‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 144 sur 175 · A M. DE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

A M. DE HUMBOLDT

Tivoli, Ifi mai 1810.

Madame de Humboldt veut bien se charger, monsieur, d'une petite brochure qui, on sortant de la presse, vous était destinée, mais que je n'ai pu, faute d'occasion, vous faire parvenir plus tôt. J'ai eu le bonheur de trouver un manuscrit complet de Longus, dont le roman, fort célèbre, et tant de fois imprimé dans toutes les langues, était défiguré par une grande lacune au milieu du premier livre; et en traduisant ce qui manquait dans les éditions, j'ai corrigé par occasion !a vieille version d'Amyot. C'est là ce que je vous prie d'agréer, en attendant le texte que j'aurai l'honneur de vous offrir bientôt.

J'ai appris par la voix publique, avec une joie extrême, le bel emploi dont le roi vous a nouvellement honoré. Cette justice que vous rend Sa Majesté n'étonne point de la part d'un prince accoutumé à distinguer et récompenser le mérite. Tout le mal que j'y trouve, c'est que cela m'ôte l'espoir de vous revoir de sitôt en France ni en Italie; mais aussi, dans le vieux projet que je nourris depuis longtemps d'aller à Berlin, je me promets à présent un plaisir de plus, celui de vous y voir placé comme vous le méritez.

J'ai quitté le service, et, usant de ma liberté, je cours à peu près comme un cheval qui a rompu son lien, fort content de mon sort, je vous assure, et n'ayant guère à me plaindre que de madame de Humboldt, qui part de Rome quand j'y arrive, et quitte Naples justement quand je me dispose à y aller. J'en suis de fort mauvaise humeur, et ne me console que par cette idée, dont je me flatte toujours, de vous revoir l'un et l'autre dans votre patrie.

Je n'ai pu faire usage à Paris de la lettre que j'avais do vous pour M. votre frère. Imaginez, monsieur, que depuis que je vous laissai à Rome, il y a deux ans, j'ai entrevu Paris

ÉCRITES DE l'IiANCE ET D'ITALIE. 439

deux fois s&ns pour ainsi dire y poser le pied. Je n'y suis pas resté en tout plus de cinq ou six jours; et quelque empressé que je fusse de faire une si belle connaissance, je n'en pus trouver le moment : aussi n'était-ce pas un homme à voir en courant. J'ai donc mieux aimé garder votre lettre comme un titre qui m'autorise à espérer de lui quelque jour la même bonté dont vous m'honorez. C'est pour moi un droit bien précieux , et que je ne céderais en vérité à qui que «s fût,

A ROMF.

Tivoli, le 24 mai 1810.

Pour vous mettre l'esprit en repos sur la grande affaire de la tache d'encre, je ferai imprimer à Naples, où je me rends dans peu de jours, le morceau inédit, en forme de lettre à un de mes amis. Je marquerai d'un caractère particulier les mots effacés par ma faute dans le bouquin original, et j'y joindrai une note à peu près en ces termes : Les majuscules indiquent des mots qu'on ne peut plus lire aujourd'hui dans le manuscrit, parce qu'un papier qui servait de marque en cet endroit, s' étant trouvé barbouillé a" encre, y fit, en se collant au feuillet, une tache indélébile, etc. Cela vaudrait mieux qu'une apologie dans les journaux. J'en reviens toujours à vous dire qu'il ne faut jamais se prendre de bec avec la canaille; mais si vous voulez à toute force faire à ces gredins l'honneur de leur répondre, attendez du moins ma demi-feuille de Naples, qui vous donnera beau jeu. Et sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

LETTRE DE M. BOISSONNADE.

Paris, le 9 avril 1810.

Monsieur, j'ai reçu votre précieux cadeau *, et je ne puis

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