‹ ŒuvresChapitre 3 sur 70 · LE CALVAIRE · texte numérisé non relu

LE CALVAIRE

Les hommes ont taillé les marches du calvaire, La croix, le doux Sauveur, dans le granit sévère; Puis, sous le ciel d'ouest où meurent les couchants, Dans la silencieuse immensité des champs, Entre les noirs massifs de deux forêts lointaines, Devant les clairs ruisseaux et les claires fontaines. Au-dessus des étangs, miroirs des beaux vallons, Par-dessus les chemins qui tordent leux-s bras longs Vers les routes, qui vont de contrée en contrée, Ils ont planté la croix, sombre et démesurée.

Là-haut, de chaque main clouée au granit bleu,

Les yeux des chrétiens voient tomber le sang d'un Dieu.

Du Côté qu'un soldat ouvrit avec sa lance,

Des pieds percés, le Sang tombe dans le silence,

Goule dans le silence affreux des champs déserts.

Il faudrait pour qu'un son retentît dans les airs,

Pour qu'une voix encor remuât l'étendue,

0 Seigneur, le grand cri de ton âme éperdue.

Mais ton amour sans doute a peur de nos effrois,

Et, muet, tu bénis, là-haut, dans les cieux froids,

A travers cette terre aux limites confuses,

Les villages perdus et les villes diffuses.

0 Seigneur, tu bénis, de ton isolement,

La cité, ruche humaine au vain bourdonnement.

Sur le hameau craintif, qui groupe ses chaumières,

Tu répands ton amour, ta force et tes lumières.

A l'œil indifférent ou glacé du passant

Tu montres le calvaire inondé de ton Sang.

Et lorsque l'homme passe, ou distrait ou farouche,

Le pardon, doux et pâle, erre aux plis de ta bouche.

Toi, le Dieu qu'à genoux il faudrait adorer, Toi, le Christ, avec qui nous devrions pleurer, Toi, que l'indifférence humaine désespère, Tu restes là, comme autrefois devant ton Père, Les deux bras étendus, plein de compassion,

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