LIVRE IV
tant au fin faîte de l'arbre, atteignit la pomme qu'il cueillit ei la lui porta, et la voyant mal contente, lui dit telles paroles: « Cette pomme, Chloé ma mie, les beaux jours d'été l'ont « fait naître, un bel arbre l'a nourrie ; puis mûrie par le so- « leil, fortune l'a conservée. J'eusse été aveugle vraiment de « ne la pas voir là, et sot l'ayant vue de l'y laisser, pour « qu'elle tombât à terre, et fût foulée aux pieds des bêtes, ou « envenimée de quelque serpent qui eût frayé au long ; ou « bien demeurant là-haut, regardée, admirée, enviée, eût été « gâtée par le temps. Une pomme fut donnée à Vénus comme « à la plus belle ; tu mérites aussi bien le prix. Ayant même « beauté l'une et l'autre, vous avez juges pareils. Il était ber- « ger, lui; moi, je suis chevrier. »
Disant ces mots, il mit la pomme au giron de Chloé, et elle, comme il s'approcha, le baisa si soèvement, qu'il n'eut point de regret d'être monté si haut, pour un baiser qui valait mieux à son gré que les pommes d'or.