CHANT DE GUERRE
Suivant des yeux la troupe altière Perdue aux limites des champs, Ils croyaient voir à la frontière Saigner la pourpre des couchants.
Témoins des anciennes déroutes, Les patres, songeurs et peureux, Abandonnaient au bord des routes Les troupeaux et causaient entre eux.
Courbés, ils parlaient de bataille, De défaite et de trahison ; Mais, joyeux, redressant leur taille, Les gàs chantaient à l'horizon.
Au soir, à la nuit, aux présages, Les gàs portaient de hauts défis.
Ils évoquaient du fond des âges Tous ceux dont ils étaient les fils.
Gaulois et Normands qui naguères, Servants des cultes meurtriers, Défendaient dans les grandes guerres Le sol, la race et les foyers.
Sur la même route sonore,
Vers l'infini du même ciel,
Le cri du Gaulois monte encore
Et j'entends son pas éternel.
C'est vrai qu'il faut que tout renaisse
Au fond des cœurs, dans les cerveaux.
Ah ! laissez chanter la jeunesse
Et passer les espoirs nouveaux.
L'hymne de guerre est un cantique.
Il dit : a Je défends et je crois. »
Il s'élève dans l'air mystique
Où nos clochers dressent la Croix.
Honte aux refrains qui se lamentent
Dans une perverse beauté.
Et surtout gloire à ceux qui chantent
La Patrie et la Liberté!