‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 171 sur 175 · SUR LA LETTRE A M. RENOUARD · texte numérisé non relu

SUR LA LETTRE A M. RENOUARD

« gnornis qu'il fallût voire permission pour imprimer mon petit « mémoire justificatif; mais puisqu'elle m'est nécessaire, je vous n supplie de me l'envoyer, n 11 n'eut point de réponse, et l'avait bien prévu. Heureusement il se souvinl d'un pauvre diable d'imprimeur nommé Lino Conladini, qui demeurait près de laSapience, n'imprimait que des almanaclis, et devait êlre peu en règle avec la nouvelle censure. 11 va le trouver, et lui dit : Or, su, presto, sbrighiumola e si stampi questa cosa per l' eccelltntissimo signor prefeito di pulizia; c'est-à-dire : Vite, qu'on imprime ceci pour monseigneur excellentissime préfet de police (ou de propreté, car c'est le même mot en italien). A quoi le bonhomme répondit : Padron mio riverito, corne far'o? Non cnpisco parola di francese ; chevuol ella ch'io possa raccapezzar mai in questo benedello slraccio pieno di cossature? Mon cher monsieur, comment ferai-je? n'entendant pas un mot de français, que puis-je comprendre à ce chiffon tout plein de ratures? — Eh bien! repartit Paul-Louis, nous y travaillerons ensemble; mais dépêchons, le préfet attend. Les voilà donc à la besogne, et Paul- Louis, compositeur, correcteur, imprimeur et le reste. Ce fut un merveilleux ouvrage que cette impression : il y avait dix fautes par ligne, mais à toute force on pouvait lire. La chose achevée, vient un scrupule à ce bonhomme d'imprimeur : Ne nous faudrait-il pas, dit-il, pour faire ce que nous faisons, une permission, un permesso? — Non, dit Paul-Louis. — Si fait, dit l'autre. — Eh quoi ! pour le préfet? — Attendez, dit Lino; je reviens tout à l'heure. Il s'en va chez le préfet, et cependant Paul-Louis fait un paquet d'une centaine d'exemplaires qu'il emporte. Un quart d'heure après, l'imprimerie était pleine de sbires. Ce sont les gendarmes du pays.

Ayant ce qu'il voulait à peu près, Paul-Louis écrivit encore au préfet une dernière lettre : « Monsieur, j'ai trompé l'imprimeur « Lino. Je lui ai fait accroire qu'il travaillait pour vous ; je lui ai « parlé en votre nom et comme chargé de vos ordres. Je l'ai hâté • en l'assurant que vous attendiez impatiemment le résultat de son « travail; enfin tous les moyens que j'ai pu imaginer, je lésai mis « en œuvre pour abuser cet homme, qui, pensant vous servir, igno- « rait ce qu'il faisait. Après une telle déclaration, je vous crois, « monsieur, trop raisonnable pour vous en prendre à lui, et nou « pas à moi seul, de la publication de mon factum littéraire. Je ne « vous prie plus que de vouloir bien l'adresser avec cette lettre au m ministre, curieux de savoir à quoi je m'occupe et qui je suis. »

Le pauvre Lino fut arrêté, interrogé, réprimiinclé et renvoyé. Le préfet n'adressa au ministre ni lettre ni brochure; mais bientôt après il reçut une verte semonce deses maîtres. Laisser imprimer, publier la plainte d'un homme maltraité, quelle bévue pour un préfet! L'espèce de supercherie dont il avait élé la dupe ne l'excusait pas aux yeux d'un gouvernement fort. 11 éiait responsable, la plainte avait paru; c'était sa faute à lui, gagé précisément pour empêcher

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