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LE LABOUREUR

Caressant tour à tour le poitrail de ses bêtes, Le maître dit sa joie, et les blancs étalons Vers l'homme pacifique allongent leurs deux tètes, Et leur hennissement se perd dans les vallons.

Dans un lourd battement d'ailes exténuées, Des corbeaux sont venus tacher les guérels bruns ; Mouches noires, suivant la marche des nuées, D'autres filent dans l'air au-dessus des embruns.

L'averse tout à coup rayant le ciel immense, Des corbeaux effarés s'en va le noir essaim. Mais l'homme a ressaisi l'araire; il recommence, 0 terre maternelle, à déchirer ton sein.

Qu'importe l'aquilon, le nuage, l'ondée! Le laboureur s'obstine. Ayant la royauté De la glèbe, il la veut soumise et fécondée, Et l'obstacle n'est rien devant sa volonté.

Celui qui porte ainsi l'antique servitude Domine le labeur auquel il se soumet.

Le ciel est noir, le soc pesant, la cote est rude ; Qu'importe! Il va bientôt reparaître au sommet.

Clamez, sonnez là-haut vos marches triomphales, 0 corbeaux, et chantez ce hardi laboureur; Bras nus, le col ouvert au baiser des rafales, Il voit dans la tempête une amante en fureur.

Sur le coutre, en amont, sa taille est inclinée; Mais l'effort, qui roidit les muscles en marchant, Ne pourra pas d'une heure abréger sa journée : Debout avec l'aurore, il dételle au couchant.

Il s'en va. Le brouillard Hotte sur la colline,

Le vallon fume au loin comme un grand encensoir.

Il s'en va lentement, et l'astre qui décline

Jette sur lui la pourpre éclatante du soir.

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