LA CROIX ROUGE
La Croix Rouge, pour les grands cœurs qui l'ont cherchée,
De la Croix du Sauveur un jour s'est détachée.
Symbole de pitié, d'amour et de douleur,
C'est bien au Sang du Christ qu'elle doit sa couleur.
Les mères aux bras forts, les épouses tremblantes,
Les filles et les sœurs ont pris les croix sanglantes ;
Puis, à des sons lointains redressant les genoux,
Cependant que les fils, les frères, les époux
Suivaient les beaux clairons dans les guerres affreuses,
Elles ont occupé leurs mains ingénieuses
A de simples travaux, cousant de l'aube au soir,
Consacrant la veillée à quelque humble devoir,
Achevant le tricot, entassant la charpie,
Dans le silence lourd de la ville assoupie.
Sur ces doux oreillers les blessés dormiront. La mitraille en éclats frappe des pieds au front, La balle atroce fait des trous et des morsures : Voici du linge blanc pour toutes les blessures. Femme, des messagers, par les champs et les bois, Porteront aux blessés le travail de vos doigts Et ces choses, dans la victoire ou les défaites, Garderont la douceur des mains qui les ont faites. La douceur des bandeaux qu'aiment les fronts pâlis, Les linceuls glorieux l'abritent dans leurs plis, Car vous avez, mes sœurs, pour tous les frères d'armes, Uni vos mains, uni vos cœurs, mêlé vos larmes.
Les larmes vers la terre ont coulé de vos yeux, Mais la prière sainte a monté vers les cieux.
Ils sont morts? Votre foi là-haut les accompagne. Ils sont vivants? Sur les sommets, dans la campagne, Lorsque le camp remue aux lueurs du matin, Quand la diane chante et meurt dans le lointain, D'humbles autels, dressés là-bas sur les frontières, Mêlent leur paix divine aux fanfares altières.