LA BLONDE ET LA BRUNE
c'est égal, on Taime tout de même ; et c'est surtout ceux qu'on ne devrait pas aimer que Ton adore le plus !
— Qu'est-ce qu'il fait ton monsieur Rodrigue?...
— Je crois qu'il m'a dit qu'il était agent de change ou banquier!... je ne sais plus au juste.
— Alors il doit être très-riche ?
— Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est toujours fort bien mis, à la dernière mode... et puis il a une tournure... une élégance dans ses manières...
— Il est joli garçon ?
— Je crois bien!... Une forêt de cheveux noirs superbes... Un nez un peu pointu... mais un regard si séduisant... si expressif... Un air un peu moqueur... mais il a tant d'esprit qu'on ne peut pas se fâcher, même quand il a l'air de se moquer de nous... Tu ne l'as donc jamais vu, Rodrigue?
— Où veux-tu que je l'aie vu ? je travaille à mes fleurs toute la journée ; je ne vais qu'à Tatelier et à la pension où tu viens diner quelquefois, et où l'on ne reçoit pas de messieurs...
— C'est vrai... Tu vas voir Rodrigue ce soir, j'espère... Mais dis donc, ne vas pas en devenir amoureuse au moins!... C'est que, quoique ton amie, je t'arracherais les veux !...
— Oh! sois tranquille... je ne m'enflamme pas comme toi... D^ailleurs, puisque ce monsieur est ton amoureux ! est-ce qu'on écoute l'amant de son amie I
— Cela s'est vu, ma chère, et très^souvent ro^mel
PAPA BEAUPÈUE. 25
Pendant que les deux amies sont en train de causer, UQ nouveau personnage est entré dans la salle. C'est un monsieur entre cinquante et soixante, porteur d'un gros ventre et d'une face presque aussi ronde que son abdomen. Ce monsieur a des yeux saillants, an nez en forme de marron, de vives couleurs, sou^ riant toujours, Tair très-content de lui, et soufflant sans cesse en vous parlant^ ce qui n'a rien d'agréable pour son interlocuteur, auquel il envoie au visage un tentilateur continuel. Au totale ce que les gamins de Paris appellent une bonne boule.
Ce monsieur est à peine dans la salle, où il cherche une table libre^ lorsque Dardanus s'écrie :
24 PAPA BEAUPÈRÏÏ.
— Eh! je ne me trompe pas ! c'est monsieur Philamour... Ah! quel heureuK hasard!... Mais venez par ici... à côté de moi; je vais vous faire une place...
Cette fois, l'invitation de Dardanus est acceptée : le monsieur vient à lui :
— Tiens! c'est monsieur Dardanus!... Ah ! y a-t-il longtemps que je ne vous ai vu !... Est-ce que vous avez une place près de vous?...
— Mais oui! mais assurément... Mettez-vous donc là...
— C'est que nous sommes deux... je veux dire que j'attends quelqu'un... que je croyais même trouver ici. .. mais je ne le vois pas.. .
— Nous aurons aussi une place pour lui... Tenez, voilà mon vis-à-vis qui a fini de diner et qui s'en va... Ce cher monsieur Philamour!... il y a bien un an que je ne vous ai vu... Vous êtes engraissé.
— Oh! non, non... au contraire !
— Comme vous voudrez. Et vous faites toujours de bonnes affaires dans votre commerce de planches?
— Je n'en fais plus... c'est-à-dire je ne m'en occupe plus guère... J'ai cédé tout cela à mon gendre, avec qui je me suis associé...
— Votre gendre ? Vous avez donc marié mademoiselle votre fille?
PAPA BEàUPÊRE. ^ 23
— Justement, il y a près d'un an... elle était encore bien jeune... dix-sept ans et demi ; mais j'ai trouvé pour elle un parti superbe... je l'ai saisi au passage...
— Vous avez parfaitement agi !...
— D'autant plus que le gaillard plaisait à ma fille ; il avait fait sa conquête en dansant avec elle une mazurka... non, c'était une valse pendant laquelle ils sont tombés par terre tous les deux...
— Ah! diable!,..
— Ma fille est folle de la valse, mais elle s'étourdit tout de suite et ne peut pas valser sans tomber. ..
— Du moment que c'est une habitude !...
— Elle avait oublié de prévenir son cavalier, qui, en voulant la retenir, est tombé avec elle. Alors vous comprenez?... quand on tombe avec une demoiselle... cela produit tout de suite un rapprochement...
— Je crois bien, on peut même se cogner.
— Le soir même, après le bal, ma fille me dit : Mon petit père, je n'épouserai jamais un autre homme que monsieur de la Bergerie. ••
— Il s'appelle de la Bergerie !
— Oui, il est presque noble.
— Est-ce qu'il a des moulons?
— Il a de tout, de plus il est dans les vins.
26 PAPA BEaUPËRE.
^ Ah ! il est marchand de vin ?
^ Pas marchand, courtier, entrepreneur...
— Il entreprend du vin?
— Il fait la commission... mais en gros... en très-gros ! . . .
— Et vous l'avez mis dans votre commerce de planches... Il mesonble qu'il n'y a guère de rapports?
— Oh! mon gendre s'entend à tout... il ferait marcher ensemble douze commerces différents... Tous allez le voir, c'est lui que j'attends.
— Je serai enchanté de faire sa connaissance.
— Il vous plaira, il plaît à tout le monde ! Beau cavaUer I de Tesprit à revendre I ...
— C'était bien votre affaire. Jeune, naturellement?
-^ Vingt-neuf ans ; onze ans de plus que sa femme. Mais ce n'est pas trop. Il faut qu*un homme ait du poids sur sa femme; qu'il la domine enfin.
— Ce sont les années que vous appelez du poids?
— Naturellement. Moi je n'avais que six mois de plus que ma femme ; j'étais trop jeune, elle me doininait... C'est pourquoi je l'ai peu regrettée.
— Et votre gendre est riche sans doute.
— Oh! assurément! il m'a dit qu'il ne connaissait pas sa fortune... il 2 des vignes par ici, des vignes
par là... il possède une terre, b terre de la Bergerie* . • dont il porte le nom ...
— Où est-elle située?
— En Bretagne... où Ton fait de si bonbeurre»*. il m'en a déjà donné six pots.
— Est-ce que c'était son présent de noces ?
— Oh ! diable ! si je l'avais laissé faire, il voulait m'envoyer tout un troupeau de ses moutons !... Mais je m'y suis opposé.
— Cela vous aurait gêné à loger. Et où avez-vous fait connaissance de cet aimable gendre ?
— Moii Dieu, chez Robin. Vous savez? Robin le physicien faiseur de tours, qui vous fait voir des spectres.
— Oui, j'ai été à ce spectacle.
— Depuis longtemps Zénobie ma fille, me disait : Petit père.., — elle ne me nomme jamais autrement, — petit père, qu'est-ce que c'est donc que des spectres? — Ma chère amie, lui dis-je, ce sont des personnes mortes qui n'existent plus.
— Parfaitement répondu !
— Alors, petit père, comment peut-on les voir?
— Ma fille, je n'en ai jamais invité à dîner chez moi. Mais il parait que les physiciens, qui sont un peu magiciens, ont des relations suivies avec eux. Là-dessus elle me dit: — Je t'en prie, mène-moi voir
cela. — Cela te fera peur, lui répondis-je. — Raison de plus, petit père, tout ce qui me fait peur m'amuse...
— Âh ! voilà bien les femmes ! Cela me rappelle une dame qui voulait toujours que je lui racontasse mon duel, parce que ça la faisait frissonner... Vous savez, mon duel avec Savonard?...
— Oui, oui, oh ! vous me l'avez narré. Bref, je menai ma fille chez Robin, où monsieur de la Bergerie se trouva placé près de Zénobie ; il fut d'une politesse et d'une complaisance admirables pour elle, surtout pendant les apparitions... elle poussait de petits cris... Je lui disais : Tu as peur à cause de Tobscurité ; mais elle me répondait toujours : C'est égal, ça m'amuse. A la sortie, il pleuvait; ce monsieur nous offrit deux places dans sa voiture...
— Ha voiture?
— Il avait un remise qui l'attendait à la porte. Nous acceptâmes. En route, en. apprenant que je faisais le commerce de planches, il s'écria : — J'en ai justement besoin pour parquer mes moutons ! Naturellement, je l'invitai à venir me voir. Je vis bien qu'il lorgnait Zénobie, qui, de son côté, était éblouie par les belles manières de ce monsieur. Et lorsque arriva l'accident de la valse, vous savez ce qu'elle me dit !
— Vous avez donné une grosse dot à votre fille?
PAPA BEAUPÈUE. 29
— Ah! VOUS allez juger ici la délicatesse de mon gendre : en me demandant Zénobie en mariage, il me dit : <i Mon cher monsieur Philamour, j'ai entendu dire que vous donniez soixante mille francs de dot à YOtre ravissante fille. Eh bien, moi, J6 veux vous faire gagner dix mille francs de la main à la main ; je vous demande la sienne, et ne veux accepter pour sa dot que cinquante mille francs, pas un centime de plus ! » Je fus si touché de cette preuve de désintéressement, que je lui ouvris mes bras, en m'écriant : « Touchez là, c'est chose convenue ; mais de plus je vous associe à mon commerce, et c'est vous désormais qui gérerez les affaires de ma maison, qui conduirez tout, qui aurez la signature. Moi, je ne suis pas fâché de me reposer. »
— Diable ! c'était aller un peu vite I Alors, vous aviez pris des informations sur la position de ce monsieur?
— Est-ce qu'il ne m'a pas montré vingt lettres de des commettants, et son carnet de négociations ! Il fait pour plus de trois cent mille francs d'affaires en vins tous les ans...
— Et il fera des planches à bouteilles avec votre marchandise...
— Oh ! je suis tranquille ! mes planches vont ferme depuis qu'il s'en mêle; elles disparaissent
PAPA BEAUPÊRE.
avec une rapidité surprenante !... Il m'a même déjà demandé des fonds pour en avoir d'autres I
— Est-ce qu'il n'a pas l'argent de celles qu'il yend?
<^Mon cher monsieur, il vend à terme, à long terme, cela vaut bien mieux, parce qu'on ne fait pas d'escompte... Mais il ne vient pas, ce cher gendre I ma foi, je vais toujours prendre un bouillon en l'at* tendant.
A la table où étaient les deux jeunes gens auxquels Dardanus avait plusieurs fois adressé la parole, l'un d'eux, en voyant arriver M. Philamour, avait dit à son ami :
— Marcellin, sais-tu qui est ce monsieur qui entre là?
— Non, et toi, est-ce que tu le connais?
— Beaucoup ; c'est monsieur Philamour, un marchand de planches. Il est aussi béte qu'il est gros.
— mon cher, tu dois le flatter.
— Non, je dis vrai. Il est riche et il avait une fille fort jolie... mademoiselle Zénobie...
— Dont tu étais amoureux?
— Elle me plaisait beaucoup, j'en conviens, et j'aurais été heureux de devenir son mari. «
— Lui plaisais-tu ?
— C'est une personne un peu coquette, mais elle était fort jeune ; je me disais : Quand elle aura quelques années de plus, elle sera raisonnable, En attendant, elle semblait me voir avec plaisir. Je suis dans le commerce, mais dans trois ou quatre ans je compte m'établir... J'en avais dit quelques mots à monsieur Philamour, et il s'était contenté de me répondre : — C'est bien, mon petit, nous verrons plus tard, s'il ne se présente pas un meilleur parti que vousl...
— C'était bien aimable ! Et il s'en est présenté un?
— Oui, mais sans vanité, je doute qu'il vaille mieux que moi et soit plus digne de faire le bonheur de Zénobie ; c'est un faiseur d'embarras, de belles manières ! un nommé La Bergerie ; bel homme, beau garçon, je dois en convenir, mais en qui je n'aurais nulle confiance ; il a jeté de la poudre aux yeux du père et delà fille. •. à Zénobie il n'a parlé que toilettes, bals, fêles, spectacles!... Avec cela il n'était pas difficile de lui tourner la tète. Au père il a dit avoir des vignes, des troupeaux, et faire d'immenses affaires... remuer tous les ans des millions !... Monsieur Philamour a gobé tout cela. Enfin il a donné sa fille à monsieur La Bergerie, qu'il n'appelle plus que : de la Bergerie I et Fa associé à
52 PAPA BEAUPÈRB.
son commerce. Voilà, mon cher Marcellin, ce qui le prouve de nouveau que, dans ce monde, pour réussir, il faut faire de Pembarras...
— C'est possible, mais ces réussites-là ne sont pas souvent de longue durée. Et vas-tu toujours chez le marchand de planches ?
— Non. Franchement la conversation de monsieur Philamour n'était supportable que lorsque sa fille était présente. Mais, sans y aller, je suis assez au courant de ses affaires ; dans le commerce, on peut se renseigner. Le gendre mène vite les planches du beau-père... Je prévois une débâcle... pauvre Zénoble ! . . . Mais elle aimait trop la danse.
— Tu n'en es plus amoureux, j'espère?
— Non, mais je voudrais la savoir heureuse...
— As-tu remarque ces deux jeunes femmes qui sont assises là-bas?
— Oui, elles sont jolies toutes les deux. La brune a des yeux magnifiques et qui promettent bien des choses.
— J'aimerais mieux la blonde... elle al'air doux, modeste... Je sais bien qu'il ne faut pas se fier aux airs... Malgré cela, on s'y laisse toujours prendre.
— Ah ! prends garde, Marcellin... tu vas devenir amoureux à ton tour! Mais... tiens... vois-tu ce
PAPA BEAUPÈRB. 53
monsieur... cet élégant qui ^ient d'entrer?... c'est La Bergerie I
— Ah ! voilà mon gendre ! s'écrie M. Philamour.
— Enfin, voilà Rodrigue ! dit Mathilde.
51 PAPA BEAUPËRE.
Un grand monsieur, mis avec élégance et poussant la mode jusqu'à l'excentricité, est entré dans la salle en faisant beaucoup de bruit, en disant tout haut:
— Eh bien, où donc est-il ce cher beau-père, qui a Toulu faire le jeune homme... dîner au restaurant et qui voudra sans doute courir ce soir dans les bals publics ! . . . Mais enfin, il faut que jeunesse se passe ! . . . Ahlahlahl
Ces mots sont dits en riant et avec un ton railleur, presque impertinent, qui semble habituel à ce monsieur, dont les grands yeux noirs, comme sa chevelure, ont une expression presque satanique, ce qui.
■ji
avec un nez un peu fort, une bouche 6ne, de belles dents, un teint d'une pâleur olivâtre, donnent à ce cavalier on cachet tout particulier, avec lequel il fait de nombrenses conquêtes, parce qu'en général les dames ont du penchant pour les hommes qui ne ressemblent pas à tout le monde, même lorsqu'ils se distinguent par leur laideur ; mais il n'en était pas ainsi poor le personnage que nous venons de dépeindre et qtte l'on trouvait fort bean garçon.
— Par ici, mon gendre, par ici... j'ai une place pour vous ! crie M. Philamour, en faisant le télé* graphe avec son bras.
H. de la Bergerie va se mettre près de son beau père, en lui disant :
— Ah ! vous avez voulu dîner dans un bouillon I . . . Hais il ne faut pas croire que vous trouverez ici du plum-pudding et de la charlotte russe.
— Ohl je préfère le solide... Je n'avais jamais diné dans ces établissements, qu'on m'a beaucoup Vimtés... je suis bien aise de les connaître. . . Et yotre femme n'a pas trouvé mauvais que vous dîniez de-^ horsf...
— Ah I ah I il est charmant !... Ha femme a assez d*esprit pour comprendre qu'un homme lancé dans les affaires ne peut pas dîner exactement tous les
56 PAPA BEAUPERE.
jours chez lui, comme un petit commis à quinze cents francs.
— C'est juste... dans les affaires on dîne beaucoup en ville. Mon gendre, je vous présente une de mes anciennes connaissances... que j'avais perdue de vue depuis quelque temps, monsieur Dardanus...
La Bergerie éclate de rire, en s' écriant :
— Dardanus! ah ! le nom vaut son pesant d'or.. Dardanus ! fils de Jupiter et d'Electre^ qui ayant tué Jasius son frère, fut obligé de fuir de File de Crète et vint en Asie, où il bâtit une ville qu^il appela de son nom, Dardanie. Vous êtes de cette famille-là, monsieur?
Le bonnet à poils s'incline en balbutiant :
— Monsieur... je ne suis pas bien sûr... mais cela e^ probable, puisque je porte le même nom...
•^ Comme mon gendre est savant I murmure Phîlamour; il connaît votre famille mieux que vousl
— • Monsieur doit être apothicaire, reprend I^ Bergerie.
— » Pourquoi donc cela, monsieur?
— Mais parce que, lorsqu'on s'appelle Dardanus^ on doit se faire apothicaire... cela se comprend ! Oa pourrait aussi appliquer votre nom aux sangsues, ce petit sobriquet leur irait à merveille.
M. Dardanus fait un sourire, qui peut passer pour une grimace, en répondant :
— Âh! très-joli !..• Monsieur fait de Tespritl...
— Je n^ai pas besoin d'en faire, monsieur, j'en ai toujours assez pour ma consommation. Mais Toyons ces bouillons... ces bœufs... Garçons!... Ah! ce sont des femmes... j'aime mieux cela... c'est plus gentil...
— Moi aussi, dit Philamour, j'aime mieux les femmes pour garçons... Je suis amateur du sexe, sans que cela paraisse...
— Mais cela paraît, cher beau-père... Vous avez bien Fair d'un séducteur...
— Ah I ce diable de La Bergerie . . . est-il farceur ! . . . Autrefois j'avoue que je suivais volontiers une jolie jambe... mais à présent les femmes marchent trop vile...
— Voilà des consommés qui ne sont pas mauvais... Voyons, mesdemoiselles... servez-nous maintenant tout ce que vous avez de meilleur...
— Viande ou légumes, monsieur ?
— De tout! et du bordeaux première... N'est-ce pas, beau-père, vous aimez le bordeaux?...
— Oui, et le bourgogne aussi I
— Décidément on fera quelque chose de vous !
58 PAPA BEAUPERE.
M. Philamour regarde Dardanus d'un air ravi, en disant :
— Entendez;vous ? il veut faire quelque chose de moi!
— Je crois que c'est déjà fait ! pense le monsieur barbu, qui n'a pas été satisfait de la plaisanterie que La Bergerie s'est permise sur son nom.
— Tiens, c'est le jeune Valmiral que j'aperçois la-bas ! reprend le marchand de planches.
— Vous connaissez Amédée Valmiral? ditDardanus; moi aussi... il dine souvent ici, ou depuis mon duel je dine souvent aussi. C'est un charmant garçon, bon sujet, qui fera son chemin dans le commerce ; ses patrons en font grand cas...
— Oui, oui, il est dans la nouveauté... Mais je lui crois peu de moyens... Il aura de la peine à faire fortune. Mon gendre, ce jeune homme était votre rival ; il m'avait demandé la main deZénobie...
— Ah ! vraiment I il n'était pas dégoûté ce monsieur... un petit commis en nouveauté ! Vous l'avez mis à la porte, j'espère ?
— Oh I à peu près... Je lui ai dit : a Mon cher ami, vous comprenez que ma fille ayant soixante mille Trancs de dot, il me faut un gendre dans ces eaux-là. » ^
— Parfaitement raisonné. Est-ce que Zénobie airait du penchant pour ce roquet ?
— Oh! pas du tout; d'abord ma fille dédaigne un homme qui n'a pas des bottes vernies... C'est peut-être une susceptibiHté de sa. part... mais c'est plus fort qu'elle.
— Cela prouve la distinction de ses penchants.
— Ensuite Amédée ne savait pas valser... et n'était pas en état de conduire un cotillon !
— C'est un Auverpin alors ! un garçon qui ne va pas dans le monde. Vous ne le recevez plus chez vous, j'espère?
— Non ; depuis qu'il a appris que ma fille était mariée, je ne l'ai plus revu.
— Je connais un peu la famille du jeune Yalmiral, dit Dardanus; ce sont des gens fort à leur aise. Ils établiront bien leur fils. Le père a été, je crois, no* taire en province. Un jour... c'était peu de temps avant mon duel. . . ayant une somme d'argent assez forte à placer...
— Sapristi! mesdemoiselles, servez-nous donc... nous mourons de faim, mon beau-père et moi... N'est-ce pas, papa beau-père, que vous mourez de faim?
— Pas tout à fait I cependant j'ai de l'appétit...
— Je vous disais donc qu'un jour, ayant une
40 PAPA BEAUPÈRB.
somme assez forte à placer... pas pour moi, mais pour un de mes clients... Savonard me dit... Je ne m'étais pas encore battu avec lui... pauvre Savonard, il n était pas méchant au fond, mais très«mauvaise tête!... nous nous sommes battus pour une puce qui était sur le bout de son nez, et il prétendit qu'elle était sortie de ma barbe : je ne pouvais pas admettre cela...
— C'est fort intéressant ! eh bien, mesdemoiselles... nos haricots verts?...
— Voilà, monsieur, voilà I...
— Je reviens à mon affaire avec le notaire... non, avec la somme que j'avais à placer...
— Ou à votre duel pour une puce... choisissez, cela m'est parfaitement égal à moi !
— Monsieur, vous avez l'air de plaisanter, mais mon 'duel fut une afTaire très-sérieuse...
— Et qui vous a fait une terrible impression à ce qu*il parait, monsieur Dardanus, car vous y revenez sans cesse. Eh bien, moi, monsieur, je me suis battu en duel une dizaine de fois, et je n'en parle jamais. Maintenant c'est une affaire réglée, n'est-ce pas, nous n'en parlerons plus ?
Dardanus se mord les lèvres et ne souffle plus mot.
Pendant la conversation de ces messieurs, made-
moiselle Mathilde, qui ne perdait pas son amant de Yuc, murmurait à chaque instant :
— 11 est avec du monde... comme c'est ennuyantl... il ne me voit pas..., mais je saurai bien me faire Toir tout à l'heure...
— Ah ! c'est ce grand monsieur-là qui est ton amoureux ?
— Oui... n'est-ce pas qu'il est bien beau garçon?
— Dame ! cela dépend du goût... Il a le teint... d'un blanc verdàtre...
— C'est bien plus distingué, ma chère : tous les hommes sont blancs, jaunes ou très-colorés, mais un homme vert... c'est fort rare I
— Gela me ferait peur à moi I Enfin, tu dois être contente, il n'est pas avec une femme.
— C^est fort heureux pour elle et pour lui. Ce qui m'étonne, c'est que, voyant des femmes à une table, il n'ait pas encore regardé davantage pour s'assurer si elles sont jolies...
— Qu'est-ce que cela peut lui faire?
— Ah ! ma petite Lisa, tu ne connais guère les hommes... Le moindre minois éveillé meta ces messieurs l'esprit à Tenvers... Tu ne comprends donc pas que les femmes sont créées pour tourner la tête aux hommes... que c'est pour les posséder, quand elles leur plaisent, qu'ils sont capables de comme! tre
42 PAPA BEAUPÈnE.
les plus grandes folies... les plus grandes fautes quelquefois. . . Tiens, par exemple : quand un homme se ruine, s'est presque toujours pour une femme...
— Je ne voudrais pas qu'on se ruinât pour moi.
— Mais aussi quand une femme se noie, s'empoisonne, s'asphyxie I... c'est toujours pour un homme.
— Merci ! ... tu ne me donnes pas envie d'aimer. . .
— Ah! il nous lorgne enfin... Il m'a vue... Oh ! il m'a bien reconnue... Il va venir nous parler, j'en suis sûre.
En effet, M. de la Bergerie, en parcourant la salle des yeux, venait d'arrêter ses regards sur les deux jeunes filles, et il a bientôt reconnu Tune d'elle. Aussitôt il dit à son beau-père :
— Pardieu, voilà un heureux hasard I...
— Quoi donc, mon gendre ?
— Voyez-vous ces d^iix dames qui dînent làbas?...
— Oui... Ah! ce sont des dames?... je les aurais prises pour des demoiselles ...
— Ce sont des dames très-bien posées dans le monde ; Tune est la sœur d'un de nos débiteurs. ••
— Duquel ?
— De... de... Thomassin, de Rouen.
— Quel est ce Thomassin?,..
— Un gros commissionnaire qui veut se fixer à Paris. Je n'ai pas vu son frère depuis quelque temps... Q a une somme assez ronde à nous compter ; je vais aller demander à sa sœur ce qu'il est devenu... parce qu'enfin, même en s'amusant, il ne faut pas négliger les affaires. . .
— Très-bien pensé, mon gendre ; allez vous informer de notre débiteur... Oh ! vous êtes un homme prévoyant...
La Bergerie quitte sa place, se dirige vers les deux jeunes filles, les salue aussi respeclucusement que s'il abordait de grandes duchesses, et dit à demi voix à Mathilde :
— Que faites-vous ici? pourquoi y venez-vous? qu'y cherchez-vous ?
— Ce que nous faisons? Mais vous le voyez bien, nous dînons. Pourquoi j'y suis venue? Dans l'espérance de vous y rencontrer : c'est vous que j'y cherchais. Et maintenant, monsieur, voudriez-vous bien me répondre à votre tour... Pourquoi êtes-vous dix jours sans venir me voir, sans passer devant mon magasin, sans me donner de vos nouvelles? pourquoi n'étes-vous pas venu me retrouver au spectacle, la dernière fois que vous m'y aviez donné rendez- ^ous?... pourquoi?...
— Oh ! assez, assez, de grâce ma chère amie ! ce
n*est pas ici que je vais répondre à toutes vos questions... Avec qui êtes-vous donc là?
— Avec une de mes amies...
— - Ah I je ne la connaissais pas celle-là.. . Elle est fort gentille... Que fait-elle?
— Des grimaces aux hommes qui la regardent trop souvent, parce que ça lui déplaît, vu qu'elle est sage et veut rester sage.
— Toujours la même histoire, nous la connaissons.
— Voyons, monsieur, il n'est pas question de Lisa...
— Ah ! elle s'appelle Lisa?
— Dieu! que vous m'impatientez I j'ai bien envie de vous arracher les yeux !
— Pas ici au moins I
— Avec qui donc êtes-vous là-bas ?
— Avec un provincial, un vieil imbécile, que je me suis chargé de promener dans Paris, de mener voir les spectacles, les curiosités... C'est même là ce qui m'a empêché d'aller vous voir depuis quelques jours...
— Est-ce vrai, cela?
— Comme il est vrai que pas une Andalouse n'a les yeux plus beaux que les vôtres...
— Iluml flatteur!...
— Êtcs-Tous toujours dans votre magasin de blanc?
— Assurément; quand on est première demoiselle dans une maison et qu'on y est considérée, on n'a pas envie de changer.
— Ah I vous êtes considérée dans votre magasin ?
— Oui,monsieur, je m'en flatte... Eh bien, est-ce que vous n'allez pas ce soir, vous débarrasser de votre provincial?
— Si fait, je le perdrai en sortant d'ici. Allez m*attendre à l'Eldorado, j'irai vous y retrouver.
— Est-ce sur cela, Rodrigue? n'allez pas nous faire poser...
— Ah ! que dites-vous là I je ne voudrais pas donner une si mauvaise idée de moi à mademoiselle Lisa!...
— C'est bon, nous irons à TEldorado...
— Mettez-vous dans une loge, je vous trouverai plus vite et nous ne serons pas dans la foule.
— C'est entendu... A bientôt alors !
La Bergerie salue très-profondément les deux amies et va rejoindre son beau-père, auquel il dit :
— Le frère fait un petit voyage en Belgique, mais il sera de retour incessamment*
— Ah ! diable ! ... en Belgique ! . . . mais êtes-vous FÛr qu'il reviendra?.,.
— Oui, oui... soyez tranquille... c est bon, c'est solide... Eh bien, monsieur Dardanus.ne dit plus rien?.. . C'est son duel qui le préoccupe sans doute... II est désolé d'avoir tué Savonard, car vous avez tué ce pauvre Savonard, n'est-ce pas monsieur?
— Non, monsieur, je ne l'ai pas tué; grâce au ciel, je ne suis pas aussi féroce que vous paraissez le croire. Et sur ce, j'ai bien l'honneur de vous saluer, messieurs I
Le personnage barbu se lève et s'en va, poursuivi par les adieux de La Bergerie, qui lui crie :
— Bonsoir, monsieur Dardanus ! . . . enchanté d'avoir eu l'avantage défaire votre connaissance ! je vous certifie que je n'oublierai pas votre nom.
— Ton La Bergerie connaît les demoiselles qui sont là-bas, dit le jeune Marcellin à son amiValmiral.
— C'est-à-dire qu'il connaît la brune, car c'est avec elle seule qu'il causait. Je serais bien curieux de savoir si elle est sa maîtresse. . .
— Il n'y a pas le moindre doute !
— A quoi as-tu vu cela ?
— A la manière dont elle le regardait en lui parlant.
— Pauvre Zénobie! il va bien ce monsieur.
Au bout de cinq minutes, les deux jeunes filles se lèvent et partent. Lorsqu'elles passent devant la table
OÙ M. Philamour e^i assis avec sou gendre, le iiiarchaud de planches croit devoir se lever et adresser à Mathilde un salut fort respectueux, sur lequel La Bergerie renchérit encore, mais en réprimant avec peine son envie de rire.
Valmiral se lève alors, ainsi que son ami, auquel Udit:
— Suivons ces dames;.. Je veux voir si La Bergerie viendra les rejoindre. Et il sort avec son compagnon, en détournant la tête lorsqu'il passe près Je M. Philamour.
Bientôt La Bergerie dit à son beau-père :
— Venez, homme aimable, nous ne prendrons pas le café ici... Je vais vous mener où il est bon.
— Très-bien, mon gendre, je vous suis. Oh ! je m'en rapporte à vous pour connaître les bons endroits.
La salle ne tarde pas à se vider entièrement ; il ne reste plus que le monsieur qui appelait les demoiselles garçons. Il est en train de se disputer avec elles au sujet de sa carte, sur laquelle on lui a compté douze sous de pain, et s'écrie :
— Qu'est-ce que cela veut dire?... Il y a erreur... Pourquoi comptez- vous douze sous de pain?
— Parce que vous en avez redemandé six fois^ monsieur, et six fois deux ça (ait bien douze...
48 PAPA BEAUPëRë.
— Mais cela ne s'est jamais vu ! Partout où l'on dine, le pain est à discrétion... même dans les restaurants à trente-deux sous !
— C'est possible, monsieur, mais ce n'est pas comme cela ici... Chaque fois que Ton demande du pain, c'est dix centimes.
— Eh bien, c'est agréable ! ... Je m^cn souviendrai de votre bouillon I...
k L'ELDORADO. 40
A UELDORADO
En sortant du restaurant-bouillon , La Bergerie conduit son beau-père dans un café, et là, tout en lui offrant une grande variété de petits verres, pense au moyen de se débarrasser de lui.
M. Philamour, qui a déjà la tète échauffée par les différents glorias que son gendre lui fait goûter, est devenu de la couleur du homard. . . quand il est cuit, bien entendu, et balbutie en avalant du curaçao :
— Mon gendre, où irons-nous en sortant d'ici?... Je me sens en train de m' amuser, et vous comprenez que je n'ai pas envie de rentrer me coucher de bonne heure...
— Parbleu, je le crois bien ! qui est-ce qui se
51) PAPA BëAUPËRE.
couche de boime heure? Les imbéciles, qui trouvent probablement que la vie est trop longue et qui tâchent d'en dormir une grande partie. . .
— C'est juste; vous avez raison, mon gendre; quand on dort, c'est à peu près comme si on était mort !
— C'est tout à fait la même chose !
— Alors, pour vivre plus longtemps, on devrait ne jamais dormir.
— On y gagnerait une vingtaine d'années au moins.
— J'ai envie d'essayer et de ne plus me coucher...
— Vous feriez très-bien... En quinze jours vous en aurez au moins vécu trois de plus !
— En attendant, que ferons-nous ce soir?... J'ai entendu beaucoup parler des cafés-concerts; croiriezvous que moi, habitant de Paris, je n'en ai pas encore vu un seul?...
— Vous m'étonnez ?
— Ah ! vous concevez, avant de marier ma fille, tout à mon commerce, je ne sortais de mon faubourg Saint-Antoine que rarement, et quand Zénobie voulait absolument aller au spectacle.
^^ Il faut réparer le temps perdu.. «
A L»ELDORADO. 5i
— On m'a cité comme les principaux VAlcazar^ l'Eldorado . . . Bataclan. . .
— Bataclan fera bien votre affaire... Nous allons nous y rendre... c'est-à-dire je vais vous y conduire. . . vous mettre sur le chemin ; ensuite j'irai vous y rejoindre...
— Pourquoi n'y venez-yous pas tout de suite avec moi?
— Parce que j'ai ce soir un rendez-vous avec un riche négociant de Bordeaux, qui doit me donner une forte commande de planches, et qu'il ne faut jamais manquer l'occasion de gagner de Targent.
— Bravo, mon gendre ! vous faites tout marcher de front : les plaisirs et les affaires...
— Moi ! j'ai vu mener quatre intrigues à la fois, et réussir partout !
— Quatre intrigues ?. . .
— Par intrigues j'entends des commissions bien embrouillées et qu'il fallait souffler à d'autres courtiers...
— Je comprends !... Oh ! vous arriverez!... Il est très-bon ce curaçao ! . . . •
— Eh bien , maintenant, en route pour Bâtaclanî,.,
La Bergerie emmène son beau-père ; lorsqu'ils ne sont plus qu'à cent pas du café, qui est situé sur lo
boulevard du Prince-Eugène, il le lui montre^ en lui disant :
— Voilà Bataclan. Allez, entrez, faites-vous servir tout ce qui vous sera agréable; avant peu j'irai vous retrouver.
Puis, s'étant débarrassé de son beau-père, La Bergerie, ou Rodrigue, car nous avons vu que ce monsieur portait plusieurs noms, se dirige vers le boulevard de Strasbourg, à l'entrée duquel est l'Eldorado.
C'était là que Mathilde et son amie, la jolie Lisa, s'étaient rendues en sortant de dîner. La jeune blonde disait à sa compagne :
— Tu me mènes dans un café chantant !... Mais j'ai entendu dire que des demoiselles ne devaient pas aller sans cavalier dans ces cndroits-là?
— Bah! des bêtises!... Les femmes vont partout à présent, même à l'orchestre des théâtres, où elles n'étaient pas admises autrefois. D'ailleurs, puisque nous allons dans une loge, nous ne serons pas mêlées avec la foule... Dis donc, il m'a semblé que Rodrigue, tout en me parlant, te regardait beaucoup.
— Mais oui... Ton homme presque vert a des yeux qui ont un tel éclat !... je m'empressais de baisser les miens.
A L'ELDORADO. fi3
— Ah ! le gueux! le polisson !... S'il te dit quelque chose tu mêle rediras, j*cspère?
— Puisque tu seras là, ne crois-tu pas qu'il va me parler bas devant toi?
— Oh ! je le crois capable de tout.
Mathilde et Lisa sont entrées à FEldorado, où i] y a beaucoup de monde, et se font donner une loge. La jeune blonde ose à peine avancer au milieu de la foule et sous le feu de tous les regards braqués sur elle ; mais la belle brune marche hardiment, la tête haute, et sans s'occuper de tout ce qui se dit sur son passage.
On place ces dames dans une loge qui est vide, liais dans la loge à côté sont deux jeunes femmes, mises avec beaucoup d'élégance, qui parlent trèshaut, rient aux éclats à chaque minutes, et font tout ce qu'il faut pour se faire remarquer ; ce sont deux lorettes du quartier Bréda. Elles sont bien plus parées que les deux jeunes filles qui viennent d'entrer, mais celles-ci sont bien plus jolies ; ce qui fait que des deux côtés elles se regardent comme des chiens de faïence.
Armand Yalmiral et son ami Marcellin étaient aussi à l'Eldorado, car, de loin, ils avaient suivi les deux jeunes filles ; l'un, poussé par la curiosité, voulant savoir si La Bergerie viendrait retrouver la
jolie brune ; Tautre, éprouvant le désir défaire connaissance avec la blonde qui avait l'air si novice. Ces messieurs étaient allés se placer dans le couloir derrière les loges; de là ils pouvaient tout à leur aise examiner, regarder les personnes qu'ils avaient suivies. Lisa ne se retournait jamais; Mathilde tournait quelquefois la tête pour voir si elle apercevrait son Rodrigue, mais ne faisait aucune attention aux deux jeunes gens. Il n'en était pas de même des lorettes, qui, voyant ces messieurs rester dans le couloir derrière leur loge, étaient persuadées qu'elles avaient fait leur conquête, et se mettent à dialoguer de façon à être entendues :
— Tepsalie, ne trouves-tu pas qu'il fait une chaleur étouffante, ici?
— Oui, mêlée d'une foule d'odeurs.
— Ça me fait soif, à moi... Ce mazagran ne m'a pas désaltérée du tout.
— Qu'est-ce que nous pourrions donc bien prendre à présent?...
— Je ne sais pas. . . Attendons.
— Je mangerais bien des oranges, moi... Si on m'en offrait, je te jure... par les cheveux de ma tante, que je les accepterais.
— Qu'elle est bête avec les cheveux de sa tante ! . ..