LA DÉCOUVERTE DES RELIQUES DE SAINT PONS
7 juin 1887.
Nous venons de célébrer, nos très cliers frères, avec quelle joie et quelle consolation, vous le savez, le millénaire de Notre-Dame de Prime-Combe en couronnant, au nom de Léon XIII, cette vierge miraculeuse, gardienne des deux diocèses de Nimes et de Montpellier, dont elle marque la limite par ses autels. Personne n'oubliera le 24 mai 1887 : ces dix évêques assemblés aux pieds de notre chère Madone, ces six cents prêtres qui leur servaient de cortège; ces trente mille pèlerins répandus au loin sur les collines, dans les bois et dans les vallons ; ce panégyrique si éloquent prononcé à la messe par M^' Tévêque de Montpellier; cette heureuse et vive improvisation par laquelle Msfr l'évêque d'Agen a terminé les cérémonies publiques ; ces processions, ces chants, ces offrandes, ces marques de piété qui ont duré tout le jour, et pour résumer les impressions de la foule, cette allégresse
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qui se peignait au départ sur tous les fronts, radieuse et douce comme le soleil couchant qui colorait de ses derniers ravons les bois d'alentour. Aucun trouble, aucun accident n'a marqué le cours d'une si belle fête. Marie nous a gardés, et la foi unie au respect a donné à cette manifestation un caractère solennel, sans lui rien ôter de cette familiarité naïve avec laquelle nos contrées s'empressent autour de la sainte Vierge comme des enfants autour de leur mère.
Quelles actions de grâces pouvons-nous rendre à Dieu et à Notre-Dame de Prime-Combe après tant de joies et de consolations ? C'est sur les bords du Rhône, à Villeneuve et à Avignon, que nous irons les chanter ensemble. Là s'apprêtent trois centenaires, tous trois chers à notre diocèse. Là, trois saints choisis dans la cour innombrable qui environne Marie sollicitent, cette année même, nos souvenirs et nos regards. C'est l'anniversaire mémorable du jour où ils ont quitté la terre pour aller saluer Marie dans le ciei ; c'est de la colline de Villeneuve que leur âme a pris son vol vers la Jérusalem éternelle. Ainsi sortit de ce monde, en 587, une vierge de haute naissance, sainte Casarie, qui se sanctifia sur le mont Andaon, dans une grotte mystérieuse, et la laissa toute remplie tant de l'austérité de sa vie que de la douceur de sa mort ^ Cinq siècles après, saint Pons, abbé de Saint-André, termi-
1 Voir 1g savant et intéressant mémoire composé sur ce sujet par M. le chanoine Fuzet, curé-doyen de Villeneuve (1887).
M. l'abbé GoifTon, notre secrétaire-archiviste, a publié sur Villeneuvelez-Avignon un très remarquable ouvrage couronné par l'Académie de Nimes (1884).
Ces deux écrits nous ont beaucoup aidé pour la découverte des reliques dô saint Pons.
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naiL dans los mémos liniix, lo '20 mars 10M7, uni; vio signalùo par des miracins do promior ordro. (lo lui lo mémo char do i^loiro f|ui vint prondro sur la môme monla;^Mio. ou ['Ml, l'àmo du biouliouroux Piorro do Luxembourg, co jouno saint ;\ poino arrivé du UDrd do la Franco pour fau'o l'ornomonL do la cour poiUiflcalo d'Avignon, évôijuo à Iroizo ans, créé cardinal à dixsept ans, reçu dans lo ciel à dix-huit, et qui, en ochangeanlla pourpre contre le linceul, fil do son tombeau un autel et de son nom le nom d'un bienheureux.
Voilà les trois centenaires qui nous ap[)ellenl à Villeneuve et à Avignon, et que nous aurons la joie de célébrer, du 8 au 5 juillet, dans une magnifKjue assemblée d'évéques, de prêtres et de fidèles, sous la présidence de notre cher et vénéré métropolitain. Villeneuve commencera l'action de grâces dés le 3 juillet par les panégyriques de sainte Gasarie et de saint J^ons. Avignon l'achèvera deux jours après, au milieu des pompes d'une grande cité, en célébrant la gloire du B. Pierre de Luxembourg, dont elle a reçu et gardé lo corps avec une piété que cinq siècles écoulés n'ont fait que rendre plus sensible encore.
Une découverte précieuse que nous avons le devoir de vous communiquer aujourd'hui ajoutera beaucoup à l'intérêt de nos solennités et en fera la plus belle parure. Nous avons retrouvé le corps de saint Pons, l'un des trois héros de nos centenaires. Apprenez, avec le récit abrégé de sa vie, comment Dieu nous a donné de remettre en lumière un des plus riches trésors de notre Eglise.
C'était au milieu du xf siècle, dans cet âge fameux où écrivit saint Anselme, le maître de la philosophie
chrétienne, où sainl Grégoire VII lira TEglise de la servitude par son courage, et où le B. Urbain II mena tout l'Occident à la conquête des lieux saints. C'était un siècle de régénération religieuse et sociale. L'ordre de Saint-Benoit en faisait la gloire, et les moines en furent les héros. Il s'était établi, sur le mont Andaon, qui domine Villeneuve et qui commande toute la ville, non loin do la grotte où se sanctifia sainte Gasarie, un monastère soumis à la règle du saint patriarche, et qui, malgré les invasions des barbares, comptait parmi les plus florissants de la contrée. Ses premières annales ne nous donnent guère que le nom de ses abbés, mais la vertu modeste finit par mériter la gloire, et il plut à Dieu d'exalter l'abbaye de Saint- André aux yeux des hommes par les mérites et les miracles d'une sainteté éminente. Vers Tan 1030, un chrétien fervent vint y demander un asile pour lui et pour ses deux fils. Il prit avec eux l'habit de novice et mourut dans leurs bras. L'aîné se nommait Pons, c'est le seul dont l'histoire ait conservé le nom, et c'est sa sainteté qui lui a valu cet honneur. Dès son entrée dans l'abbaye, l'austérité de sa vie le signala à tous les yeux. Cette vertu, qui était animée par un esprit de foi et de simplicité, éclatait dans toutes ses actions et leur donnait un nouveau charme. Petit de taille, la tête penchée, et le corps déprimé par ses macérations, moins il semblait fait pour commander aux autres, plus ses rares qualités démentaient son extérieur. Pons aurait voulu mourir dans l'obscurité de sa vertu, mais le sufi^rage unanime de ses frères l'éleva, en 1060, sur le siège abbatial, malgré ses résistances et ses larmes. Ce fut pour Pabbaye
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(lo SiiinL-Aiidrô un iiicoinpiinihlo liicMil'ail. Ii(;s moiiuîs so foriiièront piir sos soins au silouco, à la [)riùro, à réludo ot ou liront lours plus cliùros dolicos. Lour réj^ularilo oxoniplairo dovint l'onlrelioa ol l'iMlilication do loulo la Provenco. Non souleniont on venait à SainL-Andm pour jouir du spoclaclo do lour vortu, mais on demanda à Pons (révan^^^ôliser los bords du llliono. Il partit la croix à la main, il iirùcha dans les villes et dans les campagnes, ot [)artout les miracles accréditèrent sa parole. Il renouvela tous les prodiges que notre divin Maître avait promis h ses apôtres pour appuyer lour mission, délivrant les possédés, guérissant les malades, forçant le ciel devenu d'airain cl répandre sur nos campagnes desséchées la pluie qui los faisait rellourir. Ses miracles étaient des bienfaits. Agréable aux pauvres, il disait aux riches que la sécheresse du sol était l'imago de leur cœur endurci, et que c'était par l'abondance de leurs aumônes qu'il fallait ramener sur la terre la rosée nécessaire aux moissons. Tel Avignon l'entendit, Técouta et se rendit à ses instances au milieu de calamités publiques. Il avait à peine achevé le saint sacrifice que tout l'horizon changea d'aspect. Les rues, les places, les chemins, deviennent le théâtre d'une bienfaisante inondation, et c'est à peine si le saint peut regagner l'hospice qui lui servait d'asile.
Saint Pons triomphait par des miracles des maladies les plus rebelles. Une femme recouvra la vue en lavant ses yeux dans l'eau dont ce saint abbé^s'était servi pour se laver les mains. Un moine qui fréquentait des assemblées mondaines perdit, sur son ordre, Tusage de la parole; mais la parole lui fut rendue, à
la demande du saint, aussitôt que son cœur eut conçu des sentiments de repentir. Les poissons qui peuplaientrétang de Pujaut lui obéissaient comme à leur maître. Ils meurent dans les filets du pêcheur, si le pécheur a commis quelque injustice; mais à peine est-elle réparée, qu'ils reprennent vie et qu'ils rentrent dans les eaux bénies par cet homme puissant en œuvres comme en paroles.
Pourquoi ne citerions-nous pas l'éclatant miracle qu'il opéra à Garpentras? Un démoniaque s'était établi dans une église de la cité, se faisant une joie cruelle de dévoiler la conscience de ceux qui essayaient de chasser le démon dont il était possédé. Chacun tremblait autour de lui, chacun attendait un saint pour obtenir la délivrance du pays. Saint Pons fut prié d'exorciser le possédé. Le moine qui l'accompagnait se souciait peu de l'aider dans ce ministère redoutable, ne voulant pas livrera tout un peuple les secrets de son âme. « Eh bien! dit le saint, confessons-nous l'un à l'autre, et nous n'aurons plus rien à craindre. )> Quand l'homme de Dieu approche, le démoniaque sent qu'il va perdre tout son pouvoir. Il l'insulte, il s'écrie, tournant en ridicule sa chétive personne : « Voici le vermisseau de Saint-André. » Cependant le saint s'agenouille au pied de l'autel, marche droit au terrible révélateur et lui demande ce qu'il sait sur son compte. « De vous, répond le démon, je ne sais rien ; quant à votre compagnon^ je savais quelque chose, mais je l'ai oublié. » k ce mot, chacun se rassure, le saint commence les exorcismes, le démon s'enfuit, et le possédé entonne un cantique d'action de grâces.
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Ainsi pnVJiail saint Pons en faisant le bien et en soulageant tons \m malliouronx ; ainsi écrivait sa vio Pierre, son disciple, et le récit qu'il a laissé défie toute critifiuo. Après vingt-sept ans marqués par des miracles, l'abbé de Saint-Anth'é rend son ame h Dieu le 2() mars 1()S7. Mais le pouvoir attaché h sa parole demeure attaché h ses relirpies, les peu|)les apportent de toutes parts sur son sépulcre leurs offrandes et leurs vœux, et les prodiges continuent dans le monastère de Saint-André. Les seigneurs du voisinage le protègent et l'enrichissent. Raymond IV, comte de Toulouse, les surpasse tous par sa générosité et s'agenouille, en expiation de ses fautes, sur une tombe d'où sort la grâce du repentir. Le pape Urbain II n'avait rien ii expier pour lui-même, mais il venait de prêcher la croisade et il entraînait vers les lieux saints ces cent mille soldats qui allaient chercher en Orient le pardon de leurs fautes. Après avoir tenu un concile à Nimes et fait un séjour à Saint-Gilles , il s'arrête au monastère de Saint-André, recommande au bienheureux Pons sa grande entreprise, et prend son abbaye sous sa protection. Ce fut le dernier acte solennel qu'il fit en France, et comme l'adieu de sa paternité aux villes et aux cloîtres qui se disputaient ses bénédictions.
Un cloître ainsi honoré ne recevait des offrandes que pour multiplier ses autels et ses sanctuaires. A côté de l'église Saint-Martin qu'il possédait déjà, il voulut en élever une autre à saint André. Celle-ci s'achevait à peine quand la persécution ramena en France le vicaire de Jésus-Christ. C'était Gélase IL II vint de Saint-Gilles à Villeneuve et consacra de ses
mains le nouvel édifice, le 13 décembre 1118. Mais quand il fallut en dédier le principal autel, Gélase n'hésita pas à choisir le corps même de saint Pons pour en être le fondement. Il le releva de sa première sépulture et le déposa, selon les rites de TEglise, au fond même du massif de pierre sur lequel allait couler le sang de Jésus-Christ. Il disait de Tabbé de Villeneuve ce que saint Augustin avait dit de saint Etienne : « Nous n'avons pas élevé un autel au bienheureux Pons, mais, avec les reliques de ce bienheureux, nous avons fait un autel au Seigneur. »
On ne pouvait célébrer avec plus d'éclat la canonisation de saint Pons. Dans les âges qui suivirent, son nom continua d'être invoqué avec la même confiance, et la dalle qui recouvrait ses cendres se creusa sous les genoux des pèlerins. Mais, pour satisfaire leur dévotion, une partie du crâne avait été séparée du corps; on l'exposait dans un reliquaire en bois doré, à côté de la tête de sainte Gasarie enfermée dans un buste enrichi de pierres précieuses, et les deux saints recevaient ensemble les hommages des peuples.
Ajoutez à cela que le nom de saint Pons se conserva dans les calendriers les plus anciens, qu'il en est fait mention dans le nécrologe de Saint-André, que les diocèses d'Avignon, de Nimes, de Garpentras et d'Orange n'ont pas cessé de célébrer sa fête, et que sa vie, composée par Pierre, son successeur et son disciple, a fourni aux Bollandistes ^ un de leurs documents les plus authentiques. L'église de Saint-André
1 Apud Bolland,^ die xx martii.
SUR LBH TROIS CKNTKNiklREH DK VILLENRUVF.. 11
liiL rnpan'io phisiours fois, mais la sépulturo do saint Pons (loinoura invi()lal)l(». Oiiand los bùiiôdiclins do la (•()n«j;iV4j;ali()n do SaiiiL-Maiir rùloriii('»ronl l'abbaye, ce lui leur lé'çiLimo orj^uioil d'y rolrouver ces saintos roli(Iiios. Ils en signaleront la présence dans les proeùsvorbanx drossés |)ar les visiteurs de Tordre. I^e XVI 11" siècle parle sur ce sujet comme le xii% et les deux religieux, l). Marténe et I). Durand, qui entre- ])riront, en \1["2, un [)ieux voyage dans tous les monastères de leur congrégation, ne manquèrent pas de vénérer t\ Saint-André le saint abbé qui en était la gloire ^ On ne saurait trouver une tradition plus constante, plus fidèle et plus décisive.
Mais qu'était devenu ce précieux dépôt après la révolution ? Les mains sacrilèges qui avaient fouillé le sol de nos églises et jeté aux vents les cendres des saints avaient-elles, en détruisant l'autel de l'abbatiale, fouillé le sol sur lequel il avait été bâti et dispersé sans retour les sacrés ossements ? La riche bibliothèque du couvent, les cloches, les archives, les ornements, tout avait péri. Des deux églises de Saint- André et de Saint-Martin, les dernières pierres couvraient le sol et changeaient pour ainsi dire de caractère en se revêtant de gazon : FAiam periere ruinée. Tout était donc fini, et il ne restait plus de Tantique abbaye qu'une maison moderne entourée de ruines défigurées.
Cette maison fut heureusement achetée en 1868 par une communauté fondée en l'honneur du Sacré Cœur
1 Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maiir, Paris, mdccxii, t. I, p. 298. Voir aussi D. Claude Chantelou, Historia monast, S. Andrex secus Avenionem^ mdcclxxiv.
12 mSTRUCTION PASTORALE ET MANDEMENT
de Jésus. Là, se sont réunies d'humbles religieuses qui expient, par des pénitences volontaires, les péchés du monde et qui s'elTorcent de détourner de nos létes les châtiments dont elles sont menacées par la justice divine. Bénissons-les, elles ont sauvé, sans le savoir, les ossements de saint Pons ; elles ont bien mérité de l'Eglise en devenant, en qualité de légitimes propriétaires du mont Andaon, les gardiennes du saint abbé ; elles ont justifié les paroles de l'Ecriture : Custodit Dominus ossa sanctorum, unum ex lus non conteretur .-Dieu garde les ossements des saints, et pas un d'eux ne sera broyé K
Le huitième centenaire de saint Pons approchait, et il nous semblait que nous aurions manqué à tous nos devoirs si nous n'avions pas fait des recherches pour découvrir ses reliques. Il y a un an, nous nous rendîmes au couvent des servantes du Sacré Cœur et nous visitâmes les lieux occupés autrefois par l'église abbatiale de Saint- André. A l'aide de quelques souvenirs, confirmés par un plan de Tédiflce, il était facile d'en reconstruire par la pensée le pourtour et les lignes principales. Rien ne les indique plus aujourd'hui que des restes de murs épars çà et là sur un terrain couvert d'herbes et déjà peuplé d'arbres verts. Mais nous appelâmes à notre secours les règles que suit l'Eglise dans la consécration de ses temples et la connaissance de l'antiquité chrétienne. Quand elle prend un corps saint pour en faire le fondement d'un autel, elle l'étend comme dans un suaire au fond d'un sépulcre, la tète