‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 41 sur 47 · DES FETES DE NOTRE-DAME DU PORT · texte numérisé non relu

DES FETES DE NOTRE-DAME DU PORT

2 0 mai 1888

La ville de Glermont-Forrand célébrait sa grande loLe de Notre-Dame du Port. Avant rolQce du soir, une belle procession s'est déroidée dans la cité. Au moment où le cortège faisait station sur la place des Croisades, au lieu même où le pape Urbain II [)récha la première guerre sainte, M^'' Besson, évéque de Nimes, s'est avancé sur Testrade des évêques et a prononcé devant une multitude innombrable Tallocution suivante :

« Dieu le veut! Dieu le veut ! C'est le cri qui est parti, du haut de cette place, des lèvres du pape Urbain II, et qui, répété par cent mille bouches, a fait tomber les murs de Jérusalem, délivré le saint tombeau, inauguré les croisades et refoulé à tout jamais Uimpiété el la corruption de Mahomet dans les sables de l'Asie.

)) Dieu le veut! un grand évêque, M^*" Freppel, évéque d'Angers, Ta dit, Tan passé, au pied de la statue d'Urbain II, élevée sur les hauteurs de Chà-

tillon, et il vient visiter aujourd'hui la ville où le pape des croisades a fait cet éloquent appel à la France, à son siècle, à l'humanité tout entière; ce soir, il glorifiera Notre-Dame du Porl. C'est le sanctuaire où Urbain II est allé chercher ses inspirations; c'est Icà qu'il a célébré, le premier, la messe des croisades; c'est là que l'évéque du Puy a médité le Salve Regina, qui a fait, comme le cri Dieu le veut! le tour de la chrétienté, avec les drapeaux de la croisade. Parlez, Monseigneur, de tels souvenirs conviennent à votre grande éloquence. Vous serez dignement inspiré dans la terre des héros et des saints ; l'Auvergne est le centre de la France, et quand on lit son histoire, on reconnaît que si le temps a éteint les volcans de cette terre généreuse, rien n'a pu éteindre dans les âmes ni les grands sentiments ni les hautes pensées.

)) J'ai parcouru hier, mes très chers frères, les rues et les places de votre cité, et j'en ai admiré les monuments. Vous ne prodiguez pas, comme on le fait ailleurs, le marbre et l'airain pour élever des statues à des hommes vulgaires ou à d'insignes malfaiteurs. C'est le courage, c'est la sagesse, c'est l'éloquence, que vous voulez retracer.

» Telle est la statue élevée à Desaix; notre siècle n'a pas de gloire militaire plus héroïque et plus pure. Fonlanes a fait son épitaphe, et vous pourriez l'inscrire sur le socle :

Tu meurs, brave Desaix, tu meurs, ah ! peux-tu croire Que l'éclat de ton nom finisse avec tes jours ? L'Arabe en ses déserts s'entretient de ta gloire, Et ses fils à leurs fils la redisent toujours.

A l/onr.ASION DKS PftTKH l)K NOTnF-DAllK DU PORT. Wt

» Jo 110 sais si on n oiiblin au Oiimy, à Aloxaudrie,

I Damas, la «^loinnlii (M)in()a;^ii()ii do Hoiiaparto, mais

il (\sL IxNui, il osl juslo do s'on souvouir à Clonrioiit,

oL c'est |)ar do lois lioiiunages ([u'on onsoi^no à la

joiinosso la valoiir. la jiisLico ol la roconnaissancn.

)) Plus loin, j'ai vu Pascal, avoc son front acr^ablô sous lo |)()ids do s(\s [jonsùcs. (lôoinôlro ot physicien, il étudiait dans vos nionta^^nes les [)rol)lènios les plus ardus des sciences exactes ; mais ce n était (|u'un coté de son grand esprit; |)ar un autre, mille fois plus }^rave et plus élevé, il a abordé et résolu les plus difficiles problèmes de la religion révélée. Ce n'est point sur Toreiller du doute qu'il a reposé sa tête. Il a cru ; il a écrit parce qu'il croyait; il a montré dans lo péché originel le nœud de la destinée humaine, et c'est sur ce dogme démontré à sa propre raison par les contradictions mêmes de notre nature qu'il a élevé rédifîce de son salut et de tout le christianisme. Pascal fut un roseau, il la dit lui-même, le plus faible qu'il y ait dans la nature. Mais c'est un roseau pensant, et cette pensée, souvent inquiète, mais sincère et profonde, lui a mérité une des premières places parmi les meilleurs apologistes du christianisme.

» Glermonta d'autres grands hommes, et nous demandons à votre justice d'autres statues. Elevez sous le parvis de votre cathédrale la noble image de Massillon. Ses cendres ont été dispersées, mais son nom reste à votre gloire, et sa gloire est celle de l'éloquence et de la rehgion. Vous graverez sur le piédestal de cette statue ces mots de l'orateur : Dieu seul est grand ! C'est un beau mot que celiii-jà, prononcé

sur la tombe de Louis XIV. Mais quel mot convenait mieux à la bouche de Tévêque de Glermont? A qui convient-il mieux de le répéter qu'à la ville d'Urbain II, à la ville qui a entendu ce grand pape s'écrier avec tant d'autorité : Dieu le veut !

» C'est, nous le savons, le désir ardent de votre évêque, de votre ami, de votre père, qui vient de placer au Vatican la merveilleuse statue de saint Austremoine, de compléter un jour cette œuvre de justice et de gloire par un monument élevé à Urbain II, sur la place même où nous sommes, ayant pour inscription le cri de guerre de la croisade : Dieu le veut ! Qu'est-ce à dire, en appliquant ce mot aux temps contemporains, à la terre où nous sommes? Il veut qu'on reconnaisse ses droits, qu'on adore son saint nom, qu'on observe ses commandements, et quand c'est à la France qu'il s'adresse par la bouche d'un pape, cet ordre, ce cri de guerre et de justice enfante toujours des merveilles. Heureux le peuple qui le comprend. Il restera le premier peuple du monde.

» Non, Monseigneur, vous n'achèverez pas votre épiscopat si fécond et si paternel dans cette terre des Arvernes, où les évêques s'enracinent si bien et durent si longtemps, vous ne l'achèverez pas sans avoir célébré le huitième centenaire de la première croisade, sur cette place même et aux pieds de la statue que vous érigerez à Urbain II. Ce sera, en 1895, l'occasion d'une fête que vous donnerez à toute l'Auvergne. Léon XIII, que Dieu conservera à notre admiration et à notre amour, l'encouragera du haut de son siège, plus entouré que jamais de l'obéissance et de l'admiration des deux mondes. Donnez-nous,

A l'occasion DKS FftTKS l)F. NOTIIK-DAMK 1)1' POHT. 4Î7

coiiniKî pn'îsaniî de. en i^mmikI (:(îiil(3iiinr(*, la Ixînrdicliuii ol l(îs iii(liil;^'oncos (lu'il vous oiivoio aujourd'hui |)Ourlos (lislril)uor h collo t'oiihî iiiimonsci. Deux 6vô- (|ii(\s vionuont Joiiidn' Iimii's iiiiiiiis aux vùlres, parlicipanl ainsi an i^i'aiid l)()nlionr do co jour et dcmandaiil l(Mii" pari dans los grj\cos dn saint-siège. Le .Inhili'î (\\\ Vi\\)('. a rodouhlô |)aii()nl la joio d(;s bons, rôlonnemonL dos impies, les es[)érances que toute la catholicité conçoit \un\v nii nuMllenr avenir. Cet av(MHr, nous rospérons ; et dans les lieux où nous sommes, c'est plus ([u'une os|)érance, c'est la certitude de la victoire. Dieu le veut ! Diac le veut! »

AIJ-OCUTION

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