‹ ŒuvresChapitre 70 sur 70 · L'HIVER, 0 VOYAGEUSE · texte numérisé non relu

L'HIVER, 0 VOYAGEUSE

L'hiver, ô voyageuse, est la saison du deuil. Tu n'es plus là. Le vent siffle aux marches du seuil, La cloche à petits sons gémit sur le village, lis t- ce le chant plaintif des âmes en voyage? Est-ce un glas? Je me sens pour toujours séparé Du vivant que j'aimais, du mort que j'ai pleuré. L'église, le manoir, les champs, le cimetière Maintenant semblent fuir à la pale lumière De l'âtre. O chère absente, ici je songe à toi, A ta prison lointaine, à son lugubre toit Où grince dans le vent la girouette ancienne. Les glaçons du larmier pendent sur la persienne Et je vois dans ta chambre, où le feu brille encor, Le long peigne d'argent mordre tes cheveux d'or.

L'HIVEB, 0 VOYAGEUSE... 22:

Écartant pour un soir le monde et ses mensonges,

Enfermée, isolée, immobile, tu songes

Peut-être à ce vallon d'enfance, au noir coteau

Où hier des souffles froids flagellaient ton manteau...

Revois-tu les grands Lois et toute la contrée?

Reconnais-tu la place où je t'ai rencontrée,

Où j'ai, près du village, au détour du chemin,

Mis mes yeux sur tes yeux et ma main sur ta main?

Nous causions tous les deux à mi-voix, sous la bise.

Puis, je t'ai vue entrer dans cette vieille église

Qui garde, ténébreuse, entre ses piliers lourds,

Le mystère des nuits et le secret des jours.

Le temple s'est fermé. Je t'ai revue à peine.

Et maintenant je suis tout seul avec ma peine.

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