‹ Œuvres pastorales et oratoiresChapitre 44 sur 47 · DES NOCES D'OR DE M. ET M" EUGÈNE MAGUE · texte numérisé non relu

DES NOCES D'OR DE M. ET M" EUGÈNE MAGUE

ao septembro 1888

Gaudetc rt cxultatc in illa diCy quia merces vestra copiosa est in cœlis.

l{éjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense sera abondante dans les cieiix.

(Matth,y XVI, 23.)

Madame et Monsieur,

Les paroles que je prends sans étude et sans choix, dans Tévangile de ce jour, s'appliquent avec un naerveilleux goût à la cérémonie qui nous rassemble. C'est la paix, c'est Tallégresse queje chante aujourd'hui même, in illa die; mais c'est dans le ciel que je vous annonce Tabondance et la plénitude de la récompense que Dieu vous promet : merces vestra copiosa est in cœlis.

Vous n'avez voulu pour témoins de vos noces d'or que votre évêque, votre curé et votre famille. Ce digne curé a célébré les siennes il y a cinq ans passés,

et depuis ce jour il reverdit à l'autel et nous promet bientôt de célébrer ses noces de diamant. C'est le vœu que je fais pour vous, nobles et pieux époux, qui venez renouveler aujourd'hui, après cinquante ans, la joie de votre mariage. Vos enfants et vos petits-enfants, vos neveux et vos nièces, vous entourent comme d'une couronne d'honneur, et jamais patriarches n'ont paru suivis d'un plus radieux cortège.

Laissez-moi jouir de ce spectacle et reposer mes yeux sur vos cheveux blancs et sur vos mérites : Vous, mon vénérable et cher diocésain, vous donnez chaque jour un exemple unique dans cette grande cité, et que l'on peut citer au loin pour Tédification de la société chrétienne. Levé avant l'aurore, vous arrivez au seuil de l'église à l'heure même où les portes s'ouvrent, vous y entendez la première messe, vous y faites la sainte communion, et toute la ville de Nimes vous regarde à bon droit comme le premier député qu'elle envoie aux pieds de la Majesté éternelle, pour l'implorer avec tout le crédit qui s'attache à la plus haute vertu et à la plus solide piété.

Qu'il vous serait agréable. Madame, de suivre votre époux dans un tel exercice ! Mais votre santé vous condamne au repos. Il faut vous résigner souvent à ne prier que dans votre sanctuaire domestique. Cette résignation ne fait que rendre votre piété plus touchante, et les éloges unanimes que reçoit votre mari vous laissent un peu dans l'ombre sans rien ôter à vos mérites tout particuliers, qui conviennent surtout à la femme chrétienne, à votre modestie, à votre patience, à votre douceur.

POUH LKS NOr.KH l)'oH I)K M. RT M"* KUGfeNR MAIitE. 443

Diou a béni volro mariago, ot vous avez vu croître ol grandir vos enfants autour do votre table, comme ces jounos |)lanls d'olivior dont rKcrituro vante [abondance et la beauté. Jo voudrais les voir tous dans cotte fote, ils en seraient la plus belle parure. Mais la mort est do toutes les iV'les, et vous no |)()urroz penser à ceux il (jui vous avez donné le jour, sans môlor dos larmes i\ (H3s doux et sacrés souvenirs.

Pourquoi ne vous lo dirais-je pas ? Il y a dix mois, un do mes amis do Franclio-Comté, M. lo baron Henri d'Aligny, venait frapper à ma porte et passer vingtquatre heures sous mon toit. Il me parla tout d'abord de M. Henri Mague, et me demanda à le revoir. Je ne pus lui répondre que par cet hélas ! dont nous accompagnons le nom de ceux qui ne sont plus. Il me raconta alors comment il avait connu et aimé votre (ils. Ils suivaient les mêmes cours, mangeaient à la même table, fréquentaient ensemble les conférences de Saint- Vincent de Paul, les offices de rEglise,les sacrements de pénitence et d'eucharistie. Agréez ce témoignage lointain et inattendu d'une vive et sincère amitié. Je le rappelle au jour de vos noces d'or, i)i ill.a die, pour vous donner l'assurance qu'un fils bien-aimé n'a pas défailli dans les jours de sa jeunesse, et que vous le retrouverez en paradis.

Hélas ! ce ne fut pas votre seule épreuve que de voir partir avant vous un fils si digne de vous. Pour ne citer que la dernière, une de vos petites-fjlles vient de vous quitter. C'était dans votre maison de Nimes, entre vos bras, entre les bras de son père et de sa mère.

Rien n'a pu la retenir, et parmi ces embrassements si tendres dont parle Bossuet, elle s'en alla doucement vers Dieu qui l'appelait, avec ce détachement tranquille qui n'appartient qu'aux enfants de seize ans, aux jeunes vierges dont le Seigneur se hâte de faire ses épouses. Tant il est vrai que nous n'habitons pas ici la vraie patrie, mais Texil ! Tant il est vrai qu'il nous faut jeter les yeux plus haut que la terre et le temps pour revoir tous les nôtres et nous apprêter à les rejoindre. La terre et le temps ! Qu'ai-je dit ? Mais la terre est couverte de ténèbres ; mais le temps, mais les hommes sont plus incertains que jamais de leur destinée. Ce serait à désespérer si nous n'étions pas Français, et surtout si nous n'étions pas chrétiens.

Non, mes chers diocésains, nous ne désespérerons ni de la famille ni de la patrie. Jeunes gens qui m'écoi tez, regardez ces deux beaux vieillards, c'est Tespérance en cheveux blancs. Les voilà tels qu'ils étaient il y a cinquante ans, faisant le bien à l'envi l'un de l'autre, serviteurs de l'Eglise, amis des pauvres, aussi estimés à la ville qu'à la campagne ; et à Marguerittes comme à Nimes, faisant le bien, faisant de leur maison un vrai couvent de charité. Toutes les grandes choses, ils les aiment et ils les honorent. Toutes les bonnes œuvres, ils les protègent et ils en promettent l'exécution. Toutes les représailles de droit et de justice que nous devons attendre, ils les attendent et ils les espèrent. Croyons, espérons, aimons, prions comme eux. Tâchons de leur devenir semblables. Puissent tous ceux qui m'écoutent aussi, dans le cloître, à l'autel, dans le monde, avoir la joie

POUR LKH NOCKH l)V)R DR M. RT M** BUGÈNR MkViVF. AA^

do rélébrorlours nocos (l'or ! Puissonl-ils surtout nu]ritor (lo los ci'îhibror dans lo ciol ! lA, elles n'ont point d'ombro, point de lendemain, car c'est Dieu que nous épouserons pour toujours, sans voile, sans réserve, sans fin, dans les délices et les transports de l'éterncUo Jérusalem.

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