LA CROIX DE BOIS
Dans le vent pluvieux, non loin de ma maison, L'arbre s'agite et pleure, et la sombre vallée Est la sœur de mon àme obscure et désolée. Car les plaintes du vent, ce sont des cris humains. Car les pleurs des buissons qui bordent les chemins Avec mes larmes ont mouillé, mouillé la terre. Et j'ai porté ma croix sous la Croix solitaire.
Seul, ayant comme un poids de brume à son manteau,
Ce matin le poète a franchi le coteau.
Pas une voix dans l'air, pas un son dans les branches.
L'angélus d'Échauffour et l'angélus de Planches,
Qui s'unissent parfois en un chant fraternel,
Etouffés et lointains, se perdaient dans le ciel.
Les chemins, les maisons, les clochers, les églises
Et tous les arbres se voilaient de vapeurs grises.
Gavés des fruits sanglants de l'épine et du houx,
Les oiseaux regardaient le poète à genoux.
Ils voyaient dans la brume une Croix ébauchée,
Puis un être, immobile et la tête penchée.
l)e l'homme au bois sacré quand les bras s'appuyaient,
Quand il joignait les mains, les oiseaux s'enfuyaient
Par les chemins, sur le coteau, dans la ravine. Et l'homme, resté seul sous votre Croix divine, O Christ, l'homme ulcéré, le pécheur, le passant, Baignait son cœur malade aux flots de votre Sang.