AU MARIAGE
DE M. LE COMTE DE LORD AT AVEC M^le DE ROUX-LARGY
6 octobro 1888
Nos TRÈS CIIERS FrÈRES,
Nous avons accepté, non seulement avec un paternel empressement, mais avec une vive reconnaissance, Tinvitation qui nous a été faite de présider la cérémonie de ce jour et d'appeler, sur les deux époux qui se présentent à l'autel, l'abondance et la plénitude des miséricordes divines.
Vous êtes, Madame, par votre naissance et par votre baptême, une des lilles spirituelles de la cathédrale d'Alais. Ce temple vous connaît et vous compte, ainsi que votre chère sœur, parmi ses plus insignes bienfaitrices. Le clergé, les notables, toute cette cité vient vous témoigner, par sa présence, la haute eslime dans laquelle on tient votre famille, et l'intérêt tout particulier qui s'attache à votre personne.
Aussi m'est-il agréable de présenter à la ville d'Alais le noble époux qui a obtenu votre main. Sa noblesse est au-dessus de tout éloge. Vingt générations de preux et de gentilshommes lui ont donné le sang
us ALLOCUTION
qui coule dans ses veines. Du x® au xix® siècle, toute Thistoire du Midi est l'histoire même des Lordat. Il ne m'appartient pas de citer des faits d'armes sans nombre qui remontent aux croisades et qui se sont renouvelés d'âge en âge, jusque dans les deux guerres de Sept ans. J'aime mieux relever, devant les autels, la fidélité avec laquelle les Lordat ont servi TEglise contre les albigeois et contre les protestants; leur piété est plus grande encore que leur valeur ; les évêques et les patriarches qu'ils ont donnés aux sièges les plus illustres; leur nom cher aux papes aussi bien qu'aux rois de France, et les missions saintes qu'ils en ont reçues. Témoin, pour n'en citer qu'un seul trait, ce Guillaume de Lordat, nonce du saint-siège, qui alla chercher en Sicile le chef de saint Thomas d'Aquin et qui le remit aux Dominicains de Toulouse. 0 tête sacrée, la plus vaste et la plus profonde qui ait reposé sur les épaules d'un homme, je vous contemple, dans l'église de Saint- Sernin, au milieu des dépouilles mortelles des plus grands saints. Je vous implore, je vous demande un regard pour ces Lordat à qui Toulouse doit de vous posséder aujourd'hui. Soyez propice à cette jeune famille qui vous invoque au commencement de ses nouvelles destinées; écoutez-la, elle vient vous dire avec une confiance toute chrétienne : Nous sommes les enfants des saints et nous attendons la vie que Dieu donnera à ceux dont la foi n'a jamais changé : Filiisanctorum sumus et vitam illam expectamus quam Deus daturus est his quifidemsuam nunquam mutant abeo ^
ro&., II, 18.
FRONONCftK AU MARIAGE l)K M. I.K iOMTK l)K M)RI)AT. -iiî)
Mais h (|U()i bon iiisislor sur œ {^d()ri(3iix p;is.s(V/ Los Lordat lionnoiil dans iioLro si(»clo un ran;^' di^^ne do leur vioillo réputation. J'en altosto les suflra^'Os du pays, qui ont élu doux fois pour député de l'Aude le chef actuel de la maison. J'en atteste les dernières alliances qu'elle a contractées. Les de I*ins, non moins célèbres dans l'Eglise que dans l'Ltat, les Chabot, les Iliquot, ont ici des représentants, et celle à qui vous donnez dés aujourd'hui le nom de mère vous rendra tout ce que vous avez perdu, en perdant, si jeune encore, celle ii qui vous devez les bienfaits du jour et de l'éducation.
Vous pouvez, Monsieur, rapprocher vos litres de foi, de piété et de gloire, de ceux qu'apporte à ce mariage la jeune épouse à qui je viens de les raconter. Son père appartient à cette vieille aristocratie marseillaise, qui s'est mêlée aux épreuves des Belsunce, et qui depuis trois siècles soutient l'Eglise dans tous ses combats. On n'a oublié ni cet échevin de Marseille qui débuta dans la vie politique à l'âge de dix-huit ans, comme commissaire royal pendant la peste, et parut à côté de l'évêque avec tant de courage ; ni ce dignitaire de l'Eglise qui fut massacré aux Carmes en 1792, avec l'élite de l'épiscopat; ni ce député qui soutint si dignement sous la Restauration l'honneur de son mandat. Voilà les ancêtres de M"® de Roux-Larcy. J'aurai loué son père comme il convient à un ami de le faire en sa présence, en disant qu'il est digne de porter ce grand nom.
Que vous dirai-je de sa mère? Toute la cité la proclamait la mère des pauvres et des affligés, la joie et l'honneur des cercles les plus brillants, le soutien de
At)0 ALLOCUTION
toutes les bonnes œuvres. Elle avait été élevée à bonne école. On n'a pas oublié à Paris avec quelle distinction elle faisait les honneurs du salon de son père, quand son père recevait dans son niinistère Télite de la France. Six fois député, deux fois ministre, le baron de Larcy fut, dans le déclin de notre siècle, un de nos grands homnies d'Etat. C'est son glorieux souvenir que cette cité fête aujourd'hui, en s'associant à toutes les espérances de cet heureux mariage, et en priant le ciel de combler de ses bénédictions la petite- fille de celui qui a été l'honneur de tout notre Midi ; de celui qui en demeure une des plus pures illustrations.
Quand pour l'ensevelir avec les honneurs dus à son rang, Tévêque de Nimes et l'évêque de Montpellier se réunirent dans cette cathédrale, rien dans cet honneur ne parut dépasser tout ce que nous devions à son mérite. Aujourd'hui l'évêque de Montpellier nous manque pour prendre à notre joie la même part qu'il avait prise à notre deuil. Mais s'il est absent de corps il est présent de cœur et d'esprit, et j'ai accepté la douce charge de vous dire tous les vœux que forme sa vieille amitié pour le bonheur de ces deux époux.
Enfin je m'acquitte d'une mission plus glorieuse encore en apportant les bénédictions de Léon XIII. Ce grand pape, l'orgueil et l'amour du monde, a abaissé ses regards sur cette enceinte, et ce matin même il a recommandé au saint autel les nouveaux mariés de la cathédrale d'Alais. Que Sa Sainteté daigne agréer l'expression de notre filiale reconnaissance.
Voilà donc vos témoins, jeunes époux, et au ciel
rnoNONr.fiK ao maiiia(;k dk m. i.k comtr dk tonnAT. VA
ol sur la terre, ol devanl Dion cl devant les homnios. On no saurait iniagiiuîr dos présages plus rassurants pour vos Tulures destinées, (^est une maxime empruntée à la saj^esse anti(pie et à l'expérience de nos pères, qu'il faut mettre dans un mariage des apports égaux. Naissjmce, fortune, souvenir des ancêtres, sentiments généreux, dévouement à l'église, tout est pareil do rluKjue côté. Il ne reste plus, après avoir lu l'histoire du [)assé, (ju'c\ composer pour l'avenir l'agréable histoire de ces deux époux qui ont mis en commun de tels avantages et qui n'ont plus qu'à en jouir. L'épouse sera, comme sa mère, douce, modeste, sensible ii l'honneur du nom qu'elle va prendre. Les pauvres la béniront, et elle sèmera autour d'elle la joie et la bonne odeur que répand la vertu. L'époux sera, comme son père, un homme d'un bon conseil, d'une grande prudence, d'une popularité capable de servir et d'accréditer toutes les bonnes causes dont il embrassera la défense. On les louera tous deux pour l'union, la concorde et la paix dont ils offriront dès le premier jour le parfait modèle, et qui feront fleurir leur maison au milie\ de l'estime de tous les gens de bien.
Que Dieu leur donne, selon les vœux de la sainte Eghse, de voir naître, cix)ître et grandir leur postérité jusqu'à la quatrième génération. Leurs enfants seront plus heureux que nous ne le sommes dans le siècle présent. Mais le siècle futur leur appartient. Ils verront, s'il plaît à Dieu, l'Eglise triomphante et la France florissante et prospère. Nous semons dans les larmes; ils moissonneront dans la joie. Achevons, parents chrétiens, de leur préparer, par nos épreuves.