‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 13 sur 16 · OU L'ON VEUT TOUJOURS EN YENIR · texte numérisé non relu

OU L'ON VEUT TOUJOURS EN YENIR

défendues ont encore plus d atlrait pour nous... Profitant de quelques jours de liberté et encouragée par une amie, en qui j'ai toute confiance...

— Celle que j*ai Tue avec yous, sans doute?

— Oui, ma bonne Nancy, je me suis risquée... et lorsque vous m'y avez vue, c'était, je crois, la troisième fois que j'y allais.

— Moi, je suis allé à Habille il y a quelques jours, peU'» sant que peut-être je vous y rencontrerais...

— Oh ! je n*y suis pas retournée depuis cette fatale querelle...

— Est-ce que votre goût pour la danse est tout à fait

— Je ne dis pas cela... peut-être un jour y céderai-je encore... mais alors vous y seriez avec moi, n'est-ce pas?

— Oh ! toujours, partout où vous voudrez!...

Les deux amants restent jusqu'à cinq heures chez le traiteur. Alors on sort par le même chemin que l'on était venu. On remonte dans le coupé qui attendait toujours à quelques pas, et Âugustina dit à Dorcelle :

— Vous m'arrêterez devant la première place de fiacre que nous verrons; là, je descendrai et monterai dans une voiture qui me conduira... où je vais.

— Pourquoi ne vous y conduirais-je pas avec ce coupé?

— Parce qu'il ne le faut pas, que je ne le veux pas... Est-ce que je n'ai plus quelques droits à votre obéissance...

— Oh! pardonnez-moi... Ordonnez, je ferai tout ce que

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VOUS exigerez. Mais au moins quand vous reverrai-je?

— Après-demain ; même heure, même endroit, même rendez-vous.

Dorcelle baise avec transport une main qu'on lui abandonne ; puis tout s'exécute comme la belle blonde l'a voulu; elle quitte le coupé, monte dans un fiacre et disparait. Alors Dorcelle se fait conduire chez lui en se répétant:

— Elle est ravissante, adorable! Je suis le plus fortuné des hommes!

En dix jours cinq rendez-vous semblables ont eu lieu. La belle Augustina est plus tendre, plus aimante que jamais; Dorcelle est-il toujours aussi fortuné? je ne crois pas; la chaleur amoureuse est comme celle du temps, il est bien rare que le méridien marque longtemps les mêmes degrés; le jeune homme éprouve encore un grand plaisir dans ces galants rendez-vous, cependant c* est sans trop de peine, qu'à la cinquième entrevue, il entend sa belle maîtresse lui dire :

— Hon ami, nous serons probablement longtemps sans nous revoir, car je vais cesser d'être libre... Il vous faudra de nouveau-attendre de mes nouvelles.

— Quoi, déjà! répond Dorcelle en poussant un soupir, bien moins fort que ceux qu'il poussait avant d'être le plus fortuné des hommes.

— Pendant le temps que vous serez sans me voir, me serez-vous fidèle...

— Oh! toujours!

— C'est bien long, toujours ! , . . mais enfin ne m'oubliez

m on L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR

pai tout à fait, car maintenant je sens que je serais bien malheureuse si vous cessiez de m'aimer.

Dorcelle fait toutes les protestations d'usage. La belle Augustina prolonge ce rendez-vous plus longtemps qu'à l'ordinaire, puis enfin on se sépare avec toutes les précautions accoutumées.

En se faisant reconduire chez |ui, Dorcelle se dit : — Je ne suis pas fâché qu'il y ait un petit oitervalle.

LA ÔRAPP.E DE OROSEafLC

Peu de jours se sont écoulés depuis que Doreelle a eu son dernier tète-à-tête avec la belle blonde, lorsqu'il voit entrer, chez lui son ami Abelino.

Toujours aussi affectueux, aussi aimable, le marquis vient presser la main de son jeune ami en lui disant :

— Me voici, moi, vous le voyez, mon absence n'a pas été plus longue que je ne l'avais annoncé; j'aurais été contrarié d'être retenu plus longtemps hors de Paris, d'abord parce que naturellement j'aime mieux être à Paris qu'ailleurs, c'est tout simple, puisque j'y ai ma femme et ma maison; mais cette fois j'étais encore excité par ma curiosité; il me tardait de savoir si vous aviez enfin obtenu la récompense de votre amour... si cette beauté mysté-

rieuse que je soupçonne moi d*étre un peu coquette, vous a enfin donné de ses nouvelles?...

— Oui, marquis, oui, mon cher marquis, oh! tout est fini maintenant. Je n'ai plus de vœux à former... mon triomphe a été complet ! . . .

— Eh allons donc, j*étais bien sûr, moi, qu'elle se rendrait, cette dame!... Vous savez que d'après sa lettre je vous ai dit : € Elle vous aime, vous la posséderez! »

— Oui, c'est vrai, je me le rappelle... mais cela était si long, moi je perds vite patience,

— Il en faut toujours en amour. Mais, voyons, contezmoi maintenant comment cette dame s'est rendue...

— Oh! ceta a marché très-vite... Elle m'a donné un rendez-vous aux Champs-Élyséeff, elle est arrivée en fiacre, moi j'avais un coupé, elle est montée dans mon coupé, et ma foi alors je Tai menée à Neuilly, dans un petit restaurant ravissant, mystérieux où l'on est comme chez soi...

— Elle n'a pas fait trop de façons pour y entrer?

— Aucune! d'ailleurs une fois dans la voiture avec moi!... Oh! ce n'est pas une coquette, je n'ai pas eu à subir toutes les simagrées d'usage ! . . . Tenez, mon cher, je suis forcé de croire que c'est une femme qui m'aime réellement et qui m'a cédé parce que j'avais vraiment dû toucher son cœur.

— Tant mieux, ces conquétes-Iâ sont les plus rares et les meilleures. Lui avez-vous fait quelque présent.».

— Oh ! vraiment, voilà ce qui me fait croire encore que je suis aimé : figurez-vous qu'une fois, j'avais acheté

une assez jolie broche en diamants et rubis que je voulus lui faire accepter. Ah! si vous saviez comme mon cadeau fut reçu ! . . . Elle prit la broche, la jeta à terre avec colère, en s'écriant : a Je' me donne par amour et non pas pour * que l'on me fasse des cadeaux!...

— Décidément cette femme-là s'était fourvoyée en allant à Mabillel...

— N'est-ce pas, cher ami... mais elle aime passionnément la danse, surtout cette danse qui permet de se livrer à mille folies, et c'est là ce qui l'avait entraînée à ce bal. Comme je ne veux pas, moi, contrarier ses goûts, je lui ai dit que je n'entendais pas que, pour moi, elle renonçât à son plaisir favori; elle m'a remercié, et la première fois que nous nous re verrons il est convenu que je l'accompagnerai à Habille, où elle veut danser une dernière fois.

— Allons, je vois que cette belle danseuse mérite la passion qu'elle vous a inspirée... Et est-elle aussi jolie, aussi adorable dans le tête-à-tête qu'au bal?

— Oh! cent fois plus encore... C'est un trésor de charme, de volupté... et puis... Oh! si vous saviez... j'ai découvert chez elle quelque chose de ravissant!... qu'il n'est pas donné à un simple mortel d'admirer... Il faut être comme je l'étais un élu des dieux pour voir cela...

— Comment... qu'est-ce donc?

— Eh mon cher, un signe... un signe bien extraordinaire par sa perfection... et qui est placé... tout près d'un certain endroit... vous comprenez...

Le marquis a éprouvé comme un léger frémissement, un frisson presque imperceptible a subitement parcouru (ont son corps, il s'en est sur-le-champ rendu maître et reprend :

— Âh! cette dame a un signe... particulier...

— Une grappe de groseille, mon cher, oh! mais une grappe de groseille parfaitement marquée... La rafle un peu brune, et les grains d'un rouge admirable.

Le marquis a changé de couleur, il n'est pcis maître celte fois d une certaine contraction nerveuse, et Dorcellç qui 8*en aperçoit lui dit :

^ Est-ce que vous souffrez, marquis?

*- Oui... une douleur au cœur qui ipe pret^d quelque** fois... mais ce n'est rien... cela passe vite..,

— Voulez-vous prendre quelque chose?

— Non,., merci, tenez c'est déjà passé... Continue» donc, ce que vous me dites est si incroyable.., un signe qui ressemble à une grappe de groseille !..,

— Je vous certifie que cela est frappant !

— Et vous êtes-vous amusé à compter les grains?

— Oui, assurément, il y en a sept... Oh mais septs Um distincts!

— Et ce signe se trouve... placé?

— Ici tenez... à la naissance de la cuisse droite... Oh! mais, vous souffrez encore, marquis... Laissez-mpi vous donner quelques gouttes d'éther sur du sucre... j'en ai là...

Dorcelle s'est levé pour courir prendre un flacon dans son secrétaire; pendant ce temps, Àbelino qui est

devenu livide, marche à grands pas dans rappartement, ses regards lancent des éclairs, mais il baisse les yeux vers la terre lorsque Dorcelle se rapproche de lui.

— Tenez,.mon cher ami, mettez cela dans votre bouche... Je vous promets que cela vous soulagera...

Le marquis prend le morceau de sucre imbibé d'éther, ravale brusquement, puis balbutie :

— Oui... oui... cela se calmera... d'ailleurs un homme doit savoir souffrir...

— Vous Tavez avalé un peu vite... Mais ce mal... y at-il longtemps que vous réprouvez. Vous ne m'en aviez jamais parlé...

— A quoi bon!... Et cette femme,., votre maîtresse... vous a-t-elle dit quelque chose sur sa position, sur ce qui l'oblige à user de mystère...

— Oh rien du tout. . . Sur ce chapitre elle ne veut même pas qu'on la questionne. Mais après toutj vous comprenez que cela m'est assez égal! Je présume qu'elle est entretenue par quelque grand personnage... je ne tiens pas du tout à savoir qui!... J'ai obtenu tout ce que je voulais. Je n'en demande pas davantage!... Mon Dieu, comme cette crise que vous venez d'avoir vous a changé... vous n'êtes pas reconnaissable... Il faut vous soigner, marquis,.. Oh! mais sérieusement, je dirai à madame la marquise combien je vous ai vu souffrir^ pour qu'elle vous oblige aussi à voir votre médecin.

Le marquis arpente encore l'appartement; enfin il murmure :

— Il est difficile de se soigner en voyageant, et comme je vais repartir...

— Vous allez repartir*? Hais vous venez à peine d'arriver...

— Je ne suis revenu que... pour chercher des papiers importants que j*avais oubliés et qui m'étaient indispensables...

— Ah ! que c'est contrariant!... moi, qui me félicitais de vous voir de retour. . . Et quand partez-vous?

— Ce soir môme je quitterai de nouveau Paris!

— Quel ennui ! Mais au moins vous ne serez pas longtemps absent cette fois?...

— Je ne sais... je ne puis répondre, cela dépendra des circonstances!...

— Tenez, mon cher Abelino, je ne suis pas dans les honneurs comme vous, c'est vrai; mais franchement j'aîme mieux mon obscurité avec ma liberté, que les grandeurs que vous obtiendrez, mais qui vous coûtent vos amis, vos plaisirs et le pouvoir de faire voire volonté.

Le marquis ne répond rien, mais il a repris son chapeau et sort vivement de la chambre, en balbutiant d'une voix étouffée.

— Adieu, Dorcelle, adieu...

— Comment, vous vous sauvez comme cela ! . . Attendezmoi donc... et vous vous en allez sans m*avoir donné une poignée de main.,.

Mais le marquis n'écoutait pas Dorcelle, il a traversé rapidement l'appartement, et il decend l'escalier si vite,

qu'il est déjà en bas, lorsque le jeune homme arrive seulement sur son carré.

Voyant que c'est en vain qu'il Tappelle, Dorcelle rentre chez lui, persuadé que le marquis souffrait encore avec violence et que e%t pour ne point lui laisser voir sa souffrance qu'il s'est sauvé avec tant de précipitation.

— Pauvre ami! se dit-il, se remettre en voyage lorsqu'on est sujet à ces crises si violentes... Ah! l'ambition rend capable de tout! Et cette belle marquise, comme elle doit s'ennuyer d'être si souvent privée de la compagnie de son mari!... D'autant plus qu'il n'est pas permis d'aller la consoler!

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