ia traduction de Daphnis et Chloé imprimée à Florence
assez vous en remercier. J'ai tout de suite cherché la lacune, et j'ai été ravi en lisant cet agréable supplément dont la littérature vous doit la découverte, et que vous avez traduit d'un style si élégant. Jugez de l'impatience avec laquelle j'attends le texte; le ferez-vous aussi imprimer en Italie? Faites cet honneur à Paris, et donnez votre Longus à M. Stone, qui a votre Xénophon. Je vous applaudis bien de votre bonheur, et en vérité je ne reviens pas de ma surprise que M. del Furia, qui a eu si longtemps le manuscrit entre les mains pour son Ésope, n'ait pas songé à jeter les yeux sur Longus. Avez-vous aussi collationné Chariton? j'ai quelque idée que ces lacunes fréquentes du commencement pourraient être en grande partie remplies : des yeux exercés sauraient bien, j'en suis sûr, lire la plupart des passages qui sont aujourd'hui indiqués dans les éditions par des points. Je vous recommande le Longus d9 M. Schœffer, et l'édition d'Amyot, donnée en 1731 par Falconnet; vous savez sans doute qu'il y a une édition du texte par Coraï, et que M. Clavier a soigné une fort jolie réimpression d'Amyot, faite il y a quelques années par M. Renouard
A M. BOISSONNADE.
A. PARIS
Tivoli, le 25 mai 1810.
Ne vous trompez-vous point, monsieur? est-ce bien M. Coraï qui a donné un Longus ? ou plutôt ne me nommez-vous point Coraï pour Visconti, qui en effet a soigné l'édition grecque de Didot? Marquez-moi, je vous prie, ce que j'en dois croire, et ce que c'est que ce Longus de Coraï, s'il existe.
Je sais bien que la préface du petit stéréotype donné par Renouard est de M. Clavier, mais je ne puis croire qu'il ait eu aucune part à l'édition, qui, en vérité, ne vaut rien. Ce n'est point là le texte d'Amyot ; du moins n'est-ce pas celui que cite souvent Yilloison, qui sans doute avait sous les yeu* l'édition originale.
Comment voulez-vous que je connaisse celle de M. Falconnet? Hélas! je ne songeai de ma vie à jeter un regard sur Longus, jusqu'à ce que ce manuscrit de Florence, me tombant sous la main, me donnât l'envie et le moyen de compléter la version d'Amyot. Je n'avais donc nulle provision, et, sans M. Renouard, qui me procura Schœffer et Yilloison, j'aurais tout fait sur la seule édition de Dutems que je portais avec moi.
Vous avez bien raison de louer M. Schœffer; c'est un fort habile homme. Aussi l'ai— je suivi en beaucoup d'endroits où j'ai rapetassé Amyot. Au reste, vous voyez, monsieur, ce que ce pouvait être qu'un pareil travail fait absolument sans livres, et combien il doit y avoir à limer et rebattre avant de le livrer tout à fait au public. J'y songerai quelque jour, si Dieu me prête vie, et c'est alors qu'il faudra tout de bon m'aider de vos lumières.
Je crois que vous-même ne pourriez lire les endroits de Cbariton effacés dans le manuscrit. Il y a bien aussi quelques mots par-ci par-là qui ont disparu dans le supplément de Longus. Mais partout le sens s'aperçoit, et les savants n'auront nulle peine à deviner ce qui manque. Peur moi, je le donne tel qu'il est sans le moindre changement; car je tiens que les éditions doivent en tout représenter fidèlement les manuscrits. Cela s'imprimera à Paris , s'il plait à Dieu et à Didot.
Cette lettre critique de M. Bast à vous est toute pleine d'excellentes choses. Je l'ai trouvée ici par hasard et lue avec grand plaisir. Quelqu'un le pourra blâmer d'avoir écrit en français sur de telles matières. Moi je goûte fort cette méthode, qui facilite la lecture, et je voudrais qu'il continuât à vous faire ainsi part de ses observations.
Il me semble après tout que vous êtes content de ma 'petite drôlerie, ou au moins du supplément, car vous ne dites rien du reste.
Je ne reconnais point, pour moi, quand on se moque *,
i. Molière, Eca'e des femmes.
M2 LETTRES INEDITES,
et je prends au pied de la lettre tout ce que vous me dites d'obligeant; vous êtes juge en ces matières. Je m'en tiens à votre opinion sans vouloir examiner s'il n'y entre point un peu de complaisance ou de prévention pour quelqu'un dont vous connaissez depuis longtemps l'estime et l'attachement. Sur le temps où je pourrai être de retour à Paris, je ne sais en vérité que vous dire. Ce qui me retient ici, c'est un printemps dont on n'a où vous êtes nulle idée; vous croyez bonnement avoir de la verdure et quelque air de belle campagne aux environs de Paris; vos bois de Boulogne, vos jardins, vos eaux de Saint-Cloud me font rire quand j'y pense; c'est ici qu'il y a des bosquets et des eaux 1 Mon dessein est d'y rester,
EÏt' àv ûiî'up T8 ps'iji, «ai (ï'év^pE?. (/.eoipà Tt8?îXï|,
c'est-à-dire jusqu'aux grandes chaleurs, car alors tout sera sec, verdure et ruisseaux, et alors je partirai, et m'en irai droit à Paris si je ne m'arrête en Suisse, comme je fis l'an passé pour fuir la rage de la canicule; ainsi faites état de mo voir arriver au départ des hirondelles. Je resterai le moins que je pourrai dans vos boues de Paris; et si vous étiez raisonnable, vous me suivriez à mon retour en Italie ; nous passerions fort bien ici le printemps prochain sans nous ennuyer; je vous en réponds. Les meilleures maisons du pays sont celles de Mécénas et d'Horace, où vous ne serez point étranger.
LETTRE DE M. CLAVIER
Paris, le 7 mai 1810.
J'ai reçu votre Longus pour moi et pour M. Coral;
mus attendons tous les deux avec impatience le texte grec, et nous espérons que votre séjour à Rome nous procurera quelque autre découverte. A propos de Longus, écrivez-moi donc précisément ce qui s'est passé au sujet du manuscrit qu'on prétend avoir été taché d'encre. Les Italiens qui abon-
dent ici, et qui sont en général assez jaloux, ont fait beaucoup de bruit de cela, et ont prétendu que c'était une malice de votre part; j'ai pris votre défense très-chaudement, et j'ai dit que je vous connaissais bien capable d'une étourderie, mais non d'une méchanceté. Renouard, à qui j'en ai parlé, m'a dit que cette tache était peu de chose; mais comme ces criaille— ries propagées par la jalousie ont fait un certain bruit, il n'est pas mauvais qu'on y réponde. Je crois donc que vou3 ferez bien d'envoyer un exemplaire de votre Longus à Chardon de la Rochette, et un à Millin, si vous ne l'avez déjà fait. Chardon fera pour le Magasin encyclopédique un article où il rétablira la vérité des faits telle que vous me l'aurez fait connaître. Dites-moi donc aussi ce que vous voulez faire pour votre Xénophon suspendu par vos ordres.
A M. ET MADAME CLAVIER
Tivoli, le 4 avril 1810.
Monsieur, c'est à présent que si j'avais votre histoire de la Grèce je la lirais à mon aise et avec plaisir. Jamais je ne fus en lieu ni mieux en humeur de goûter une bonne lecture ; celle-ci m'arrivera au milieu de la poussière ou des boues de quelque grande ville. Mais quoi ! rien ne vient à point dans cette misérable vie. Je songe comment vous pourrez m'envoyer cela sans me ruiner, et voici ce que j'imagine. Il y a ici, c'est-à-dire à Rome, M. de Gérando qui me connaît un peu et vous connaît beaucoup. Il est du gouvernement provisoire de ce pays-ci. et en relation comme tous ses collègues avec les ministres ; ils s'envoient les uns aux autres de furieux paquets; la poste ne va que pour eux. Je ne lui ai point fait de visite, parce qu'il m'eût fallu pour cela une culotte et un ciiapeau d'une certaine façon; mais vous, ayant quelque ami chez la gent ministérielle, vous pourriez lui faire parvenir, à lui de Gérando, sous le contre-seing, votre ouvrage et celui
de M. Coraï, qui valent bien assurément les dépêches rie ces Excellences. C'est ainsi qu'on m'a déjà adressé quelques volumes sous le couvert du général Miollis. Ce datif pluriel-là est aussi décemvir, et je ne le vois pas plus que le gérondif; tous ces noms de rudiment ne plaisent guère à ceux qui sont sous la férule.
Le bruit de cette tache d'encre a donc été jusqu'à Paris? Je ne reçois lettre qui n'en parle. Comment diable? des envieux, des détracteurs, des calomnies! Tout beau, mon cœur, soyons modeste ; mais en vérité voilà des honneurs que personne avant moi n'avait obtenus en traduisant cinq à six pages.
Renouard a tout vu, il vous contera le fait, qui se réduit à une vingtaine de mots effacés dans autant de phrases; en sorte que, si j'eusse trouvé le manuscrit tel qu'il est, j'aurais aisément deviné ce qui ne peut se lire aujourd'hui. Un papier me servait à marquer dans le volume l'endroit du supplément; ce papier posé quelque part s'est barbouillé d'encre au-dessous, et remis dans le volume, vous voyez ce qui est arrivé. Eh bien! voilà toute l'affaire. Mais le bibliothécaire est un certain Furia qui ne me peut pardonner d'avoir fait cette trouvaille dans un manuscrit que lui-même a eu longtemps entre les mains, et dont il a publié différents extraits; et voilà la rage. Tous les cuistres, ses camarades, comme vous pouvez croire, font chorus, et toute la canaille littéraire d'Italie en haine du nom français. On appelle letterati, en Italie, tous ceux qui savent lire la lettre moulée, classe peu nombreuse et fort méprisée.
Au reste les gens de la bibliothèque, gardes, conservateurs, scribes et phaiisiens, jusqu'aux balayeurs, furent présents; trois d'entre eux que j'ai bien payés, y compris le bibliothécaire, m'ont constamment aidé à déchiffrer, copier et revoir plusieurs fois tout le Longus, et ils ne m'ont pas quitté. Les sottises des journaux italiens à ce sujet ne méritent point d réponse. A dire vrai, quelques coups de bâton seraient peutêtre bien placés dans cette occasion; mais c'est à Renouard d'y penser, car il est plus piqué que moi. Pour un petit écu ces gens-là se rosseront les uns les autres.
La calomnie, comme le mal de Naples, est infuse dans les Italiens. Entre eux, elle est sans conséquence. Un homme vous accuse d'avoir tué père et mère, on sait ce que cela veut dire. C'est qu'il ne vous aime pas, et cela ne vous fait nul tort, tous vos parents d'ailleurs vivant.
Dieu seul est juge des intentions, et Dieu voit mon cœur, qui n'est pas capable de cette noirceur; car certes le trait serait noir, comme dit madame de Pimbêche. Jugez, monsieur, vous qui êtes juge, par la règle de Cassius, cui bono? Je ne pouvais craindre qu'on m'ôtàt l'honneur de la découverte, puisque Renouard l'avait déjà fait annoncer dans les journaux. Le profit ? on ne s'avise guère de spéculer sur du grec. J'imprime ici le texte, il ne s'en vendra point. Je le donnerai à tous ceux qui sont en état de le lire.
Ah! madame, que la gloire est à charge !
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.
Je mérite l'envie, et plus même qu'on ne croit, non pas pas pour les six pages traduites, mais c'est qu'en effet je suis heureux. N'en dites rien au moins. On crierait bien plus fort. Il est vrai que je m'en moque un peu. Il y avait une fois un homme qu'on soupçonnait d'être content de son sort, et chacun, comme de raison, travaillait à le faire enrager; il fit crier à son de trompe par tous les carrefours : On fait à savoir à tous, etc. , qu'un tel n'est pas heureux. Cette invention lui réussit. On le laissa en repos. Moi, j'use d'une autre recette que j'ai apprise dans mes livres. Je dis, mais tout bas, à part moi : Messieurs, ne vous génezpoint; criez, aboyez tant 'ju'il vous plaira. Si la fièvre ne s'en mêle, vous ne m'empêcherez pas d'être heureux.
Le Longus vous plaira, je crois; car outre le manuscrit de Florence, j'en ai un ici qui vaut de l'or. Il est cousin de celui-là, et quand ils sont d'accord on ne peut les récuser.
Si Stone veut absolument achever mon Xénophon, qu'il l'achève, pourvu que vous ayez la patience de suivre cela de l'œil. 11 m'a paru qu'on avait changé la ponctuation, et j'en
suis fâché. Il faut bien se garder d'y mettre mon nom, ni rien qui me désigne.
M. Labey me demande : Qu'est-ce que c'est donc que cette tache? Il en a entendu parler, et à qui n'en parle-t-on pas? on ne tait que la trouvaille. De lui copier ce griffonnage, ce serait pour en mourir; il servira pour vous deux. Tâchez de
le lui faire tenir. Il demeure attendez c'est une rue
qui donne dans celle des Gordeliers, vis-à-vis une autre rue qui mène dans la rue de la Harpe. Gela n'est-il pas clair? Faites mieux, prenez l'Almanach royal. M. Labey est professeur de mathématiques au Panthéon.