MATIN
L'écriture de l'arbre avec ses hauts jambages Tremble, mystérieuse, au bord de l'horizon. Et par la haie en fleur, autour de la maison, Allègrement, le jour furtif rit aux herbages.
Des bruits montent; le vent effleure les roseaux De la mare où les bœufs à pas pesants vont boire, Et le soleil levant jette, comme une gloire, La clarté du matin sur la face des eaux.
Le rythme des galops, élevé sur les routes, Éclate et passe ; il gronde et fuit sur le lointain ; Il meurt. Et maintenant, seule dans le matin, La voix d'un angélus retient l'âme aux écoutes.
LES BECASSES
A l'heure où le soleil lentement disparait, Les couples en chantant sortent de la forêt. Les hécasses, par deux, volent vers les fontaines, Vers les ruisseaux voisins ou les sources lointaines Dont la fraîcheur est douce après le poids du jour. Les vallons endormis semblent faits pour l'amour. Elles vont deux par deux, très lentes, et la lune Baigne de sa clarté blanche leur robe brune. Et la chanson des nids sort des frêles gosiers.
L'homme, au bord de la lande, attend les échassiers, Embusqué sur la route où doit passer l'idylle. Et des coups de fusil troublent la nuit tranquille, Et le sang des oiseaux tombés rougit le sol.
LES BECASSES 175
Regrettez-vous l'idylle arrêtée en son vol?
Moi, je sens comme un deuil planer sur mes pensées
À l'aspect des yeux clos et des ailes blessées.
Je crois que l'oiseau mort manque à l'oiseau vivant,
Qu'un signe de détresse est dans l'arbre mouvant,
Et que les pleurs dont l'aube inonde les clairières
Sont pour les oiseaux morts, là-bas, dans les bruyères...