‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 113 sur 175 · A TAMS · texte numérisé non relu

A TAMS

Portici, le 21 novembre 1807.

Je vous présente ici, monsieur, un travail dont vous avez approuvé l'idée. Je souhaite qu'il se trouve dans l'exécution

t. Lettre qui se trouve en tète do la traduction des deux livres de Xénophon sur la cavalerie.

quelque chose qui vous satisfasse et qui vous paraisse mériter l'attention des gens instruits. En traduisant, pour vous l'offrir, ce que Xénophon a écrit sur la cavalerie, j'ai suivi d'abord le dessein que j'eus toujours de vous plaire, et j'ai cru faire en même temps une chose agréable à tous ceux qui s'occupent ou s'amusent de ces antiquités.

Vous n'aviez pas besoin sans doute qu'on vous traduisit Xénophon ; mais vous aviez besoin d'un texte plus correct que celui des livres imprimés, et c'est là vraiment le présent que je vous ai destiné. J'ai vu et comparé moi-môme la plupart des manuscrits de France et d'Italie, où ayant trouvé beaucoup de vieilles leçons inconnues aux premiers éditeurs de Xénophon, j'ai remis à leur place, dans le texte, celles qui s'y sont pu ajuster exactement, sans aucune correction moderne, laissant aux critiques l'examen de toutes les autres, ou douteuses ou corrompues, que j'ai placées au bas des pages; et je pense ainsi vous donner ce texte aussi entier que nous saurions l'avoir aujourd'hui, c'est-à-dire fort mutilé, comme tous les monuments antiques, mais non refait, ni restauré, ou retouché le moins du monde, tel en un mot que nous l'ont transmis les siècles passés.

Ma traduction toutefois pourra être utile à ceux même qui liront ces livres en grec ; car il y a, dans de tels écrits, beaucoup de choses qu'un soldat peut expliquer aux savants. J'ai cherché à la rendre exacte. J'aurais voulu qu'on y trouvât tout ce qui est dans Xénophon, et non moins le sens de ses paroles que le sentiment, s'il faut ainsi dire. Ne pouvant atteindre ce but, qui serait au vrai la perfection d'un pareil travail, j'en ai approché du moins autant qu'il était en moi, et même plus heureusement que je ne l'eusse imaginé, en quelques endroits, où vous ne trouverez guère à dire qu'une certaine naïveté propre à cet auteur, charmante et d'un prix intini. mais difficile à conserver dans quelque version que ce soit. Sur ce point, ceux qui l'ont voulu imiter en sa langue même, selon moi, y ont mal réussi. Je n'avais garde d'y prétendre; mais imputant abonne fortune lout ce que j'ai pu rencontrer dans notre français d'expressions qui représen-

taient assez bien le grec de mon auteur, partout où je me suis aperçu que le trait simple et gracieux du pinceau de Xcinophon ne se laissait point copier, j'y ai renoncé d'abord, et me suis borné à rendre de mon mieux, non sa phrase, mais 8a pensée.

J'aurais fort grossi mes remarques, si sur chaque passage j'eusse voulu noter toutes les erreurs des critiques et des interprètes; car il n'y a pas une ligne de ces deux traités qui ne se trouve quelque part mal écrite Ou mal expliquée. Mais on instruit bien peu, ce me semble, le lecteur en lui apprenant qu'un homme s'est trompé. Ces fautes, que j'ai connues sans les marquer, m'ont obligé de donner en beaucoup d'endroits les preuves, autrement superflues, de mon interprétation. C'est ce qui a produit les notes sur le texte. Celles qui accompagnent la version sont le fruit de quelques observations que le hasard m a mis à portée de faire. Vous trouverez dans tout cela peu de lecture, nulle érudition, mais vous n'en serez pas surpris, et vous n'attendez pas de moi de ces recherches qui demandent du temps et des livrés.

Quant à l'utilité réelle de ces ouvrages de Xénophon, relativement à l'art dont ils traitent, je ne sais ce que vous en penserez. Bien des gens croient qu'aucun art ne s'apprend dans les livres; et les livres, à dire vrai, n'instruisent guère que ceux qui savent déjà. Ceux-là, lorsqu'il s'en trouve, pour qui l'art ne se borne pas à un exercice machinal des pratiques en usage, peuvent tirer quelque fruit des observations recueillies en temps et lieux différents; et les plus anciennes, parmi ces observations, sont toujours précieuses, soit qu'elles contrarient ou confirment les maximes reçues, étant, pour ainsi dire, le type des premières idées dégagées de beaucoup de préjugés. Voilà par où ces livres-ci doivent intéresser. Ce sont presque ies premiers qu'on ait écrits sur cette matière. Des préceptes qu'ils Contiennent, les uns subsistent aujourd'hui, d'autres sont contestés, d'autres sont oubliés, ou même Condamnés chez nous; mais il n'en est point qu'on ne voie encore suivi quelque part , comme je l'ai marqué dans mes uotes, et je m'assure que, si on voulait comparer soigneuse-

ment à ce qui se lit dans Xénophon, non-seulement nos usages actuels, mais les pratiques connues des peuples les plus adonnés aux exercices de la cavalerie, on y trouverait mille rapports dont je n'ai pu m'aviser, et tous curieux à observer, ne fût-ce que comme matière à réflexions.

A MADAME MORIANA DIOXIGI,

Livoume, le 12 septembre 1808

Madame, pour m'empêcher de vous aller voir, il est venu exprès, je crois, un général inspecteur de l'artillerie. Ces inspecteurs sont des gens que l'on envoie examiner si nous faisons notre devoir. Le leur est de nous ennuyer, et celui-ci s'en acquitte parfaitement à mon égard. Quand il ne serait pas de sa personne un insupportable mortel, ce que vous nommez en votre langue un soldatuccio, sa visite, tombant au travers de mes plus agréables projets, ne pouvait que m'assommer. Les malédictions ne remédient à rien ; mais, madame, ces jours destinés à vous voir, les passer avec l'animal le plus... Ma donna mia, donnez-moi patience! nous avons attendu deux mois son arrivée, et je ne sais combien encore nous attendrons son départ, douce espérance dont il nous flatte chaque jour. Je compte pourtant en être délivré cette semaine, et déjà mes pensées reprennent leur direction naturelle vers Home. Mais avant de faire les démarches nécessaires pour pouvoir m'y rendre, il faut savoir si vous y êtes. N'est-ce pas dans cette saison que vous allez ordinairement à Ferentino? Venir de si loin et ne vous pas trouver, ce serait pis que l'inspecteur. Je pars maintenant pour Florence; maintenant, c'est-à-dire aussitôt que l'animal aura les talons tournés. J'en serai de retour dans quinze jours; faites, madame, que je trouve ici une lettre de vous qui m'apprenne où vous êtes, et je ferai en sorte, moi, qu'alors rien ne m'empêche de me rendre à Rome, si je suis assuré de vous y trou\er.

Voire académie de Saint-Luc a donc enfin fait son devoir*.: Je l'en félicite. Elle ne fera pas souvent de pareilles acquisi tions. Mademoiselle Henriette, dans son Arcadie, avait quelque chose d'un peu païen ; mais vous, madame, sous la bannière de Saint-Luc, vous sanctifierez toute la famille par votre foi et par vos œuvres.

En vous écrivant ceci, madame, d'une écriture qui n'a point de pareille au monde, j'ai le plaisir de penser que vous vous unirez tous pour tâcher de me lire, et qu'ainsi je vous occuperai tous au moins pendant quelques minutes. Il me semble vous voir les uns après les autres aguzzar le ciylia 2 sur ce griffonnage, sans en pouvoir rien déchiffrer. Croyez-moi, laissez cela. Aussi bien qu'y trouveriez-vous ? des assurances très-sincères de mes sentiments qui vous sont connus, et dont je me flatte que vous ne douterez jamais.

A M. LE GÉNÉRAL D'ARANCEY,

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