‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 12 sur 16 · OU L'ON VEITT TOUJOURS EN VENIR · texte numérisé non relu

OU L'ON VEITT TOUJOURS EN VENIR

— Non, je garde toujours ce que j'ai mis sur ma tête... c'est une habitude,., ridicule peut-être, mais une fois que je me suis coiffée le matin, je ne veux plus rien changer â ma coiffure.

— Toutes vos fantaisies doivent être respectées, madame, et comme vous êtes toujours adorable, vous avez parfaitement le droit de rester telle que cela vous plaît.

Un tendre baiser est la récompense de ces paroles. Dorcelle est le plus heureux des hommes! car vous savez que le plus heureux des hommes est toujours celui qui pour la premièi'e ft)is obtient tout de la femnie dont il est épris.

Hais vous me direz peut-être que, dans ce vaste univers, chaque jour, à chaque heure il y a un amant qui voit aussi couronner sa flamme, et que chacun de ces messieurs ne manque pas aussi de s'écrier « qu'il est le plus fortuné des hommes. »

Alors cela devient embarrassant! Quel est donc dans tout ce monde-là celui qui est vraiment le plus fortuné des hommes? Ma foi, j'y renonce! mais, ce qui me fait plaisir, c'est que le nombre de ces heureux mortels est très-considérable.

Après avoir longtemps causé d'amour, Dorcelle fait une carte et sonne, parce que, remarquez bien ceci : en telle position que l'on se trouve, triste ou heureuse, tranquille ou agitée, on finit toujours par manger... C'est le complément indispensable en amour comme en affaires, en politique comme en plaisirs; c'est vulgaire! mais c'est Comme cela.

ou L'ON VEUT TOUJOURS EN YENIU 2i'J

On fait un repas délicat, charmant, puis, tout en mangeant, on cause plus posément.

— Vous avez été bien longtemps, chère Augustina, sans me donner de vos nouvelles!

"^ C'est que je ne le pouvais pas, c'est qu'il m'était impossible de vous assigner un rendez-vous.,.

— Et maintenant, puis-je espérer que je vous verrai davantage?

•^ Pendant quelques jours je serai encore ma maltresse... \>

— Ah ! quel bonheur ! et ensuite?

f-^ Ensuite, il faudra de nouveau attendre que je sois redevenue libre... Peut-être alors cesserez-vous de penser à moi!...

— Oh ! ne croyez pas cela, mais on attend plus patiemment, alors qu'on est sûr d'être aimé...

— Ah ! vous devez en être bien sûr. . . et pourtant vous ne savez pas, vous ne saurez jamais à quoi je m'expose en vous aimant!

^- Ne me dites pas cela, vous ma donneriez presque des remords de mon bonheur!... Hais ce que je ne comprends pas, c'est que sous la dépendance d'un tyran, comme vous paraissez l'être, vous ayez osé aller danser au bal Mabille comme vous le faisiez souvent?

— Oui, sans doute, c'était fort imprudent 1 mais il faut que vous sachiez que je suis folle de la danse... surtout de cette danse libre, gaie comme on se la permet là. Depuis longtemps je n'avais pu satisfaire mon goût... cela m'était positivement défendu ! Mais vous savez que les choses

Page 1