COMMANDANT L* ARTILLERIE KN TOSCANE
Livourne, le 13 septembre 1818.
Mon général, il serait très à propos de concerter entre vou9 et le général Meunier le service des compagnies de gardecôtes. Vous les croyez comprises dans mon commandement, et m'en rendez responsable, tandis que tous les jours ces troupes reçoivent des ordres dont je n'ai connaissance que par la voix publique. Ou déplace les détachements et les officiers sans que j'en sois instruit. En un mot, le général Meunier commande directement cette troupe, et ne la croit en aucune façon dépendante de l'artillerie. Le préfet s'en fait une espèce de gendarmerie. J'attends, comme vous, avec impatience leur organisation définitive.
Mon service ici est peu de chose, et cependant fort pénible.
1 . Cette académie avait reçu madame Dionigi parmi ses membres. t. Dante.
Il me manque tout ce qui rend aux autres la besogne facile. Pour le matériel, je n'ai point de garde; pour le personnel, trois compagnies sans officiers (entre nous) ni sous-officiers; point d'écrivains : on m'a ôté le seul qui sût faire quelque chose. Le général Sorbier a bien senti tout cela, et en est convenu, quelque peu disposé qu'il fût à me rendre justice-. Il a paru fort aise de trouver prêt le travail que j'avais fait pour lui, et m'en aurait tenu compte si son grade et l'usage actuel ne dispensaient de tout procédé. J'aurais pris beaucoup moins de peine, et peut-être m'eût-il ménagé davantage, si je l'eusse connu plus tôt. Je ne puis, ou pour" mieux dire, il ne me convient pas de vous expliquer d'où vient i'animosité qu'il a contre moi; mais elle a paru d'une manière singulière, et, je crois, malgré lui. Il me traita d'abord assez bien pour un homme de son caractère, et, durant les deux premiers jours qu'il passa ici, il me fit l'honneur de s'entretenir avec moi presque amicalement. Mais, un soir, en présence de quelques officiers, j'eus le malheur de lui dire les propres mots que voici : Je crois, mon général, qu'un homme ne peut être à la fois canonnier et cavalier, non plus que cavalier et fantassin, et que, par conséquent, l'artillerie à cheval, les dragons, sont des armes bâtardes, des troupes organisées sous de faux principes. Ce discours le jeta dans un accès de frénésie alarmant. Mon sang-froid achevant de le mettre hors de lui, il me dit beaucoup de choses que son état excusait, et comme, lorsqu'on a tort avec ses subalternes, on se garde surtout de se dédire, je crois bien qu'il vous aura répété une partie des invectives qu'il m'adressa directement, et que son rapport au ministre s'en sera ressenti. Quant au ministre, les notes du général Sorbier me nuiront assurément, et j'en suis fort affligé, mais c'est un mal sans remède. Pour vous, mon général, qui n'êtes pas ministre, votre jugement sur mon compte ne saurait dépendre des passions du généra! Sorbier. Après avoir obtenu en Calabre les éloges, la confiance, l'amitié de tous les généraux (hors d'un seul que personne ne loue), vous savez de quelle manière j'ai été traité. Je ne m'en plains pas, et je crois ces dégoûts inévitables à
quiconque est comme moi mauvais courtisan. Mais j'espère que ce défaut, dont je travaille à me corriger, me nuira peu auprès de vous, et je vous connais trop juste pour juger un officier autrement que sur sa conduite.
[Sur l'invitation de M. Akerblad, Coulier se rendit dans ce temps-là à Florence pour y visiter des manuscrits grecs. Il vit à ce sujet M. Chaban, commissaire du gouvernement français) mais son service le rappela bientôt à Livourue, où il était déjà de retour le 20 septembre.]