avec l'admiration de tout l'univers. Ai-je besoin de vous le dire ? M^"" Dupanloup fut^ comme

Lacordaire, un admirable maître de la jeunesse chrétienne. J'ai dit un maître, comnje je l'aurais dit de Quintilien, de llollin, de Fénelon. Laissons le nom d'éducateurs à Tusage de ceux qui soignent les animaux dans leur étable ou les abeilles dans leur ruche.

Je retiens pour nos héros le titre qu'ils ont pris, le titre de maîtres d'école. Ce sont des maîtres, parce qu'ils doivent former des disciples et se peindre euxmêmesdans les jeunes âmes qui reçoivent leursleçons.

M«r Dupanloup a donné à la jeunesse chrétienne le meilleur de sa vie. Il a élevé, agrandi,' transformé, au petit séminaire de Paris, le n^oule de l'éducation : il a fait de cette maison une école de bon latin et de bon français, qui a donné à la France ses meilleurs humanistes et ses écrivains les plus distingués. Il a passionné, enthousiasmé, pendant huit ans, pour TEglise, pour la vertu, pour Thonneur français, tout un séminaire soulevé par sa parole et entraîné par son exemple. C'était une flamme active, pénétrante, inspirée^ qui partait de ses yeux ; c'était l'œil du maître qui voyait tout, et tout marchait à sa parole. Ce qu'il faisait alors par l'action et par la voix, il l'a continué par la plume, retouchant et corrigeant jusqu'à la mort ses livres, qui le placent au-dessus de Quintilien et à côté de Fénelon. Voilà pourquoi la France l'honore et se souvient de lui. Voilà pourquoi les fleurs apportées depuis dix ans sur sa tombe par la piété publique ne cessent de se renouveler. Ghapu en a fait des fleurs de marbre, Barbedienne en fera des fleurs d'airain ; Tétendard de Jeanne d'Arc apparaîtra au-dessus de ce tombeau pour ombrager la tète du grand évêque. Ses yeux se rouvriront pour le saluer encore, et en voyant

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la devise gravée sur le drapcjau libérateur : Jésus! Maria! sa iiiaiii IV.ra un mouvement pour serrer sur son cœur le chapelet roulé entre ses doigts, ce chapelet qui fut l'inspiration de sa vie et la consolation de sa niort.

A côté de ces deux grands noms, Nimes en garde un autre que je viens [)rononcer ici avec autant de respect que d'admiration. iNimes n\i rien à envier ni à Sorèzc, ni à Taris, ni à Orléans. Le P. d'Alzon a lait, {)endant toute sa vie, ce que M*' Dupanloup a fait au commencement de la sienne et le P. Lacordaire dans ses derniers jours. Il fut pendant quarante-deux ans, dans cette cité, un orateur persuasif et un maître consommé, passionné, enthousiaste, pour Téducation de la jeunesse ; il est mort sur la brèche comme le P. Lacordaire, le chapelet à la main comme Tévéque d'Orléans.

Il est mort dans ce collège qu'il avait fondé, et devant son agonie, les clefs qui devaient forcer vos portes sont tombées comme d'elles-mêmes des mains de nos persécuteurs. Il est mort dans son collège, comme Augustin dans les murs d'Hippone assiégée depuis quatre mois par les barbares. Nous avons dit de ce jour fatal, où les portes de nos couvents tombaient sous la hache : Excidat illa dies œvo. Seule, la porte du P. d'Alzon fut respectée, et sa mort fut celle des Lacordaire et des Dupanloup, le soir d'un beau jour.

Huit ans ont passé sur sa dépouille mortelle, et la bonne odeur qu'elle exhale parfume encore Tasile de la mort. Mais pourquoi ne serait-elle pas rapportée un jour dans Técole qui a fait sa gloire ? N'est-il pas

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temps de fixer sur le marbre des traits si chers, et de rappeler par quelque monument le prêtre qui a tout donné à TEglise et à la jeunesse, son nom, sa fortune, ses talents, sa vie, avec cette magnifique imprévoyance et cette prodigalité simple qui n'appartiennent qu'aux grandes âmes? Il s'est donné sans réserve et sans retour, il s'est donné tout entier à ce collège, à cette cité, à ce Midi dont il était l'âme.

Il a étendu son action et fait bénir son nom à Paris, à Gonstantinople, à Rome. Il a laissé partout des écoles et des disciples. Ses contradicteurs, comme ceux des Lacordaire et des Dupanloup, ont pu lui refuser leur affection, mais il ne leur était pas permis de l'estimer médiocrement.

Nous avons tous des contradicteurs. Notre devoir est de les souffrir; notre vengeance, de les aimer et de leur faire du bien.

Mais le jour de la justice se lève tôt ou tard, même sur cette terre, et la reconnaissance reprend toujours ses droits. Faisons ce qu'on a fait à Sorèze et à Orléans. Agrandissons la modeste chapelle où le P. d'Alzon a prié et prêché pendant quarante ans. Elevons, sous le péristyle, la statue de ce fondateur. J'ouvre ici une souscription et je m'inscris pour 500 francs en tête de la liste, et quand vous viendrez me demander quelles paroles il convient de graver sur le socle de ce monument, je vous citerai ces mots de Lacordaire aux élèves de Sorèze :

Messieurs, si j'use ici ma vie, c'est à votre service.

PRONONCÉE AU COUVENT DE L'ASSOMPTION, A AUTEUIL A l'occasion

DES PREMIERS VŒUX DE M^le CAROLINE JANNIN

18 septembre 1888

Omnia parata : venite ad nuptias»

Tout est prêt, venez prendre place au festin des noces.

(Matth.y XXII.)

Ma Révérende Mère, Mes très chères Soeurs,

C'est pour la seconde fois que la novice présentée par vous à Tautel entend les douces et agréables paroles que j'emprunte, sans étude et sans choix, à Tévangile de ce jour. Il y a douze ans, le jour de sa première communion, pareille invitation lui fut déjà annoncée, les tabernacles s'ouvrirent et Jésus fut, dans un délicieux festin, sa nourriture et son breuvage. C'était le festin des premières noces.

Aujourd'hui, Dieu la tire du rang, la sépare du monde, la mène dans le cloître et lui dit : Veux-tu, ma fille, par une nouvelle alliance, m'accepter pour époux? Cet habit, ce voile, cette règle de l'Assomp-

tion, plaisent-ils à ton cœur? Je suis prêt à recevoir tes premiers vœux et à faire de ma chère novice une humble professe. Regarde, Tautel est paré de fleurs et de lumières, la communauté est assemblée, je t'attends, viens m'épouser, viens l'asseoir au festin des noces : Omnia parata, venite ad nupiias.

Ainsi parle Jésus, et nous allons essayer de parler nous-même, et au nom de TEglise et de la congrégation de TAssomption, et au nom même de la famille selon la nature, qui se joint à la famille selon la grâce, pour que rien ne manque au sacrifice de ce jour.

Agréez donc, ma chère fille, ce que je vais vous dire. Je vous appelle ma fille, mon caractère m'en donne le droit; mais votre père me le donne à son tour, et me prie de Texercer à cause de cette vieille amitié qui nous a fait mettre en commun, depuis soixante ans bientôt, tous les souvenirs de notre ville natale et de notre collège. Il m'a entretenu souvent de votre vocation, avec cet esprit de foi qui le distingue et qui l'honore. Aujourd'hui que vos vœux sont accomplis, il ne reste plus qu'à vous féliciter, et je le fais en vous disant bien haut ce que Jésus a dit de sainte Marie-Madeleine : Optimam partem elegît, elle a choisi la meilleure part.

C'est la meilleure part qui vous est échue, puisque cette part, c'est la prière, c'est la coramunion fréquente, c'est l'adoration perpétuelle, c'est l'habitation du sanctuaire, c'est Jésus, dont vous parfumerez les pieds, comme Madeleine, avec l'odeur de vos vertus et avec l'encens de vos sacrifices. Les filles du monde ont beau s'agiter, se répandre, chercher à

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plaire, oUos trouvent reiiiiiii, les déceplious, l'amertiinio. Et combien, s'il en était tem[)s encore, éclianf^oraient leur sort contre le votre! Elles envieront votre bonheur et elles (liront, en ap[)renant votre |)rofession reli|^ieuse : Notre amie ne s'est |)as trrjinpée, elle a choisi la meilleure part.

Tour la comprendre, la goûter, la garder toujours, vous allez faire trois vœux , les écrire à l'autel et les signer de votre nom. Mais ce sont encore trois vœux de félicité profonde et de bonheur parfait. C'est le bonheur d'être chaste; qu'est-ce à dire? Votre corps, votre àme, votre imagination et vos sens, votre cœur avec tous ses mouvements et toutes ses aspirations les plus secrètes, vont être gouvernés, domptés, assujettis par une vertu secrète qui fera vos plus chères délices. Jésus est votre époux, c'est un Dieu jaloux qui ne peut souifrir aucun partage avec des dieux étrangers. Vous lui appartenez comme Cécile, comme Catherine, comme Agathe, comme Thérèse. Cécile chantait avec les anges; Catherine était heureuse dans la tour qui lui servait de prison; Thérèse réformait tout le Carmel ; et tous ces miracles, tous ces ravissements, c'est la chasteté qui leur en procura la gloire. Dites, n'avaient-elles pas choisi la meilleure part?

Avec la chasteté qui donne ces joies intérieures, que ne vous donnera pas la sainte pauvreté ? Saint François l'appelait « madame » et la traitait en reine. Donnez-lui tous vos biens, et vous verrez comme elle sera magnifique en devenant votre marraine. Cet or, cette terre, ces titres de rente, tous ces faux biens dans lesquels le monde met ses comptai-

sances, que sont-ils? un peu de boue, une illusion; car nous n'avons à nous qu'un or qui se rouille, des titres souvent sans valeur, une terre qui se dérobe et qui fuit loin de nous quand nous croyons la tenir. Ceux qui en ont joui le plus longtemps ont dû tout quitter à la mort. N'est-ce pas de la sagesse de se dépouiller par avance de ce qu'il faudra quitter un jour? 0 sainte pauvreté, que tu es belle! et que ceux qui t'embrassent sont riches dans leur dépouillement!

Mais je ne vous ai pas dit encore quel va être votre plus grand bonheur. Vous allez faire vœu d'obéissance, et c'est par là surtout que vous serez heureuse. L'obéissance, disait la sagesse antique, est la mère delà vraie félicité : Obedientia felicitatis mater. Obéissez et vous régnerez : Servir e regnare est. Vous régnerez sur vos supérieurs, dont vous posséderez le cœur et les bonnes grâces; sur vos compagnes, qui proclameront votre vertu et qui en deviendront les émules; sur vos élèves, qui vous voyant si soumise à la règle, se soumettront elles-mêmes à vos moindres désirs. C'est en obéissant que l'on apprend à commander. Et ceux qui commandent se renouvellent eux-mêmes dans l'esprit de leur état, en devenant plus que jamais les fîls de la règle et les enfants de la loi. 0 douce servitude! ô saint esclavage! Ainsi s'explique le bonheur du cloître. On s'est donné à Dieu, c'est-à-dire qu'on obéit; Dieu agrée le sacrifice de nos biens. Dieu nous soutient dans les combats de la chasteté. Dieu est à nous, nous sommes nousmêmes à Dieu , et le monde n'est plus pour nous, comme pour l'Apôtre, qu'un supplice d'où nous

A i/or.CAftioiN in:s phkmikrs vokix I)K m"" jannin. a:v.^

sommes sortis pour nous crucillor avec Jésus-Chrisl par 1ns Irois V(r>ux do |)auvrolô, d 'obéissance et do chastolù : .)///// mundus cruvifirus astj et ego muiido.

Mais co (|iii ajoute ù votre bonheur, ce i\\x\ vous en donne non seulement res|)érance, mais la certitude, ce sont les circonstances dans lesquelles vous allez prononcer vos v(eux solennels. C'est l'année dans laquelle notre saint- père le pape a approuvé les constitutions de votre congrégation. N'y a-t-il pas h\ une garantie de stabilité; d'expérience et de bonheur? Ce n'est pas tout. La vénérable mère qui va vous présenter à Tautel a accompli cette année même sa cinquantième année de profession religieuse. N'est-ce pas vous dire tout le bonheur qu'elle y a trouvé? D'autres diront tout le bonheur qu'elle a répandu dans les vingt-deux maisons qu'elle a fondées, parmi ses filles et ses religieuses, qu'elle compte par centaines; parmi ses élèves, qu'elle compte par milliers. En la voyant, après tant de travaux, porter sans fléchir le poids des années, vaquer à de nouvelles fondations et envoyer sous tous les soleils des compagnes et des propagatrices de son œuvre, bénissons le Seigneur, qui a si visiblement béni la congrégation des Dames de l'Assomption, et chantons encore une fois le bonheur de sa fondatrice et de toutes ses filles.

Je reviens à notre novice et je lui donne l'assurance que sa famille selon la nature participera aussi à sa féhcité. Qu'est-ce qu'un prêtre, qu'est-ce qu'une religieuse, sinon une consolation et une gloire pour ceux qui lui ont donné le jour? Pendant la vie des parents, elle les assiste de ses prières et répand sur

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