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LE PRINTEMPS ET LES GUEUX

Ouvriers sans travail, hommes sans feu ni lieu, Artistes du plein air, chanteurs, traineurs de loques, Baladins, joueurs d'orgue, aveugles, ventriloques, Bienheureux fainéants, nos frères devant Dieu;

Sur vous de chauds rayons descendent du ciel bleu, Aux ronces des chemins brillent vos pendeloques, Le babil des oiseaux se mêle à vos colloques, Les vergers sont en fleurs . coUchez-vous au milieu.

Gueux des champs et des bois, gueux des monts et des [>Iaii Tendez vos clairs bidons sous nos futailles pleines, Suppez le poiré blond, lampezle cidre d'or.

Grandgousiers, dont le bec réchaufferait les marbres, Mêlez-vous aux truands, buvez, trinquez encor, Grisez-vous ! Le Printemps titube dans les arbres !

PLEBS RUSTTGA

L'ait no retentit plus des chansons de la plèbe. Les modernes ruraux, fils de ceux qui luttaient, Ont refusé l'effort et déserté la glèbe. Où sont les paysans, les vrais, ceux qui chantaient?

Aux anciens il fallait la plaine et la charrue,

Le grand air dont le souffle ondoie au front des blés;

Les nouveaux ont quitté le sillon pour la rue,

Et, jeunes, des désirs malsains les ont troublés.

Les pères étaient beaux, tout brunis par le hâle ; Leurs artères battaient, pleines d'un sang vermeil. Les fils étiolés ont le visage pâle ; L'ombre a pris ces enfants, nés pour le grand soleil.

lof. VOIX DE LA GLEBE

Leurs bras n'étaient pas faits pour les besognes viles Et le joug paternel pesait à leur fierté. Les voyez-vous, épars sur le chemin des villes, Tous ces virhcs d'espoir ((n'attend la pauvret»'?

Ils ont fui le village et vidé les chaumières, Abandonné leur ciel, leurs parents, leurs travaux. Le siècle devant eux agitant ses lumières, Quelque rêve imbécile agite leurs cerveaux.

Or, ayant pris l'outil, la machine ou la plume, Ils font, du travailleur blême aux scribes pâlots, Des déclassés, en qui la colère s'allume Quand pour eux le hasard a mal choisi les lots.

Les terres autour d'eux étaient pourtant fertiles, N'importe! ds ont cherché l'impossible bonheur, Dépensant follement, en des jours inutiles, Des trésors de santé, de jeunesse et d'honneur.

Ils ont, ces émigrants, ambitieux ou lâches, Gêné les citadins, gêné les artisans.

PLEBS BUSTICA 157

Dieu les avait créés pour de plus nobles tâches, Les paysans devaient rester des paysans.

De quels fardeaux leurs mains sont-elles délivrées? S'ils ont jamais foulé le marbre des palais, C'est que leur dos portait l'oripeau des livrées Et les hommes d'hier aujourd'hui sont valets.

Pauvres gens, au démon qui vous soufflait l'envie, À l'Esprit tentateur, il fallait, dire : non! L'homme n'a pas le droit de gaspiller sa vie, D'abdiquer sa grandeur, de renier son nom.

Les cités vous ont pris dans tous leurs esclavages, L'amère ambition vous a gâté le cœur.

Civilisés! Pourquoi? Quand vous étiez sauvages, Le sol dur craquait-il sous votre pied vainqueur?

Dans la terre, où le soc a fait ses déchirures, Le bon grain du semeur n'a-t-il donc plus germé? Dans la plaine, où les blés étalaient leurs parures, Les soleils dévorants ont-ils tout consumé?

Les bourgeons, où des fleurs s'était caché le rêve, N'ont-ils pas su tenir leurs promesses de fruits? Dans quel arbre maudit a donc manqué la sève? Les prés ont-ils souffert, les bois sont-ils détruits?

Rien n'est changé; les bois ont toujours des cépées, Des bouleaux argentés et des chênes puissants, Et les mêmes senteurs, de nos herbes coupées, S'élèvent, pour griser les derniers paysans.

Les branches ont ployé sous la charge des pommes, Mais l'arbre couronné ne sait pas défaillir : Un jour, plein de fruits mûrs, il attendra les hommes El ne verra pas ceux qui devaient les cueillir.

Rien n'est changé, pourtant! Là-bas, le trèfle rouge Rrille entre l'orge épaisse et le sainfoin tremblant ; Le trèfle, où le soleil éclatant luit et bouge, Tache la plaine en feu de son carré sanglant.

La campagne toujours a des gloires supei'bes,

Mais quels féconds labeurs, mais quels joyeux hymens,

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