‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 170 sur 175 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

en le copiant, comme il est expliqué dans l'écrit qu'on va lire, une tache, unique prétexte de la persécution et de tant de clameurs élevées contre lui. On criail qu'il avait voulu détruire le texte original, afin de posséder seul Longus. Une excellence à portefeuille trouve ce raisonnement admirable, et, sans en demander davantage, ordonne de saisir le grec et le français publiés par Paul-Louis à Home et à Florence; et ce fut une chose plaisante; car, de peur qu'il n'eût seul ce qu'il donnait à tout le monde, le visir de la librairie, ne sachant ce que c'était que grec ni manuscrits, connaissant aussi peu Longus que son traducteur, d'abord avait écrit de suspendre la vente de l'œuvre, quelle qu'elle lût; puis, apprenant qu'on ne vendait pas, mais qu'on donnait ce grec et ce français au petit nombre d'érudits amateurs de ces antiquités, il fit séq jeatrer tout, pour empêcher Paul-Louis de se l'approprier. Celui-ci ne s'en émut guère, et laissait sa Chloé dans les mains de la police, fort résolu à ne jamais faire nulle démarche pour l'en tirer; mais à la fin, il eut avis qu'on allait le saisir lui-même et l'arrêter. Cela le rendit attentif, et il commençait à rêver aux moyens de sortir d'affaire, quand il fut. mandé chez le préfet de Rome, où il était alors, pour donner des éclaircissements sur sa conduite, ses liaisons, son état, son bien, sa naissance et son pâté d'encre, le tout par ordre supérieur. 11 écrivit à ce préfet, non sans humeur ; voici sa lettre :

« Monsieur, j'ai négligé de répondre aux calomnies dirigées con- « tre moi depuis environ un an, croyant que ces sottises feraient « peu d'impression sur les esprits sensés ; mais puisque le ministre « y met de l'importance, et qu'enfin il faut m'expliquer sur ce pi- « toyable sujet, je vais donner au public, devant lequel on m'accuse, « majustification aussi claire et précise qu'il me sera possible. Vous « recevrez, monsieur, le premier exemplaire de ce mémoire très- « succinct, où Son Excellence trouvera les renseignements qu'elle « désire. »

Le préfet répondit : « Monsieur, gardez-vous bien de rien publier « sur l'affaire dont il est question; vous vous exposeriez beaucoup, « et l'imprimeur qui vous prêterait son ministère ne serait pas « moins compromis. »

11 s'agissait d'un pâté d'encre, et remarquez, car il y a en foute histoire moralité, tout est matière d'instruction à qui veut réfléchir; admirez en ceci la doctrine du pouvoir : les calomnies s'impriment, mais la réponse, non. Chacun peut bien dire au public, dans les pamphlets, dans les journaux, Paul-Louis est un voleur; mais il ne faut pas que celui-ci puisse parler au même public et montrer qu'il est honnête homme. Le ministre évoque l'affaire à son cabinet, où lui seul en décidera, et fera Paul-Louis honnête homme ou fripon, selon qu'il croira convenir au service de Sa Majesté, selon le bon plaisir de Son Altesse Impériale madame Bacciochi.

Paul-Louis f bien empêché, récrivit au préfet: « Monsieur, j'i-

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