‹ ŒuvresChapitre 26 sur 70 · CHANT DE GUERRE · texte numérisé non relu

CHANT DE GUERRE

Suivant des yeux la troupe altière Perdue aux limites des champs, Ils croyaient voir à la frontière Saigner la pourpre des couchants.

Témoins des anciennes déroutes, Les patres, songeurs et peureux, Abandonnaient au bord des routes Les troupeaux et causaient entre eux.

Courbés, ils parlaient de bataille, De défaite et de trahison ; Mais, joyeux, redressant leur taille, Les gàs chantaient à l'horizon.

Au soir, à la nuit, aux présages, Les gàs portaient de hauts défis.

Ils évoquaient du fond des âges Tous ceux dont ils étaient les fils.

Gaulois et Normands qui naguères, Servants des cultes meurtriers, Défendaient dans les grandes guerres Le sol, la race et les foyers.

Sur la même route sonore,

Vers l'infini du même ciel,

Le cri du Gaulois monte encore

Et j'entends son pas éternel.

C'est vrai qu'il faut que tout renaisse

Au fond des cœurs, dans les cerveaux.

Ah ! laissez chanter la jeunesse

Et passer les espoirs nouveaux.

L'hymne de guerre est un cantique.

Il dit : a Je défends et je crois. »

Il s'élève dans l'air mystique

Où nos clochers dressent la Croix.

Honte aux refrains qui se lamentent

Dans une perverse beauté.

Et surtout gloire à ceux qui chantent

La Patrie et la Liberté!

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