‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 147 sur 175 · PRÉFET A ROME · texte numérisé non relu

PRÉFET A ROME

Rome, le 18 septembre 18(0.

Monsieur, voici, ma réponse aux demandes de M. le directeur de la librairie

J'ai trouvé dans un manuscrit à Florence un morceau inédit de Longus, et en le copiant, j'ai fait à l'original une tache d'encre qui couvre environ une vingtaine de mots. J'ai donné au public d'abord ce fragment en trois langues, ensuite tout le texte de Longus revu sur les manuscrits de Florence. On ne peut arrêter la vente de ce livre, parce qu'il ne ;e \ end point. J'en ai fait tirer cinquante exemplaires, c'està-diro quatre fois plus qu'il n'y a de gens en état de le lire. Je le donne aux savants et aux bibliothèques publiques. Je ■n'en ai point envoyé à la Laurenziana de Florence, parce que cette bibliothèque ne contient que des manuscrits.

Au reste, je ne prétends, sur ce fragment trouvé par moi, ni sur aucun livre, aucun droit de propriété; chacun peut le ■réimprimer. Il me reste vingt exemplaires de mon édition grecque qu'on peut saisir comme on a fait de ma traduction i Florence; je n'y aurai nul regret et n'en ferai aucune réclamation.

M. le directeur peut apprendre des libraires et des savants je Paris que je m'occupe de ces études uniquement pour mon plaisir; que je n'y attache aucune importance, et n'en tire ijamais le moindre profit. Ma coutume est de donner mes griffonnages aux libraires, qui les impriment à leurs périls et fortune; et tout ce que j'exige d'eux, c'est de n'y pas mettre mon nom. Mais cette fois j'ai cru devoir faire moi-même les frais de l'impression, ayant appris que quelques gens, assez méprisables d'ailleurs, m'accusaient de spéculation dans l'affaire de la tache d'encre; et je pensais qu'on pourrait bien se moquer de moi d'employer ainsi mon loisir et mon argent, imais non pas en faire un sujet de persécution.

A M. BOISSONNADE,

A. PARIS

Rome, le 7 octobre 1810.

Monsieur, je viens de lire votre article dans le Journal de l'Empire, où vous parlez beaucoup trop honorablement de

4f>2 LETTRES INÉDITES,

moi et de ma trouvaille. Vous me traitez en ami, et je pense qu'ayant eu quelques nouvelles de la petite persécution qu'on m'a suscitée à cette occasion, vous avez voulu prévenir le public en ma faveur, action d'autant plus méritoire que probablement je ne serai jamais en état de vous en témoigner ma reconnaissance, si ce n'est par des paroles. J'avais souhaité, comme vous savez, qu'il ne fût point question de moi dans les journaux. Mais aujourd'hui qu'on méfait des chicanes qui, sans m'affliger beaucoup, ne laissent pas de m'importuner, je suis fort aise de me voir loué par un homme comme vous, à qui le public doit s'en rapporter sur ces sortes de choses. Cela pourra engager les satrapes de la littérature à me laisser en paix, et c'est tout ce que je désire.

A M. CLAVIER

A PARIS

Rome, le 13 octobre 1810.

Monsieur, j'envoyai à Paris longtemps y a, comme dit Amyot, dix-huit exemplaires d'un beau Longus grec, dix-huit des cinquante-deux en tout que j'en ai fait tirer. C'est trop, me direz-vous. Où trouver autant de gens à qui faire ce cadeau? Vous avez raison; mais enfin il y en a, de ces dix-huit, un pour vous, et celui-là du moins sera bien placé; un pour M. Bosquillon, un pour le docteur Coraï; ceux-là encore sont en bonnes mains. J'ai adressé le tout à madame Marchand, ma cousine, dont vous savez la demeure, et qui doit en être la distributrice. Voilà qui va bien jusque-là; mais le mal est que je n'ai de nouvelles ni de ma cousine ni de Longus. J'ai adressé directement à vous et à quelques personnes le morceau inédit imprimé à part. Mais je vois par votre lettre du 28 septembre, et par l'article de Boissonnadedansle Journal de l'Empire , que rien n'est parvenu à Paris ou n'a été remis à sa destination. Il faut assurément que les Italiens zélés pour la littérature aient tout fait saisir à la poste, comme ils

ont fait saisir ma pauvre traduction par un ordre d'en haut. Pareil ordre est venu ici de confisquer tout de même le grec, c'est-à-dire vingt exemplaires environ qui m'en étaient demeurés. Il y en a heureusement huit ou dix dans différentes mains, et voilà madame de Humboldt qui en emporte un en Allemagne, où il sera réimprimé. Ainsi la rage italienne, secondée de toute l'iniquité des satrapes de l'intérieur, de la police et autre engeance malfaisante, n'y saurait mordre à présent. Un de ces derniers, se disant directeur de la librairie, a écrit ici au préfet une lettre fort mystérieuse, qui ne m'a été communiquée qu'en partie. J'ai répondu succinctement à ce qu'il demande; et pour conclusion je le prie de se contenter de mon livre que je lui abandonne volontiers, trop heureux si je sauve ma personne de ses mains redoutables. Je 'assure que je ne ferai jamais aucune réclamation de mes riffonnages saisis par lui, convaincu qu'il aurait pu me saisir moi-même et me faire pendre avec autant de justice. Je loue autant sa clémence, et suis avec grand respect son très-humble serviteur.

J'attends impatiemment votre Archéologie. Cela me viendra "ort à propos. Bonne provision pour cet hiver que je compte passer encore ici.

Gail me parait trop sot pour être ridicule ; en le montrant m doigt vous lui ferez trop d'honneur, et à vous peu; et puis a belle matière à remuer pour vous que son dégobillage ! Fi ! aissez-le là. Jam fœtet.

Si j'avais su que quelqu'un songeât à répondre aux Italiens ur la grande affaire de la tache d'encre, je n'aurais pas pris a peine d'écrire et d'imprimer une longue diatribe 1 que je yous ai envoyée, mais que probablement vous ne recevrez joint, vu l'embargo mis à la poste sur tout ce qui vient de iioi. Je suis tenté de croire, comme Rousseau, que tout le jenre humain conspire contre moi. J'en rirais, si j'étais sûr |u'on ne touchât qu'à mon grec. Boissonnade m'a trop bien raité dans son journal. Je l'avais prié de ne dire mot de moi

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