LES TROIS CENTENAIRES DE VILLENEUVE
N OTI CE
La solennité des trois coilcnaircs s'est accomplie au milieu de la joie et de l'édilication de tout un peuple, pénétré de la grandeur des souvenirs qui font la gloire de la vieille cité de Villeneuve. Le l\ juillet 1887, à neuf heures du matin, des salves d'artillerie saluaient l'arrivée de Ms^ l'archevêque d'Avignon, de NiN. SS. Clut, évéque de Mackenzie (mission du haut Canada), Theuret, évéque de Monaco, et dom Paulin, abbé de Saint- Michel du Frigolet. Ms'^ l'éveque de Ninies a reçu Leurs Grandeurs et leur a présenté M. le doyen et le nombreux clergé nvité à la cérémonie.
La grand'messe a été célébrée pontificalément par Ms'^ Tarchevêque d'Avignon. La maîtrise de la basilique de Nimes a chanté ja magnifique messe de JVeber. Après l'évangile, M. le doyen Fuzet est monté en chaire et a fait, en un langage plein d'éloquence, le panégyrique de sainte Casarie, la noble solitaire du mont Andaon.
A la fm de la grand'messe, le cortège s'est reformé, et les prélats et leur suite se sont rendus au palais du bienheureux cardinal de Luxembourg, aujourd'hui propriété d'une honorable famille.
Avant le chant des vêpres, le cortège s'est formé de non
veau pour se rendre à l'église. Cette fois, ce sont les reliques do saint Pons que de jeunes lévites portent solennellement sur un riche Lrancard. Les psaumes sont chantés en faux-bourdon par la maîtrise de Nimes. On avait glorifié, le matin, la sainte solitaire d'Andaon ; le soir, à vêpres, M. le chanoine Ferry a fait un beau panégyrique de saint Pons, le glorieux moine de Saint-André. M^^ Besson est ensuite monté en chaire et a prononcé l'allocution suivante.
Et dies pleni invenientur in eis.
On comptera des jours pleins parmi les jours de leurs annales.
(Ps, Lxn, 10.)
Messeigneurs ^
Quels sont ces jours pleins dont parle l'Ecriture, sinon ceux que nous célébrons depuis six semaines dans nos contrées? N'est-ce pas la plénitude des joies, des jours et des années, que ce millénaire de 887, chanté par trente mille pèlerins aux pieds de Notre-Dame de Prime-Gombe, gardienne de la foi dans nos Gévennes? Après une si grande grâce, quelle autre grâce pouvions-nous souhaiter que les trois centenaires de sainte Gasarie, de saint Pons et du bienheureux Pierre de Luxembourg réunis dans la même date et, par une faveur non moins singulière, dans le même site et dans la même ville ? Je les salue du haut de cette chaire, ces trois
1 NN. SS. Vigne, archevêque d'Avignon; Clut, évêque de Mackenzie; Theuret, évêque de Monaco; dom Paulin, abbé de Saint-Michel de Frigolet.
FOlin TRnitflNKIl LRH TROIS r.RNTRNAIRR8 DR VILlBNIUYt. tS
saints, l'iioiinour do leur siècle, l'admiration du noire, (|iii so sont succédé sur los collines de Villeneuve, pour y faire voir au monde tout ce que peut valoir la vertu des vierges, la pénitence des anachorètes et la gloire des princes de l'Eglise. Sainte Casario a goûté, jusque sous le voile du mariage, les délices saintes des vierges; saint Pons a trouvé dans ses austérités le secret de l'aire des miracles ; le bienheureux Pierre de Luxembourg a renfermé dans une vie de dix-huit ans la perfection d'une longue carrière. Tous leurs jours ont été pleins, et c'est à eux que s'applique le texte de la sainte Ecriture : Et dies pleni invenicntur in eis.
Le culte que nous leur rendons est autorisé par des monuments publics, dont peu de cités peuvent s'enorgueillir à l'égal de Villeneuve. Ici, c'est l'épitaphe de sainte Gasarie, gravée sur le marbre, conservée tout entière parmi les ruines accumulées de treize siècles, avec son caractère, son style, sa date, ses marques irrécusables d'authenticité, telle que l'épigraphie de la France chrétienne n'en possède ni de plus rare, ni de plus curieuse^ ni déplus complète. Là, c'est le corps de saint Pons retrouvé et reconstitué tout entier, avec l'aveu et le parfait accord de la science anatomique, de l'archéologie et de l'érudition. Les pierres du xiv^ siècle parlent de vos saints comme les ossements du xi^ et les marbres du temps des Mérovingiens. Vous possédez, vous montrez la maison où mourut le bienheureux Pierre de Luxembourg. A défaut de vos voix, les pierres, les marbres, les ossements sortis du tombeau sufiQraient aux panégyriques de ces trois centenaires. Non, jamais la foi catholique n'a réuni
autant de preuves et de démonstrations pour affirmer le culte des saints, la gloire de leur tombeau, et Tautorité de leurs reliques. Et le jour où elle triomphe avec tant d'éclat peut bien être appelé le jour d'une satisfaction complète : Et dies jjleni invenientur in eis. Mais qui donc se met à la tête de la joie publique et qui entonne ici les hymnes de la reconnaissance? Cinq prélats comme choisis dans la hiérarchie pour ajouter, chacun avec son caractère et la compétence qui lui appartient, à la plénitude d'un si beau jour. C'est d'abord le métropolitain d'une grande province, qui, dans l'exercice de sa juridiction, consacre par sa présence toutes nos découvertes, anime par sa piété toutes nos dévotions, et nous donne le ton de la reconnaissance et de la louange. Après lui, c'est l'Ordinaire du diocèse de Nimes, à qui il convenait de raconter, au nom de l'Eglise, l'invention des reliques de saint Pons et de les présenter, revêtues de son témoignage, à la vénération publique. Mais un évêque déjà blanchi par les travaux apostohques est venu, à notre grande admiration, prendre place dans votre cortège et relever l'éclat de nos solennités par le spectacle de ses vertus. Il est venu, cet apôtre des Esquimaux, secouant les neiges et les glaces du pôle dans la poussière brûlante de nos chemins, et ses pieds que les anges saluent avec l'accent des prophètes, à travers les espaces immenses à peine éclairés par les pâles soleils du Nord, se délassent en suivant nos processions et en se prosternant devant les reliques des saints chers à la France. Ainsi, sous quelque latitude qu'habitent les pasteurs des peuples, leur foi, leur zèle, leur prière, sont toujours les
POim TKUMINKU LKS TROIS CENTFPÏAIRFfl DR YIIXRNROVR. 27
mômos. Ils so donnonL l;i iii.iiii d'iiiv [)olo h Tautro, autour (losinômos aiitols, ol quand nos missiounairos rotounioronl dans lo nouveau monde, ce sera [lour ra(U)nlorcornmcnl l'ancion monde célèbre et rajeunit ses vieux saints et ses vieilles ^doires. A côté de cet apùtre, voici le premier cvè(iue do Monaco. La jeune Eglisequo la parole de Léon Xlll vient d'enfanter dans lo dernier consistoire sort, toute parée do grâce et d'espérance, des Ilots de la Méditerranée et étale aux portes de la Franco une cathédrale qui s'achève, des écoles et des monastères qui ileurissent, un peuple heureux d'avoir fourni, par sa piété, les éléments d'un nouveau diocèse. Venez, Monseigneur, confiez un moment votre bâton pastoral aux saints que nous honorons en ce jour, et qu'il sorte de cette cérémonie aussi doux à votre main qu'il est cher à votre troupeau. Enfin, pour que rien ne manque aux ornements de nos centenaires, aux crosses épiscopales se mêle une crosse abbatiale, celle de Saint-Michel de Frigolet. Qu'elle est dignement portée dans cette cérémonie! Que d'épreuves elle rappelle ! Mais les jours de paix ont succédé aux jours de disgrâce, et l'abbé de Frigolet peut venir sans ombrage solenniser nos fêtes et déposer les marques de son autorité devant les reliques de l'abbé de Saint-André. Le cloître est représenté ici comme l'épiscopat, le nouveau monde comme l'ancien, toute l'Eglise est présente aux triomphes de nos saints et aux démonstrations de notre foi. C'est une joie plénière, c'est un de ces jours dont l'Ecriture a loué l'abondance et la plénitude : Et dics pleni invenientur in eis.
Non, mes très chers frères, rien ne manque à
notre satisfaction. Villeneuve est tout en fête, je n'ai pas un regret à exprimer, pas une exception à faire, pas une lacune à combler. Notre cher curé a tout demandé et tout obtenu. Sous ses auspices, voyez refleurir le Villeneuve des anciens jours. Les vingt châsses qui étaient l'orgueil de la Chartreuse font aujourd'hui la parure d'une de nos chapelles. Les tombeaux des papes, les hôtels des cardinaux, les tableaux des grands maîtres, les chefs-d'œuvre de ciselure et de gravure étalés sur l'ivoire ouvragé par les mains les plus déUcates, les statuettes, les marbres, les voûtes incrustées, lesreHefsdes tabernacles, ici tout est historique, tout est précieux, tout rappelle une gloire quinze fois séculaire, tandis que le Villeneuve moderne voit le mont Andaon recommencer ses annales dans la prière et l'austérité, et que nos chères servantes du Sacré Cœur s'associent, par une louange discrète mais perpétuelle, aux louanges publiques de nos centenaires. Enfin, dans cette église, quels chants harmonieux ! quelle musique sacrée ! quelle attitude ! quel recueillement ! quelle piété ! Et au dehors quelles marches triomphales ! Nos châsses reçoivent sur les places et dans les rues les hommages de toute la cité. On se presse sur les pas des évêques et on se dispute leur bénédiction. Tout le peuple se découvre. 0 manifestation vraiment populaire, que l'autorité civile, vraiment libérale, s'est bien gardée de contrarier ou de restreindre ! Des magistrats éclairés savent assez que les fêtes religieuses élèvent l'âme et parlent au cœur. Ils estiment le prêtre et lui prêtent un concours qui le soutient et le console. Ah ! je ne me lasserai pas de bénir une telle concorde et une
POUn TFRMINI'R I.KS TROIS r.FNTFNAlRKS DK TIM.K^TKIJVB. 20
telle alliance, (l'osl par là (pi 'on ass.uro la paix pnl)li([iio, c'est [)ar 1î\ (juo la coininuno et la paroisse ne font qu'un et (|ue les intùnHs du temps s'associent à ceux de rélernité.
Vivez donc, soyez heuronso, cito clinHionno ! (Juc vos écoles libres llourissent et prospèrent. (Juq nos chères Sceurs trouvent des secours pour leurs malades, et que nos cliers Frères dos écoles aient des écoliers toujours fiors de recevoir leurs leçons. Voilà l'avenir que la religion nous prépare ; voici le présent qu'elle nous donno, ol vous avez entendu célébrer tout le passé glorieux que vous lui devez. Je vous en bénis, mon Dieu, et je m'écrie encore une fois en vous remerciant de cette journée et de ces trois centenaires, orgueil légitime de Villeneuve et de la foi chrétienne : Et dies pie ni invenientur in cis.