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Livre passage à des seigneurs très importants

A des prélats lancés dans les théologies,

À des moines qui font, des manches élargies,

Monter la controverse en un geste ample et beau.

Seul, au fond du boudoir, devenu son tombeau,

Un poète à perruque erre et madrigalise.

Il convoite ici-môme, assez loin de l'église,

Deux sœurs qui, célébrant des rites inconnus,

Égalisent l'effort exquis de leurs bras nus

Pour marier clans l'air la flamme et les fumées

D'uue torche qui brûle entre leurs mains fermées.

Trouvant sa cage étroite et les jours un peu longs

Le poète s'esquive. Il parcourt des salons

L'enfilade jolie, hésite, s'aventure,

Note l'effet d'un meuble auprès d'une tenture,

S'arrête et suit de l'œil, jusques au plafond peint,

Le thyrse aigu qui porte une pomme de pin.

Il tàte les damas rouges à grands fleurages,

Il se mire aux trumeaux, constate les outrages

Du temps, fait la grimace et, la canne au menton,

Il envierait du dieu Mercure le bâton

Si les réchauds ailés des ardents caducées

Ne s'embrasaient sur des vipères enlacées.

Le poète se sent mordu. C'est un poltron.

On l'appelle : « Eh! rimeur? Si l'on dansait en rond? »

Mais un abbé surgit, qui tend sa main dévote

Et dit : « Non pas; dansons, bergère, une gavotte. »

Ils glissent maintenant sur les parquets anciens,

Obéissant aux doux et chers musiciens

Qui, relisant pour eux des pages oubliées

POEMES INEDITS

Font chanter leur jeunesse aux cordes réveillées. Le poète à l'écart semble plutôt fâché. Il murmure : » La danse est fille du péché. Sortons. »

Le pai'c au loin érige ses statues, Nymphes au bord des bois, d'un peu d'ombre vêtues, Qui vers Phébus, voilé de feuillages tremblants, Tournent leurs chauds désirs et lèvent leurs bras blancs. Là, le sayon au ventre et la dryade en croupe, Pan va boire, il se penche, il regarde la coupe, Pendant qu'autour de lui, le long des boulingrins, S'épluchent tristement des satyres chagrins. Dans les jardins ornés le petit Amour risque Une flèche. L'athlète au bras fort lance un disque Par une baie étroite ouverte sur les eaux. Près du canal, serrant la flûte aux sept roseaux, Un joueur appliqué penche son col de marbre. L'eau balance plus loin la barque au pied d'un arbre. Enfin, dans le soleil qui flambe les halliers, Apparaît, grave et blanche entre des peupliers, Sous le très haut caquet d'une invisible pie, Une syrinx de pierre en son rêve accroupie.

Parmi les grands châteaux, parmi les Trianons, Celui-ci noblement brille, avec ses deux noms, Avec ses eaux, ses tours, sa blancheur et sa grâce. Confiant, il rayonne et s'offre au temps qui passe : Sa figure joyeuse est celle du bonheur. Il régnait sur les champs quand passa la Terreur; Jamais rien ne vint nuire à sa beauté tranquille. Jeune et blanc, il se dresse aux portes de la Ville Dont les enseignes d'or déployaient l'écusson Des princes de Navarre et des ducs d'Alençon. Leur donjon, dépouillé de ses splendeurs premières, Est maintenant sans voix, sans drapeaux, sans lumières, Lui qui jadis vivait dans l'amour, et le bruit, Et la guerre! 0 donjon, qu'enveloppe la nuit, Tour ducale au front vieux, moi je voudrais encore Te voir, du château blanc, commander dans l'aurore !

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