‹ ŒuvresChapitre 7 sur 70 · LES CYGNES SUR LES EAUX · texte numérisé non relu

LES CYGNES SUR LES EAUX

Les Cygnes sur les eaux profondes et lointaines Glissent, leurs cols de neige ont tui devant les yeux. Et tu reviens t'asseoir sous des portraits d'aïeux, Pages, Hérauts, Mignons, Prélats et Capitaines.

La fenêtre est ouverte au silence des bois. Un grand fauve, arrêté là-bas dans la fougère, Cherche, au souffle du vent, d'une oreille légère, Les galops de la veille et les derniers abois.

Hier, près de l'étang où les biches vont boire, A l'heure où le soleil dorait les pavillons, Sur la lande, il a vu, dans l'éclat des rayons, Apparaître et bondir ta forme souple et noire.

Le fauve a regagné les bois silencieux.

S'en vont les beaux ramiers, passent les tourterelles,

L'ombre douce du parc effleure les tourelles

Et le Songe ouvre en toi son vol mystérieux.

Dans le rêve qui tient la paupière baissée Vois-tu l'Amant d'hier incliné sur ta main? S'il revenait, comment lui barrer le chemin Et sous quels mots cruels lui cacher ta pensée?

Si tu les prononçais il ne répondrait pas, Aucun cri ne viendrait redresser ta paupière Pendant qu'il descendrait cet escalier de pierre Moins dur et moins profond que l'orgueil de ses pas.

Et ton ame troublée aime cette aine étrange. D'autres se sont courbés dont tu ne fis nul cas. Et les lèvres d'un seul sur tes doigts délicats De la dentelle fine ont fait trembler la frange.

Pourquoi souffrirais-tu de ton désir caché? Si l'amour éternel est né d'une heure brève,

LES CYGNES SUIl LES EAUX... Il

Ne crains jamais celui qui peut vivre son rêve Sans bruit, sans trahison, peut-être sans péché.

Lève-toi maintenant, ù bien-aimée, ô reine! Puis sur les champs déserts d'où partaient les faucons. Seule et pâle, appuyée au fer des vieux balcons, Dresse enfin dans le soir ta beauté souveraine.

Regarde la forêt où le soleil descend : Elle s'allonge au loin comme la lèvre hostile De quelque noir abîme, et l'astre qui rutile S'y couche, magnifique, énorme, éblouissant.

Tout resplendit, les bois, les étangs, les fontaines. Il vient, l'Amant du soir, épris de ce décor. Il vient. L'heure est divine. On voit glisser encor Les cygnes sur les eaux magiques et lointaines.

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