LA BLONDE ET LA BUUNE
et c*est dans Pespoir de Ty rencontrer que j'ai voulu y venir?...
— Eh bien, y est-il?
— Non, mais il n'est encore que six heures et quart; il dîne souvent plus tard que cela... il peut venir... Ah I c'est qu'il faut que je le voie... que je lui parle à ce monstre... Dix jours sans venir chez moi, sans me donner de ses nouvelles!... il me trompe, c'est bien clair, il a une autre maîtresse... Ah ! s'il allait venir ici avec elle !...
— Eh bien, que ferais-tu donc alors?
— Ce que je ferais? je lui casserais ce bol sur la tête! je souffletterais sa maîtresse I je...
— Ah ! mon Dieu, tu me fais peur. Je vais m'en aller... je ne veux pas voir cela!...
— Allons... rassure-toi, ma pauvre Lisa, tout cela n'arrivera pas : d'abord, quand ces messieurs dînent chez le traiteur avec une femme, ils ne la mènent pas dans un salon, ils vont en cabinet particulier ; c'est bien meilleur genre et plus commode. Par conséquent, Rodrigue ne conduirait pas sa maitresse dans ôette salle. . . où tout le monde vous voit. • . Oh ! je connais son goût... il aime les cabinets particuliers.
— Est-ce qu'il t'y a menée?
— Mais je crois bien I et plusieurs fois même.. •
— Tu l'aimes beaucoup, ton monsieur Rodrigue?. . .
— Je n'en suis pas bien sûre... Je ne voulais pas l'écouter... quelque chose me disait que je me repentirais deTaimer !... Mais il sait si bien vous faire croire qu'il vous adore... Je Tai prévenu cependant; je lui ai dit : Prenez garde ! je ne suis point de ces femmes dont on se moque et que l'on quitte dès qu'on a satisfait son caprice... H m'a juré de m'étre fidèle. C'est égal!... je l'aime et je le déteste, je ne sais pas ce qui l'emporte le plus dans mon cœur I
— Est-ce qu'on peut en même temps aimer et détester les gens ?
— Oui, cela se peut. Tu ne comprends pas cela, toi, Lisa, qui n'as pas encore aimé... à ce que tu m'as dit du moins?
— C'est la vérité, et comme je vois que tu es toujours tourmentée depuis que tu es amoureuse, cela ne me donne pas le désir de devenir comme toi.
— Est-ce qu'on est maître de cela?... est-ce que l'amour se commande?... Tu crois qu'on peut le repousser comme on refuse de manger un gâteau quand on na plus faim!... L'amour, vois-tu, cela vous prend sans vous avertir, sans qu'on ait le temps de se tenir en garde contre lui... Quelquefois on se dit : Ah! j'ai bien tort d'aimer cet homme-là 1... Mais